Le procès des anarchistes à Lyon

Liberty

Texte original : The Trial of the Anarchists at Lyons Liberty Vol.2 no. 7. 17 février 1883

Selon notre promesse de garder informés nos lecteurs concernant le procès de Kropotkine 1 et de ses cinquante et un camarades anarchistes à Lyon, nous présentons le compte-rendu résumé suivant des procédures judiciaires (?) :

Le procès a débuté le lundi 8 janvier, devant trois juges, l’accusation d’affiliation avec l’Internationale pour laquelle étaient poursuivis les inculpés n’étant pas une de celles que les juges laissèrent de côté. Les inculpés furent interrogés tour à tour par le président du tribunal, qui s’adressa en premier à Bordat 2, un jeune homme aux cheveux clairs de vingt-sept ans.Celui-ci, qui répondit avec fermeté, dignité et précision, admit qu’il appartenait à la Fédération Révolutionnaire Lyonnaise, qu’il était l’un des éditeurs du Droit Social, qu’il avait assisté au Congrès de Genève à titre individuel, et qu’il avait été admis dans une commission avec Élisée Reclus pour rédiger un manifeste anarchiste.

Le tribunal — N’avez-vous pas déclaré lors d’une conférence le 9 septembre 1882, que les anarchistes ne reconnaissaient aucune autorité, pas même une autorité révolutionnaire? N’avez-vous pas dit que les mineurs de Montceau avaient bien fait en s’en prenant aux crosses et aux croix et aux églises?

Bordat — Ces citations sont inexactes. Mais les actes à Montceau étaient légitimes parce que la bourgeoisie les avait provoqué. J’approuve ce qui est appelé propagande par le fait seulement lorsqu’il y a provocation de la part de la bourgeoisie.

Le procureur — Qu’entendez-vous par “provocation de la part de la bourgeoisie”?

Bordat — Je veux dire des agissements semblables à ceux de Montceau, où ils obligeaient des travailleurs à s’abstenir d’exprimer leurs opinions politiques et religieuses.

Le tribunal — Mais où était la provocation lors des actes commis à Lyon?

Bordat — Je décline toute responsabilité en ce qui les concerne et je les condamne.

Le tribunal — L’ abolition de l’autorité n’est-elle pas votre programme ?

Bordat — Oui.

Le tribunal — Et l’abolition de la propriété?

Bordat. — Pas exactement. Je désire, au contraire, l’extension de la propriété, son universalisation. Je ne prendrai pas à l’un pour donner à l’autre. Je suis un ennemi de l’État aussi bien que de Dieu.

Le tribunal — Vous prétendez, je crois, que la Fédération Lyonnaise n’était affilié à aucune association?

Bordat — Oui. Je ne suis pas partisan des associations secrètes et l’Internationale ne peut rien être d’autre.

Lors de son interrogatoire, un des anarchistes les plus actifs, Émile Gautier 3 admit avoir pris part à la création des groupes.

Le tribunal — Votre programme inclut l’abolition de la propriété et de l’État?

Gautier — Exactement.

Le tribunal — Vous avez prôné la révolution ?

Gautier — Je suis de ceux qui pensent que la transformation sociale dont nous rêvons et et la justice qui doit en résulter ne peuvent être accomplies sans la révolution. C’est un fait que j’établis, l’histoire en mains. Je considère les actes de Montceau comme des signes précurseurs de la révolution. Lorsque l’on voit de telles fractures dans la structure sociale, sa chute est proche. Tout comme la révolution de 93 a été précédée de trois cent émeutes mineures, la révolution sociale sera aussi précédée de nombreux troubles. L’éclair ne jaillit jamais d’un ciel sans nuage. Nous croyons en un parti international, ; comme cela est notre droit, mais non en une association institutionnelle.

Le tribunal — Admettez-vous avoir eu des contacts avec Élisée Reclus

Gautier — Oui,et je ne regrette qu’une chose, c’est qu’ils n’aient pas été plus fréquents.

L’attraction suivante la plus notable fut l’interrogatoire de Tressaud 4, un jeune marseillais de vingt-deux ans.

Le tribunal — Votre but, avez-vous dit, est de renverser le gouvernement républicain et le suffrage universel?

Tressaud — Je n’ai jamais dit cela; je n’ai parlé que du gouvernement actueI.

Le tribunal — Nous sommes sous un gouvernement républicain.

Tressaud — Non, monsieur.

Le tribunal — Le tribunal n’est pas de votre avis.

Tressaud — C’est regrettable.

Le tribunal — Avez-vous dit au juge d’instruction que vous étiez en faveur de l’abolition de la propriété et de la famille?

Tressaud — Oui. Et je ne souhaite pas que le travail de tous ne bénéficie qu’à quelques-uns ou à des personnes privilégiées.

