En marchant : Nous posons des questions

Titre original :Walking: We Ask Questions . Extrait de We are Eveywhere p. 499

L’utopie est sur l’horizon : lorsque j’avance de deux pas, elle recule de deux pas…. j’avance de dix pas et elle s’éloigne de dix pas. A quoi sert l’utopie? A cela, à marcher.” – Eduardo Galeano

Le mouvement anticapitaliste a joué le rôle de l’enfant dans la foule alors que passait le défilé des grosses voitures. Alors que les badauds applaudissaient, et que les marchands les acclamaient, nous hurlions que l’Empire était nu. Ses habits de parure sont tissés de fiction financière. Sa promesse de salut universel par le néo-libéralisme est un projet impérialiste mondial d’accaparement des ressources et de domination. Ses ‘interventions humanitaire’ laissent une traînée d’êtres humains morts dans leur sillage. Nous avons toujours su que leur projet mondial brutal finirait par cesser.

Aujourd’hui, le capitalisme a été démasqué aux yeux de la foule mondiale. Les dernières décennies ont vu la délégitimation croissante du modèle néo-libéral en même temps que un mouvement des mouvements s’est répandu sur chaque continent, du Chiapas à Gênes, de Seattle à Porto Alegre, de Bangalore à Soweto.

Comme ce livre, les mouvement est une toile de brins interconnectés, de thèmes récurrents et de modèles visibles. Autonomie. Participation. Démocratie Diversité. La réinvention du pouvoir. L’ importance de la créativité et de la subjectivité. Des besoins réels et essentiels plutôt que l’idéologie comme fondement de l’action politique. L’accès aux « communs » – que ce soit l’eau, l’espace public, les programmes informatiques, les semences, ou la fabrication de médicaments. Et le questionnement et l’innovation constant , particulièrement lorsque le mouvement est proche de l’autosatisfaction ou du désespoir.

Car le mouvement implique la mobilité, le voyage, le changement. La première étape du mouvement que décrit ce livre, du soulèvement zapatiste de 1994 jusqu’en 2001, a réussi de manière extraordinaire à délégitimer les institutions du capitalisme mondial. Mais, à mesure que nous avançons dans un monde en mutation, nous évoluons, nous nous transformons une fois de plus, nous expérimentons des tactiques. La question, aujourd’hui sur nos lèvres, lors de la seconde étape de ce mouvement, est : “Comment construisons-nous notre succès et conduisons le mouvement à l’étape suivante?” Il existe beaucoup de réponses. Pour reprendre les mots du poète espagnol Antonio Machado:

Voyageurs, le chemin est la trace de tes pas, et rien de plus;Voyageur ! Il n’y a pas de chemins Le chemin se fait en marchant

Quand un mouvement cesse de se poser des questions, sur lui-même, sur le monde, il devient une orthodoxie – une idée qui n’a pas d’idées. Il devient figé, statique, fragile plutôt que fluide. L’eau résiste aux coups les plus féroces, la glace se brise. C’est seulement armés de nos questions que nous pourrons changer l’histoire.

Cartographier le voyage

C’est ainsi que les hommes et les femmes justes ont appris que les questions sont faites pour marcher, pas seulement pour s’asseoir et ne rien faire. Et depuis, lorsque les hommes et les femmes justes veulent marcher, ils/elles posent des questions. Lorsqu’ils/elles veulent arriver, ils/elles partent. Et lorsqu’ils/elles veulent partir, ils/elles disent bonjour. Ils/elles ne sont jamais immobiles.” Old Antonio dans “Story of Questions,” Sous-commandant Marcos

En faisant ce voyage dans l’avenir, il est important de comprendre le passé, d’essayer et de tracer de possibles futurs dans les contours du présent. Le Mahatma Gandhi nous offre quelques panneaux indicateurs pour notre voyage dans son résumé de la lutte pour l’indépendance de l’Inde: “D’abord, ils vous ignorent. Puis ils se moquent de vous. Puis ils vous combattent. Et puis vous gagnez.”. Nous pouvons suivre le chemin du mouvement anti-capitaliste de 1994 à aujourd’hui, en suivant ces panneaux.

D’abord, ils vous ignorent : Entre 1994 et 1999, nous avons été largement invisibles. En ce qui concerne les puissants, il n’y avait pas d’opposition au capitalisme, aucune alternative au « libre »marché.. Comme l’écrit Thomas Friedman, le prosélyte ultime de la mondialisation, dans son livre The Lexus and the Olive Tree: Understanding Globalization: “Ils n’y a plus de pépites de chocolat, plus de volutes de fraises, plus de citron-citron vert; il y a seulement la vanille nature et la Corée du Nord.” La vanille, vous l’avez compris, c’est le capitalisme, l’apogée de l’évolution humaine. Il affirme en outre, “La vanille nature n’est pas seulement tout ce que nous avons, mais tout le monde en est vraiment content.” Quelque chose doit changer.

