Mollie Steimer

Mollie Steimer: Une vie Anarchiste

Paul Avrich

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(De son vraie nom, Marthe Alperine)

Texte original

Extrait de Anarchist Portraits ,Paul Avrich, Princeton University, New Jersey, 1988

 

Le 23 juillet 1980, Mollie Steimer est morte d’une crise cardiaque dans la ville mexicaine de Cuernavaca, mettant fin à une vie d’activité ininterrompue au service de la cause anarchiste. Au moment de sa mort, Steimer était une des dernières figures connues étroitement liée avec Emma Goldman et Alexander Berkman. Elle était aussi une des dernières anarchistes d’une époque révolue avec une réputation internationale, la survivante d’un groupe remarquable d’exilés politiques russes au Mexique qui comprenaient des personnalités aussi différentes que Jacob Abrams, Victor Serge et Léon Trotsky.

Lorsque son cœur a lâché, Steimer avait quatre-vingt deux ans. Née le 21 novembre 1897, dans le village de Dunaevtsy au sud-ouest de la Russie, elle a émigré aux États-Unis en 1913 avec ses parents et cinq frères et sœurs. Âgée seulement de quinze ans à son arrivée, elle a commencé immédiatement à travailler dans une usine de confection pour aider financièrement sa famille. Elle a commencé aussi à lire de la littérature radicale , commençant avec Women and Socialism de Bebel (1) et Underground Russia de Stepniak (2) avant de découvrir les œuvres de Bakounine, Kropotkine et Goldman. En 1917, Mollie était devenue une anarchiste. Avec le déclenchement de la révolution russe, elle a plongé dans l’agitprop, en rejoignant un groupe de jeunes anarchistes réuni autour d’un journal clandestin yiddish intitulé Der Shturm (La Tempête). Déchiré par des dissensions internes, le groupe Shturm s’est réorganisé vers la fin de l’année, adoptant le nom de Frayhayt (Liberté) et lançant un nouveau journal du même nom, dont cinq numéros parurent entre janvier et mai1918, avec des dessins de Robert Minor (3) et des articles de Maria Goldsmith (4) et Georg Brandes (5), entre autres. Pour devise, les éditeurs avaient choisi la célèbre maxime de Henry David Thoreau, « Le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout » (en yiddish: « Yene regirung iz dibeste, velkhe regirt in gantsn nit »), une prolongation du « Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins » de Jefferson

Le groupe Frayhayt était constitué d’environ une douzaine de jeunes hommes et femmes, ouvrier-es juifs originaires de l’Europe de l’est, qui se réunissaient régulièrement au 5 East 104th Street dans Harlem, ou plusieurs d’entre eux, dont Steimer, partageaient un appartement de six pièces. La figure la plus active de groupe, mise à part Mollie elle-même, était Jacob Abrams, 32 ans, qui avait immigré de Russie en 1906. En 1917, comme secrétaire du syndicat des relieurs, Abrams s’était efforcé d’empêcher l’ extradition de Alexander Berkman à San Francisco, où les autorités cherchaient à l’impliquer dans la célèbre affaire du dynamitage Mooney-Billings (6). Une autre membre du groupe était Mary, la femme de Abrams, une survivante de l’incendie tragique du Triangle Shirtwaist de 1911 (7) , dont elle réussit à s’échapper avec des blessures mineures en sautant par une fenêtre. Le reste du groupe comprenait Hyman Lachowsky, un imprimeur, Samuel Lipman, 22 ans et plus marxiste qu’anarchiste, Ethel Bernstein la compagne de Lipman, sa sœur Rose Bernstein, Jacob Schwartz, Sam Hartman, Bernard Sernaker (dont les filles, Germinal et Harmony, étaient à la Ferrer School de Stelton), Clara Larsen, Sam et Hilda Adel (oncle et tante de l’écrivain Léon Edel), et Zalman et Sonya Deanin.

Le groupe, comme collectif, éditait et distribuait clandestinement ses journaux. Par nécessité car il avait été déclaré illégal par le gouvernement fédéral pour son opposition à l’effort de guerre américain, pour ne pas parler de ses orientations anti-capitaliste, pro-révolutionnaire et pro-soviet (Son en-tête proclamait « la seule guerre juste est la révolution sociale »). Imprimant le journal sur une presse à main, le groupe le pliait serré et le glissait de nuit dans les boîtes aux lettres à travers la ville. Les autorités locales et fédérales eurent bientôt vent de leurs activités mais étaient incapables de remonter jusqu’à ses membres jusqu’à ce que survienne un incident qui catapulta Abrams, Steimer et leurs camarades dans les unes des journaux – et les fit atterrir en prison.

Ce fut le débarquement des troupes américaines en Russie durant le printemps et l’été 1918 qui provoqua cet incident. Considérant cette intervention comme une manœuvre contre-révolutionnaire, les membres du groupe Frayhayt décidèrent de l’arrêter. Pour cela, ils rédigèrent deux tracts , un en anglais, l’autre en yiddish, appelant les ouvriers américains à déclencher une grève général. « Permettrez-vous que la révolution russe soit écrasée? » demandait le tract en anglais. « Oui ; vous, c’est à vous que l’on s’adresse, le peuple d’Amérique! LA REVOLUTION RUSSE APPELLE A L’AIDE LES OUVRIERS DU MONDE. La révolution russe crie : ‘OUVRIERS DU MONDE ! REVEILLEZ-VOUS! LEVEZ-VOUS! ABATTEZ VOTRE ENNEMI ET LE MIEN!’ Oui, les amis, les travailleurs à travers le monde n’ont qu’un ennemi et c’est le CAPITALISME » Le tract en yiddish contenait un message semblable: « Ouvriers, notre réponse à l’intervention barbare doit être une grève générale ! Une contestation publique fera savoir au gouvernement qu’il n’y a pas que les ouvriers russes qui combattent pour la liberté , mais que l’esprit de la révolution vit aussi ici, en Amérique. Ne laissez pas le gouvernement vous effrayer avec ses peines de prison démentes, ses pendaisons et ses fusillades. Nous ne devons pas trahir, et ne trahirons pas, les magnifiques combattants de Russie. Ouvriers, battons-nous! »

Chaque version du tract fut tiré à cinq mille exemplaires. Steimer en distribua la majeure partie à travers. Puis, le 23 août 1918, elle emmena le restant à l’usine dans lower Manhattan où elle travaillait, en distribua un certain nombre et jeta le reste d’une fenêtre des toilettes à l’étage. En atterrissant dans la rue en dessous, ils furent ramassés par un groupe d’ouvriers qui prévinrent immédiatement la police. Celle-ci, à son tour, alerta les services de renseignements de l’armée qui envoyèrent deux sergents à l’usine. En se déplaçant d’un étage à l’autre, ils rencontrèrent un jeune ouvrier, Hyman Rosansky, une récente recrue du groupe Frayhayt, qui avait aidé à la distribution des tracts. Rosansky avoua sa participation, se transforma en indic et impliqua le reste de ses camarades .

