Gustav Landauer

Brève biographie

Gustav Landauer, 7 avril 1870 – 2 mai 1919, était un anarchiste allemand, issu d’une d’une famille juive de classe moyenne. . Il fut le principal théoricien du socialisme libertaire en Allemagne. Il a été impliqué dans la création de la république des Conseils de Bavière en tant que commissaire à l’instruction publique et à la culture. Landauer est aussi connu pour être le premier traducteur en allemand moderne du mystique médiéval Maître Eckhart, ainsi que pour l’étude et la traduction d’œuvres de William Shakespeare.

Exclu du Parti social-démocrate en 1891, il adhère au groupe des Jungen et en 1893, Il devient rédacteur de Der Sozialist, le journal du groupe qui se divise en une aile libertaire et une aile moins radicale qui retournera par la suite à la social-démocratie. Landauer prend le contrôle du journal et lui donne un ton résolument anarchiste.

En 1893, Landauer participe au Congrès socialiste international de Zurich d’où seront exclus, avec les anarchistes, les socialistes qui ne reconnaissent pas la nécessité de la « conquête du pouvoir politique ».

En 1896, il est délégué de l’Union des socialistes indépendants au Congrès international de Londres, dont il sera sera expulsé en compagnie des anarchistes, hostiles à l’action politique et au parlementarisme.

Emprisonné à trois reprises entre 1893 et 1896, il se consacre à un travail de recherche, notamment sur les écrits du mystique rhénan, Maître Eckhart. Martin Buber le familiarise avec la mystique juive.

En 1902, il se rend en Angleterre où il côtoie Kropotkine.

En 1907, il écrit son ouvrage majeure La révolution

En 1908 il créé la Ligue socialiste (Sozialistische Bund), une fédération décentralisée de groupes anarchistes, qui tentera sans succès d’empêcher le déclenchement de la Première Guerre mondiale par le projet d’une grève générale.

En 1915, le Sozialist est interdit par la censure militaire et Landauer est mis sous surveillance policière.

Lors de la révolution de novembre 1918, Gustav Landauer vient à Munich à la demande du nouveau ministre-président Kurt Eisner, avec qui ses vues sur l’importance des conseils ouvriers et son hostilité au parlementarisme entraineront très vite un désaccord. Après l’assassinat de Eisner, Landauer participe alors à la proclamation de la République des conseils de Bavière, en avril 1919, En mai 1919, lorsque l’armée reprend Munich, Landauer est arrêté et sauvagement assassiné.

Bibliographie en français

La Révolution, éditions Champ libre, Paris, 1974. (1ère éd.) Éditions Sulliver, 2006

Articles et documents en ligne

De :

Revolution and other writings – Gustav Landauer Edité et traduit par Gabriel Kuhn PM Press 2010

Compilation d’une trentaine d’essais, articles et correspondance

Anarchism — Socialism Gustav Landauer 1895

Extrait de Revolution and Other Writings: A Political Reader opt citée (Traduction R&B ci-dessous)

Anarchism in Germany Gustav Landauer

Call to Socialism Gustav Landauer

Avant-propos à la seconds édition Munich, 3 Janvier, 1919 – Préface à la première édition, mars 1911.

Sur :

Gustav Landauer René Furth

Gustav Landauer, révolutionnaire romantique Michael Löwy

Anarchisme – Socialisme

Texte original : Anarchism — Socialism Gustav Landauer 1895

Extrait de Revolution and Other Writings: A Political Reader (Gabriel Kuhn, traduction et édition), Oakland: PM Press, 2010): p. 70–74

Journal pour l’Anarchisme et le Sociialisme — c’est ce qu’il dit.

L’anarchisme est le but que nous poursuivons : l’abolition de domination et de l’état; la liberté de l’individu. Le socialisme est le moyen par lequel nous voulons atteindre et préserver cette liberté: solidarité, partage et travail coopératif.