Puis ils se moquent de vous : 1999 fut l’été de l’amour de l’entreprise, lorsque la bulle des .com était au plus haut et que les prévisionnistes boursiers, avec un orgueil stupéfiant, prédisaient que, à partir de maintenant, le marché boursier ne ferait que progresser – à jamais. Non sans coïncidence, ce fut aussi l’été où le mouvement anti-capitaliste est apparu comme un fait mondial, lorsqu’un carnaval sauvage et turbulent contre le capital a interrompu le commerce dans la City de Londres. La contagion s’est étendue avec le blocage du sommet de l’OMC à Seattle la même année. Nous étions bruyants, excentriques, émeutiers, portant des costumes grotesques et impossibles à ignorer. Alors, il se sont moqués de nous. “Une arche de Noé des défenseurs de la terre plate, des syndicats protectionnistes et des yuppies à la recherche de leur truc des années 1960,” a raillé Thomas Friedman, furieux que sa théorie de la glace à la vanille avait été réfutée. Le Wall Street Journal s’est moqué des “idiots du village mondial … avec leurs bavoirs et leurs biberons.”

A l’époque des manifestations de Prague en septembre 2000 contre la Banque Mondiale, le rire semblait forcé. L’éditorial de The Economist était aigre, « plaidant pour la mondialisation » avec la photo d’un enfant africain pauvre – prétendument un futur bénéficiaire de la mondialisation – sur sa page de couverture. Ils semblaient moins sûrs d’eux lorsqu’ils soutenaient que la mondialisation économique était le « meilleur des nombreux avenirs futurs pour l’économie mondiale.”

Puis ils vous combattent: Les affrontement sont devenus plus durs. A Göteborg, durant l’été 2001, la police a tiré à balles réelles sur trois manifestants, qui ont survécu. Il était certain que les manifestations contre les sommets qui s’intensifiaient finiraient par une mort. Des mois plus tard, Gênes a vu la répression la plus brutale du mouvement dans le nord à ce jour lorsqu’ils ont abattu Carlo Giuliani 1 et frappé 97 militants dans leur sac de couchage. 18 balles réelles, au moins, ont été tirées ce jour-là contre les manifestants.

Carlo Giuliani

A chaque sommet, la barre était placée plus haut; ils apprenaient à nous connaître et comment nous maîtriser, alors que nous avions cesser de faire évoluer nos tactiques de blocages spectaculaires. Les carnavals contre le capital sont extraordinaires pour le délégitimer, mais à Gênes, ils nous ont déclaré la guerre. Ils nous abattront plutôt que de nous laisser entrer dans la « zone rouge ». Dans tous les cas, nous devions arrêter et nous demander ce que nous ferions si nous devions en arriver là. Bloquer une réunion du G8 seulement, n’arriverait jamais à créer le monde que nous voulions. Après Gênes, nos tactiques d’actions directes de blocage, qui juste deux ans auparavant avait bloqué Seattle, ne se passeront plus jamais de la même façon. La prochaine étape, si nous suivions cette voie – un cul de sac, en fait – où ils voulaient nous conduire était de déclarer la guerre totale dans une bataille militaire que nous ne pourrions jamais gagner. Mais, alors que le sang séchait sur le sol et les murs blancs de l’école Diaz 2, nous avons pris conscience que la lutte devait, encore une fois, être menée selon nos propres règles et non les leurs. Nous devions réfléchir, étudier les enseignements des mouvements jusqu’à maintenant et évoluer.

Gênes a été la plus grosse manifestation de ce genre jusqu’alors. A cette époque, le mouvement était pris extrêmement au sérieux dans les salles des conseils d’administrations des grandes sociétés, dans les conférences internationales de la police et dans les colonnes de la presse financière.

Six semaine après les manifestations de Gênes, le premier article pleine page d’une série de cinq a été publié dans l’édition anglaise du Financial Times sous le titre “Le capitalisme en état de siège : Les enfants de la mondialisation contre-attaquent.” L’article déclarait: “Juste une décennie après la chute du mur de Berlin… il est de plus en plus évident que le capitalisme mondial se bat une nouvelle fois pour l’emporter.” Quelques heures après l’arrivée du journal dans les kiosques, des terroristes islamistes attaquaient New York et Washington. Soudainement, l’espoir laissait la place au désespoir et à la peur. Les idées politiques alternatives qui nous avait révélé était soudain obligée de devenir des actions défensives d’arrière-garde – la défense des droits de l’homme et civiques, l’opposition à la guerre et au nationalisme. Le premier ministre italien, Berlusconi n’a pas été le seul opportuniste lorsqu’il a souligné « l’étrange ressemblance” entre le mouvement et les terroristes islamistes, tous les deux « ennemis de la civilisation occidentale.” Le représentant US pour le commerce, Robert Zoellick, qui avait initié un nouveau round de négociations commerciales au sein de l’OMC en novembre, était totalement cynique dans son utilisation des morts des Twin Towers, en déclarant, “Le 11 septembre, l’Amérique, sa société ouverte, et ses valeurs, ont été attaqué par un ennemi qui veut provoquer notre panique, notre retrait et notre abdication du leadership mondial… Ce président et cette administration se battront pour des marchés libres. Nous nous ne laisserons pas intimider par ceux qui ont pris les rues pour accuser le commerce – et l’Amérique – de tous les maux de la terre.” Nous n’étions pas seulement décrits comme des terroristes . Les commentateurs, qui, cinq ans plus tôt signalaient notre apparition, étaient maintenant impatients d’être les premiers à nous déclarer morts. L’éditeur de The Guardian écrivait “Depuis le 11 septembre, il n’y a plus d’engouement, plus d’intérêt pour l’anti-capitalisme et les questions brûlantes des derniers mois semblent totalement hors sujet aujourd’hui” La série d’articles du Financial Times était close.