Le tribunal — Quels moyens entendez-vous utiliser pour la réalisation de vos projets?

Tressaud — Des moyens pacifiques, si possible; Des moyens violents si nécessaire.

Le tribunal — Êtes-vous anarchiste?

Tressaud — Oui, mais internationaliste et c’est à cause de l’affiliation à l’Internationale que je suis ici.

Le mardi, Pierre Kropotkine fut appelé à la barre.

Le tribunal — N’avez-vous pas rencontré, depuis 1879, le partisan et principal éditeur de La Révolte?

Kropotkine — Je n’ai pas besoin de répondre à une telle question, parce que je ne vois pas pourquoi des magistrats français me demandent ce qui se passent dans les bureaux d’un journal publié à Genève. En outre, si le gouvernement le considérait comme si dangereux, il aurait pu interdire sa publication en France, ce qu’il n’a pas fait.

Le tribunal — Des preuves ont été trouvées à votre domicile , montrant que vous en étiez le principal éditeur.

Kropotkine. — Une fois encore, monsieur, je ne cache pas le fait que j’ai été éditeur de La Révolte, mais je vous demande ce que cela a à voir avec les faits qui ont conduit à mon arrestation.

Le tribunal — N’avez-vous pas fait des discours pressant les travailleurs à prendre possession de propriétés et avec l’intention de les amener à renverser le gouvernement qui vous offrait une généreuse hospitalité?

Kropotkine — J’ai toujours propagé la doctrine anarchiste du mieux que j’ai pu.

Le tribunal — Avez-vous pris part au Congrès de Londres comme délégué de La Révolte?

Kropotkine — Cela ne s’est pas passé en France. J’étais le délégué d’un journal suisse à une réunion qui se tenait en Angleterre. Je ne vois pas en quoi cela concerne un tribunal français.

Ensuite, le juge lut les compte-rendus des discours de Kropotkine lors du Congrès de Londres parus dans La Révolte, et demanda à l’inculpé si ils étaient véridiques.

Kropotkine — Oui, j’ai parlé ainsi et je ne l’ai jamais nié, mais je répète qu’un juge présidant un tribunal français n’a rien à voir avec des discours prononcés à Londres par le délégué d’un journal suisse.

Le juge lut ensuite les résolutions adoptées par le congrès.

Kropotkine — Je demande au tribunal de ne pas confondre mes discours avec les résolutions concernant la diffusion des connaissances sur la chimie. Il y avait beaucoup de jeunes assistant au congrès qui désiraient étudier la chimie. Je m’y suis opposé parce que je pensais que c’était irréalisable, bien que je pense que toutes les sciences sont nécessaires aux personnes qui désirent acquérir un meilleur statut social ; mais je considérais qu’un cursus d’études, pour obtenir ce résultat, devait être vaste et ne pas inclure seulement la chimie. Je pense que, lorsque un parti comme les nihilistes en Russie, se trouve dans une situation où il doit soit disparaître, décliner ou répondre à la violence avec la violence, — je pense, dis-je, qu’il n’y a pas lieu d’hésiter et qu’il doit nécessairement utiliser la violence. Cette idée est si juste et si humaine que vous-mêmes, gentlemen, en France, avez applaudi Vera Zassoulitch pour avoir fait feu sur le magistrat tyrannique, le général Trepow.

Là, la cour et le procureur l’interrompirent avec des protestations.

Kropotkine — Je vous demande de vous souvenir que, en tant que magistrats, il est de votre devoir de respecter la décision d’un jury et de vous incliner devant le verdict prononcé. Ici, le jury acquitté Vera Zassoulitch.

Le tribunal — N’avez-vous pas été expulsé de Suisse en rapport avec le Congrès de Londres?

Kropotkine — Le Conseil Fédéral m’a expulsé à la demande du gouvernement russe, parce que j’avais protesté par des affiches, posées avec la permission de la police, contre la pendaison de Sophia Perovskaya et de ses cinq amis, — un châtiment si horrible que le correspondant du Times à Londres a déclaré qu »il n’avait jamais été le témoin d’un spectacle si hideux, même en Asie Mineure où il avait assisté à de nombreuses exécutions effroyables. C’est pour cela que j’ai été expulsé, comme chacun sait.

La cour interrogea ensuite Kropotkine au sujet de ses voyages entre Lyon et Vienne avant qu’il se rende à Londres. Il répondit que tout le monde connaissait l’objet de ses séjours grâce à la bande d’espions qui le suivait aux talons. Le tribunal, incapable de digérer le terme « espion » prit la défense des agents de police, disant que l’expression de Kropotkine était insultante.

