Homestead II

Chapitre IV

pinkerton

Alors que les ouvriers de Mr. Frick étaient occupés à parfaire une organisation martiale et à mettre la municipalité sur le pied de guerre,Mr. Frick lui-même ne restait pas inactif. Il ne perdait pas de temps à examiner des projets pour introduire dans l’immédiat des ouvriers non-syndiqués dans les usines, étant bien conscient que, même si il trouvait à Homestead des hommes assez téméraires pour prendre le risque de « servir de jaunes », il leur serait impossible de franchir les piquets de grève des sidérurgistes lock-outés, et que, même si un groupe de non-syndiqués pouvait être introduit dans l’usine, leur présence serait le signal d’une attaque pour les syndicalistes et, signifierait peut-être, la destruction des installations de la société.

Mr. Frick avait un autre plan — un plan suggéré par ses confrontations réussies avec les ouvriers de la coke à Connellsville. Il imagina de faire occuper « Fort Frick » avec un nombre suffisant d’agents de Pinkerton armés et bien disciplinés, pour repousser toute attaque éventuelle et, plus tard, d’amener des ouvriers non-syndiqués sous la protection des fusils des hommes de Pinkerton.

[…]

Mr. Frick ne savait que trop bien dans quelle estime les syndicalistes tenaient les hommes de Pinkerton pour sous-estimer les conséquences de sa décision et ne pouvait pas ignorer qu’en faisant appel à ces sbires, il rendait doublement probables des événements sanglants à Homestead.

Une rapide présentation du personnel et des méthodes de la Pinkerton National Detective Agency, comme décrite par ses dirigeants, éclairera le lecteur sur les raisons de la haine et du mépris entretenus partout par les ouvriers vis à vis de cette agence.

Elle avait été fondée en 1850 par Allan Pinkerton, un jeune écossais, qui avait acquis sa notoriété à Elgin dans l’Illinois, en parvenant à faire arrêter des faux-monnayeurs. Sa renommée de détective se répandit dans tout le pays. Il organisa un service secret pendant la guerre civile, avait la confiance de Lincoln, dont il sauva une fois la vie, et celle de Grant et aux dirigeants nationaux de cette époque, en suscitant un intérêt permanent pour ses compétences et ses coups d’audace. L’entreprise d’où est née l’actuelle « l’armée permanente » de Pinkerton est née dans un petit bureau minable dans La Salle Street à Chicago, où réside encore le quartier général de l’agence. 1

Les détectives de Pinkerton furent bientôt très demandés et bientôt employés à la résolution de crimes et à la chasse aux criminels à travers tout le continent. Pendant ce temps, Allan Pinkerton avait décelé une nouvelle source de profits et la concrétisa en employant ses hommes comme vigiles dans des banques te des grands établissements commerciaux. La « Pinkerton Preventive Watch, » – Surveillance Préventive Pinkerton – composée d’hommes, entraînés, en uniformes et armés, agissant indépendamment de la police municipale, était née.

L’emblème adopté par l’agence était suggestif. Elle représentait un œil avec la devise « Nous ne dormons jamais »

agence

Vieillissant, et son entreprise continuant de croître, Allan Pinkerton en confia la direction a ses deux fils, William A. et Robert A. Robert prit la direction du bureau de New York et William resta à Chicago. Des agences, avec des équipes d’agents permanents, furent ouvertes à Philadelphie, Boston, St. Paul, Kansas City et Denver. En communiquant avec ces centres, les directeurs pouvaient contrôler, en l’espace de quelques jours, une force de 2 000 hommes bien entraînés, qui pouvait être renforcée en faisant appel aux réserves de l’agence pour des services sur demandes, par 30 000 hommes si nécessaire — davantage que les forces armées permanentes des États-Unis.