Gênes juillet 2001

La déclaration de « guerre à la terreur » de Bush, la répression contre la dissidence intérieure, une nouvelle ère d’attaques préventives et une guerre sans fin a obligé de nombreux militants à un réexamen de la situation. Cela nous a tous obligé à inspirer profondément, à mettre nos mots en pratique et à penser en termes stratégiques, et vite. Non seulement les temps étaient dangereux pour les dissidents, mais la nature du pouvoir que nous affrontions s’était transformée rapidement.

Pour les mouvements du sud, il y avait beaucoup moins de différence. Pour eux – pour le MST, les zapatistes, les campesinos colombiens – cela avait toujours été une guerre. les manifestations de rues spectaculaires et les journées mondiales d’actions n’était rien d’autre que l’occasion de relier leurs luttes quotidiennes – pour se nourrir, pour survivre, pour être payé, pour cultiver, pour être en bonne santé – à un mouvement mondial en pleine croissance. “Pour nous, chaque jour est une journée d’action,” disait un syndicaliste bolivien.

Et donc, les rumeurs concernant la mort du mouvement était largement exagérées. A New York City même, quelques mois après le 11 septembre, 20 000 personnes ont manifesté contre le Forum Économique Mondial dans un contexte politique des plus difficile. Pensant que personne n’oserait protester contre son « acte de solidarité », le FEM s’était réuni à New York City en janvier 2002 – la première fois qu’il abandonnait sa station montagnarde de Davos en Suisse, depuis 30 ans.

En même temps, à Porto Alegre, au Brésil, plus de 60 000 personnes – six fois plus que l’année précédente – se sont rencontrées pour le Forum Social Mondial sous le slogan optimiste “Un autre monde est possible.” Les manifestations augmentaient encore de manière exponentielle. Celle de mars à Barcelone, un demi million de personnes contre le sommet de l’Union Européenne a démontré qu’elles avaient conscience des nouvelles réalités auxquelles elles faisaient face après Gênes: “Il ne s’agissait pas de mettre le sommet en état de siège,” ont dit les organisateurs de cette action, “mais de briser le siège de notre ville,” (se référant à l’état de siège créé par les participants au sommet et la police). Les manifestants de Barcelone refusèrent aussi la déclaration de guerre, comme l’a expliqué le le syndicat anarchiste CGT: “ Nous devons retrouver la nature furieusement festive et subversive de nos actions, briser les cadres militaires(les affrontements-blocages avec la police) dans lesquels les autorités veulent nous enfermer.” En novembre, avec la menace de la guerre en Irak, deux millions de personnes sont descendues dans les rues de Florence pour rejoindre la marche de clôture du Forum Social Européen.

Ce que Gênes et le 11 septembre ont matérialisé, en réalité, a été la fin de la première étape visible du mouvement apparu en 1994. Ils ont montré quelques-unes des limites d’un élan – et d’une politique fondée sur des événements qui se résumait avant tout à la perturbation et la délégitimation des institutions économiques. Et ainsi, contre le spectacle, nous avons porté notre attention sur la politique de nécessité. Nous avons détourné notre attention principale des explosions rapides des journées d’action pour des incendies à combustion lente, progressivement construits mais énormes. A partir de rien, nous construisions quelque chose de nouveau – et selon nos propres règles. Le mouvement s’était amplifié. Il se préparait pour la longue route, la prochaine étape de la lutte – le combat, et comme l’a prédit Gandhi, la victoire.

Et puis vous gagnez: Le plus grand défi auquel est confronté peut-être les mouvements mondiaux aujourd’hui est de prendre conscience que la première étape est terminée, et que le slogan d’abord peint sur un bâtiment de Seattle et vu pour la dernière fois à Gênes sur un véhicule en feu de la police, “Nous sommes en train de gagner,” devient vrai. Ce que nous devons faire maintenant est de décider ce que gagner signifie réellement pour nous – disloquer le capitalisme ou créer le monde que nous voulons? Ce n’est pas la même chose. Pendant ce temps, « la crise de légitimité » du capitalisme occidental dans les différentes manière qu’il exerce le pouvoir – de la politique économique à la force militaire – s’étend de manière exponentielle chaque jour.