Kropotkine (reprenant la parole). — Un étranger, de surcroît, est considéré comme un hors-la-loi, tout spécialement si cet étranger est un russe exilé par son gouvernement qui exerce une si forte influence sur la France, — Excusez-moi, mais concernant la Suisse, je n’ai pas caché mes intentions, et mes lettres annonçant mes voyages étaient écrites dans le seul but de réunir autant d’amis que possible. J’ai toujours prêché la doctrine anarchiste partout où je suis allé.

Le tribunal — Quoi! Vous incitez au renversement du gouvernement? C’était une curieuse manière de montrer de la gratitude envers son hospitalité.

Kropotkine — Je fais une grande différence entre la nation et le gouvernement.

Le tribunal — Êtes-vous allé à Saint Étienne?

Kropotkine — Je suis vraiment surpris que l’on me pose cette question, plutôt que celle de savoir si j’étais allé à Lyon, puisque mon arrestation fait suite aux événements qui ont eu lieu dans cette ville.

Le tribunal (embarrassé). — Pourquoi êtes-vous allé à Lyon?

Kropotkine — Pour parler de l’anarchie dans un café à deux cent personnes.

L’interrogatoire s’est terminé par le démenti de Kropotkine quant à son appartenance à l’Internationale.

Deux événements survinrent ensuite : Le premier fut l’évanouissement de Madame Kropotkine, qui reprit connaissance rapidement cependant et insista pour rester dans la salle; le second par Bordat, qui se leva soudainement et, au nom de ses quatre camarades et de lui-même , déclara : “Nous venons d’être insulté par un officier, un capitaine décoré de la Légion d’Honneur. Ce monsieur vient de nous dire, ‘J’ai réglé leur compte à vos amis de la Commune, et, si je vous tenais, je vous réglerais pareillement votre compte.’” [Cet officier fut, par la suite, condamné à trente jours de prison par ses supérieurs]

Le lendemain, le 10 janvier, Pejot 5 fut interrogé à son tour. Alors qu’on lui demandait si il avait à dire quelque chose, il répondit: “Je voudrais savoir su je suis jugé en raison d’une affiliation avec l’Internationale ou pour délit d’opinion.”

Le tribunal — Quand êtes-vous allé à Genève?

Pejot — A chaque fois que nécessaire.

Le tribunal — Est-ce que Elisée Reclus a fait appel à vous?

Pejot — C’est mon affaire.

Pinoy, 6 lors de son interrogatoire, admit qu’au cours d’une réunion publique, il avait jeté un verre d’eau à la figure d’un journaliste qui n’avait pas le courage de ses opinions.

Le tribunal — N’avez-vous pas été condamné pour vagabondage?

Pinoy (virulent). — Oui, et la condamnation de la société repose précisément sur le fait qu’un jeune et énergique travailleur puisse se trouver obligé de voler ou de mendier pour vivre, alors qu’une foule de fainéants meurent d’indigestion sur leur or.

Le tribunal — N’avez-vous pas frappé l’agent de police Marton?

Pinoy — Cela ne concerne pas l’Internationale.

Puis fut appelé Nicolas Didelin.7

Le tribunal — Vous êtes accusés d’avoir appelé les conscrits à faire grève. Pourquoi avez-vous refusé d’effectuer vos vingt-huit jours de service militaire?

Didelin — J’accepte de vous répondre bien que je ne comprenne pas pourquoi vous m’interrogez sur des faits qui n’ont pas la moindre relation avec l’Internationale. Je refuse de faire mes vingt-huit jours parce qu’il y a des adeptes religieux qui en sont exemptés; parce que je ne veux plus d’armées, parce que j’aimerais voir la guerre disparaître; parce que les soldats qui ont tiré sur le peuple en 1871………

Le tribunal (l’interrompant). — Vous êtes en train de défendre l’insurrection. Les hommes sur qui l’armée a tiré en 1871 voulaient renverser le gouvernement de la république.

Didelin — Les hommes de 1871 avaient soutenu un terrible siège et voulaient, au contraire, fonder la république…..

Le tribunal (continuant à l’interrompre). — Je vois qu’il y a des gens dans cette salle qui sont d’accord avec vous; le tribunal ne partage pas votre opinion. Laissons donc tomber ce sujet.

En conclusion Didelin déclara que le policier qui l’avait arrêté, l’avait insulté et traité de manière lâche.

Le tribunal — Cela ne peut être vrai. Chacun sait que la police est très polie.

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Après que les inculpés aient été interrogés, le gouvernement appela plusieurs témoins, la plupart d’entre eux policiers, aucun d’entre eux n’étant capable d’établir le moindre rapport entre les accusés et l’Internationale ou même de démontrer l’existence de celle-ci. Puis le procureur fit le résumé de son accusation, affirmant que le Congrès de Londres prouvait l’existence de l’Inernationale, que les relations de Kropotkine avec les membres de la Fédération Lyonnaise prouvaient que celle-ci était une section de cette Internationale, et que le fait que tous les autres accusés appartenaient à des groupes anarchistes en relation avec Kropotkine prouvait qu’ils étaient affiliés à la même Internationale.