Lorsqu’il y a besoin d’un grand nombre de recrues, les Pinkerton font généralement passer une publicité dans des journaux, demandant des hommes en bonne condition physique et courageux, sans préciser pour quel travail. A New York, les recrues potentielles sont emmenées dans des locaux où l’agence disposer d’une armurerie, équipée de carabines Winchester, de revolvers, de matraques et d’uniformes. Lorsque le nombre de recrues nécessaires est atteint, l’adresse des candidats potentiels pour qui il n’y a pas de poste actuellement est notée et on leur demande de se tenir prêts pour un futur appel. La préférence va aux hommes qui ont servi dans l’armée ou la police.

Les agents de Pinkerton n’ont pas autorité pour procéder à des arrestations. Ils sont rarement investis comme policiers adjoints et l’uniforme qu’ils portent est uniquement pour la galerie.

Durant les dernières années, ils ont été très fréquemment employés pour protéger les usines de grands sociétés industrielles lors de grèves ou de lock-outs. C’est, sans conteste, le service le plus éprouvant et dangereux qu’ils sont amenés à remplir. Mais le salaire est bon, le montant accordé pour le travail à Homestead, par exemple, est de 5 $ par jour. 2

Lors de la grande grève des chemins de fer à New York qui a coûté 2 millions de $ à la société Vanderbilt, le tarif pour les services des Pinkerton s’élevait à environ 15 000 $. Les gardes étaient postés à tous les points sensibles de la voie ferré. Les affrontements avec les grévistes étaient nombreux et, dans de nombreux cas, les gardes utilisaient leurs armes avec des conséquences mortelles. Le 17 août 1890, ils avaient tué cinq personnes, dont une femme. Les fusils des Pinkerton entraient si souvent en action que la population de l’état de New York en prit bien conscience et obligea les législateurs à voter une loi anti-Pinkerton.

L’agence fut responsable de la mort d’un jeune garçon lors d’une grève des dockers à Jersey et à Chicago, pendant la grève des chemins de fer de Lake Shore, un homme du nom de Bagley fut victime des balles de Pinkerton. Le garde qui avait tiré sur lui disparut et ne comparut jamais devant la justice.

Les gardes de Pinkerton avaient été appelés lors de la grève des mineurs de Hocking Valley, dans la compagnie minière de H.C. Frick dans la région de Connellsville et à Braidwood, Illinois, ainsi que dans toutes les grandes grèves du chemin de fer depuis 1877.

Ces dernières années, la conversion des gardes en une organisation militaire irresponsable, sous commandement indépendant, pour intimider les ouvriers grévistes, avait suscité un profond sentiment de haine de la part des syndicats envers ces soldats-policiers. Les tentatives pour abolir le système Pinkerton par des voies juridiques n’avaient abouti que dans quelques états, dont New York et le New Jersey, pour la raison que les sociétés qui utilisaient des mercenaires armés, étaient suffisamment riches et avaient assez d’influence pour contrôler les décisions législatives.

Le député d’ Alabama,Thomas Watson, un représentant de la Farmers’ Alliance, présenta une loi au Congrès, visant à rendre illégale pour une personne privée, l’entretien d’une « armée permanente » pour usurper le rôle de maintien de l’ordre de l’état, et plaida ardemment pour son vote, mais la tentative échoua. Les grandes sociétés industrielles avaient une main-mise trop importante sur les législateurs fédéraux pour être vaincus par l’insistance de gens ordinaires.

Mr. Frick donna l’ordre définitif pour un envoi de gardes dans une lettre écrite à Robert A. Pinkerton, à New York, le 25 juin, le jour suivant la réunion avec le comité nommé par la Amalgamated. L’ordre était rédigé d’une manière terre à terre comme si le directeur de Carnegie traitait d’une livraison de coke ou de fonte.

