Les nouveaux anarchistes

Texte original : The new anarchists – David Graeber

Il est difficile de trouver une autre époque où un tel gouffre a existé entre intellectuels et militants; entre les théoriciens de la révolution et ses pratiquants. Des écrivains qui, depuis des années ont publié des articles qui ressemblaient à des feuilles de route pour de vastes mouvements sociaux qui n’existaient pas en réalité, semblent saisis de confusion, ou pire, de mépris dédaigneux, maintenant que ces mouvements bien réels émergent partout. C’est particulièrement scandaleux dans le cas de ce qui est encore, pas pour des raisons particulièrement satisfaisantes, appelé le mouvement ‘anti-mondialisation’ mouvement qui, en seulement deux ou trois ans, est parvenu à transformer totalement le sens des possibilités historiques pour des millions de gens à travers la planète. Cela pourrait être le résultat d’une pure ignorance, ou être glané à partir de sources ouvertement hostiles comme le New York Times; là encore, ce qui est écrit même dans les médias les plus progressistes semblent être complètement à côté de la plaque – ou, du moins, ne se focalisent que rarement sur le fait que ce que pensent réellement les participants de ce mouvement est le point le plus important.

En tant que anthropologiste et participant actif — particulièrement dans la branche la plus radicale, tournée vers l’action directe, du mouvement – je peux clarifier quelques malentendus ; mais ces informations pourraient ne pas être les bienvenues. Je suspecte que la plupart des hésitations proviennent de la réticence de ceux qui se sont imaginés radicaux d’une manière ou d’une autre, à réaliser qu’ils étaient en réalité des libéraux: intéressés par le fait d’accroître les libertés individuelles et la justice sociale, mais pas de manière à remettre sérieusement en cause l’existence des institutions du pouvoir, comme le capitalisme ou l’état. Et même beaucoup de ceux qui aimeraient voir des transformations révolutionnaires ne sentiraient pas complètement heureux de devoir accepter qu’une grande partie de l’énergie créative au sein des milieux politiques radicaux provient aujourd’hui de l’anarchisme — une tradition qu’ils ont jusqu’ ici presque entièrement rejeté— et que prendre au sérieux ce mouvement signifierait obligatoirement aussi s’engager avec respect à ses côtés.

J’écris en tant que anarchiste; mais, dans un sens, dénombrer combien de personnes engagées dans ce mouvement se revendiquent elles-mêmes réellement »anarchistes » n’est pas vraiment la question.[1] La notion même d’action directe avec son rejet d’une politique qui demande aux gouvernements de modifier leur fonctionnement, en faveur d’une intervention physique contre le pouvoir d’état d’une manière qui préfigure elle-même une alternative — tout cela émerge directement de la tradition libertaire. L’anarchisme est le cœur du mouvement, son âme; la source de ce qui est le plus nouveau et le plus porteur d’espoir. Dans ce qui suit, donc, je vais essayer de dissiper ce qui semble être les trois idées fausses les plus répandues au sujet du mouvement — notre opposition supposée à ce qui est parfois appelé « mondialisation », notre prétendue ‘violence’— et puis de suggérer comment les intellectuels radicaux pourraient penser ré-imaginer leur pratiques théoriciennes à la lumière de tout ceci.

Un mouvement mondialiste?

Le terme ‘mouvement anti-mondialisation’ est une invention des médias US et les militants ne se sont jamais sentis à l’aise par rapport à lui, dans la mesure où, si il s’agit d’un mouvement contre quelque chose, c’est contre le néo-libéralisme, qui peut être défini comme une sorte de fondamentalisme du marché — ou, mieux, d’un stalinisme de marché — qui considère qu’il n’y a qu’une direction possible pour le développement historique de l’humanité. La carte en est détenue par une élite d’économistes et d’agents de communication d’entreprises, à qui l’on doit céder tous les pouvoirs détenus autrefois par des institutions, sans l’ombre d’une représentativité démocratique; à partir de maintenant, ce pouvoir sera exercé en grande partie à travers des accords au sein d’organisations non élues comme le FMI, l’OMC ou NAFTA. En Argentine, en Estonie ou à Taïwan, il serait possible de dire sans détour : ‘ Nous sommes un mouvement contre le néo-libéralisme’. Mais aux USA, le langage est toujours un problème. Le lobby médiatique ici est probablement le plus politiquement monolithique de la planète : le néo-libéralisme est la seule chose qui mérite l’attention — la vraie réalité; par conséquent ce terme lui-même ne peut pas être utilisé. Les questions qu’il soulève ne peuvent être traitées qu’en termes de propagande tels que ‘libre commerce’ ou ‘marché libre’. Les militants américains se trouvent donc dans une situation embarrassante: si l’on suggère de place ‘le mot commençant par N’ dans un tract ou un communiqué de presse, les sirènes d’alarme retentissent immédiatement: on est un agent d’exclusion en ne s’adressant qu’à une élite éduquée. Il y a eu toutes sortes de tentatives pour inventer des expressions alternatives — nous somme un ‘mouvement pour la justice mondiale’’, nous sommes un mouvement contre la ‘mondialisation des marchés’. Aucune n’est particulièrement élégante ou tout à fait satisfaisante et, par conséquent, il est courant dans des réunions publiques, d’entendre les orateurs utiliser de manière pratiquement interchangeables les termes de ‘mouvement mondialiste’ et de ‘mouvement anti-mondialisation’.