La plaidoirie de la défense commença le 12 janvier avec la lecture par Tressaud du manifeste suivant signé par quarante-six des accusés:

« Ce qu’est l’anarchie, ce que sont les anarchistes, nous allons le dire :les anarchistes, messieurs, sont des citoyens qui, dans un siècle où l’on prêche partout la liberté des opinions, ont cru de leur devoir de se recommander de la liberté illimitée.

Oui, messieurs, nous sommes, de par le monde, quelques milliers, quelques millions peut-être – car nous n’avons d’autre mérite que de dire tout haut ce que la foule pense tout bas – nous sommes quelques milliers de travailleurs qui revendiquons la liberté absolue, rien que la liberté, toute la liberté !

Nous voulons la liberté, c’est-à-dire que nous réclamons pour tout être humain le droit et le moyen de faire tout ce qui lui plaît, et ne faire que ce qui lui plaît ; de satisfaire intégralement tous ses besoins, sans autre limite que les impossibilités naturelles et les besoins de ses voisins également respectables.

Nous voulons la liberté, et nous croyons son existence incompatible avec l’existence d’un pouvoir quelconque, quelles que soient son origine et sa forme, qu’il soit élu ou imposé, monarchique ou républicain, qu’il s’inspire du droit divin ou du droit populaire, de la Sainte-Ampoule ou du suffrage universel.

C’est que l’histoire est là pour nous apprendre que tous les gouvernements se ressemblent et se valent. Les meilleurs sont les pires. Plus de cynisme chez les uns, plus d’hypocrisie chez les autres !
Au fond, toujours les mêmes procédés, toujours la même intolérance. Il n’est pas jusqu’aux libéraux en apparence qui n’aient en réserve, sous la poussière des arsenaux législatifs, quelque bonne petite loi sur l’Internationale, à l’usage des oppositions gênantes.

Le mal, en d’autres termes, aux yeux des anarchistes, ne réside pas dans telle forme de gouvernement plutôt que dans telle autre. Il est dans l’idée gouvernementale elle-même ; il est dans le principe d’autorité.

La substitution, en un mot, dans les rapports humains, du libre contrat, perpétuellement révisable et résoluble, à la tutelle administrative et légale, à la discipline imposée ; tel est notre idéal.
Les anarchistes se proposent donc d’apprendre au peuple à se passer du gouvernement comme il commence à apprendre à se passer de Dieu.

Il apprendra également à se passer de propriétaires. Le pire des tyrans, en effet, ce n’est pas celui qui nous embastille, c’est celui qui nous affame ; ce n’est pas celui qui nous prend au collet, c’est celui qui nous prend au ventre.

Pas de liberté sans égalité ! Pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé entre les mains d’une minorité qui va se réduisant tous les jours et où rien n’est également réparti, pas même l’éducation publique, payée cependant des deniers de tous.

Nous croyons nous, que le capital, patrimoine commun de l’humanité, puisqu’il est le fruit de la collaboration des générations passées et des générations contemporaines, doit être à la disposition de tous, de telle sorte que nul ne puisse en être exclu ; que personne, en revanche, ne puisse accaparer une part au détriment du reste.

Nous voulons, en un mot, l’égalité ; l’égalité de fait, comme corollaire ou plutôt comme condition primordiale de la liberté. De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins ; voilà ce que nous voulons sincèrement, énergiquement ; voilà ce qui sera, car il n’est point de prescription qui puisse prévaloir contre les revendications à la fois légitimes et nécessaires. Voilà pourquoi l’on veut nous vouer à toutes les flétrissures.

Scélérats que nous sommes ! Nous réclamons le pain pour tous, le travail pour tous ; pour tous aussi l’indépendance et la justice. »

Aucun témoin ne fut appelé par la défense, mais les accusés se défendirent tour à tour, certains avec des avocats, d’autres par eux-mêmes, Joseph Bernard 8, déclara que, puisqu’il n’y avait pas de preuve permettant de l’associer avec l’Internationale, il se bornera à répondre aux attaques concernant ses théories socialistes. Puis il décrivit avec éloquence les vices de la société actuelle et mit à nues ses monstrueuses inégalités.

“L’économiste J. B. Say dit que les travailleurs sont condamnés à la misère perpétuelle, et qu’il existe seulement quelques circonstances qui leur permettent d’améliorer leur sort. Savez-vous quelles sont ces circonstances? Et bien, je n’ai jamais osé les dire dans un discours, moi, un révolutionnaire! et pourtant elles sont écrites en toutes lettres dans l’ouvrage d’un grand économiste au sujet de l’économie politique, — le feu et le pillage. Ils nous accusent d’apologie du crime; mais la société actuelle a tué des millions de travailleurs. Le véritable criminel n’est-il pas l’homme qui entretient cette organisation malsaine? Nous ne voulons aucun crime puisque nous ne voulons aucune guerre; nous ne voulons pas tuer les bourgeois, mais seulement les mettre dans une situation où ils devront produire pour satisfaire leurs besoins.”