« Nous voulons 300 gardes, » écrivait-il, « pour servir à nos usines de Homestead comme mesure de précaution contre une immixtion dans nos plans de redémarrer le fonctionnement des usines le 6 juillet 1892. »

« Ces gardes, » continuait à ordonner Mr. Frick, « devront être rassemblés à Ashtabula, Ohio, dans la matinée du 5 juillet au plus tard, d’où ils pourront être acheminés par train à McKees Rocks, ou à une autre localité sur la Ohio River sous Pittsburgh, et seront transférés par bateaux et débarqués dans l’enceinte de nos usines à Homestead. Nous pensons qu’un secret absolu est essentiel autour du déplacement de ces hommes afin qu’aucune manifestation n’ait lieu pendant qu’ils sont en route. »

[…]

Pour éviter la suspicion de l’autre bord, néanmoins, Mr. Frick, alors que la crise approchait, communiqua des informations amenant l’opinion publique en général, et les ouvriers lock-outés en particulier, à croire qu’il avait l’intention d’utiliser le processus légal habituel pour se protéger alors qu’il procédait à la désyndicalisation de ses usines. Le soir du 4 juillet, après une réunion avec les autres cadres de la société, il publia un communiqué dans les journaux, prétendant qu’aucun trouble n’était à craindre, que les ouvriers étaient fatigués, qu’un grand nombre d’entre eux était impatient de reprendre le travail et que les installations seraient placées sous le contrôle du comté, puisqu’il avait demandé au shérif de fournir assez de policiers pour garantir une protection adéquate.

[…]

Les ouvriers lock-outés célébrèrent le Jour de l’Indépendance avec une grande ferveur patriotique. La surveillance fut augmentée de 350 à 1 000 homme, le piquet de grève fut étendu, de manière à former une ligne longue de cinq miles des deux côtés de la rivière.

[…]

Lorsque le shérif McCleary arriva dans son bureau au tribunal du comté de Allegheny, le matin du 5 juillet, il y trouva une demande officielle provenant de la société Carnegie Company pour l’envoi d’une centaine d’hommes à Homestead. Il était embarrassé par la demande. Son prédécesseur à ce poste, le Dr. McCandless, avait été obligé d’engager une longue et ennuyeuse bataille judiciaire afin de recouvrer l’argent dû par la Société Carnegie Company suite à une intervention à Homestead en 1889, et la perspective d’une nouvelle querelle concernant le salaire des hommes assermentés n’était pas engageante. Alors Mr. McCleary, qui était enclin naturellement à la manière évasive, envoya une réponse évasive et conçu l’idée de se rendre à Homestead avec son groupe de douze policiers permanents pour y faire une sorte d’apparition digne en attendant l’arrivée de l’armée des Pinkerton, qu’il savait être déjà en route vers la ville.

Le shérif et sa petite troupe se rendirent donc à Homestead et furent accueillis par les ouvriers, sinon de manière cordiale, mais avec un respect décent, vu les circonstances. Une proclamation fut rendue publique concernant l’avertissement habituel contre les troubles à la paix publique. Puis un groupe de sidérurgistes costauds escorta les forces de l’ordre jusqu’aux usines, et soulignèrent que personne ne faisait irruption dans, ou ne dégradait, les installations fortifiées de la Société Carnegie.

Le shérif déclara que, selon la loi, la société devra pouvoir y amener autant d’hommes qu’elle le souhaite pour faire fonctionner ses usines.

Les ouvriers répondirent que ni les autorités du comté, ni personne d’autre, ne sera autorisé à introduire des non-syndiqués à l’intérieur des usines, et, ayant catégoriquement exprimé leurs intentions, escortèrent le shérif et ses hommes – tous affichant plus ou moins une certaine nervosité – jusqu’à la gare et regardèrent la petite troupe quitter la ville en toute sécurité.