Le terme ‘mouvement mondialiste’ est, cependant, tout à fait approprié. Si on comprend ‘mondialiste’ comme signifiant l’abolition des frontières et la libre circulation des personnes, des biens et des idées, alors il est tout à fait évident que non seulement le mouvement est lui-même un produit de la mondialisation, mais aussi que la majorité des groupes qui y sont engagés – en particulier les plus radicaux d’entre eux – sont de loin plus favorables à la mondialisation en général que ne le sont le FMI ou l’OMC. Ce fut un réseau international nommé People’s Global Action [NDT1]qui a lancé, par exemple, les premiers appels pour des journées mondiales d’actions telles que J18 and N30 — la dernière étant l’appel pour protester contre la rencontre de l’OMC à Seattle en 1999. Et PGA lui-même au célèbre International Encounter for Humanity and Against Neoliberalism, [NDT2] qui eut lieu dans une boue à hauteur des genoux durant la saison des pluies dans la jungle du Chiapas, en août 1996; et qui fut lui-même initié, comme le sous-commandant Marcos l’a fait remarquer par « tous les rebelles à travers le monde ». Des personnes de plus de 50 pays ont déferlé dans le village de La Realidad tenu par les zapatistes. La vision d’un ‘réseau intercontinental de résistance’ a été élaborée à travers la Seconde Déclaration de La Realidad: « Nous déclarons que… nous allons organiser un réseau de de nos luttes et résistances. Un réseau intercontinental de communication contre le néolibéralisme, un réseau intercontinental de communication pour l’humanité » :

« Un réseau de voix qui résistent à la guerre que lui fait le pouvoir.
Un réseau de voix qui non seulement parlent mais qui luttent et résistent pour l’humanité et contre le néo-libéralisme.
Un réseau qui couvre les cinq continents et aide à résister à la mort que nous promet le pouvoir. » [NDT3]

Cela n’était pas, la déclaration était claire ‘une structure organisée, n’a pas de centre directeur, ni de centre décisionnel, n’a pas de mandat ni de hiérarchie. Le réseau est constitué de tous ceux qui résistent. »

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L’année suivante, les soutiens européens des zapatistes des groupes Ya Basta! [NDT4] organisèrent un second encuentro en Espagne, où l’idée d’un réseau fut reprise: PGA est né lors d’une rencontre à Genève en février 1998. Dès le début, l’organisation ne comprenait pas seulement des groupes anarchistes et des syndicats radicaux d’Espagne, de Grande-Bretagne et d’Allemagne, mais aussi une ligue de fermiers socialistes gandhiens en Inde, (la KRRS), des associations de pêcheurs indonésiens et sri-lankais, un syndicat d’enseignants argentins, des groupes indigènes comme les maoris de Nouvelle-Zélande et Kuna d’Équateur, le mouvement des paysans sans terre du Brésil, un réseau constitué de communautés fondées par des esclaves enfuis d’Amérique centrale et du Sud —et de beaucoup d’autres. Pendant un long moment, l’Amérique du Nord n’était que faiblement représentée à l’exception de la Canadian Postal Workers’ Union — qui servait comme principal pôle de communication avant que d’être remplacé en grande partie par internet— et un groupe anarchiste basé à Montréal, le CLAC. [NDT5]

Si les origines du mouvement sont internationalistes, ses revendications le sont également. Le programme en trois volets de Ya Basta! en Italie, par exemple, demande un « revenu de base » garanti universellement, une citoyenneté mondiale garantissant la libre circulation des personnes à travers les frontières et l’accès libre et gratuit aux nouvelles technologies — ce qui, en pratique, signifierait des restrictions drastiques des droits de propriétés industrielles (eux-mêmes des formes très insidieuses de protectionnisme). Le réseau No Borders [NDT6] – son slogan : ‘Personne n’est illégal’— a organisé des camps d’une semaine, laboratoires pour une résistance créative, sur les frontières germano-polonaises et ukrainiennes, en Sicile et à Tarifa en Espagne. Des militants se sont habillés en gardes-frontières, ont fabriqué des ponts constitués de bateaux sur l’Oder et ont bloqué l’aéroport de Francfort avec un orchestre entier de musique classique pour protester contre l’expulsion d’immigrants (certains morts par suffocation sur des vols Lufthansa et KLM). Un camp d’été est prévu à Strasbourg, siège du système d’information Schengen [NDT7], une base de données de recherches et de contrôle avec des dizaines de milliers de terminaux à travers l’Europe, ciblant les mouvements des migrants, des militants, de tous ceux qu’ils veulent.