Il y a eu un « effondrement presque complet de la théorie économique dominante » selon l’économiste James K Galbraith 3. Des sociétés, et même des pays entiers qui avaient été les têtes d’affiches du capitalisme dans les années 1990 ont fait faillite. La chaos a régné – pas seulement en Argentine mais dans les centres du capitalisme dans les couloirs de Enron, WorldCom, et de nombreuses autres sociétés puissantes. Nous sommes aujourd’hui dans la plus sévère crise financière depuis les années 1930. “L’échec du système!” hurle la première page de Fortune, la revue maison du capitalisme – un sentiment que, durant les dernières années de 1990, vous n’auriez trouvé que dans des revues contre culturelles comme Adbusters. Cet échec n’est nulle part ailleurs plus évident qu’en Amérique du Sud, qui présente la plus grande fissure jamais vue dans l’édifice du néo-capitalisme, et le continent brûle avec un rejet massif de la mondialisation, alors que de l’Argentine à l’Uruguay les écoliers mangent de l’herbe pour éviter les crampes d’estomac. Après Seattle, Fortune a écrits ces mots prophétiques: “Si nous ne sommes pas prudents, le « consensus de Washington Consensus » [l’idéologie économique de la mondialisation] ne sera le consensus que d’un seul.” L’incendie couve ailleurs aussi et cela n’est presque jamais dit. Le militant syndical asiatique Trini Leung raconte que la Chine adopte l’économie de marché: “L’agitation a été grandissante parmi les ouvriers licenciés et les fermiers déplacés lors des dix dernières années. Des centaines d’actions de protestation au moins, comme des sit-ins, des manifestations de rues et des barrages de routes, ont lieu quotidiennement à travers le pays. Parfois, des manifestations violentes, telles que des agressions physiques et des attentats à la bombe, sont menées par des manifestants en colère et désespérés. Cela semble devoir empirer aussi longtemps que les conditions de vie et les déplacements ne s’améliorent pas.”

De plus en plus, au fur et à mesure que le consensus au sein des milieux financiers s’effiloche, ce que l’on pourrait appeler un “soft power”, comme les regroupements d’entreprises et les lois du marché, est éclipsé par un “hard power” – la guerre, le fascisme, le militarisme. Bien sûr, le gant de velours du “soft power” a toujours eu derrière lui la main de fer du “hard power”. Pour citer Thomas Friedman une nouvelle fois: “la main cachée du marché ne fonctionnera jamais sans le poing caché. McDonald’s ne peut pas prospérer sans McDonnell Douglas…. Et le poing caché qui maintient le monde en sécurité pour que prospèrent les technologies de la Silicon Valley s’appelle l’Armée US, Air Force, la Navy, et le Corps des Marines.” Il est important pour la dissidence de ne pas seulement se focaliser sur les institutions du « soft power » ni oublier que nous nous opposons au capitalisme mondial et pas seulement à l’armée américaine.Mais nos stratégies doivent prendre en compte la réalité nouvelle.

La plus grande journée d’action mondiale que le monde a jamais vu s’est déroulée le 15 février 2003, un mois avant que les USA et la Grande Bretagne envahissent à nouveau l’Irak. Vingt millions de personnes y participèrent. Une résistance efficace contre le nouvel impérialisme n’est possible qu’à travers des réseaux planétaires de résistance et ce sont les formes,les liens et les réseaux du mouvement anticapitaliste comme projet politique mondial qui ont rendu possible ce degré de mobilisation et cette éducation populaire. Comme l’a remarqué le New York Times : “ Les énormes manifestations contre la guerre nous rappellent qu’il existe encore deux super-puissance sur la planète: les États-Unis et l’opinion publique internationale.”

Déjà en 1994, les zapatistes nous avaient dit qu’ils menaient la quatrième guerre mondiale (la troisième était la guerre froide). Dix années plus tard, les peuples du monde ont pris conscience que nous la menions ensemble.

Les centres et les marges

La seconde étape du mouvement sera plus difficile que la première. Elle consiste à travailler plus près de chez soi, une étape où l’action de masse dans les rues est contrebalancée (mais pas entièrement remplacée) par la création d’alternatives au capitalisme dans nos voisinages, nos villes et nos quartiers. Une action politique qui passe de la construction au conflit, fondée sur des visions à plus long terme, où nous cherchons à bâtir des alternatives qui nous soutiendrons dans l’avenir – et qui nous rappelle néanmoins que des alternatives réelles au capitalisme nous entraînerons dans des conflits avec le système et que nous devons continuellement mettre en place des stratégies pour nous défendre contre lui.

Mais tout en retournant dans nos voisinages, nous ne devons pas fétichiser le local, nous retirer dans des ghettos sous-culturels, ni oublier que nous sommes le premier projet politique mondial mené par la base. Nous ne devons pas défaire les liens qui nous relient au sein du réseau mondial. Ces pouvoirs ne peuvent pas être combattus de manière isolée, ou par de simples factions. Ils nous cueillerons les uns après les autres si nous essayons de le faire ainsi. Notre résistance a encore besoin d’être transnationale comme l’est le capital, la spéculation financière, le changement climatique, la dette et le pouvoir des multinationales.

Conserver le mouvement comme phénomène mondial est également vital pour une autre raison. Le nationalisme, inhérent à une réponse purement locale à la mondialisation est une tentation dangereuse pour la population mondiale. Dans une récente étude d’étudiants universitaires en Inde, Hitler arrivait troisième, derrière Gandhi et leur actuel dirigeant nationaliste hindou, le premier ministre Vajpayee, comme plus grands dirigeants de l’histoire. Beaucoup de personnes au Moyen Orient, en Afrique et en Asie, se tournent vers l’islamisme autoritaire comme seul espoir d’une réelle résistance. Dans ce contexte, le Anti-Globalization Egyptian Group nouvellement créé, un exemple rare de ce type de mouvement au Moyen Orient, offre une alternative prometteuse. L’économiste marxiste égyptien Samir Amin souligne que leurs analyses sophistiquées de la vraie nature de la domination dans la région est une source d’espoir et que les réseaux internationalistes qui incluent ces genres de groupes doivent faire partie de l’avenir du mouvement.

