Herbert Read

Herbert Read (1893–1968)

Documents en ligne :

Freedom is it a crime? The Strange Case of the Tree Anarchists Jailed at the Old Bailey, Avril 1945. Publié à l’origine par le Freedom Press Defence Committee, Juin 1945

Kropotkin – The Master

Naked Warriors London: Art & Letters, 1919.

Neither Liberalism Nor Communism (1947)

Reason and romantism Essays in Literary Criticism London Faber & Gwyer, 1926.

The death of Kropotkin (poème)

The Paradox of Anarchism 1941

The Philosophy of Anarchism London: Freedom Press. 1940

(Sur)

Herbert Read (1893-1968) David Thistlewood Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIV, n°1-2, 1994, p. 391-408

Herbert Read As A Twentieth-Century Romantic Poet Leila W.M.Ryan

Ni libéralisme, ni communisme

Texte original : Neither Liberalism Nor Communism (1947) publié dans The Emergence of the New Anarchism Robert Graham. Réédité dans A One-Man Manifesto and Other Writings for Freedom Press (London: Freedom Press, 1994), ed. David Goodway

Il a toujours été reconnu que depuis les temps des philosophes grecs que la faisabilité d’une démocratie libre était, d’une manière ou d’une autre, liée à la question de taille — que la démocratie ne fonctionnerait qu’au sein d’unités restreintes tels que la cité-état. C’était la conclusion de Platon et d’Aristote dans l’antiquité et leur idée a été soutenu à l’époque moderne par de grands philosophes politiques comme Rousseau, Proudhon, Burckhardt et Kropotkine.

Basée sur cette prise de conscience, une philosophie politique est apparue, qui s’oppose à la conception, dans son ensemble, de l’État. Cette théorie, qui abolirait l’État, ou le réduirait à l’insignifiance, est parfois connu sous le nom de distributivisme, de syndicalisme, de socialisme de confrérie, mais dans sa forme la plus pure et la plus intransigeante, est est appelée anarchisme. L’anarchisme, comme les racines grecques du terme l’indiquent, est une philosophie politique basée sur l’idée qu’un ordre social est possible sans loi, sans diktat — même le diktat d’une majorité. Senor de Madariaga utilisait le terme comme une antithèse de l’ordre, ce qui est un contresens courant du terme. En effet, l’anarchisme recherche une forme très complète de l’ordre social, mais il s’agit d’un ordre établi par accord mutuel, non un ordre imposé par un diktat unilatéral.

Bien que l’anarchisme comme doctrine politique ait une origine respectable et ait compté de grands poètes et philosophes comme Godwin et Shelley, Tolstoï et Kropotkine parmi ses partisans: bien qu’aujourd’hui même ce soit la foi déclarée de millions de personnes en Espagne, en Italie, et, hélas, en Sibérie: bien que ce soit la foi non formulée de millions de personnes de plus à travers le monde — autrement dit, bien que c’est l’une des doctrines politiques essentielles de tous les temps, nous ne lui avons jamais laissé de place dans nos discussions étriquées sur les problèmes politiques de notre temps.

Pourquoi cette conspiration du silence? Je ne consacrerai pas de temps à cette intéressante question mais j’essaierai, dans les quelques minutes qu’il me restent, de vous donner les principes majeurs de cette théorie politique originale.

Pensant qu’une démocratie étendue conduit à la délégation de l’autorité , à celle d’une classe gouvernante de politiciens et de bureaucrates — pensant, selon les termes de Acton, que la démocratie tend à unifier le pouvoir, et inévitablement, à l’abus de pouvoir par des politiciens corrompus, nous qui sommes anarchistes, cherchons à diviser le pouvoir, à décentraliser le gouvernement vers les localités où il est exercé, afin que chaque individu gagne un sens des responsabilités sociales et participe directement à la conduite de son ordre social.

Voilà l’aspect politique de cette théorie.Mais c’est aussi dans le domaine économique que la démocratie tend à l’unité du pouvoir — soit le pouvoir du monopole capitaliste, ou le pouvoir de l’industrie nationalisée. Nous croyons à la décentralisation de l’industrie et à la dé-prolétarisation du monde ouvrier par la transformation radicale et la fragmentation de l’industrie, afin que, en lieu et place de quelques trusts commerciaux puissants et de syndicats, nous aurions des petites fermes et ateliers coopératifs, administrés directement par les ouvriers eux-mêmes.

Nous croyons, autrement dit, en des communauté fédérales et coopératives, et nous croyons que cela représente un idéal qui est distinct de tous ceux offerts par le libéralisme ou le communisme. Vous pouvez être tenté de le rejeter comme un idéal inatteignable mais, dans certaines limites, nous pouvons prouver que cela fonctionne malgré des conditions économiques défavorables et face à l’opposition impitoyable des capitalistes ou communistes. Il y a eu de nombreux échecs et faux-départs mais ils ont été étudiés par les sociologues du mouvement et nous savons de manière très précise pourquoi certaines communautés coopératives ont échoué. Nous pensons savoir pourquoi d’autres ont survécu pendant un siècle ou plus– les Hutterites, une communauté religieuse a été fondée à Moravia au seizième siècle et a mis en pratique ces principes avec succès depuis lors. Plus remarquable, parce que fonctionnant au sein de la structure économique d’une société moderne, sont les communautés agricoles coopératives très prospères installées en Palestine, au Mexique et sous la Farm Security Administration aux USA. A Valence, en France, a lieu une expérience très réussie. Là, la communauté coopérative associe une industrie très qualifiée (la fabrication de boîtiers de montres) avec l’agriculture. Je ne prétend pas que ces expériences prouve la possibilité d’une société anarchiste. Mais ce sont des exemples très significatifs de la capacité humaine à une vie de coopération — expériences qui nous donnent toute confiance en la justesse économique et sociale de nos propositions plus générales.

Je suis assez âgé pour me souvenir des jours, avant 1917, lorsque les gens disaient : Oh, le socialisme, c’est bien en théorie, mais il ne pourra jamais être mis en pratiques. Contre un tel argument, les socialistes de l’époque ne pouvaient opposer que leur foi — une foi qui, nous devons l’admettre, a été amplement justifiée. Aujourd’hui, de tous côtés, nous sommes confronté au même argument contre l’anarchisme, contre les communautés coopératives. Aucun baron féodal n’aurait pu croire en un monde gouverné par les marchands et les financiers; et à leur tour, ces marchands et financiers ont refusé longtemps de croire en la possibilité d’un monde gouverné par les bureaucrates. Je ne m’attends pas à ce que beaucoup de mes auditeurs croient en un monde où l’idée même de gouvernance est abolie, dans lequel nous vivons grâce à l’entraide, ou toute idée de profit, d’élans agressifs, de souveraineté nationale et d’impérialisme armé, est à jamais absente. Mais lorsque vous regardez le monde, tout ce chaos moral et économique, quand vous voyez l’humanité pétrifiée de terreur par la menace de la guerre atomique, pouvez-vous, un instant, croire que notre civilisation sera sauvée par un changement moins radical que celui que je vous ai décrit ce soir?

 

 

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