Bernard expliqua ensuite que la révolution ne signifiait pas la force brutale au service de l’ insurrection, mais la transformation de la société, et conclut en disant que, quelle que soit la sentence qui l’attendait, il recommencerait ce qu’il a fait, que lorsque les travailleurs descendraient dans la rue pour mettre fin à leur condition misérable, il serait parmi eux.

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Le 13 janvier ce fut le tour de Émile Gautier qui déclara ce qui suit:

« Ai-je le droit d’être anarchiste? C’est la seule et vraie question ici.

Il apparaît, en réalité, à partir des arguments du gouvernement, que l’Internationale et la Fédération Lyonnaise sont identiques. Je n’y appartient pas. Cette Internationale n’existe pas en tant qu’association et, par conséquent, ne tombe pas sous le coup de la loi de 1872. L’association est une notion précise et strictement définie. Où se trouve le quartier général de la société que vous poursuivez ? Où est sa trésorerie? Quels sont ses statuts? Les jésuites et les francs-maçons ne sont-ils pas des associations internationales ? Les sociétés financières ne sont-elles pas aussi internationales? Nous sommes accusés de ne plus vouloir d’état. Demandez alors aux barons de la finances quel pays est le leur.

L’ancienne Internationale était vraiment une association, mais elle a disparu au Congrès de la Haye. La loi de 1872 punit l’affiliation avec l’Internationale; Il est certain que le terme ‘affiliation’ signifie l’entrée dans une société après certaines formalités et engagements. Avez-vous la preuve de notre participation dans l’association? Le gouvernement n’a pas réussi à en trouver la moindre trace. La conclusion, alors est évidente: l’Internationale n’existe pas.

Ou plutôt, je me trompe; elle a existé pendant trois mois grâce à ces poursuites judiciaires, et hier, elle est sortie, avec armes et bagages, du cerveau de l’avocat du gouvernement, comme Minerve est sortie de la cuisse de Jupiter. Je n’imagine pas que la juste a le pouvoir de ressusciter les morts.

Je vais vous dire ce qui existe. Il existe des citoyens de diverses nationalités qui pensent la même chose, et qui se tiennent la main par-dessus les frontières du nord au sud et de l’est à l’ouest. Il existe des individus et des multitudes qui ont des idées en commun. Je suis l’un de ces grands criminels qui pensent que le gouvernement n’a rien à voir avec le choix de mes amitiés. La question, maintenant, est de savoir si, dans ce pays de France, il est permis d’entretenir des relations amicales avec des étrangers. Parmi les étrangers avec qui on me reproche d’avoir des relations, il y a un français, Élisée Rectus, qui honore son pays par son talent et sa personnalité.Si cet homme est si dangereux pour qu’on ne puisse pas lui serrer la main sans se sentir coupable, pourquoi n’est-il pas ici? Pourquoi ne l’ai-je rencontré dans aucune prison lors de mon tour du monde pénitentiaire en quatre-vingt jours?

C’était mon droit de rencontrer ce grand patriote, comme c’était le droit de Rochefort de recevoir Parnell, de Gambetta d’être l’ami du Prince de Galles, de Grévy de recevoir Kalakaua, roi des Îles Sandwich comme ‘mon cousin.’

Si ils appliquent cette loi de 1872, ne devraient-ils pas poursuivre les légitimistes qui prennent leurs ordres de Frohsdorf? Car c’est un acte international. Les libres-penseurs ne maintiennent-ils pas continuellement des liens avec des étrangers? Ils tiennent des congrès internationaux. La libre pensée, qui existe dans un seul et unique, détruire la religion, tombe aussi sous le coup de la loi de 1872.

Les républicains qui entretiennent des relations avec des hommes comme Castelar, Parnell et Bradlaugh ne sont-ils pas coupables d’internationalisme? Est-ce que ‘Justice’ ne compte pas des députés socialistes allemands parmi ses auteurs? L‘Intransigeant n’a t-il pas publié des listes de souscriptions venant de socialistes d’Amsterdam et de Rotterdam pour les mineurs de Montceau-les-Mines?

Pourquoi, alors, ne poursuivent-ils pas les légitimistes, les républicains, les collectivistes et les libres-penseurs, et pourquoi réservent-ils les foudres de la loi aux anarchistes?