Steimer fut rapidement placée en détention préventive, avec Lachowsky et Lipman. Le même jour, la police fit une descente au quartier général du groupe au East 104th Street, saccageant l’appartement et arrêtant Jacob Abrams et Jacob Schwartz, frappés à coups de poings et de matraques sur le chemin du commissariat. Lorsqu’ils arrivèrent, ils furent frappés à nouveau. Schwartz crachait du sang. Peu après, Lachowsky fut amené, couvert de contusions et en sang, avec des poignées de cheveux arrachés. Durant les jours suivants, le reste du groupe fut arrêté et questionné. Quelques-uns furent relâchés, mais Abrams, Steimer, Lachowsky, Lipman et Schwartz, avec un ami du nom de Gabriel Prober, furent accusés de conspiration ayant pour but de violer le Sedition Act (8), voté par le Congrès plus tôt dans l’année. Rosansky, qui avait coopéré avec les autorités, eut droit à l’ajournement de son procès.

La cas Abrams, nom sous lequel il allait être connu, constitue un fait marquant dans la répression des libertés civiles aux États-Unis. Comme la plus importante poursuite judiciaire sous le Sedition Act, il est cité par toutes les sources historiques sur le sujet, comme l’une des violations les plus flagrantes du droit constitutionnel durant l’hystérie de la Peur Rouge qui suivit la première guerre mondiale.

Le procès, qui dura deux semaines, s’ouvrit le 10 octobre 1918, au Tribunal Fédéral de New York. Les accusés étaient Abrams, Steimer, Schwartz, Lachowsky, Lipman et Prober. Schwartz, cependant, n’apparut jamais lors du procès. Sévèrement battu par la police, il avait été transféré à l’hôpital de Bellevue, où il est mort le 14 octobre, pendant le déroulement du procès. Les compte-rendus officiels attribuent son décès à la grippe espagnole, une épidémie qui faisait alors rage. Pour ses camarades, néanmoins, Schwartz avait été brutalement assassiné. Ses funérailles se transformèrent en manifestation politique; et le 25 octobre, une manifestation à sa mémoire, présidée par Alexander Berkman, fut organisée en son honneur au Parkview Palace. Mille deux cents personnes en deuil y assistèrent et entendirent des discours par John Reed (9), qui avait été lui-même arrêté pour avoir condamné l’intervention américaine en Russie , et Harry Weinberger, l’avocat de la défense dans le cas Abrams, qui avait précédemment représenté Berkman et Goldman dans leur procès de 1917 pour leur opposition au service militaire (10). Il servira peu après de conseiller juridique à Ricardo Flores Magon (11) dans sa tentative pour sa libération de prison.

Le cas Abrams a été jugé par Henry DeLamar Clayton, qui avait été député de l’Alabama pendant dix-huit ans au Congrès. Clayton a démontré être un autre Gary ou Thayer, les juges dans les cas Haymarket et Sacco-Vanzetti. Il a posé des questions sur « l’amour libre » des accusés et s’est moqué d’eux et les a humilié à chaque occasion. « Vous parlez sans cesse de producteurs, » avait-il dit à Abrams. « Alors puis-je vous demander pourquoi vous ne partez pas pour produire ? Il y a un tas de terres non cultivées qui ont besoin d’attention dans ce pays. » Lorsque Abrams, à un autre moment, s’est qualifié d’anarchiste et a ajouté que le Christ était aussi un anarchiste, Clayton l’a interrompu : « Notre Seigneur n’est pas en procès ici . Vous, si. » Abrams a commencé à répondre : « Lorsque nos ancêtres de la révolution américaine »- mais il ne put aller plus loin. Clayton : « Vos quoi ? » Abrams : « Mes ancêtres. » Clayton : « Voulez-vous dire que vous faites référence aux pères de cette nation comme étant vos ancêtres ? Je pense que vous pouvez laisser tomber aussi parce que Washington et les autres ne sont pas en procès ici. » Abrams expliqua qu’il y avait fait référence parce que « J’ai du respect pour eux. Nous sommes une grande famille humaine et j’ai dit ‘nos ancêtres’. Ceux qui se rangent du côté du peuple, je les appelle pères. »

Weinberger, l’avocat de la défense, s’efforça de démontrer que le Sedition Act avait pour but de pénaliser les activités qui entravaient la conduite de la guerre et que, puisque l’intervention américaine n’était pas dirigée contre les allemands et leurs alliés, alors l’opposition des accusés ne pouvait pas être interprétée comme une interférence avec l’effort de guerre. Cet argument fut cependant rejeté par le juge Clayton avec la remarque que « les fleurs qui s’épanouissent au printemps, tra la, n’ont rien à voir avec le cas. » Le New York Times, louant les « méthodes à demi humoristiques » du juge, écrivit qu’il méritait « les remerciements de la ville et du pays pour la façon dont il avait conduit le procès. » Upton Sinclair (12), au contraire, affirma que Clayton avait été importé d’Alabama pour protéger la démocratie contre Hester Street.(13)

Avant la conclusion du procès, Mollie Steimer prononça un vibrant discours où elle expliqua ses opinions politiques. « Par anarchisme, » déclara t’elle « j’entends un nouvel ordre social, ou aucun groupe humain ne sera gouverné par aucun autre humain. La liberté individuelle, dans tous les sens du terme, prévaudra. La propriété privée sera abolie. Chaque personne se verra offerte l’opportunité de se construire, aussi bien intellectuellement que physiquement. Nous n’aurons plus à lutter pour notre vie quotidienne comme nous le faisons maintenant. Personne ne vivra sur le travail des autres. Chacun produira du mieux qu’il le peut et en profitera selon ses besoins. Au lieu de nous échiner à gagner de l’argent, nos efforts porteront sur l’éducation, la connaissance. Alors que actuellement les peuples du monde sont divisés en différents groupes, qui se nomment nations, et que les nations se défient les unes les autres – se considérant comme concurrentes – les travailleurs à travers le monde se tendront les mains avec un amour fraternel. Je consacrerai toute mon énergie et, si nécessaire, donnerai ma vie pour l’accomplissement de cette idée. »

Avec Clayton aux manettes, la conclusion du procès était prévisible. Le jury déclara tous les accusés coupables, sauf un (Prober fut acquitté de toutes les charges). Le jour de la sentence, le 25 octobre, Samuel Lipman s’avança et commença à s’adresser à la cour au sujet de la démocratie. « Vous ne savez rien de la démocratie, » l’interrompit le juge Clayton, « et la seule chose que vous comprenez c’est le cauchemar de l’anarchie. » Clayton condamna les trois hommes, Lipman, Lachowsky et Abrams, à la peine maximale de vingt ans de prison et à 1 000 $ d’amende ; Steimer fut condamnée à quinze ans et à 500$ d’amende. (Rosansky, dans un procès séparé, s’en sortit avec trois ans.)

cinqNew York Tribune 24 octobre 1918

La barbarie des sentences pour une distribution de tracts choqua à la fois les libéraux et les radicaux. Un groupe de membres de la faculté de droit de Harvard, conduit par Zechariah Chafee (14), protestèrent contre le fait que les accusées avaient été condamnés uniquement parce qu’ils plaidaient pour une non-intervention dans les affaires d’une autre nation, en clair, pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. « Après s’être enorgueillis depuis plus d’un siècle d’être un asile pour tous les opprimés du monde, » déclara le professeur Chafee, « nous ne devons pas soudainement adopter l’idée que nous ne sommes qu’un asile pour les hommes moins radicaux que nous. Supposons que l’Angleterre monarchiste ait adopté une telle position envers le républicain Mazzini ou l’anarchiste Kropotkine ! »

« Tous les membres de la faculté de droit » se joignirent à Chafee pour rédiger une pétition demandant l’amnistie, y compris de distingués juristes comme Roscoe Pound et Felix Frankfurter. Des pétitions semblables furent signées par Norman Thomas, Hutchins Hapgood, Neith Boyce, Leonard Abbott, Alice Stone Blackwell, Henry Wadsworth Longfellow Dana, et Bolton Hall. A Detroit, Agnes Inglis, la future conservatrice de la Labadie Collection à l’Université du Michigan (15), prit la défense des accusés. Un anarchiste italien de la même ville écrivit une pièce de théâtre et la joua avec ses camarades.