Mais être présent mondialement ne veut pas dire être centralisé: le réseau international Indymedia devrait nous l’apprendre. Et si de nombreux groupes et partis politiques du Forum Social Mondial (FSM), par exemple, croient qu’ils en sont le « centre » et orientent le mouvement, ils se trompent. C’est dans les couloirs du FSM, dans les salles de gym, dans les abris de plastique du camp du MST sous le pont de l’autoroute, où les mouvements sociaux et les marginalisés des cinq continents se rencontrent que la vraie révolution est forgée.

Comme le dit une déclaration de l’atelier, “Le travail de la multitude” : “Ce n’était pas le centre de Porto Alegre qui nous intéressaient le plus, nous et d’autres…. Les mouvements sociaux utilisent toujours – de manière joyeuse ou cynique, de façon positive et amicale – l’attirail mis en place par les « centres » et leurs nombrils auto-satisfaits.” Nous avons désespérément besoin d’un endroit pour établir une stratégie en tant que mouvement mondial. Non pas un parlement mondial mais un réseau mondial. Lorsque les marginalisés s’allient, le monde tourne un peu sur son axe. Et comme le souligne le texte de la Multitude: “Tôt ou tard, notre parcours devra se diriger vers le « centre »’; nous devrons le traverser comme le font les manifestants argentins en tapant sur leurs casseroles ou en formant des piquets tout en se dirigeant de leurs quartiers vers leurs points de rencontres. Le travail de la multitude – notre travail – est de combler les fossés entre les périphéries afin qu’elles puissent faire exploser le « centre »…. Il est préférable, néanmoins, que le « centre » n’en prenne pas conscience. Il pourrait avoir peur. Nous ne lui dirons pas jusqu’au dernier moment.”

Du mouvement et de l’immobilité

Comment découvrirons-nous les chemins à suivre? Comment saurons-nous que ce sont les bons ? Car existe t’il dans l’histoire des révolutions qui n’ont pas pris un mauvais chemin à un moment donné, finissant en bains de sang ou en trahisons – et, en fin de compte, en échec?

Le mouvement anticapitaliste est la tentative soutenue la plus récente pour réinventer la notion de révolution à travers un processus en constante évolution plutôt que par le triomphe d’une idéologie. Un enseignement que nous avons essayé de tirer de l’histoire est que les moyens que nous choisissons détermine la fin. Nous avons vu trop souvent ceux qui recherchaient le pouvoir trahir progressivement tous les principes qu’ils soutenaient jusqu’au moment où ils ont réussi à accéder au pouvoir. Nous devons leur résister parce qu’ils ont trahi tout ce en quoi ils croyaient. Nous ne créons pas une nouvelle idéologie à imposer du haut, pour « remplacer » le capitalisme, mais développons une entièrement nouvelle méthodologie participative venant du bas. Plutôt que de chercher à dessiner un itinéraire pour demain, nous faisons évoluer nos propres parcours, individuellement et collectivement, en même temps que nous voyageons.

Comme le demande la militante Starhawk, 5Pouvons-nous penser comme aucun autre mouvement social n’a jamais pensé?”. Pouvons-nous agir comme aucune rébellion n’a jamais agi? Pouvons-nous créer une politique qui ne soit pas laissée à des spécialistes, une politique qui n’est pas seulement pertinente mais qui fait partie de la vie quotidienne, une politique qui ne ressemble pas ou qui n’est pas ressentie comme une politique?

A ce paradoxe, laissez-nous en ajouter quelques autres pour décrire ce mouvement, c’est à dire beaucoup de mouvements. Cette ancienne lutte qui est nouvelle. Ce mouvement qui est de gauche mais qui a rejeté les traces de cet autoritarisme d’état de gauche du vingtième siècle Ce mouvement qui se cache afin d’être vu. Ce mouvement qui rêve d’autres mondes possibles ici, sur terre, mais qui a seulement des intuitions, pas de certitudes sur les moyens de les obtenir. Ce mouvement sans nom. Ce mouvement, le plus mondialisé de l’histoire qui a été appelé « anti-mondialiste ». Ce mouvement qui n’a pas de dirigeants mais dont ceux-ci dirigent en obéissant. Ce mouvement dans lequel des agriculteurs d’économies concurrentes, du nord et du sud, se serrent les coudes. Ce mouvement qui montre les limites d’une comptabilité économique – non pas en recalculant des sommes mais par le carnaval – afin de révéler ces données qui n’apparaissent pas dans les pertes dans le bilan : la nature, les gens, la culture et les âmes en peine.

Les philosophes grecs anciens utilisaient des affirmations paradoxales, imprécises et contradictoires pour lesquelles il n’existait pas de solution, connues sous le nom d’apories, afin de susciter un esprit de questionnement, de respect et de spéculation chez leurs étudiants plutôt que de les endormir avec des réponses toutes faites. Cela oblige le penseur à prendre ses responsabilités. L’aporie crée l’émerveillement et l’étonnement devant les puzzles déroutants de nos vies et de l’univers.L’origine du mot signifie l’absence de poros – une voie, un passage, un chemin.