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De plus en plus, les militants ont essayé d’attirer l’attention sur le fait que la vision libérale de « mondialisation » est avant tout limitée aux mouvements de capitaux et de marchandises, et, dans les faits, augmente les obstacles à la libre circulation des personnes, de l’information et des idées — les nombre des gardes-frontières US a pour le moins triplé depuis la signature de NAFTA. Pas du tout surprenant: si il n’était pas possible d’emprisonner efficacement la majorité du monde de la planète dans des enclaves appauvries, il n’y aurait pas d’avantages pour Nike ou The Gap d’y délocaliser la production. Si il existait une libre circulation des personnes, le projet néo-libéral s’effondrerait entièrement. C’est une autre chose à garder à l’esprit lorsque les gens parlent du déclin de la « souveraineté » dans le monde contemporain: la principale réalisation de l’état-nation au cours du siècle dernier a été l’établissement d’un réseau uniforme de barrières lourdement gardées par la police à travers le monde. C’est précisément ce système international de contrôle que nous combattons, au nom d’une réelle mondialisation.

Ces connexions — et les liens plus larges qui existent entre les politiques néo-libérales et les mécanismes de la coercition d’état (police, prisons, militarisme)— ont joué un rôle de plus en plus proéminent dans nos analyses en même temps que nous étions nous-mêmes confrontés à des niveaux toujours plus élevés de répression d’état. Les frontières sont devenues une question majeure en Europe durant les réunions du FMI à Prague, et plus tard de l’UE à Nice. Au sommet de la FTAA à Québec l’été dernier, des lignes invisibles qu’ils avaient auparavant traitées comme si elles n’existaient pas (au moins pour les blancs), ont été converties du jour au lendemain en fortifications contre le mouvement des aspirants citoyens du monde, demandant le droit de protester contre leurs gouvernants. Le « mur » de trois kilomètres construit à travers le centre de Québec pour protéger les chefs d’états de tout contact avec la populace, est devenu le parfait symbole de ce que signifie le néo-libéralisme en terme d’humanité [NDT8]. Le spectacle du Black Bloc, armé de coupes-câbles et de grappins, rejoint par tout le monde, des métallurgistes aux guerriers Mohawk pour abattre le mur, est devenu — précisément pour cette raison — un des moments les plus symboliques de l’histoire du mouvement.[2]

globalization77_05Québec. Avril 2001

Il existe cependant un contraste frappant entre tout cela et les premiers internationalismes. Ces derniers finissaient généralement par exporter des modèles organisationnels occidentaux au reste du monde; dans celui-ci, l’influence s’est fait plutôt sentir dans l’autre sens. Beaucoup, la plupart peut-être, des signatures techniques du mouvement – y compris la désobéissance civile de masse – ont été développé d’abord dans les pays du sud. Sur le long terme, cela pourrait bien constituer son aspect le plus radical.

Milliardaires et clowns

Dans les médias dominantes, le terme ‘violent’ est invoqué comme une sorte de mantra — invariablement, incessamment — partout là où a lieu une vaste action : ‘manifestations violentes’, ‘affrontements violents’, ‘la police intervient dans les locaux d’opposants’, et mêmes des ‘émeutes violentes’ (il en existe d’autres sortes?). De telles expressions sont généralement utilisées quand une description en langage clair et simple de ce qui s’est passé (des gens jetant des bombes de peinture, brisant les vitrines de devantures vides, se tenant par la main pour bloquer des carrefours, des flics les frappant avec des matraques) pourrait donner l’impression que la seule partie violente était la police. Les médias US sont probablement les plus coupables ici – et ce malgré le fait qu’après deux années d’actions directes de plus en plus radicales, il est encore impossible de fournir un seul exemple d’un militant US ayant provoqué une blessure. Je dirais que ce qui dérange réellement le pouvoir en place n’est pas la ‘violence’ du mouvement mais sa relative absence; les gouvernements ne savent tout simplement pas comment traiter un mouvement ouvertement révolutionnaire qui refuse d’adopter les modèles habituels de la résistance armée.