En outre, deux organisations de New York vinrent à l’aide des prisonniers, qui firent appel devant la Court Suprême des États-Unis. La première était la League for the Amnesty of Political Prisoners (16), présidée par Pryns Hopkins, avec M. Eleanor Fitzgerald pour secrétaire et Leonard Abbott, Roger Baldwin, Lucy Robins, Margaret Sanger et Lincoln Steffens comme membres du conseil consultatif, publia un tract sur le cas Is Opinion a Crime ? Le second groupe, le Political Prisoners Defense and Relief Committee, fut organisé par Sam et Hilda Adel, avec d’autres anciens membres du groupe Frayhayt, soutenu par le Fraye Arbeter Shtime, (17) le Workmen’s Circle (18), et la Bookbinders’ Union, dont Abrams avait été secrétaire. En 1919, il publia un pamphlet de vingt-deux pages intitulé Sentenced to Twenty Years Prison, qui constitue une source d’information précieuse sur le cas. (Une traduction russe a été publié par la Union of Russian Workers aux Etats-Unis et au Canada.)

Pendant ce temps, les quatre anarchistes avaient été libérés sous caution en attendant le résultat de leur appel. Steimer avait repris immédiatement ses activités militantes. Pendant les onze mois suivants, elle fut arrêtée pas moins de huit fois, placée en garde à vue au commissariat pendant de courtes périodes, libérée puis arrêtée de nouveau, parfois sans aucun prétexte. Le 11 mars 1919, elle est arrêtée à la Russian People’s House au East 15th Street lors d’une descente de la police locale et fédérale qui prit 164 militants dans ses filets, certains d’entre eux étant emprisonnés sur le Buford avec Goldman et Berkman. Accusée d’incitation à l’émeute, Steimer fut détenue pendant huit jours dans les célèbres Tombs (19) avant d’être libéré avec une caution de 1 000$, seulement pour être arrêtée de nouveau et déportée sur Ellis Island. Enfermée vingt quatre heures sur vingt quatre, privée d’exercices et de plein air et du droit de rencontrer les autres prisonniers, elle commença une grève de la faim jusqu’à ce que les autorités changent ses conditions d’emprisonnement. Emma Goldman se désola que « Tout l’appareil du gouvernement américain a été utilisé pour écraser cette femme pesant moins de 37 kilos ».

Le gouvernement, cependant, n’était pas prêt à déporter la prisonnière de vingt et un an, dont le cas était encore examiné par la justice. Libérée de Ellis Island, Mollie fut gardée sous surveillance constante. A l’automne 1919, Lorsque Goldman revint à New York après avoir accompli une peine de deux ans au pénitencier fédéral de Jefferson City, Missouri, Mollie saisit l’occasion de faire appel à elle. Ce fut le début d’une amitié durable. Mollie rappelait à Emma les femmes russes révolutionnaires, sous le tsar, solides, ascétiques et idéalistes, qui « sacrifiaient leur vie presque avant même d’avoir commencé à vivre. » Selon la description de Emma, Mollie était « minuscule et d’un aspect étrange, japonais par sa stature et son apparence. » C’était une femme merveilleuse, ajoutait Emma, « avec une volonté de fer et un cœur tendre, » mais  » aux idées terriblement ancrées. » « Une sorte de Alexander Berkman en jupe, » disait elle en plaisantant à sa nièce Stella Ballantine.

bailThe Washington Times 26 octobre 1919

Peu après sa rencontre avec Goldman, Steimer fut de nouveau arrêtée. Elle fut emprisonnée sur Blackwell’s Island, où elle resta six mois, du 30 octobre 1919 au 29 avril 1920. Confinée dans une cellule immonde, isolée une fois de plus de ses camarades prisonniers et privée de tout contact avec le monde extérieur, elle protestait en chantant à tue-tête « The Anarchist March » et autres chants révolutionnaires et en commençant une autre grève de la faim.

Pendant ce temps, la Cour Suprême avait confirmé le jugement de Mollie et de ses camarades. Deux de ses membres néanmoins, Louis Brandeis et Oliver Wendell Holmes, avaient émis fortement une opinion différente, en convenant avec les accusés que leur but avait été d’aider la Russie et non de gêner l’effort de guerre. « Dans ce cas, » écrivit Holmes, « les peines de vingt années d’emprisonnement ont été prononcées pour la publications de deux tracts que les accusés avaient autant le droit de publier que le gouvernement ne l’avait pour la Constitution des Etats-Unis qu’ils invoquent aujourd’hui en vain. »

Lorsque la Cour Suprême annonça sa décision, Abrams, Lipman et Lachowsky essayèrent de s’enfuir et de gagner le Mexique via New Orleans. Repérés par des agents fédéraux, leur bateau fut arraisonné en mer, les hommes capturés et conduits à la prison fédérale de Atlanta, d’où Berkman venait juste d’être libéré, en attente de son extradition en Russie. Comme lui, Abrams et ses camarades passèrent deux années dans la prison de Atlanta prison, de décembre 1919 à novembre 1921. Steimer, qui avait été informée de leurs plans d’évasion, avait refusé de coopérer parce que cela signifiait perdre les 40 000$ de caution réunie par des ouvriers ordinaires. Elle pensait que ce serait peu honnête de décevoir des femmes et des hommes qui leur étaient venus en aide. En avril 1920, elle fut transférée de Blackwell’s Island à Jefferson City, Missouri, où Goldman avait été emprisonnée avant sa déportation avec Berkman en décembre 1919.