Nous sommes en présence d’un procès de tendance; les poursuites visent nos opinions. L’avocat du gouvernement à dit que,aussi longtemps qu’il restera des anarchistes, il les poursuivra. Alors, je vais vous dire qui sont les anarchistes. »

Puis Gautier expliqua ses idées, qui ne sont rien d’autre que l’application de la liberté absolue. Ses mots bien choisis séduisirent toutes les personnes présentes et convainquirent l’assistance dans la salle d’audience. Les magistrats stupéfaits écoutaient avec une profonde attention l’accusé alors qu’il délivrait la conclusion suivante:

« Ils nous reproche de justifier l’insurrection, mais les gouvernements eux-mêmes ne sont-ils pas coupable du même délit? N’existe t-il pas à Paris une colonne commémorant une insurrection victorieuse? la fête nationale du 14 juillet n’est-elle pas la glorification de l’insurrection?
Vous, messieurs de ce tribunal, vous êtes des insurgés, puisque vous nous jugez aujourd’hui au nom de la république qui a renversé la monarchie impériale. Si Bazaine avait été à Paris le 4 septembre, vous nous jugeriez ici au nom de l’empereur.

En entrant dans la salle de délibération, vous vous direz, messieurs, que ces cinquante-deux travailleurs, qui sont restés si longtemps en prison en attendant leur procès, on payé déjà suffisamment cher le droit d’avoir leurs opinions, — le seul crime dont vous les accusez, — et vous aurez hâte de les rendre à leurs familles; car condamner n’est pas une réponse, et aucune proscription ne peut sauver un système politique délabré. Souvenez-vous qu’en 1871, après l’hécatombe inique de trente-cinq mille parisiens, on pensait que des sceaux avaient été placés sur la tombe des socialistes assassinés et, que, aujourd’hui, le socialisme est plus fort que jamais.

Ce n’est pas la condamnation de ces cinquante-deux accusés qui tuera le parti anarchiste.

Malgré vos poursuites, nos prosélytes seront plus nombreux; et après vos poursuites, ne resterait-il qu’un anarchiste, je serai celui-là. »

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L’événement le plus notable du procès survint le 15 janvier, lorsque Kropotkine prit la parole pour sa propre défense:

“Je pense, messieurs, que vous avez dû être frappés par la faiblesse des arguments du ministère public pour prouver que nous appartenons à l’Internationale.

Vous devez naturellement en conclure que l’Internationale n’existe pas; de plus, le gouvernement l’a presque avoué lui-même, puisque le procureur a dit qu’il ne cesserait pas de poursuivre les anarchistes.

La question, par conséquent se pose différemment, et il est maintenant évident qu’il s’agit d’un procès d’opinion, — je dirai même plus, — un procès du moment puisque la loi a été si peu appliquée depuis 1872 qu’elle semblait lettre morte.

Depuis ce temps, les travailleurs n’ont pas cessé d’entretenir des relations avec des étrangers. Quelqu’un en a t-il conclu que l’Internationale avait été rétablie?

Ce procès, indépendamment de sa nature, est essentiellement un procès de classe. La loi de 1872, en effet, divise la société en deux classes, puisqu’elle vise uniquement l’Association Internationale des Travailleurs. La preuve n’en est-elle pas le fait que la bourgeoisie a le droit de s’associer avec des étrangers de manière impunie et sans interférence avec la loi?

Dernièrement, par exemple, un certain nombre de députés français ont assisté à l’inauguration d’un monument érigé à la gloire du révolutionnaire italien, Mazzini, qui a passé toute sa vie à essayer de faire tuer les souverains autrichiens, français et italiens. Ont-ils été poursuivis?

Des rencontres de républicains italiens et français ne se tiennent-elles pas régulièrement à Paris? Devant ce procès d’opinion et de classe, j’ai hésité à me défendre par moi-même; mais au-dessus de nous, il existe un juge supérieur — l’opinion publique. C’est pour elle que je parle.

Cela aurait certainement été une très bonne chose si nous avions pu nous déclarer membres de l’Internationale, mais nous ne le pouvons pas puisque cette grande association des travailleurs du monde entier n’existe plus en France depuis que la loi inique de 1872 l’a détruite.

Pour ma part, j’aurais été fier d’avouer que j’appartenais à la société au sujet de la quelle le grand patriote, Garibaldi, disait: ‘Elle est le soleil de l’avenir.’

Je ne considérerai jamais comme un crime de dire aux travailleurs des deux mondes : Travailleurs, lorsque la bourgeoisie vous plonge dans la misère, trêve à la haine; agissez la main dans la main à travers les frontières; soyez frères!

“Oh! vous dites Mr le procureur que je n’ai pas de pays ! Supposez-vous que mon cœur ne bat pas plus vite lorsque j’entends une chanson russe résonner à mes oreilles que lorsque j’écoute une chanson française ? Supposez-vous que mon amour n’est pas plus grand pour les airs de mon pays et que je ne préfère pas la chaumière d’un paysan russe à un manoir français?