Si le shérif s’était comporté de manière moins évasive, moins nerveuse, moins politicienne et plus comme un homme, il aurait été encore temps pour lui d’éviter le désastre. Il avait été informé, comme chef de la police du comté, de l’arrivée de la petite armée embauchée par Mr. Frick. Il ne pouvait pas ignorer qu’une confrontation entre les hommes de Pinkerton et les 4 000 sidérurgistes était inévitable, que le sang coulerait comme la rivière à Homestead, que s’ensuivrait pour le comté la démoralisation et le déshonneur, peut-être même de lourdes pertes financières, et que, par conséquent, rester inactif face à tout cela, laisser la collision se produire et ne pas lever le petit doigt pour l’empêcher, signifiait littéralement manquer à son devoir.

Ce responsable n’avait aucune obligation de garder secrets les plans de Frick. Au contraire, il avait l’obligation morale d’en empêcher l’exécution en les rendant rapidement publics et en utilisant tous les moyens juridiques disponibles pour arrêter l’invasion du comté par des mercenaires armés condamnés par la loi dans deux états voisins et haïs par les ouvriers dans tous les états de l’Union.

[…]

Alors, venus de différentes villes, les sbires de Pinkerton étaient arrivés au quartier général de Chicago, peu d’entre eux connaissant, ou se préoccupant, de la mission à remplir, du moment qu’ils touchaient leurs rations et leurs paies quotidiennes, mais ayant tous conscience que l’obéissance aveugle était le mot d’ordre. Le capitaine F.H. Heinde avait été nommé pour prendre le commandement de l’expédition et, sous sa direction, les hommes se rendirent de Chicago à Youngstown, puis, de là, à Bellevue, sur la voie ferrée de Fort Wayne, en face du barrage de Davis Island, y arrivant à 22H30 le soir du 5 juillet.

Plus tôt dans la journée, Mr. Frick avait communiqué ses derniers ordres au capitaine Rodgers, lui demandant de remorquer ses deux barges en aval de la Ohio River vers le barrage afin d’y retrouver le bataillon des gardes de Pinkerton. Le capitaine Rodgers exécuta exactement ces ordres.Avec les bateaux Little Bill et Tide, remorquant chacun une barge, il arriva au barrage à 22H. Il y fut accueilli par le colonel Joseph H. Gray, l’adjoint au shérif McCleary, par qui il avait été envoyé pour « maintenir la paix », si l’on en croit son propre témoignage ainsi que celui du shérif, alors que, selon la version de Mr. Frick , sa vraie mission était d’assermenter les gardes de Pinkerton et donc de rendre le comté responsable des actes de ces étrangers.

A 22H30, l’ensemble des gardes arriva. Les hommes embarquèrent sur les barges. Le Little Bill et le Tide ahanaient aussi gaiement que si ils tractaient un groupe de fêtards et dans la tranquillité de cette belle nuit de juillet, l’expédition se dirigea lentement dans la direction de Homestead.

Chapitre V

Premiers coups de feu

[…]

Comme les barges approchaient de Homestead, les bruits sur la rive étaient de plus en plus perceptibles et, bientôt, le claquement sec de fusils se firent entendre, donnant un avant-goût de ce qui attendait les visiteurs indésirables. On ne sut jamais si ces coups de feu, qui avaient été tirés avant la tentative de débarquement des Pinkerton, étaient des signaux ou visaient au hasard les barges. Mais il ne fait aucun doute que les coups de feu tirés de la rive cessèrent aussitôt que le Little Bill et sa barge approchèrent de l’embarcadère de l’usine.

[…]

Aussitôt que la foule aux aguets sur la rive se rendit compte que les occupants des barges avait l’intention de mettre pieds à terre au débarcadère, des hommes robustes abattirent la palissade qui leur barrait le chemin avec des cris de colère, et arrivèrent sur place cinq minutes avant que les hommes de Pinkerton puissent débarquer en toute sécurité.

Avant cela, les ouvriers avaient religieusement évité de pénétrer sur les terrains de l’usine. Ceci dans le but de ne pas prêter le flanc aux accusations de vandalisme ou de d’agression arbitraire contre le droit de propriété.