Certains disent que nous avons inversé le cours de choses en faisant de l’anarchisme notre but et du socialisme nos moyens. Ils considèrent l’anarchie comme négative, en l’absence d’institutions, alors que le socialisme est le signe d’un ordre social positif. Il pense que l’aspect positif devrait constituer le but et le négatif les moyens, qui peuvent nous aider à détruire tout ce qui nous empêche d’atteindre le but. Ces personnes ne parviennent pas à comprendre que l’anarchie n’est pas seulement un concept abstrait de la liberté mais que les notions d’une vie libre et d’une activité libre incluent beaucoup de réalités concrètes et positives. Le travail sera présent —un travail enrichissant et équitablement distribué ; mais ce travail ne sera qu’un des moyens de développer et de renforcer nos fortes capacités naturelles, de servir nos camarades humains, la culture et la nature, et de profiter au maximum des richesses de la société.

Quiconque n’est pas aveuglé par les dogmes des partis politiques reconnaitra que l’anarchisme et le socialisme ne sont pas opposés mais inter-dépendants. Le travail réellement coopératif et une collectivité réelle ne peuvent exister que là où les individus sont libres, et les individus libres ne peuvent exister que là où leurs besoins sont satisfaits à travers la solidarité fraternelle.

Il est absolument nécessaire de combattre le mensonge social démocrate selon lequel l’anarchisme et le socialisme sont aussi à l’opposé que « l’eau et le feu ». Ceux qui profèrent de tels mensonges prétendent habituellement que : Socialisme signifie “socialisation.” . Ce qui entraine que à son tour, la société — un terme vague englobant tous les êtres humains qui habitent la planète — seront amalgamés, unifiés et centralisés. Les prétendus « intérêts de l’humanité » deviennent la loi suprême et les intérêts spécifiques de certains groupes sociaux et d’individus deviennent secondaires. D’un autre côté, l’anarchisme signifie l’individualisme, par exemple,le désir des individus d’exercer un pouvoir sans limites; il sous-rend l’atomisation et l’égoïsme. Par conséquent, nous nous trouvons devant des oppositions incompatibles: socialisation et sacrifice individuel d’un côté; individualisation et égocentrisme de l’autre.

Je pense qu’il est possible d’illustrer les défauts de telles affirmations à travers une simple allégorie. Imaginons une ville qui connait à la fois le soleil et la pluie. Si quelqu’un suggère que la seule façon de se protéger de la pluie est de construire un toit immense qui couvrira la ville entière et qui sera toujours présent, qu’il pleuve ou non, alors cela serait une solution « socialiste » selon les sociaux démocrates. D’un autre côté, si quelqu’un suggère que, par temps de pluie, chaque individu pourrait prendre un des parapluies mis à disposition par la ville et que ceux qui arriveraient trop tard serait simplement malchanceux, alors il s’agirait d’une solution « anarchiste ». Pour nous anarchistes socialistes ces deux solutions nous apparaissent comme ridicules. Nous ne voulons ni obliger tous les individus à vivre sous un même toit, ni voir tout finir dans des bagarres pour des parapluies. Lorsque c’est utile, nous pouvons partager un même toit — à condition qu’il puisse être enlevé lorsqu’il devient inutile. De la même façon, tous les individus peuvent posséder leur propres parapluies, du moment où ils savent comment s’en servir. Et en ce qui concerne ceux qui veulent se faire mouiller — et bien nous ne les obligerons pas à rester secs.

Mais laissons les allégories de côté. Voici ce dont nous avons besoin :des associations humaines dans des domaines qui concerne les intérêts de l’humanité; des associations de personnes précises dans des domaines qui concernent les intérêts des personnes précises; des associations de deux individus dans des affaires qui concernent les deux individus; l’ individualisation des affaires qui concernent un individu.

A la place de l’état national et de l’état mondial dont rêvent à la fois les sociaux démocrates, nous anarchistes voulons un système libre d’associations et de sociétés multiples, imbriquées et originales. Ce système sera basé sur le principe que tous les individus sont les plus proches de leurs propres intérêts et que leurs chemises sont plus proches de leur peau que leurs vestes. Il sera rarement nécessaire de s’adresser à l’humanité entière pour résoudre un problème spécifique. Par conséquent, il n’y a nul besoin d’un parlement, ou de toute autre institution à l’échelle mondiale.