L’effort pour détruire les paradigmes existant est généralement assez diffus. Là où il semblait auparavant que la seule alternative pour manifester était entre la désobéissance civile gandhienne non-violente ou l’insurrection pure et simple, des groupes comme Direct Action Network [NDT8] , Reclaim the Streets [NDT9] , Black Blocs [NDT10] ou Tute Bianche [NDT11] ont tous, chacun à leur manière, essayer d’imaginer un territoire entièrement nouveau face à cette alternative. Ils essaient d’inventer ce que beaucoup appellent un « nouveau langage » de désobéissance civile, en associant des éléments de théâtre de rues, de festival, et de ce qui peut être seulement appelé lutte non-violente dans le sens adopté par, disons les anarchistes Black Bloc, qui s’interdisent toute attaque physique contre des êtres humains. Ya Basta! par exemple, est célèbre pour ses tactiques tute bianche ou tout de blanc vêtus : des hommes et des femmes vêtu-es de vêtements matelassés élaborés, allant d’armures en mousse à des dispositifs de flottaison de canards en plastiques, de casques et de vêtements de protection chimique (leurs cousins britanniques sont les Wombles [NDT12] ). Alors que cette parodie d’armée se fraie un passage à travers les barricades dressées par la police, chacun protégeant l’autre contre les coups ou les arrestations, les gaz lacrymogènes ridicules semblent réduire les êtres humains à des personnages de bandes dessinées — difformes, disgracieux, insensés, largement indestructibles. L’effet est encore plus marqué lorsque des lignes de personnages costumés attaquent la police avec des ballons et des pistolets à eau ou comme le ‘Pink Bloc’ à Prague et ailleurs, se déguisent en fées et chatouillent les policiers avec des plumeaux.

16DEED09-A3DF-4EE0-92089293DE516E21Durant les conventions des partis politiques américains, les Billionaires for Bush (ou Gore) s’habillaient en smoking et en robes de soirées et essayaient de fourrer des liasses de faux billets dans les poches des policiers, en les remerciant de réprimer les contestataires. Aucun d’entre eux ne fut blessé, même légèrement — peut-être applique t-on une thérapie par aversion aux policiers contre le fait de frapper quelqu’un en smoking. Le Revolutionary Anarchist Clown Bloc [NDT13], avec leurs grandes bicyclettes, leurs perruques arc-en-ciel, avec leurs maillets qui grincent, ont semé la confusion parmi les policiers s’attaquant entre eux (ou en attaquant les billionaires). Ils avaient tous les meilleurs chants: ‘Démocratie? Ha Ha Ha!’, ‘La pizza unie ne sera jamais vaincue’, ‘Hey ho, hey ho—ha ha, hee hee!’, ainsi que des méta-chants comme ‘Appelle! Répond! Appelle! Répond!’ et le favori de tous — ‘Three Word Chant! Three Word Chant!’

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A Québec , une catapulte géante construite sur le modèle médiéval (avec l’aide du caucus de la Society for Creative Anachronism) a expédié des peluches sur le lieu de réunion de la FTAA. Des techniques guerrières anciennes ont été étudiées pour les adapter à des formes non-violentes mais radicales de confrontations : il y a eu des peltastes et des hoplites (les premiers principalement de L’Île-du-Prince-Édouard, les seconds de Montréal), et la recherche continue dans le style des protections romaines de murs de boucliers. les blocages sont devenus des formes d’art: si vous établissez une énorme toile de fils de laine à travers un carrefour, il est totalement impossible de passer; les motos de la police sont piégées comme des mouches. la Liberation Puppet avec ses bras entièrement écartés peut bloquer une autoroute à quatre voies, en même temps qu’une danse du serpent peut constituer une forme de blocage mobile. Rebels in London lors du dernier 1er mai ont organisé des actions du genre plateaux de Monopoly—construction d’hôtels à Mayfair pour les sans-abris, vente du siècle sur Oxford Street, Guerrilla Gardening [NDT14] — en partie seulement perturbées par d’importantes forces de police et une pluie diluvienne. Mais même les plus militants de tous les militants — les éco-saboteurs comme le Earth Liberation Front — évitent scrupuleusement de faire quoi que ce soit qui pourrait causer des blessures à des êtres humains (ou aux animaux, au demeurant). C’est ce brouillage des catégories conventionnelles qui déconcerte les forces de l’ordre et qui les désespère de ne pas pouvoir ramener les choses sur un territoire familier (la simple violence): jusqu’au point, à Gênes, d’encourager les hooligans fascistes à se déchaîner, comme excuse pour utiliser une force disproportionnée contre tous les autres.

On pourrait faire remonter l’origine de ces formes d’actions aux coups de pub et au théâtre guérilla des Yippies [NDT15] ou les Indiens Métropolitains italiens [NDT16] dans les années soixante, les luttes des squatters en Allemagne ou en Italie dans les années soixante-dix et quatre-vingt, ou même à la résistance paysanne à l’expansion de l’aéroport de Tokyo. Mais il me semble qu’ici aussi, les origines réellement déterminantes sont à rechercher auprès des zapatistes et autres mouvements dans les pays du sud. Sous de nombreux aspects, l’Armée Zapatiste de Libération Nationale représente une tentative d’un peuple pour s’accaparer le droit à une résistance civile non-violente qu’il s’est toujours vu refuser; essentiellement en dénonçant le bluff du néo-libéralisme et en exigeant la restitution du pouvoir à la ‘société civile’. C’est, comme le disent ses dirigeants, une armée qui aspire à ne plus être une armée (c’est une sorte de secret de polichinelle puisque, au moins durant ces cinq dernières années, on ne les a pas vu porter de vrais fusils). Marcos explique leur refus des tactiques classiques de la guérilla:

Nous pensions que le peuple soit ne nous prêterait aucune attention ou qu’il viendrait nous rejoindre pour combattre. Mais il a réagi d’aucune de ces deux manières. Il est apparu que tous ces gens, qui étaient des milliers, des dizaines de milliers, peut-être des millions, ne voulaient pas se révolter avec nous mais … ils ne voulaient pas non plus être annihilés. Ils voulaient dialoguer avec nous. Cela a complètement brisé notre modèle et a eu pour effet de définir le zapatismo, le néo-zapatismo.[3]

Aujourd’hui la AZLN est une sorte d’armée qui organise des ‘invasions’ de bases militaires mexicaines où des centaines de rebelles y pénètre totalement désarmés pour crier sur les soldats qui y résident et essayer de leur faire honte. De la même façon, les actions de masse du mouvement des ouvriers sans terre ont gagné une énorme autorité morale au Brésil en réoccupant des terres inutilisées par des moyens exclusivement non-violents. Dans les deux cas, il est tout à fait clair que si les mêmes personnes avaient essayé les mêmes choses il y a vingt ans, elles auraient été purement et simplement abattues.

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Anarchie et paix

Que vous choisissiez quoi que ce soit pour remonter aux origines, ces nouvelles tactiques sont parfaitement en accord avec l’inspiration générale anarchique du mouvement, dont le but est moins de s’emparer du pouvoir que de le dénoncer, de délégitimer et de démanteler les mécanismes de gouvernance, tout en gagnant sur eux des espaces d’autonomie toujours plus larges. Le point essentiel, cependant, est que tout cela n’est possible que dans un climat général de paix. En fait, il me semble qu’il s’agit des enjeux critiques de la lutte actuellement : enjeux qui pourraient bien déterminer la direction générale du vingt-et-unième siècle. Nous devrions nous souvenir que durant la fin du dix-neuvième et début du vingtième siècle, lorsque la plupart des partis marxistes sont devenus rapidement réformistes, l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme constituaient le centre de la gauche révolutionnaire. [4] La situation n’a changé qu’avec la première guerre mondiale et la révolution russe. C’est le succès des bolcheviques, nous dit-on, qui a conduit au déclin de l’anarchisme — avec la glorieuse exception de l’Espagne— et qui a catapulté le communisme sur le devant de la scène. Mais il me semble que l’on pourrait regarder cela d’une autre manière.

A la fin du dix-neuvième siècle, la plupart des gens croyaient sincèrement que la guerre entre les puissances industrielles était devenue obsolète; les aventures coloniales étaient une constante, mais une guerre entre la France et l’Angleterre sur le sol français ou anglais semblait aussi inimaginable qu’elle l’est aujourd’hui. Aux alentours de 1900, même l’usage de passeports était considéré comme un barbarisme désuet. le ‘court vingt-et-unième siècle’ [NDT17] a été, par contraste, probablement le plus violent de l’histoire des humains, la plupart du temps préoccupés seulement par soit mener une guerre mondiale, soit la préparer. Il n’est pas surprenant, alors, que l’anarchisme est apparu rapidement comme irréaliste, alors que la mesure par excellence de l’efficacité politique devenait la capacité à entretenir d’énormes machines à tuer. C’est une chose pour laquelle les anarchistes, par définition, ne seront jamais très bons. Il n’est pas surprenant non plus que les partis marxistes – qui ont été trop bons dans ce domaine – ont semblé être éminemment pratiques et réalistes par comparaison. Alors que la guerre froide se terminait, et que une guerre entre les puissances industrielles semblait à nouveau inimaginable, l’anarchisme est réapparu tel qu’il était exactement à la fin du dix-neuvième siècle, comme un mouvement international au centre même de la gauche révolutionnaire.

Si cela est exact, les enjeux ultimes de la mobilisation ‘anti-terroriste’ actuelle apparaissent plus clairement. A court terme, la situation apparaît comme effrayante. Les gouvernements, qui cherchaient désespérément un moyen quelconque pour convaincre l’opinion publique que nous étions des terroristes, même avant le 11 septembre, sentent qu’on leur a donné maintenant carte blanche; Il fait peu de doutes qu’un grand nombre de personnes vont subir une terrible répression. Mais sur le long terme, un retour au niveau de violence du vingtième siècle est tout à fait impossible. Le 11 septembre ressemble clairement à un extraordinaire coup de chance (le premier plan terroriste follement ambitieux à fonctionner réellement); la prolifération des armes nucléaires dans le monde garantit que des portions de plus en plus larges du globe seront, dans les faits, exclues des risques de guerres conventionnelles. Et si la guerre est la santé de l’état, les perspectives d’organisation de style anarchiste ne peuvent que s’améliorer.