Mollie resta à Jefferson City pendant dix huit mois. Depuis son procès, sa vie était pleine d’événements tragiques. En plus de ses incarcérations répétées, un de ses frères était mort de la grippe et son père était mort à la suite du choc provoqué par sa condamnation. Elle refusait néanmoins de sombrer dans le désespoir. Dans une lettre à Weinberger, elle citait un poème de Edmund V. Cooke :

« You cannot salt the eagle’s tail, Nor limit thought’s dominion ; You cannot put ideas in jail, You can’t deport opinion. » (20)

Pendant ce temps, Weinberger, avec le soutien du Political Prisoners Defense and Relief Committee, avait essayé d’obtenir la libération de ses clients en échange de leur expulsion vers la Russie. Abrams et Lipman étaient en faveur d’un tel arrangement, mais Lachowsky et Steimer étaient opposés au principe. Mollie était particulièrement inflexible. « Je pense, »dit elle à Weinberger, « que chaque personne devrait pouvoir vivre là où elle le choisit. Aucun groupe ou individu n’a le droit de m’expulser de ce pays ou de tout autre ! » En outre, elle était préoccupée au sujet des autres prisonniers politiques qui restaient derrière les barreaux, en Amérique. « Ce sont aussi mes camarades et je pense qu’il est profondément égoïste et contraire à mes principes d’anarchiste communiste de demander ma libération et celles de trois autres alors que des milliers d’autres prisonniers politiques croupissent dans les prisons américaines. »

ms freedNew York Tribune 4 août 1920
Source : Library of Congress

Abrams, exaspéré par l’attachement entêté de Steimer à ses principes, donna un conseil à Weinberger . « Elle doit être approchée comme une Bonne Chrétienne, » écrit il, « avec une bible de Kropotkine ou Bakounine. Sinon, vous échouerez. » Finalement, un accord fut trouvé et Weinberger obtint la libération des quatre prisonniers, avec la condition qu’ils partent pour la Russie à leurs propres frais, et ne reviennent jamais aux Etats-Unis. Le Political Prisoners Defense and Relief Committee entreprit une souscription pour payer leur voyage et le 21 novembre, Steimer et les autres arrivèrent à Ellis Island pour attendre leur expulsion. Ils étaient loin d’être fâchés de quitter l’Amérique. Au contraire, ils étaient impatients de retourner dans leur pays natal et de travailler à la révolution. Comme l’a écrit leur camarade Marcus Graham : « Leur énergie est encore plus utile en Russie. Car là-bas, un gouvernement fait sa loi en se cachant derrière le nom de ’prolétariat’ tout en faisant tout ce qui est imaginable pour le réduire à l’esclavage. »

Bien que tous ses amis et sa famille entière restaient aux Etats-Unis, Mollie avait le cœur léger à l’idée de retourner en Russie. « Je défendrai mon idéal, l’anarchisme communiste, quel que soit le pays où je me trouverai » dit elle à Harry Weinberger cinq jours avant son expulsion. Deux jours après, le 21 novembre 1921 un dîner d’adieu fut organisé au restaurant Allaire au East 17th Street en honneur des quatre jeunes anarchistes, avec des prises de parole de Weinberger, Leonard Abbott, Harry Kelly, Elizabeth Gurley Flynn, Norman Thomas, parmi d’autres. De sa cellule sur Ellis Island Mollie envoya un appel à tous « les amoureux de la liberté américains » pour qu’ils se joignent à la révolution sociale.

4banishedNew York Tribune 24 novembre 1921

Le 24 novembre 1921, Mollie Steimer, Samuel Lipman, Hyman Lachowsky et Jacob Abrams, accompagné de sa femme, Mary, partirent pour la Russie sur le SS Estonia. Le Fraye Arbeter Shtime publia un avertissement. Malgré leur opposition à l’intervention américaine et leur soutien au régime bolchevique, prédisait le journal, ils pouvaient bien ne pas recevoir l’accueil qu’ils attendaient, car la Russie n’était plus un havre pour les révolutionnaires sincères mais plutôt un pays autoritaire et répressif. La prédiction devait se réaliser bientôt. Victimes de la Peur Rouge en Amérique, ils devinrent les victimes de la Terreur Rouge en Russie. Arrivés à Moscou le 15 décembre 1921, ils apprirent que Goldman et Berkman étaient déjà partis pour l’occident , ayant perdu leurs illusions suite à la tournure prise par la révolution. (La déception de Steimer de les avoir ratés fut « extrême », écrivit-elle à Weinberger). Kropotkine était mort en février et la révolte de Kronstadt avait été réprimée en mars. L’armée insurgée de Makhno avait été dispersée, des centaines d’anarchistes croupissaient en prison et les soviets des ouvriers et paysans étaient devenus les instruments de la dictature du parti, cache-sexe d’une nouvelle bureaucratie.

Il y avait cependant quelques rayons de lumière à travers cette obscurité. Abrams créa la première blanchisserie à vapeur de Moscou, dans le sous-sol du ministère des affaires étrangères soviétique. En même temps, il put travailler avec ses camarades anarcho-syndicalistes à la maison d’édition Golos Truda (21), qui n’avait pas encore été interdit. Lipman retrouva sa compagne Ethel Bernstein, qui avait été expulsée avec Berkman et Goldman sur le Buford. Toujours plus proche du marxisme que de l’anarchisme, il suivit une formation en agronomie et rejoignit le Parti Communiste en 1927. Lachowsky, malheureux à Moscou, repartit dans sa ville natale de Minsk et trouva un travail d’imprimeur. Et Steimer rencontra Senya Fleshin, qui devint son compagnon à vie.

De trois ans plus âgé que Mollie, Senya était né à Kiev le 19 décembre 1894 et avait émigré aux États-Unis à seize ans, où il avait travaillé pour Mother Earth de Goldman, jusqu’à ce qu’il retourne en Russie en 1917 pour participer à la révolution. Il a été membre du groupe Golos Truda à Petrograd, puis dans la Confédération Nabat en Ukraine. Écrivant dans le journal de la confédération en mars 1919, il y fustige les bolcheviques pour avoir ériger une « muraille de Chine » entre eux et le peuple. En novembre 1920, la confédération est dissoute et Senya, avec Voline, Mark Mratchny, Aaron et Fanny Baron, furent arrêtés et transférés dans une prison de Moscou. Libéré peu après, il retourne à Petrograd où il travaille au Musée de la Révolution. C’est là qu’il a rencontré Steimer peu après son arrivée d’Amérique, et ce fut le coup de foudre.

Profondément perturbés par l’interdiction de leur mouvement, Senya et Mollie organisèrent une Société Pour Aider Les Prisonniers Anarchistes, voyageant à travers le pays pour assister leurs camarades incarcérés. Le 1er novembre 1922, ils furent eux-mêmes arrêtés, accusés d’avoir aidé des éléments criminels en Russie et de garder des liens avec des anarchistes à l’étranger (ils avaient correspondu avec Berkman et Goldman, alors à Berlin). Condamnés à deux d’exil en Sibérie, ils commencèrent une grève de la faim le 17 novembre dans leur prison de Petrograd et furent libérés le lendemain. On leur interdit cependant de quitter la ville et ils furent obligés de se présenter devant les autorités toutes les quarante huit heures.

Senya et Mollie ne tardèrent pas à reprendre leur activité envers leurs camarades emprisonnés. Le 9 juillet 1923, leur appartement fut perquisitionné et ils furent à nouveau arrêtés, accusés de propagation des idées anarchistes, en violation de l’Article 60-63 du Code Criminel. Isolés de leurs camarades prisonniers, ils commencèrent une nouvelle grève de la faim. Des protestations auprès de Trotsky de la part de délégués anarcho-syndicalistes étrangers présents à un congrès de l’Internationale Syndicale Rouge (ISR ou Profintern) entraina bientôt leur libération. Cependant, cette fois, on leur notifia leur prochaine expulsion du pays. Jack et Mary Abrams ainsi que Ethel Bernstein vinrent de Moscou pour leur dire adieu. Le 27 septembre 1923, ils furent placés à bord d’un navire à destination de l’Allemagne.