Il existe des questions qui concernent l’humanité dans son ensemble, mais dans ce cas, les différents groupes trouverons des manières d’atteindre des solutions communes. Prenons l’exemple du transport international et de ses réseaux ferroviaires imbriqués comme exemple. Dans ce cas, les représentants de chaque pays trouvent des solutions malgré l’absence d’une structure plus haute de coordination. La raison en est simple: la nécessité l’exige. Il n’est donc pas surprenant que je considère le Reichskursbuch comme la seule publication bureaucratique valant la peine d’être lue (1). Je suis convaincu que cet ouvrage recevra plus d’honneur à l’avenir que tous les ouvrages de droits de tous les pays réunis!

D’autres questions qui nécessiteront une attention à l’échelle mondiale seront les mesures, les termes scientifiques et techniques et les statistiques, qui sont importantes pour la planification économiques et autres raisons (Tout en étant beaucoup moins importantes que ne le pensent les sociaux-démocrates qui veulent en faire le trône sur lequel bâtir la domination mondiale des peuples). Ceux qui ne sont pas condamnés à l’ignorance par les conditions que leur imposent des forces puissantes utiliseront bientôt les statistiques à bon escient sans aucune institution à l’échelle mondiale. Il existera probablement une quelconque organisation mondiale pour compiler et comparer les différentes données statistiques mais elle ne jouera pas un rôle significatif et ne constituera jamais une force politique puissante.

Existe t’il de semblables intérêts au sein d’une nation? Oui, quelques-uns: la langue, la littérature, les arts, les traditions, et les rituels possèdent tous quelques caractéristiques nationales. Cependant, dans un monde sans domination, sans « territoires annexés » et sans concept de « territoire national » (territoire qui a été défendu et agrandi), de tels intérêts ne signifieront pas la même chose qu’aujourd’hui. Le concept de “main d’œuvre nationale”, par exemple, disparaitra entièrement. Le travail sera structuré de manière indépendante de toute langue ou ethnographie. Pour ce qui est des conditions de travail dans les collectivités locales, le géographie et la géologie sont toutes les deux très importantes. Mais qu’est-ce que nos états-nations ont à voir avec ces réalités ? (les différences de langues, aussi importantes fussent-elles,posent beaucoup moins de problèmes qu’on ne l’imagine habituellement .)

A propos du travail, il existe différents courants au sein du camp anarchiste. Certains anarchistes propage le droit à la libre consommation. Ils pensent que tous les individus devront produire selon leurs possibilités et consommer selon leurs besoins. Ils affirment que personne d’autre que l’individu lui-même n’est en mesure d’évaluer ses capacités et ses besoins. L’idée est d’avoir des magasins remplis par le travail volontaire qui répond aux besoins des populations. Le travail sera réalisé parce que chaque individu comprendra que la satisfaction de chacun-e demande un effort collectif. Les statistiques et les informations sur les conditions de travail de chaque collectivité précise indiqueront quelles quantités produire et quelle quantité de travail sera nécessaire, en prenant en compte à la fois la technologie et la force de travail dans son ensemble. Le besoin de travailleurs sera annoncé publiquement à tous ceux qui sont éligibles. Ceux qui refuseront de travailler — totalement ou partiellement — même si ils sont en capacité de le faire, seront exclus socialement.

Je pense qu’il s’agit là d’un résumé précis et sans ambiguïté des idées communistes. Je veux maintenant expliquer pourquoi je considère ces notions d’organisation du travail insuffisantes et injustes.

Je ne les considère pas comme impossibles. Je pense que le communisme et le droit à la libre consommation peuvent exister. Néanmoins, je crois que beaucoup de personnes refuseront de travailler. L’ostracisme social leur importera peu — elles peuvent être assurées du soutien mutuel et du respect de la part de leurs pairs.