La pratique de la démocratie directe

Un reproche permanent au sujet du mouvement mondialiste dans la presse progressiste est que, tout en étant remarquable sur le plan tactique, il manque de tout thème central ou d’idéologie cohérente. (Cela semble être l’équivalent de gauche des affirmations des médias dominantes selon lesquelles nous serions une bande de gamins stupides défendant un éventail de causes totalement étrangères les unes aux autres —la libération de Mumia [NDT18], l’annulation de la dette, la sauvegarde des forêts anciennes.) Un autre angle d’attaque est que le mouvement est gangrené par une opposition viscérale à toutes formes de structures ou d’organisations. Il est inquiétant que, deux ans après Seattle, je dois écrire ceci, mais quelqu’un doit le faire de toute évidence: en Amérique du Nord, notamment c’est un mouvement pour réinventer la démocratie. Il n’est pas opposé à l’organisation. Il s’agit de créer de nouvelles formes d’organisation. L’idéologie ne fait pas défaut. Ces nouvelles formes d’organisation sont idéologiques. Il s’agit de mettre en place des réseaux horizontaux à la place des structures du haut vers le bas, comme les états, les partis politiques ou les entreprises; des réseaux basés sur les principes d’une démocratie décentralisée, non-hiérarchique, fondée sur le consensus [NDT19] . Enfin, il aspire à être beaucoup plus que cela, puisqu’il aspire en fin de compte à réinventer la vie quotidienne dans son ensemble. Mais à la différence de beaucoup d’autres formes de radicalisme, il s’est d’abord organisé dans la sphère politique – principalement parce que c’était un territoire que les pouvoirs en place (qui avaient déplacé leur artillerie lourde dans le domaine économique) avaient largement déserté.

washington-squareDurant la dernière décennie, des militants en Amérique du Nord ont consacré une énorme énergie créative à réinventer les processus internes dans leurs groupes, pour créer des modèles viables de ce à quoi pourrait ressembler réellement une démocratie directe effective. Nous nous sommes particulièrement inspirés dans ce domaine, comme je l’ai remarqué, de traditions extérieures au monde occidental, qui reposent presque invariablement d’une manière ou d’une autre sur une recherche de consensus plutôt que sur un vote à la majorité. Le résultat est une panoplie riche et toujours plus étendue d’instruments organisationnels — spokescouncils [NDT20], groupes d’affinité, outils de facilitation, petits groupes de discussions, discussions en vase clos [fishbowls], questions d’obstruction des débats, observateurs d’ambiance [vibe-watchers] etc,— tous visant à créer des formes de processus démocratiques qui permettent à des initiatives venant d’en bas de voir le jour et d’obtenir une solidarité efficace maximale, sans étouffer les voix en désaccord, sans créer des positions de leadership positions ou d’obliger quiconque à faire quelque chose avec laquelle il n’est pas d’accord.

L’idée fondamentale du procédé de consensus est que, plutôt que de vote, on essaie de présenter des propositions acceptables pour tous — ou, du moins, qui ne sont pas totalement inacceptables pour quiconque: première étape, la proposition puis la demande d’objections et leur examen. A ce stade, souvent, des membres du groupe proposeront des « amendements amicaux » pour ajouter à la proposition première, ou modifieront celle-ci pour signifier que les objections ont été prises en compte. Puis, enfin, lorsque l’on appelle au consensus, o demande si quelqu’un souhaite « bloquer » ou « se retirer ». Se retirer signifie seulement »Je ne souhaite pas participer pour ma part à cette action, mais je n’empêcherai personne de la faire’. Bloquer est une façon de dire « Je pense que cela viole les principes fondamentaux ou les objectifs en vigueur dans le groupe’. Cela fonctionne comme un veto: tout le monde peut réduire à néant une proposition en la bloquant — même si il existe des faons de contester qu’un blocage est sincèrement motivé par des principes.