Mais j’aime la France, parce que je considère que ce pays marche à la tête des autres nations; Je suis prêt à aider à son développement, et je ne suis pas le seul.

Lorsque les soldats allemands ont brûlé, au cri de Vive I’empereur! les chaumières de vos paysans, Bebel et Liebnecht ont protesté en Allemagne.

Tant de légendes ont été racontées sur mon compte que je suis obligé à mon grand regret de donner quelques détails concernant ma vie.

Mon père possédait des serfs, des esclaves, et durant mon enfance, j’ai eu l’occasion d’être le témoins de scènes semblables à celles que vous avez lu dans le célèbre livre La Case de l’Oncle Tom. A cette époque, j’ai appris à aimer les gens qui geignaient dans l’esclavage. Dans la case de ma nourrice, j’ai appris à aimer les opprimés et j’ai fait le serment de ne jamais être du côté des oppresseurs.

Plus tard, je suis entré à l’école des pages du tsar: j’ai vu la cour de l’intérieur et appris à la mépriser. C’était en 1862. A l’époque, un vent libéral soufflait sur la Russie, et on commençait à parler de réformes.

Ayant le privilège de pouvoir choisir le corps où je servirai, je n’ai pas hésité à porter mon choix sur un régiment de cosaques en Sibérie, pensant que dans cette malheureuse région, je pourrai travailler aux réformes si désirées. J’étais l’aide camp du gouverneur-général, et, dans cette position, j’ai fait tout le bien que j’ai pu. J’étais frustre et croyais que le gouvernement avait l’intention de mettre en place des réformes. L’insurrection polonaise se déclencha et une terrible réaction suivit. Après deux années, je me suis rendu compte que le gouvernement souhaitait ne rien changer; je me suis consacré à la science et ai voyagé à travers la Sibérie.

Finalement, j’en suis parti et, à l’age de vingt-six ans, me suis assis sur les bancs de la faculté de mathématiques de St Petersbourg. Pendant les quatre années que j’y suis resté, un grand mouvement socialiste s’est développé.

En 1873 le gouvernement m’a arrêté ainsi que mon frère, et j’ai passé deux ans et demi dans une prison. Mon frère, qui avait été autorisé par décret spécial de l’empereur,à finir un livre de géographie sur la Sibérie, avait réussi à en publier le premier tome; le second était resté entre les mains de ses geôliers. Dans cette prison, j’ai entendu les cris des malheureux qui étaient devenus fous et j’ai souffert doublement. Neuf de mes compagnons ont perdu la. Onze se sont suicidés. Au bout de deux ans, le scorbut et la dyspepsie avait eu raison de moi, Je fus transféré dans un hôpital d’où je m’évadai. Mes compagnons sont restés en prison pendant quatre ans, sans procès, et furent jugés lors du fameux procès des cent-quatre-vingt treize.

En Suisse, où je m’étais rendu sous le nom de Levachoff, j’ai trouvé le monde ouvrier dans la même situation. Partout, j’ai vu la même misère. J’ai vu de grandes villes manufacturières où les enfants n’avaient que des cours sales et puantes pour jouer. J’ai vu des femmes chercher dans des tas d’ordures des restes de légumes pour les dévorer. J’ai vu la pauvreté à Londres, et je me suis donné comme mission de travailler en faveur du changement social.

En 1881, j’ai été expulsé de Suisse et suis venu à Thonon, où je suis resté deux mois. Avant de me rendre en Angleterre, j’ai visité Vienne, Saint Étienne et Lyon. C’est le voyage que l’on ma reproché. Je suis revenu à Thonon le 12 octobre 1882, et je n’ai pas besoin de vous dire que cela n’a rien à voir avec les événements de Montceau-les-Mines, puisque j’étais à Londres à ce moment-là.

Ils ont essayé de me représenter comme le chef des nihilistes, et comme un grand dynamiteur. Vous avez entendu à travers les mots de mes camarades qu’ils ne souhaitaient pas de chef. Je reçois sans arrêt des lettres contenant des propositions de dynamitage. Ma femme, qui est à Lyon, reçoit également des propositions concernant des machines infernales. A Thonon, quelques personnes m’ont fait appel, pour demander un emploi de jardinier ou d’employé de maison, mais , en réalité, pour m’espionner: je leur ai donné dix sous, par pitié pour la nécessité qui les obligeait à exercer un métier si crapuleux. Le lendemain, le Républicain de Lyon écrivait : ‘Notre correspondant a rencontré le Prince Kropotkine, qui lui a dit être le chef du mouvement anarchiste.’