Aussitôt à terre, Senya et Mollie se rendirent tout droit à Berlin, où les attendaient Alexander Berkman et Emma Goldman. Ils arrivèrent à moitié morts de faim, sans un sou et sans passeport permanent. Durant les prochaines vingt cinq années, ils vivront comme des citoyens « Nansen » (22), anarchistes sans pays, jusqu’à ce qu’ils acquièrent la nationalité mexicaine en 1948. De Berlin, Mollie envoya deux articles à Freedom à Londres, « On Leaving Russia » (Janvier 1924) et « The Communists as jailers » (Mai 1924), dans lesquelles elle décrit son expérience récente.(23) Lorsqu’elle fut expulsée d’Amérique, son « cœur était léger, » dit elle, mais elle avait été « profondément peinée » d’être expulsée de Russie, même si « l’hypocrisie, l’intolérance et la trahison » des bolcheviques « avaient éveillé en moi un sentiment d’indignation et de révolte. ». Dans son pays natal, déclare t’elle, une grande révolution populaire a été usurpée par une élite politique impitoyable « Non, Je ne suis PAS heureuse d’être hors de Russie. Je préférerais y être pour aider les ouvriers à combattre les actes tyranniques des communistes hypocrites. »

A Berlin, et ensuite à Paris, Senya et Mollie reprirent le travail humanitaire qui les avaient conduit à la déportation. Avec Berkman, Goldman, Alexander Schapiro, Voline et Mratchny,ils participent au Comité de défense des révolutionnaires emprisonnés en Russie (1923-1926) et au Fonds d’aide de l’Association internationale des travailleurs anarchistes et anarcho-syndicaliste emprisonnés en Russie (1926-1932), n’épargnant aucun effort pour maintenir un flux continu de colis et de messages d’encouragement pour leurs camarades exilés et emprisonnés. Leurs archives, conservées à l’Institut International d’Histoire Sociale à Amsterdam (24), débordent de lettres arrivées de Sibérie, de la Mer Blanche et d’Asie Centrale et d’endroits aux noms exotiques comme Pinega, Minusinsk, Ust-Kulom, Narym et Yeniseisk, qui constituèrent l’Archipel du Goulag. Certaines de ces lettres provenaient d’anarchistes qu’ils avaient connu en Amérique.

A Paris, où déménagèrent Senya et Mollie en 1924, ils vécurent dans un appartement avec Voline et sa famille, avant de partir vivre avec un autre exilé anarchiste russe, Jacques Doubinsky. En 1927, ils se joignent à Voline, Doubinsky et Berkman pour former le Comité d’entraide de Paris, qui aide des camarades anarchistes exilés, non seulement de Russie mais aussi d’Italie, d’Espagne, du Portugal et de Bulgarie, sans le sou ni aucun document légal, et en danger constant d’expulsion, synonyme dans certains cas de mort.

Au même moment, ils s’associant avec Voline, Berkman et d’autres pour dénoncer la Plateforme Organisationelle rédigée par un autre exilé russe, Piotr Arshinov, avec le soutien de Nestor Makhno (25). Pour Senya et Mollie, celle-ci, avec son appel à un comité central exécutif, contenait les germes d’un autoritarisme et était incompatible avec le principe anarchiste fondamental d’autonomie locale. « Hélas, » écrivait Mollie en novembre 1927, « l’esprit entier de la ’plateforme’ est imprégné de l’idée que les masses DOIVENT ETRE POLITIQUEMENT DIRIGEES pendant la révolution. C’est la racine du mal, tout le reste … en découle principalement. Elle se prononce pour un Parti Anarchiste Communiste des Travailleurs, pour une armée … pour un système de défense de la révolution qui conduiront inévitablement à la création d’un système d’espionnage, d’investigations, de prisons et de juges, une TCHEKA par conséquent. »

Pour gagner leur vie, Senya était devenu entre temps photographe, en démontrant un talent remarquable ; il devint le Nadar (26) du mouvement anarchiste avec ses portraits de Berkman, Voline et de nombreux autres camarades, connus ou inconnus, ainsi que avec la reproduction de collages dans la presse anarchiste internationale. En 1929, Senya fut invité à travailler dans le studio de Sasha Stone à Berlin. Il y resta, assisté de Mollie, jusqu’en 1933, lorsque l’accession au pouvoir de Hitler les obligèrent à regagner Paris, où ils continuèrent à vivre jusqu’au déclenchement de la seconde guerre mondiale.

Lors de cette période d’exil dans les années 1920 et 1930, Senya et Mollie reçurent un flot continu de visiteurs -Harry Kelly, Rose Pesotta, Rudolf et Milly Rocker, entre autres – dont certains écrivirent leurs impressions sur leurs vieux amis. Kelly, par exemple, trouva Mollie « d’apparence plus que jamais enfantine et tout autant idéaliste aussi ». Goldman, cependant, la jugeait « rigide et fanatique, » alors que Senya était toujours « malade et fauché ». Emma comparait encore Mollie à Berkman lorsque il était un jeune militant et « un fanatique au plus haut point. Mollie est son reflet en jupe. Elle est terriblement sectaire, ancrée dans ses idées, avec une volonté de fer. Dix chevaux ne la feraient pas bouger de ce qu’elle croit. Mais cela dit, elle est un des esprits les plus sincèrement dévoués qui vit avec la flamme de notre idéal. »

La réunion la plus émouvante de ces années eut lieu en 1926, lorsque Jack et Mary Abrams arrivèrent de Russie, ayant perdu leurs illusions quant au système soviétique. Pendant plusieurs semaines, les quatre vieux camarades partagèrent la chambre de Senya et Mollie dans l’appartement de Voline, parlant du passé et se demandant ce que l’avenir avait en magasin, jusqu’à ce que les Abrams partent pour le Mexique, où ils vécurent le reste de leur vie. En ce qui concerne les autres accusés du procès de 1918, Lachowsky s’était installé à Minsk et l’on entendit plus parler de lui, alors que Lipman travailla comme agronome jusqu’à la grande purge stalinienne, où il fut arrêté et fusillé. Sa femme Ethel fut envoyée dans un camps en Sibérie pendant dix ans et réside maintenant à Moscou, seul et pauvre. Leur enfant unique, un garçon, est mort sur le front durant la guerre contre Hitler.