Il existe différentes sortes de groupes : Les Spokescouncils, par exemple, sont des assemblées qui servent de coordination entre « groupes d’affinité ». Ils se réunissent généralement avant, ou pendant, des actions directes de grande envergure comme Seattle ou Québec. Chaque groupe d’affinité (qui peut comprendre entre 4 et 20 personnes) sélectionne un ‘porte-parole’ qui est habilité à parler au nom du groupe dans le groupe plus large. Seuls les porte-paroles peuvent prendre part au processus de recherche d’un consensus au conseil, mais avant chaque décision majeure, le conseil est interrompu, chacun revenant devant son groupe d’affinité et chaque groupe recherche le consensus sur la position qu’il veut voir son porte-parole adopter (pas si pesant que cela puisse paraître). Les break-outs, pour leur part, ont lieu lorsqu’une réunion plénière se sépare en petits groupes qui se focaliseront sur la prise de décision ou la présentation de proposition, qui seront ensuite présentées pour approbation devant le groupe dans son entier. Les outils de facilitation sont utilisés pour résoudre des problèmes ou faire bouger les lignes si elles semblent s’enliser. On peut demander une séance de brainstorming, au cours de laquelle les membres peuvent proposer des idées mais sans critiquer celles des autres; ou un sondage officieux non contraignant où les membres lèvent la main pour avoir une idée de comment est reçue une proposition, sans prendre une décision. Un vase clos [fishbowl] ne sera utilisé qu’en cas de divergence profonde : on peut prendre deux représentants de chaque bord — un homme et une femme — les faire asseoir tous les quatre au milieu en les entourant silencieusement et voir si les quatre peuvent aboutir à une synthèse ou un compromis, qu’ils pourront ensuite présenter au groupe entier.

Les politiques préfiguratives

Il s’agit pour l’essentiel d’un travail en cours et créer une culture de la démocratie chez des gens qui ont peu d’expérience dans ce domaine est nécessairement un processus douloureux et en dents de scies, rempli de toutes sortes d’obstacles et de faux départs, mais – comme peut en attester n’importe quel officier de police qui nous a rencontré dans les rues — cette sorte de démocratie directe peut être incroyablement efficace. Et il est difficile de trouver quiconque ayant participé à une telle action dont l’idée des possibilités humaines n’a pas été, par la suite, profondément transformée. C’est une chose que de dire, ‘un autre monde est possible’. C’en est une autre de le mettre en pratique, même temporairement. La meilleure façon, peut-être, de commencer à réfléchir à ces organisations – le Direct Action Network, par exemple— est de les considérées comme diamétralement opposées aux groupes sectaires marxistes; ou, d’ailleurs, aux groupes sectaires anarchistes. [5] Là ou un ‘parti’ démocratique centralisé souligne l’importance d’atteindre une analyse théorique complète et correcte, où il demande une uniformité idéologique et tend à juxtaposer la vision d’un futur égalitaire à des formes d’organisation extrêmement autoritaires au présent, ces formes d’organisations recherchent ouvertement la diversité. Le débat porte toujours sur les formes spécifiques d’action; il est admis que personne ne convaincra jamais entièrement personne à son point de vue. Le message doit être, ‘Si tu souhaites agir comme un anarchiste aujourd’hui, ta vision à long terme te regarde ’. Ce qui semble plutôt sensé: aucun de nous ne sait où ces principes peuvent réellement nous mener ou à quoi peut ressembler une société complexe fondée sur ceux-ci . Leur idéologie alors est immanente dans les pratiques anti-autoritaires qui sous-tendent leurs pratiques, et l’un de leurs principes les plus explicites est que les choses doivent rester en l’état.

Enfin, j’aimerais soulever quelques questions que soulèvent les réseaux d’actions directes vis à vis de l’aliénation, et leurs implications plus larges quant aux pratiques politiques. Par exemple, qu’est ce qui fait que même lorsqu’il n’existe pratiquement aucune autre composante en faveur d’une politique révolutionnaire dans une société capitaliste, le seul groupe le plus susceptible de se montrer sympathisant est composé d’artistes, de musiciens, d’écrivains et d’autre personnes impliquée d’une façon quelconque dans une forme de production non aliénée? Il doit certainement y avoir un lien entre la démarche actuelle de d’abord imaginer les choses puis de les mettre en pratique, individuellement ou collectivement, et la capacité à concevoir des alternatives sociales —notamment la possibilité d’une société elle-même fondée sur des formes moins aliénées de créativité. On pourrait même suggérer que les coalitions révolutionnaires ont toujours eu tendance à compter sur une sorte d’alliance entre les moins aliénés et les plus opprimés d’une société; les révolutions d’aujourd’hui, pourrait-on dire, ont tendance à se produire lorsque ces deux catégories se rejoignent largement.

Cela au moins, aiderait à expliquer expliquerait, pourquoi il semble que ce soient presque toujours les paysans et les artisans — ou plus encore, des anciens paysans et artisans récemment prolétarisés — qui renversent actuellement des régimes capitalistes; et non pas ceux endurcis par des générations de travail salarié. Cela aiderait aussi à expliquer l’importance extraordinaire des luttes des peuples indigènes au sein du nouveau mouvement: ces peuples tendent à être simultanément les moins aliénés et les plus opprimés de la terre. Maintenant que les nouvelles technologies de communication ont permis de les inclure dans les alliances révolutionnaires mondiales, tout comme les résistances et les révoltes locales, il est presque inévitable qu’ils auront un rôle prédominant d’inspiration .