Est-cela que les zapatistes veulent signifier lorsqu’ils disent « En marchant, nous nous posons des questions ?” Avons-nous le courage d’aller – parfois hésitants, parfois courant – vers une destination inconnaissable? Souhaiteriez-vous renoncer à votre scepticisme si nous vous disions que nous avons toutes les réponses? Et si nous le faisions et que vous les suiviez, en quoi cela vous aiderait-il à long terme?

L’idée d’un mouvement révolutionnaire qui écoute réellement est en elle-même un paradoxe. Généralement, les révolutionnaires crient, chantent, ils essaient de faire entendre leurs cris par-dessus le grondement d’un système qui détruit au bulldozer leurs moyens de subsistance et leurs désirs. Cependant, l’idée d’écoute est fondamentale pour beaucoup au sein de ces mouvements. Lorsqu’un théoricien d’avant-garde maoïste de guérilla urbaine est arrivé au Chiapas et à parlé aux indigènes afin d’essayer de leur inculquer un esprit révolutionnaire, ils ne l’ont pas compris. Par la suite, il a surmonté son arrogance révolutionnaire et a appris à écouter. Les gens l’appellent maintenant sous-commandant Marcos. De cette expérience est née le zapatisme, une forme de rébellion qui dirige en obéissant. Cette idée d’une rébellion qui écoute transforment de fond en comble les idées préconçues sur la lutte. Le zapatisme rejette les certitudes politiques et, de la forme changeante, de la brume flottante, il comprend le changement ; non pas comme un slogan révolutionnaire banal mais comme un processus réel. Comme la capacité des révolutionnaires d’admettre qu’ils ont tort, d’arrêter et de tout remettre en question. Le changement comme désir de détruire les structures verticales du pouvoir et de les remplacer par une horizontalité radicale : Une réelle participation populaire. Le changement comme volonté d’écouter, la sagesse de grandir, l’engagement à transformer.

Se perdre “sans avoir de chemin » pourrait même être une partie importante de ce processus. Commettre des erreurs, douter profondément, peut-être pendant de longues périodes – cela fait partie de l’apprentissage de la marche. Écouter signifie aussi comprendre pourquoi nous avons échoué. Ce n’est pas un crime ou un problème personne – c’est souvent un héritage de l’histoire. Apprendre la vraie démocratie n’est pas quelque chose qui vous tombe dessus, et que assis tranquillement, vous empoignez solidement. Cela faiblit, redémarre, demande une expérimentation et un ressourcement constant. C’est une série d’aptitudes qui requiert de la pratique, une connaissance de soi, une confiance en soi, une conscience de soi Marcher et poser des questions.

Partout et nulle part

« Chaque génération doit dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». – Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, 1966

Je ne peux pas te donner la réponse que tu réclames. Vas chez toi et réfléchis. Je ne peux pas décider de ton manuel de révolution favori . Au lieu de cela, je veux provoquer l’éveil général en obligeant les gens à examiner leurs conditions de vie …. Je ne veux pas y mettre fin avec une orthodoxie bancale et accrocheuse. Ceux qui me critiquent disent: Il n’y a pas le temps pour ton beau programme d’éducation; les masses sont prêtes et l’éveil aura lieu pendant la lutte. Et ils citent Fanon sur le pêché de trahison de la révolution. Ils n’ont pas pris conscience que les révolutions sont trahies autant par la stupidité, incompétence, l’impatience, et l’action précipitée que par le fait de ne rien faire du tout .” – Chinua Achebe, Les termitières de la savane, 1987 6

Un mouvement qui arrête de se poser des questions deviendra plus dur, peut-être plus « efficace » à court terme, mais, en dernier lieu, plus répressif, doctrinaire, incapable de répondre aux nouvelles menaces ou opportunités. En clair, nous commençons à ressembler à ceux à qui nous nous opposons. Nous nous ossifions et sommes évincés par ceux qui innovent alors que nous stagnons et pontifions. Nous refusons ce destin dont ont été victimes tant de mouvements radicaux. Nous nous engageons à évoluer et à nous réformer plutôt que de laisser cela arriver.

Rebelles ou révolutionnaires

Pourquoi les révolutions échouent-elles? Interrogeons l’histoire. Les soulèvements des années 1960 et 1970 – d’envergure et de portée internationale – sont une référence pour beaucoup de radicaux aujourd’hui. Mais, alors que ces mouvements ont transformé – les avancées sociétales sur la race, le genre et l’impérialisme, par exemple, ont été extraordinaires – ils ont été brisés par la suite, récupérés et vaincus. Comment cela est-il arrivé? Comment pouvons-nous éviter de refaire les mêmes erreurs?

Mike Albert 7, de Z-Net, dit: “Le fait que ma génération n’a pas partagé avec la vôtre les enseignements que nous avons tiré des échecs et succès des années 1960 et 1970 est un péché contre l’humanité.” Il a remarqué que les militants aux USA dans les années 1960 étaient comme des “coureurs de tête dans un marathon où la masse des gens suivaient un peu en arrière. En fait, ces gens auraient mieux fait de courir au milieu de la foule plutôt que loin devant.”