Mais le temps n’était plus à la prudence. Qui pouvait dire quel genre d’envahisseurs se trouvaient dans ses affreuses barges?

Étaient-ils des adjoints assermentés que le shérif avait envoyé durant la nuit comme des voleurs? Étaient-ils — et le sang de chaque homme bouillait à cette pensée — un régiment de Pinkerton amené ici pour répéter leurs exploits quelques années auparavant dans les régions de la coke?

accèsLe débarcadère et l’accès aux usines

[…]

A ce moment, la plus grande confusion régnait sur la barge Iron Mountain qui avait été remorquée près de la rive. Le plan d’un débarquement à l’abri des regards avait échoué et il n’y avait plus rien à en attendre sinon une confrontation de front dans des conditions terribles.

Les caisses de fusils furent ouvertes et les armes distribuées hâtivement aux hommes. Une cinquantaine d’hommes étaient armés de matraques. Le capitaine John W. Cooper, du contingent de New York et Philadelphie, le capitaine Charles Norton, de celui de Chicago et le capitaine Heinde, qui commandait l’expédition, surveillaient ces préparatifs. Lorsque tous furent prêts au combat, une passerelle fut jetée sur la rive et les trois capitaines se placèrent en tête. Vingt de leurs hommes apparurent derrière eux à la proue du bateau.

Alors qu’ils avançaient, les hommes de Homestead, dont la plupart étaient armés, lancèrent un avertissement clair .

« Repartez, » crièrent-ils, « repartez ou nous ne répondons pas de vos vies. »

Il y avait des uniformes bleus dans le groupe à la proue du Iron Mountain, et ils indiquaient leur provenance aux ouvriers nerveux sur la rive.

Les hommes de Pinkerton se tinrent un instant immobiles. La scène devant eux atterrait les plus braves. Sur la rive, plusieurs centaines d’hommes et de femmes — car les mères, les femmes et les sœurs s’étaient jointes à la folle ruée vers l’embarcadère — certains à moitié habillés, quelques-uns portant des fusils, d’autres avec des pierres et des gourdins entre les mains; au loin, des centaines d’autres se précipitant en renfort; à l’arrière plan, un immense terre-plein conduisant aux usines; derrière eux, la rivière et la chance de se sauver en fuyant. Mais une retraite aurait été désastreuse pour le prestige de l’agence Pinkerton en plus de faire probablement porter sur l’agence le coût entier de cette expédition ratée, car Mr. Frick ne voudrait certainement pas payer pour des services non correctement fournis.

L’avertissement des ouvriers fut donc ignoré et, après un commandement à ses hommes, le capitaine Heinde les fit avancer.

Soudain, un coupe de feu éclata — provenant des barges ou de la rive, cela est toujours resté mystérieux.

Le capitaine Cooper se tourna immédiatement vers les barges et ordonna d’une voix forte : « Feu! »

Les Winchester ouvrirent le feu sur la foule qui se trouvait sur la rive avec une efficacité mortelle. On vit plusieurs ouvriers tomber. Le premier sang avait été versé et l’unique pensée des hommes de Homestead était vengeance, totale et sans pitié, envers les étrangers qui étaient venus pour les tuer.

[…]

Les tirs provenant de la barge furent retournés avec intérêts et lorsque la fumée des coups de feu en retour se dissipa, on vit les ravages causés sur les barges. Le capitaine Heinde avait été touché aux jambes; J.W. Kline et un autre agent étaient mortellement blessés et une douzaines d’autres hommes de Pinkerton, peut-être, plus ou moins sévèrement touchés. Le Little Bill était littéralement criblé de balles, et le capitaine Rodgers, après avoir descendu les hommes blessés des barges, se hâta de quitter sa position inconfortable, laissant les Pinkerton débarquer si ils le pouvaient, et sinon, rester où ils étaient et se débrouiller comme ils pouvaient dans leur situation désespérée.

bataille

Les deux côtés se retirèrent, les ouvriers abandonnant leur position exposée, où ils offraient une cible facile aux tireurs sur les barges et s’installèrent sur les hauteurs, pendant que les Pinkerton se retiraient à l’intérieur des barges et commençaient à préparer une nouvelle tentative, en découpant des meurtrières dans les flancs des barges. Il aurait été suicidaire de tenter une autre sortie.