Notes de l’auteur et du traducteur. Toutes les illustrations sont de R&B

[1] Il en existe qui prennent tellement au sérieux les principes anarchistes de on-sectarisme et d’ouverture qu’ils sont souvent réticents à se revendiquer ‘anarchistes’ pour cette raison même.
NDT1 Voir le site de PGA
NDT2 Voir à ce sujet, par exemple The story of how we learnt to dream at Reality A report on the first Intercontinental Gathering for Humanity and Against neo-liberalism ; Première Déclaration de La Realidad contre le néolibéralisme et pour l’humanité; Deuxième déclaration de La Realidad Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte
NDT3 Traduction : Et après la première rencontre ? Par le sous-commandant Marcos, au nom du CCRI
NDT4 Le site italien de Ya basta!
NDT5 Convergence des Luttes Anticapitalistes
NDT6 No Border
NDT7 Lire par exemple Le système d’information Schengen, «big brother» dans une valise
NDT8 Lire à ce sujet The Quebec Wall: What lies behind Free Trade Area of the Americas (FTAA)? Michel Chossudovsky
NDT8 Le Direct Action Network (DAN) était un réseau de groupes affinitaires anti-multinationales, anti-autoritaires et anarchistes né à Seattle à l’occasion des manifestation contre le sommet de l’OMC en 1999. David Graeber y a participé à New-York.
[2] Aider à l’abattre à certainement été l’une des expériences les plus stimulantes de la vie de l’auteur.
NDT9 Collectif britannique opposé à la mondialisation capitaliste en général, et à la place faite aux automobiles dans les rues en particulier. Il militait pour une réappropriation des lieux publics. RTS London
Il existe une variante française, Rues Libres
NDT10 Voir sur R&B Black Bloc
NDT11 Mouvement italien, actif entre 1994 et 2001, dont les militant-es étaient entièrement vêtu-es de blanc. Lire, par exemple, Tute Bianche : The practical side of myth making (in catastrophic times)
NDT12 Wombles – acronyme pour White Overall Movement Building Liberation through Effective Struggle
NDT13 Lire par exemple le The Absolutely Unofficial, Revolutionary Anarchist Clown Bloc Communique  Nous avons notre Brigage Activiste des Clowns – BAC, côtoyé avec plaisir à Nantes dans des manifestations contre l’aéroport de NDDL.
NDT14 guérilla jardinière/potagère en français. Voir le site Guerrilla Gardening France
NDT15 Ce ne sont pas les Yippies qui ont inventé le théâtre guérilla mais RG Davis le directeur de la San Fransisco Mime Troupe. les Yippies n’ont fait que suivre, souvent maladroitement, les traces des diggers, issus pour beaucoup de la SFMT.
NDT16 Indiani Metropolitani, actifs en Italie en 1976 et 1977. Lire sur le sujet les articles de Libcom : Memories of a Metropolitan Indian, A slice of an assembly and some interventions by the Metropolitan Indians et quelques autres sur la page Metropolitan Indians
NDT17 Sans doute une référence à l’ouvrage de Eric Hobsbawm paru en 1994. L’Âge des extrêmes, histoire du court XXe siècle
[3] Interviewé par Yvon LeBot, Subcomandante Marcos: El Sueño Zapatista, Barcelona 1997, pp. 214–5; Bill Weinberg, Homage to Chiapas, London 2000, p. 188.
[4] « Entre 1905–1914, la gauche marxiste était, dans la plupart des pays, à la marge du mouvement révolutionnaire, la plupart des organisations marxistes avaient été identifiées de facto comme sociales démocrates non révolutionnaires, tandis que le noyau de la gauche révolutionnaire était anarcho-syndicaliste, ou, du moins, plus proche des idées et de l’état d’esprit de l’anarcho-syndicalisme que du marxisme classique ». Eric Hobsbawm, ‘Bolshevism and the Anarchists’, Revolutionaries, New York 1973, p. 61.
NDT18 Mumia Abu-Jamal, militant afro-américain, condamné en 1982 à la peine de mort pour le meurtre d’un policier à Philadelphie, peine commuée plus tard en prison à vie. Il existe une campagne internationale pour sa libération Free Mumia et en France Libérons Mumia (parmi d’autres)
NDT19 David Graeber a souvent développé le concept de consensus Voir Enacting the Impossible (On Consensus Decision Making) et Some Remarks on Consensus
NDT20 Ce procédé a été utilisé plus tard également lors de Occupy Wall Street (dont David Graeber a été un des principaux initiateurs); voir par exemple Occupy Wall Street Debuts the New Spokes Council Village Voice 8 novembre 2011
[5] Ce que l’on pourrait appeler des groupes anarchistes avec un A majuscule comme disons, la North East Federation of Anarchist Communists — dont les membres doivent accepter la plate-forme des anarchistes communistes élaborée en 1926 par Nestor Makhno — existent encore, bien sûr. Mais les anarchistes , avec un a minuscule, sont d’ores et déjà le vrai centre du dynamisme historique.

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