PR Watch, un groupe radical d’investigation aux USA, a découvert les conseils de Ronald Duchin, de la firme de renseignement américain Mongoven, Biscoe and Duchin, sur comment briser les groupes anti-capitalistes: isoler les extrémistes, et, par le dialogue, coopter les idéalistes pour qu’ils deviennent « réalistes ». En d’autres termes, diviser et conquérir 8. Dans les années 1970, quelques-uns de ces radicaux qui « couraient loin devant » la foule se sont tournés vers des tactiques de guérillas. Cela a permis aux autorités d’utiliser des forces incroyables pour sévir contre les mouvements tout en en persuadant beaucoup qui étaient seulement spectateur de ne jamais se joindre à la foule qui courait.

Indépendamment des arguments moraux, pourquoi offrir aux autorités ce dont elles ont besoin pour nous détruire? Ce serait une tactique suicidaire pour un mouvement qui a réussi jusqu’à maintenant à se baser sur la rupture d’avec le dualisme, en nous poussant vers le « avec nous ou contre nous » de la « guerre contre le terrorisme » de Bush “. Comment pouvez-vous utiliser des armes pour vaincre des pouvoirs qui possèdent les armes les plus puissantes au monde? Cela demande beaucoup plus de stratégie, style jujitsu, pour l’emporter.

George Lakey, un formateur à l’action directe non-violente, travaillant avec des étudiants indonésiens en 200, qui combattaient un gouvernement répressif et des militaires puissants, explique pourquoi les raisons d’utiliser la violence étaient omniprésentes Il dit: “Les yeux d’un jeune homme étaient emplis de larmes lorsqu’il me décrivait ce que représentait de voir des camarades mourir dans la rue, où ils avaient été abattus par des soldats lors d’une manifestation. ‘Je voulais une vengeance,’ avouait-il doucement.” Sans critiquer les sentiments légitimes de colère, les formateurs ont demandé au groupe: Comment la violence affectera-t-elle l’ensemble des acteurs politiques indonésiens et en amènera quelques-uns à vous soutenir?

Lakey dit: “Les participants se sont jetés dans un débat animé, les doigts pointés sur le graphique des alliés potentiels. Un silence soudain s’est abattu sur le groupe, quelqu’un, le doigt fendant l’air s’est exclamé, « Et c’est pourquoi le gouvernement paie des provocateurs pour venir parmi nous pour faire monter la violence!”.

Le but de cette histoire est de montrer combien la réflexion stratégiques est importante plutôt que de dire que la violence ne se justifie jamais comme tactique. Nous devons analyser les adversaires auxquels nous nous confrontons, ce qui leur serait bénéfique et ce qui les affaiblirait. Nous ne devrions jamais sous-estimer le pouvoir d’une large base sociale de soutien populaire. Nous devons être capables d’utiliser l’auto-défense lorsque cela est nécessaire mais ne pas tomber dans des batailles rangées que nous ne pouvons pas gagner, qui nous isolent des autres et qui aident à nous briser. Nous avons besoin d’un apprentissage stratégique inter-générationnel et interculturel constant.

Comme les étudiants indonésiens, nous devons recadrer ce que nous devons faire, pas seulement pour nous battre mais pour l’emporter. Nous contentons-nous de rester des rebelles, en dehors de la société – ou sommes-nous des révolutionnaires qui souhaitons la transformer? Y a t-il des infirmièr-es dans le mouvement? Des écoliers? Des grands-mères? Qu’est-ce que cela signifie si notre mouvement ne ressemble pas à la société ? Quel genre de monde sommes-nous en train de construire si nous n’impliquons pas tout le monde dans sa construction? 10

Laisser aller et devenir tout le monde

« Continue à marcher mais il n’y a pas d’endroit où aller. N’essaie pas de voir à travers les distances. Ce n’est pas pour les êtres humains. Bouge en toi, mais ne bouge pas comme ta peur te fait bouger.” – Rumi

“Lorsque nous perdons notre peur, nous perdons nos sentiments,” dit Gaby, un jeune militant argentin lorsqu’on lui demande à quoi cela ressemble d’être un radical dans un pays où 30 000 personnes ont « disparus » du fait de la dictature militaire. Souvent dans la lutte que nous menons pour obtenir ce que nous voulons, nous sacrifions notre humanité. La lutte peut exiger que nous devenions des soldats Par la suite, comme des soldats, nous devenons insensibles. Nos cœurs s’endurcissent, confrontés à l’oppression, aux passages à tabac, à la torture, en voyant nos amis emprisonnées ou même tués. Nous de venons de meilleurs combattants mais de plus mauvais êtres humains. Nous pouvons devenir plus déterminés des révolutionnaires en colère, mais nous rendons également plus probable le risque que notre révolution sera imposée et, qu’à son tour, elle opprimera les autres.

Il est vital de chercher à comprendre comment des opprimés deviennent des oppresseurs – la dynamique la plus courante dans toute l’histoire révolutionnaire. Nous devons examiner non seulement ce que nous disons en public, étudier non seulement comment nous restons en vie, mais également humains. Il est extraordinairement difficile de résister à la crainte, à leur violence, tout en continuant à innover comme mouvement. Poser des questions sur les orientations du mouvement dans ces moments de crainte et d’insécurité demande un énorme courage et peut vous faire cataloguer comme traître, réformiste ou vendu – et est pourtant crucial.