Le déclenchement de la guerre en 1939 surprit Senya et Mollie à Paris. Au début, ils ne furent pas inquiétés , mais leurs origines juives et leurs convictions anarchistes ne tardèrent pas à les rattraper. Le 18 mai 1940, Mollie fut placé dans un camp d’internement alors que Senya, aidé par des camarades français, réussit à s’échapper pour gagner la zone non occupée. Mollie réussit à se faire libérer et les deux se retrouvèrent à Marseille où ils virent pour la dernière fois leur vieil ami Voline à l’automne 1941. Peu après, ils traversèrent l’Atlantique et s’installèrent à Mexico. « Comme mon cœur souffre pour nos bien-aimés abandonnés, » écrit Mollie à Rudolf et Milly Rocker en décembre 1942. « Qui sait ce qu’il va advenir de Voline, de tous nos amis espagnols, de notre famille juive ! C’est frustrant ! »

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Photo Triangle Fire Open Archive

Pendant les vingt années suivantes, Senya travailla dans son studio de photographe à Mexico, sous le nom de SEMO – pour Senya et Mollie. A cette époque, ils établirent des liens étroits avec leurs camarades espagnols de Tierra y Libertad, tout en restant en bons termes avec Jack et Mary Abrams, malgré l’amitié de Jack avec Trotski, qui avait rejoint la colonie d’exilés au Mexique. Peu avant sa mort en 1953, Abrams fut autorisé à retourner aux États-Unis pour y être opéré d’un cancer de la gorge. « C’était un homme mourant qui pouvait à peine bouger, » se souvient son amie Clara Larsen , « et cependant, il était gardé par un agent du FBI vingt quatre heures sur vingt quatre ! »

Mollie ne retourna jamais aux États-Unis. Ses amis et sa famille devaient traverser la frontière pour lui rendre visite à Mexico ou à Cuernavaca, où elle et Senya se retirèrent en 1963. Lorsqu’elle avait été expulsée des États-Unis, Mollie avait juré de « défendre mon idéal, l’anarchisme communiste, quel que soit le pays où je serai . »En Russie, en Allemagne, en France, et maintenant au Mexique, elle a tenu sa promesse. Parlant couramment le russe, le yiddish, l’anglais, l’allemand, le français et l’espagnol, elle correspondait avec des camarades et lisait la presse anarchiste à travers le monde. Elle recevait aussi beaucoup de visiteurs, comme Rose Pesotta et Clara Larsen de New York.

En 1976, Mollie fut filmée par la télévision hollandaise qui travaillait sur un documentaire sur Emma Goldman, et au début des années 1980, par le Pacific Street Collective de New York, à qui elle parla de son anarchisme bien-aimé en termes élogieux. Durant ses dernières années, Mollie se sentait usée et fatiguée. Elle fut profondément attristée par la mort de Mary Abrams en janvier 1978. Deux ans après, peut après son interview avec Pacific Street, elle s’effondra et mourut d’une crise cardiaque dans sa maison de Cuernavaca. Jusqu’à la fin, sa passion révolutionnaire avait brûlé d’une flamme intacte. Senya, faible et souffrant, fut anéanti par son décès soudain. Lui survivant moins d’une année, il décéda à l’hôpital espagnol de Mexico le 19 juin 1981.

 

NDT

1. August Bebel (1840 – 1913) La femme et le socialisme 1891

2. Sergueï Mikhaïlovitch Stepniak-Kravtchinski 1851 -1895 La Russie Souterraine 1885

3. Robert Berkeley Minor (1884 – 1952) caricaturiste politique, membre du parti socialiste américain, puis du parti communiste américain à partir de 1920.

4. Maria Goldsmith 1873 -1933 (Pseudos Maria Korn, Isidine Corn) a collaboré à de nombreux journaux et revues La Libre Fédération , les Temps Nouveaux , la revue Plus Loin

5. Georg Brandes (1842 – 1927) Critique et universitaire danois

6. Thomas Joseph « Tom » Mooney (1882– 1942) et Warren K. Billings (1893 – 1972) étaient deux militants politiques et syndicalistes. Lors de la Preparedness Day (Journée de Préparation) du 22 juillet 1916, une parade célébrant la prochaine entrée en guerre des Etats-Unis, eut lieu un attentat à la bombe qui tua dix personnes.

Billings fut condamné à la prison à perpétuité et Mooney à la pendaison. Sa peine fut commuée par la suite, à la prison à vie. Il n’y a jamais eu de preuves évidentes contre eux. Alexandre Berkman fut soupçonné mais le doute subsiste encore aujurd’hui sur l’(les) auteur-s de l’attentat

7. L’incendie de l’usine Triangle Shirtwaist le 25 mars 1911 à New York a causé la mort de 146 ouvrières de l’usine de confection. Les gérants avaient fermé les portes de la cage d’escalier et les sorties

8. Le Sedition Act, voté par le Congrès et entré en vigueur le 16 mai 1918 était une loi qui étendait le Espionage Act de 1917, pour couvrir un plus large éventail d’activités, notamment l’expression d’opinions qui nuiraient à l’effort de guerre

9. John Silas Reed (1887 – 1920) journaliste et militant communiste américain, connu surtout pour son ouvrage sur la révolution bolchévique, Ten days that shook the world (1920) Dix jours qui ébranlèrent le monde. (Éditions sociales, 1986) Voir aussi Le Mexique insurgé (1914)

10. Voir R&B Prise de paroles devant les jurés Emma Goldman

11. Ricardo Flores Magón (1874 -1922) Révolutionnaire mexicain, fondateur du Parti libéral mexicain qui utilisera le slogan « Tierra y Libertad » En 1918 , il est condamné à 20 ans de prison pour sabotage à l’effort de guerre des États-Unis. Il meurt à la prison de Leavenworth le 21 novembre 1922

12. Upton Beall Sinclair, (1878 – 1968), écrivain américain, proche des idées socialistes

13. Hester Street Rue dans le Lower East Side à Manhattan qui fut un centre de la culture juive ashkénaze

14. Zechariah Chafee, Jr. (1885 – 1957) Professeur de droit, défenseur des droits de l’homme et de la liberté d’expression. En 1921, il évita de peu la révocation suite à la défense des accusés du procès Abrams .

15. Joseph A. Labadie Collection. Le plus vieux centre de documentation des Etats-Unis réunissant des documents sur les mouvements sociaux et les groupes politiques marginalisés, du dix-neuvième siècle à nos jour.

16. Voir The League for the Amnesty of Political Prisoners Its Purpose and Programme. Emma Goldman

17. Fraye Arbeter (Arbeyter) Shtime (FAS) – Le journal de langue yiddish le plus important et à la plus longue parution (1890-1977) des Etats-Unis, publié à New York et Philadelphie.

18. The Workmen’s Circle ou Arbeter Ring est une organisation sociale juive américaine qui fournit une aide et des services sociaux à la communauté juive et ashkénaze.

19. The Tombs, surnom donné au Manhattan Detention Complex

20. Vous ne pouvez pas mettre du sel sur la queue de l’aigle, ni brider la domination de la pensée ; Vous ne pouvez pas mettre les idées en prison, vous ne pouvez pas déporter une opinion.

21. Golos Truda. Journal fondé à New York en 1911 et poursuivit à Petrograd à partir de 1917. Il fut interdit en août 1918 par les bolchéviques, mais survécut tant bien que mal sous le nom de Volny Golos Truda jusqu’en 1929.