Ce n’est cependant pas le problème le plus important. Ce qui pose le plus de problème, c’est la création d’une nouvelle autorité morale; une autorité morale qui qui fait « les meilleurs êtres humains » de ceux qui travaillent le plus, qui sont prêts aux tâches les plus difficiles et les plus sales, et qui font des sacrifices au profit des lâches, des paresseux et des profiteurs. Les contraintes d’une telle moralité, et les valorisations sociales qu’elle promet, seront bien pire et dangereuses que la plus acceptable contrainte que nous connaissons : l’égoïsme. Je suis parvenu à cette opinion après une longue réflexion. Une société basée sur la contrainte de la moralité sera de loin plus uni-dimensionnelle et injuste qu’une société basée sur la contrainte de l’égoïsme.

Les anarchistes qui partagent cette opinion voient le rapport entre le travail des individus et leur consommation. Ils veulent organiser le travail sur la base de l’égoïsme naturel. Cela signifie que ceux qui travaillent travailleront avant tout pour eux-mêmes. En d’autres termes, ceux qui se joindront à des domaines de travail précis le feront parce qu’ils en attendent des bénéfices personnels précis ;ceux qui travailleront plus que d’autres le feront parce qu’ils ont davantage de besoins à satisfaire; ceux qui effectueront les tâches les plus difficiles et sales (travail qui devra toujours être fait, même dans des conditions moins horribles qu’aujourd’hui) le feront parce que — contrairement à aujourd’hui — ce travail sera le plus valorisé et le mieux rétribué.

La critique de ce genre d’organisation du travail comporte trois volets:d’abord, on le voit comme une injustice envers les faibles intellectuellement et physiquement; ensuite, on craint que des richesses individuelles soient accumulées et qu’apparaissent de nouvelles formes d’exploitation; enfin, on s’inquiète de voir une classe exclusive de producteurs gagner et défendre des privilèges.

Je considère toutes ces inquiétudes comme infondées. Il est exact qu’il y aura une différenciation du travail. Néanmoins, si les individus sont bien formés et leurs talents bien exploités, alors chacun trouvera un travail qui corresponde à ses qualifications. Certain-es trouveront adapté un travail intellectuel, d’autres un travail manuel, etc. Ceux incapables de travailler — les malades, les personnes âgées — seront assistés de différentes manières, comme le sont les enfants. Le principe d’aide mutuelle sera central.

Il sera impossible pour des individus des richesses conduisant à l’exploitation, puisque chacun, dans une société anarchiste, comprendra que l’usage commun des terres et des moyens de production répondent à leur intérêt individuel. Par conséquent, ceux qui travailleront le plus pourront obtenir des bénéfices en termes de possession personnelle mais pas en termes d’exploitation.

Enfin, aucun groupe ne gagnera quoi que ce soit en devenant exclusif. Il serait instantanément boycotté. Si un groupe quelconque parvenait à prendre l’avantage dans un domaine précis de production, de nouveaux producteurs apparaitraient et cela ne prendrait pas beaucoup de temps avant qu’un équilibre juste ne soit rétabli. Lorsque les travailleurs vont et viennent librement, et lorsqu’il existe une réelle compétition libre entre égaux, alors les inégalités permanentes deviennent impossibles.

Il n’est pas inconcevable que l’organisation du travail, comme je l’ai esquissé ci-dessus, puissent prendre simultanément deux formes différentes dans des région ou dans des domaines d’activités différents. L’expérience pratique déterminera vite la forme la plus viable. Dans tous les cas, le but de ces formes est le même : la liberté de l’individu sur la base de la solidarité économique. Il n’y a pas de raison de polémiquer sur les détails organisationnels de la société future. Il est plus important d’unir nos forces pour créer les conditions sociales permettant les expériences pratiques qui trancheront ces questions.

L’anarchie n’est pas un système sans vie de pensées toute faites. L’anarchie, c’est la vie; une vie qui nous attend après nous être libérés du joug.

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1. Reichskursbuch: Ancien horaire de train allemand .

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