Ceux qui ont connu des conflits et des guerres, y compris la guerre économique contre l’extrême pauvreté, peuvent être porteurs d’un profonde rage, humiliation et résistance capables d’alimenter la force d’un mouvement révolutionnaire, mais qui l’affaiblissent fatalement en empêchant en réalité les militants d’être capables d’écouter, de communiquer avec ceux extérieurs au mouvement, en subvertissant sa démocratie et son efficacité.

“Abandonnez le militantisme” 11 était le titre d’un article influent écrit après le J18 à Londres. Il soulevait quelques questions importantes: “Le rôle du militant est menacé par le changement…. Si tout le monde devient révolutionnaire, alors vous n’êtes plus original, non.?” Et : “Il ne suffit pas de chercher à relier tous les militants dans le monde pas plus qu’il ne suffit de transformer plus de gens en militants.” Ce qui est nécessaire n’est pas que plus de gens deviennent militants mais qu’ils s’engagent dans la construction quotidienne de la société. Cela implique de risquer de perdre notre identité comme mouvement et le sens de notre place dans le monde. C’est seulement en lâchant nos précieuses identités, en abandonnant nos ego et nos sous-cultures que nous pouvons supprimer les limites que nous fixons à nos réalisations et aller vers le type de politique pluraliste dont nous avons besoin plus que jamais.

Comme Jeremy Gilbert, un universitaire et militant britannique nous l’écrivait dans un e-mail pendant la rédaction de ce livre : “Sommes-nous partout? Non, vous savez – mais nous pourrions l’être. Et si nous voulons l’être, alors nous devons prendre conscience que c’est une pensée vraiment effrayante : parce que, lorsque « nous » serons partout, alors, il n’y aura plus rien contre quoi nous définir, et, donc, « nous » serons nulle part. Si nous voulons vraiment faire du monde un meilleur endroit, alors c’est ce que nous devons vouloir. Mais apprendre à le vouloir demandera du courage, celui d’accepter le risque pour nos identités qui sont toujours constituées par le vrai changement .”

Alors ayons le courage, ayons le cœur qui repose à la racine du mot courage, le coeur – le cœur de construire une rébellion qui embrasse, le cœur d’exiger une insurrection qui écoute, le cœur de créer une révolution qui, quand elle se regarde dans un miroir, comprend que ce n’est pas seulement une question de rage, mais qu’elle commence avec le mot“ami.” Ayons le courage de ne rien demander pour nous, mais tout pour tout le monde, le courage de garder les espaces que ce mouvement des mouvements a créé, radicalement ouverts, révolutionnairement accueillants, et profondément populaires….

Parce que, lorsque « nous » serons vraiment partout, nous serons nulle part – parce que nous serons tout le monde.

Notes from Nowhere

Ceci est l’article final du livre We Are Everywhere. Pour plus d’informations, voir le site

NDT

1. Voir Il y a 15 ans mourrait Carlo Giuliani

2. Voir Raid on Diaz school et Témoignage. “N’oublions pas les violences du G8 de Gênes”

3. How the Economists Got It Wrong. James K. Galbraith.

4. Sur le FSM,voir entre autres Odaci Luiz Coradini Les participants et les organisateurs du Forum social mondial : la diversité du militantisme et Dix ans de Forum social mondial : quelques enseignements et quelques pistes pour repenser l’espace altermondialiste Nicolas Haeringer

5. Starhawk (née Miriam Simos) 1951-  Ecrivaine et militante écoféministe américaine, qui Formatrice à la non-violence et à l’action directe, et militante dans les mouvements pacifistes, féministes, écologistes et altermondialistes.

6. Chinua Achebe 1930 – 2013. Écrivain nigérian dont l’œuvre recouvre tous les genres littéraires ; roman, essai, nouvelle, poésie Quelques-uns de ses ouvrages ont été traduits en français. A ma connaissance :
Les termitières de la savane trad. de l’anglais par Étienne Galle. 10-18. Tout s’effondre Actes Sud Littérature Lettres africaines 2013 Éducation d’un enfant protégé par la Couronne, Actes Sud 2013

7. Michael Albert 1947 –  .Coéditeur de Znet et coéditeur et cofondateur de Z Magazine. Pendant les années 1960, il a été membre des Students for a Democratic Society – SDS. Avec Robin Hahnel, il a élaboré le concept d’économie participative. Voir Une proposition libertaire: l’économie participative Normand Baillargeon et Vers une rémunération équitable, extrait du livre du même nom

8. Divide and conquer : Unpacking Stratfors rise to power et How to win the media war against grassroots activist

9. George Lakey 1937 – Sociologue, écrivain et militant non-violent américain. Il a participé à de nombreuses actions, lors du mouvement pour les droits civiques des années 1960 aux USA et contre la guerre du Vietnam,Il a écrit de nombreux ouvrages et articles sur l’action directe non-violente et organisé de nombreux groupes et organisations. En 1973, il a rejoint le mouvement LGBTI. Voir A manual for a new era of direct action

10. Sur cette question, voir par exemple, Où était la couleur à Seattle ?

11. Give up Activism et Give up Activism: Postscript

 

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