Living Theatre Déclaration (avril 1970)

Ce texte n’est pas une traduction inédite de R&B. Il a été publié dans Le Living Theatre : Historique. Anarchisme et non-violence n°27 (octobre/novembre 1971). La version anglaise a paru dans Living Theatre Declaration Anarchism – A Documentary History of Libertarian Ideas Volume One – From Anarchy to Anarchism (300 CE to 1939).Graham Robert éd.Black Rose Books 2005 p.140


Les structures de la société croulent. Toutes les institutions en ressentent les secousses. Comment répondez vous à ce rayonnement d’énergie ?

Pour une plus grande mobilité, le Living Theatre se divise en quatre cellules. L’une d’elles est actuellement implantée à Paris et son orientation est principalement politique. Une autre se trouve à Berlin et s’intéresse aux problèmes de l’environnement. Une troisième est implantée à Londres et son orientation est culturelle. Une qua­trième est en route pour l’Inde, elle est tournée vers la spiritualité. Pour aboutir à une transformation, les structures de la société doivent être attaquées de toutes parts ; tel est notre but.

Dans le monde d’aujourd’hui de nombreux mouvements sont voués à la transformation des structures du complexe capitaliste bureaucratique militaire autoritaire policier en son contraire, un organe communautaire non violent. Les structures s’effondreront si elles sont ébranlées correctement. Notre but est d’apporter notre soutien à toutes les forces de libération.

Mais d’abord nous devons nous sortir du guêpier où nous sommes tombés. Les édifices qui portent le nom de théâtre sont un piège architectural. L’homme de la rue n’entrera jamais dans un tel lieu :

— Parce qu’il ne le peut pas : le théâtre appartient à ceux qui ont les moyens d’y pénétrer ; tous les bâtiments sont maintenus en la possession de l’Establishment par la force ;
— Parce que la vie qu’il mène hors de son travail et le travail lui­-même l’épuisent ;
— Parce qu’à l’intérieur du théâtre on utilise un langage code qui ne l’intéresse pas et ne se situe pas dans le champ de ses préoccupations.

Le Living Theatre ne veut plus jouer pour l’élite privilégiée car tout privilège est une violence faite aux déshérités.

C’est pourquoi le Living Theatre ne veut plus jouer dans les théâtres. Il faut en finir, l’édifice croule !

Le Living Theatre ne veut plus être une institution. Il est on ne peut plus clair que toutes les institutions sont sclérosées et apportent leur soutien à l’ordre établi. Après vingt ans d’existence la structure du Living Theatre s’est institutionnalisée. Toutes les institutions s’effondrent ; le Living Theatre devait lui aussi disparaître ou se transformer.

Comment vous tirerez vous de ce piège ?

— Affranchissez vous le plus possible de votre dépendance du système économique. Il n’a pas été facile au Living Theatre de diviser la communauté, car nous vivions et travaillions ensemble dans l’affection. Seuls des besoins radicaux et non les dissensions nous ont séparés. Un petit groupe peut survivre avec de l’audace et de l’ingéniosité. Il est temps maintenant pour chaque cellule de trouver des moyens de subsistance sans devenir un produit de consommation.
— Abandonnez les théâtres ! Créez d’autres moments théâtraux pour l’homme de la rue. Créez les circonstances qui amèneront l’action, la plus haute forme théâtrale qui soit. Créez l’action !
— Trouvez de nouvelles formes. Détruisez la barrière de l’art. L’art est prisonnier des structures mentales des dirigeants. C’est ainsi que l’art est conçu pour servir les besoins de la classe dominante. Si l’art ne peut servir les besoins du peuple, que l’on s’en débarrasse. Nous n’avons besoin de l’art que s’il permet de dire la vérité, afin que devienne clair ce qui est à faire et comment le faire.

Voir aussi :

Site officiel du Living theatre

Storming the Barricades (1964) Julian Beck dans Anarchism – A Documentary History of Libertarian Ideas Volume One – From Anarchy to Anarchism (300 CE to 1939).Graham Robert éd.Black Rose Books 2005 p131

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