22. Le passeport Nansen, crée en juillet 1922 à l’initiative de Fridtjof Nansen, Haut-commissaire pour les réfugiés de la Société des Nations, permet à des exilés apatrides de voyager

23. On leaving Russia Voir traduction R&B ci-dessous

24. Site de l’IISH Les documents sur Mollie Steiner ne sont pas accessibles en ligne, à cette date, contrairement à ceux de Alexander Berkman ou Max Nettlau, par exemple
.
25. Voir sur R&B À propos de la Plateforme

26. Alias Gaspard-Félix Tournachon (1820 – 1910), caricaturiste et photographe.


Lire aussi sur ce sujet :

The case of Mollie Steimer, Jacob Abrams, Hyman Lachowsky and Samuel Lipman

 


Sur le départ de Russie

.
Texte original : On Leaving Russia Freedom, Janvier 1924. Republié dans Cienfuegos Press Anarchist Review, #4 (1978).

On a pu lire dans la presse américaine, entre autres choses, que j’avais été très heureuse de quitter la Russie et que je préférais l’exil en Allemagne à la liberté en Russie. Cette déclaration que l’on m’attribue est un mensonge délibéré !

Il est vrai que l’hypocrisie, l’intolérance et la trahison des bolcheviques a éveillé en moi un sentiment d’indignation et de révolte, mais, en tant qu’anarchiste, je n’admire ni ne défends aucun gouvernement de quelque pays que ce soit, et la déclaration selon laquelle je préfère l’exil en Allemagne plutôt que la liberté en Russie est ridicule et fausse.

J’ai fait savoir très clairement au correspondant de presse avec qui j’ai parlé que, malgré toutes les difficultés auxquelles j’ai été confrontée en Russie, j’avais été profondément peinée lorsque je fus obligée de quitter le pays. Cela n’était pas le cas lorsque j’ai quitté l’Amérique. Même si j’avais toute ma famille, de bons camarades et beaucoup d’amis chers aux États-Unis. Malgré cela, lorsque je fus expulsé par le gouvernement capitaliste, mon cœur était léger. Ce ne fut pas le cas en Russie. Je ne me suis jamais sentie autant déprimée depuis que j’ai été condamnée à l’exil en Russie. Mon amour pour ce pays et son peuple est trop profond pour me réjouir de l’exil, particulièrement à u moment où ils subissent d’extrêmes souffrances et une persécution plus sévère.Je préférerais être là-bas, au contraire, avec les ouvriers et les paysans, pour chercher une manière de faire tomber les chaînes de la tyrannie bolchevique.

Je considère le gouvernement bolchevique comme le pire ennemi de la Russie. Son système d’espionnage est peut-être pire que n’importe où ailleurs dans le monde. Il éclipse toute pensée, effort créatif et action. Malgré les mensonges affirmant le contraire racontés par des observateurs étrangers qui ont passé quelques semaines ou quelques mois sur le sol russe, avec des guides bolcheviques, et malgré les déclarations de ceux qui reçoivent de l’argent des bolcheviques en échange de leurs services, il n’existe PAS de liberté d’opinion en Russie. Personne n’est autorisé à exprimer une opinion à moins qu’elle ne soi favorable à la classe dirigeante. Qu’un ouvrier ose dire quelque chose lors d’une réunion de son syndicat ou à son usine qui ne soit pas favorable aux communistes et il est certain d’atterrir en prison ou d’être recensé par les agents de la G.P.U.(le nouveau nom de la Tcheka) comme contre-révolutionnaire. Des milliers d’ouvriers, d’étudiants, d’hommes et de femmes intellectuels, aussi bien que des paysans non-instruits mais intelligents, croupissent aujourd’hui dans les prisons soviétiques. On dit que ce sont des contre-révolutionnaires et des bandits. Bien qu’ils soient les fleurs les plus idéalistes et révolutionnaires de Russie, on les inculpe publiquement sous de fausses accusations, alors que leurs persécuteurs, les “communistes” qui exploitent et terrorisent le peuple, se revendiquent révolutionnaires et les sauveurs des opprimés. Ils cachent, derrière une phraséologie révolutionnaire, des actes que aucun gouvernement capitaliste dans le monde ne saurait autorisé à commettre sans que ne s’élèvent des protestations à travers le monde entier.

Laisser moi donner quelques exemples sur le traitement réservé au prolétariat par les soi-disant révolutionnaires :

Le 5 mars 1923, l’usine de confection de Petrograd a réduit le salaire de ses employés de trente pour cent, sans aucun préavis et sans aucune justification. Lorsque les salaires furent donnés, chaque ouvrier crut à une erreur comptable et se rendit au bureau demander une explication, si bien que 1 200 employés se retrouvèrent en même temps pour demander pourquoi une partie de leur paye manquait. Ce à quoi le directeur de l’usine les a répondu qu’ils devraient être satisfaits de ce qu’ils avaient et les remercier (les directeurs et le gouvernement) pour leur donner un travail à tous. Stupéfaits par une telle réponse et bouillant d’indignation, ils décidèrent de ne ps reprendre le travail jusqu’à ce qu’à l’obtention d’une réponse satisfaisante. On fit appel à des délégué syndicaux, mais ceux-ci refusèrent de se déplacer avant que les ouvriers ne retournent à leurs machines. Le directeur de l’usine leur fit savoir aussi que si ils osaient faire grève, ils seraient tous considérés comme contre-révolutionnaires et traités en tant que tels. Les ouvriers appelèrent immédiatement à une réunion. Pendant qu’ils débattaient de leurs revendications, les délégués syndicaux firent leur entrée. Mais au lieu de se ranger du côté des ouvriers, un de ces « défenseurs du monde ouvrier » tapa du poing sur la table et hurla d’une voix tonitruante « Je vous ordonne de retourner travailler.”

Naturellement, un tel comportement ne fit que susciter parmi tous les présents une plus grande. L’ordre fut reçut de manière glaciale et la réunion se poursuivit. Un vieil ouvrier se leva et raconta les conditions dans lesquelles sa famille et lui étaient obligés de vivre et demanda comment il pourrait éviter de mourir de faim avec le misérable salaire qu’il percevait. La description de sa vie étant l’exact miroir de celle qu’ils menaient tous, s’ensuivit la scène la plus triste. Tout le monde fondit soudainement en larmes. Jeunes et vieux, hommes et femmes, tous pleuraient et plusieurs dans l’assistance s’évanouirent.

Quelques heures après arrivèrent plusieurs chefs de la G.P.U, des dirigeants du syndicat, accompagnés de la direction de l’usine de confection et annoncèrent que les salaires ne seraient réduit que de dix-huit pour cent au lieu de trente. Les ouvriers décidèrent alors de reprendre le travail et la quiétude régnait dans l’usine. Mais à la fin du mois suivant, 120 ouvriers, considérés comme plus hardis et déterminés que les autres, furent licenciés de l’usine, renvoyés du syndicat et mis sur liste noire ; c’est à dire qu’il était écrit sur leur passeport : “Citoyen … licencié de l’usine de confection pour mutinerie contre le Gouvernement des Ouvriers et des Paysans, dans le but de prendre le contrôle de l’usine.”