[…]

Les ouvriers étaient maintenant occupés à ériger des remparts faits de ferraille et de fonte. On en avait entassé suffisamment pour abriter des dizaines de tireurs. Des hommes armés de fusils avaient pris aussi position à différents points stratégiques des bâtiments de l’usine et des coups de feu sporadiques continuaient à être tirés. En même temps, des hommes armés apparurent sur l’autre rive et commencèrent à tirer sur les barges. Les non-combattants — hommes, femmes et enfants, environ 5 000 — envahirent les collines escarpées qui dominent Homestead, d’où ils avaient une vue dégagée sur l’usine et la rivière.

[…]

Pendant ces événements, le télégraphe transmettait les nouvelles de la bataille dans tout le pays. A Pittsburgh, l’émoi se transforma en poussée de fièvre. Le shérif McCleary arriva tôt à son bureau et, ayant décidé que, là où 300 hommes de Pinkerton étaient plus qu’impuissants, il lui était inutile de vouloir s’interposer, il envoya un message au gouverneur Pattison, décrivant brièvement la situation à Homestead et l’impuissance des autorités civiles à y faire face, et demandant « des instructions immédiates ». Le gouverneur répondit rapidement ce qui suit : « Les autorités locales doivent épuiser tous les moyens à leur disposition pour le maintien de la paix. »

Le shérif, qui avait espéré que la milice aurait été envoyée à son secours, fut très frustrée par cette consigne limpide, et que, en tant que chef de la police du compté, on attendait de lui qu’il agisse au lieu de s’évanouir au premier coup de feu. Étant un homme prudent, néanmoins, il ne prit aucun risque et resta dans le confinement sûr de son bureau.

Aucun signe de perturbation se se manifestait dans les locaux de la société Carnegie, même si Mr. Frick et ses associés avaient été rapidement informés de l’issue sanglante de leur plan d’invasion. Le Président Weihe, de la Amalgamated Association, demanda une réunion avec les ouvriers, seule solution qui pourrait réussir à arrêter le bain de sang.

La réponse à cette suggestion humaniste fut caractéristique. Ce fut un refus net. « Nos uisnes sont maintenant entre les mains du shérif, » répondit le secrétaire Lovejoy,  » et son devoir est de protéger la propriété des dommages ou des destructions. Il est de son autorité de faire appel à la troupe si il le juge nécessaire. Tout est entre ses mains. »

Que le shérif avait fait part publiquement de son impuissance et qu’il y avait toutes les chances pour que les hommes de Pinkerton soient exterminés comme des rats pris au piège, indiquait très clairement que le sacrifice de vies était une broutille aux yeux des représentants de Carnegie, comparé à l’échec de la désyndicalisation à laquelle s’était attachée la firme. Les Pinkerton pouvaient être tués jusqu’au dernier, mais l’ultimatum de Frick devait être maintenu. Sans aucun doute, la société pensait aussi que plus les événements de Homestead prendraient mauvaise tournure, plus grande était la probabilité que l’ordre soit donné à la milice d’intervenir,et que, avec des soldats sur place, il n’y aurait aucune difficulté pour amener des non-syndiqués.

NDT :

1. L’agence existe toujours. Elle est maintenant mondiale. Son site officiel
2. Pour comparaison, Emma Goldman, lors de son premier emploi comme couturière à l’usine Garson & Mayer, touchait 2$50 par semaine pour dix heures et demie de travail par jour.

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