Donc, pour avoir protesté contre la réduction de leurs salaires, des prolétaires de l’état « communiste » furent jetés hors du syndicat, en conséquence de quoi ils ne peuvent plus obtenir un travail. Ce qui est pire encore, ils sont catalogués par la G.P.U., comme contre-révolutionnaires !

Maintenant, voyons le cas de l’usine Skorokhad. En juin 1923,le Syndicat du Cuir et le Comité Communiste de l’usine Skorokhad décidèrent, sans consulter les ouvriers, qu’un foyer de la région serait réparé aux frais des ouvriers de Skorokhad (environ 3 000 ). Chaque service fut informé qu’il devait travailler huit heures supplémentaires pour couvrir les dépenses des travaux et que « les autres services avaient déjà donné leur accord ». Tous les services, sans se concerter, refusèrent avec indignation en avançant les raisons suivantes ; 1. que le foyer n’appartenait pas aux ouvriers mais au Parti Communiste, ou seules des conférences communistes se tenaient, les autres étant interdites. 2. que même si ils avaient été d’accord sur le principe de travailler pour le foyer, ils n’appréciaient pas la démarche des dirigeants syndicaux et du Comité « Communiste » qui, en ayant décidé sans les consulter, les considéraient comme du bétail bon pour faire le travail.

Les ouvriers demandèrent une réunion de toute l’usine. Le syndicat et le comité de l’atelier (qui est généralement composé de communistes ou de sympathisants communistes) s’y opposèrent. Ce jour là, personne ne fit d’heures supplémentaires. Le lendemain, lorsque ce refus se répéta, les portes de l’usines furent fermées et le laissez-passer habituel qui permet aux ouvriers de quitter l’usine ne fut pas distribué. La moitié des ouvriers environ retournèrent alors travailler – l’autre moitié attendit pendant les deux heures que les portes s’ouvrent. Chaque soir de cette semaine, la même chose se répéta. Les portes étaient fermées et le laissez-passer non distribué. Ce ne fut que sous la menace d’être renvoyés que le reste des ouvrier se soumit. Comme d’habitude, une semaine après, ces ouvriers des différents services, qui n’avaient pas agit comme du bétail mais qui avaient fait preuve de caractère et d’esprit d corps, furent licenciés.

Le même mois – en juin 1923, – les ouvriers de l’usine Putilov et du chantier naval se mirent en grève, demandant une augmentation de salaire et l’arrêt de la pratique de déduction de lourdes taxes sur leur paye hebdomadaire. Le gouvernement – sans consulter les ouvriers bien entendu – ordonne qu’un certain montant de leur petit salaire soit déduit, pour différentes causes, telles que les invalides de l’Armé Rouge, l’Armée Rouge ou l’Aviation Rouge, le secteur « culturel », les cotisations syndicales et autres prétextes innombrables ; du fait de ces déductions, les ouvriers, parfois ne touchent que la moitié de leurs salaires.

Après trois jours de grève des ouvriers de Putilov, les salaires furent augmentés. Mais leur seconde revendication fut refusée et les employés retournèrent néanmoins travailler. Suite à la grève, cependant, 400 ouvriers environ furent renvoyés et une centaine arrêtés . L’aspect le plus tragique de tout cela c’est que le syndicat et les Comités d’Ateliers, sous les ordres bien sûr de l’encadrement communiste, participèrent à ces licenciements et à ces arrestations, en coopération avec l’administration de l’usine et le Commissaire Politique, puisque il existe une loi en Russie Soviétique qui stipule que aucun ouvrier ne peut être renvoyé sans l’accord du syndicat et du comité d’atelier. Le gouvernement résout ce problème en plaçant ses propres agents en leur sein.

Le hasard fit que je fus détenu dans la même prison que ces 100 ouvriers de Putilov. Lorsque je leur ai demandé pourquoi ils avaient été emprisonnés, la réponse fut : “Ils nous accusent de contre-révolution. Dieu sait ce qu’ils entendent par là.”
Les faits ci-dessus ne concernent que Petrograd ; mais il existe des milliers de cas semblables à travers la Russie en ce moment, et, malgré cela, les bolcheviques publient continuellement des histoires au sujet de situations magnifiques et de la liberté – vivant dans l’ombre de la G.P.U., ne pouvant pas avouer la vérité au monde. Essayeraient ils , ou essayeraient ils même de défendre leurs droits en Russie et ils seraient catalogués comme contre-révolutionnaires ou bandits, susceptibles d’être arrêtés à tout moment.

Non, je ne suis PAS heureuse d’être hors de Russie.
Je préfèrerais être là-bas pour aider les ouvriers à combattre les actes tyranniques des communistes hypocrites.

Mollie Steimer
Berlin, Novembre 1923.

 

—————————————-

NDT

1. August Bebel (1840 – 1913) La femme et le socialisme 1891

2. Sergueï Mikhaïlovitch Stepniak-Kravtchinski 1851 -1895 La Russie Souterraine 1885

3. Robert Berkeley Minor (1884 – 1952) caricaturiste politique, membre du parti socialiste américain, puis du parti communiste américain à partir de 1920.

4. Maria Goldsmith 1873 -1933 (Pseudos Maria Korn, Isidine Corn) a collaboré à de nombreux journaux et revues La Libre Fédération , les Temps Nouveaux , la revue Plus Loin

5. Georg Brandes (1842 – 1927) Critique et universitaire danois

6. Thomas Joseph « Tom » Mooney (1882– 1942) et Warren K. Billings (1893 – 1972) étaient deux militants politiques et syndicalistes. Lors de la Preparedness Day (Journée de Préparation) du 22 juillet 1916, une parade célébrant la prochaine entrée en guerre des Etats-Unis, eut lieu un attentat à la bombe qui tua dix personnes.

Billings fut condamné à la prison à perpétuité et Mooney à la pendaison. Sa peine fut commuée par la suite, à la prison à vie. Il n’y a jamais eu de preuves évidentes contre eux. Alexandre Berkman fut soupçonné mais le doute subsiste encore aujurd’hui sur l’(les) auteur-s de l’attentat

7. L’incendie de l’usine Triangle Shirtwaist le 25 mars 1911 à New York a causé la mort de 146 ouvrières de l’usine de confection. Les gérants avaient fermé les portes de la cage d’escalier et les sorties

8. Le Sedition Act, voté par le Congrès et entré en vigueur le 16 mai 1918 était une loi qui étendait le Espionage Act de 1917, pour couvrir un plus large éventail d’activités, notamment l’expression d’opinions qui nuiraient à l’effort de guerre

9. John Silas Reed (1887 – 1920) journaliste et militant communiste américain, connu surtout pour son ouvrage sur la révolution bolchévique, Ten days that shook the world (1920) Dix jours qui ébranlèrent le monde. (Éditions sociales, 1986 )Voir aussi Le Mexique insurgé (1914)

10. Voir R&B Prise de paroles devant les jurés Emma Goldman

11. Ricardo Flores Magón (1874 -1922) Révolutionnaire mexicain, fondateur du Parti libéral mexicain qui utilisera le slogan « Tierra y Libertad » En 1918 , il est condamné à 20 ans de prison pour sabotage à l’effort de guerre des États-Unis. Il meurt à la prison de Leavenworth le 21 novembre 1922

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