Je suis un socialiste. Une société, qui est divisée en deux classes distinctes — une qui produit et ne possède rien néanmoins, et une autre qui ne produit pas mais qui , cependant, possède tout — est une société sans moralité et condamnée. Le labeur d’un travailleur représente, en moyenne, dix mille francs par an, et son salaire annuel pas plus de deux mille francs, et souvent mille francs seulement. A côté de cette misère s’affichent le luxe effréné, le gaspillage dément, la dépravation honteuse de cette classe bourgeoise si bien dépeinte par le romancier moderne Émile Zola. Par quels moyens cette injustice sociale honteuse peut-elle être réformée? La science est impuissante à y remédier, et le travail bénéficie toujours aux milieux aisés. Même John Stuart Mill insiste sur la nécessité d’un changement social.

Ce fut par une expropriation violente que la bourgeoisie a dépouillé la noblesse et le clergé de leurs terres et de leurs richesses. Nous demandons l’application du décret de la Convention: ‘La terre appartient à tous.’ Est-ce un crime? Non; parce qu’il est nécessaire de l’appliquer pour le bien de tous et non pour le profit d’une classe. Le procureur a dit que j’étais le fondateur de l’anarchie; mais qu’en est-il de Proudhon, de Herbert Spencer et de tous les grands penseurs de 1848?

Nous n’arrêtons pas de travailler et d’étudier et, au lieu de venir discuter avec nous, ils nous emprisonnent, nous condamnent, parce que nous défendons ces utopies — comme vous les appelez — qui seront des vérités demain. Nos idées ont été semées et ont poussé en dépit de tout, malgré les persécutions, et se sont développées avec une rapidité étonnante. Soyez sûrs que notre condamnation, notre emprisonnement, nous amènerons de nouveaux prosélytes. La persécution, vous le savez, attire la sympathie.Du reste, en nous condamnant, vous ne résoudrez pas le problème, — vous l’élargirez et le propagerez.

Enfin, je vous dis que les travailleurs de France et d’Europe, qui savent que l’Internationale n’existe pas, ont les yeux fixés sur nous et dirons, si vous nous condamnez, que la bourgeoisie et les travailleurs bénéficient de deux poids, deux mesures. Quelle révélation pour eux!

Ne fomentez pas les haines; la répression n’a jamais servi une bonne cause. Persécutée deux fois sous l’empire, l’Internationale s’est levée en 1870 plus glorieuse et forte que jamais. Écrasé dans les rues après la Commune, sous trente-cinq mille corps, le socialisme, plus fort qu’auparavant, a injecté une énergie nouvelle dans le sang de ses disciples. Ses idées sur la propriété se sont répandues de manière formidable et Bismarck lui-même à reconnu l’inutilité des lois contre les socialistes.

Messieurs, croyez-moi, la révolution sociale est proche; elle éclatera avant dix ans; je vis parmi les travailleurs et je l’affirme. Inspirez-vous de leurs idées, descendez parmi leurs rangs et vous verrez que j’ai raison.

Permettez-moi de vous dire ce que je pense. Ne provoquez pas la vengeance des travailleurs, car vous prépareriez alors de nouveaux malheurs. Vous savez que la persécution est le meilleur moyen de répandre une idée. Est-ce cela que vous souhaitez? Désirez-vous un avenir pour la France fait de massacres? Car, je le répète, il ne se passera pas dix années avant une révolution sociale.

Qu’est-il nécessaire de faire en vue de cette révolution? Allez-vous bouder, fermer les yeux, ne rien vouloir, ne rien savoir? Non, vous devriez étudier sincèrement le mouvement, vous demander sincèrement si, par hasard, nous ne pourrions pas avoir raison. Je vous en conjure, ainsi que chaque homme de cœur qui m’écoute, la question est sérieuse et inévitable.

Peut-être estimez-vous qu’il est très audacieux de ma part d’user d’un tel langage dans un tribunal; mais, si seulement deux ou trois personnes sont sensibles à la vérité de mes paroles, et les considèrent comme un avertissement salutaire, je n’aurai pas payé trop cher pour quelques années d’emprisonnement pour avoir fait mon devoir.

Si, en vous conseillant de considérer la certitude d’une révolution sociale, je peux éviter que coulent quelques gouttes de sang, oh !je pourrai mourir entre les murs d’une prison et mourir satisfait.
Si, cependant, mes avertissements ne suffisent pas et que la révolution sociale jaillit avec violence, par la faute de la bourgeoisie, on me trouvera aux côtés de mes amis.”

En dépit de ces avertissements, le 19 janvier, le tribunal condamna Kropotkine, Bernard, Bordat et Garnier à cinq années de prison, une amende de mille francs, à dix ans de surveillance policière et à quatre ans de privation des droits civils Trois autres [Jean-Baptiste Ricard – Pierre Martin – Octave Liége] à quatre ans d’emprisonnement, une amende de cinq cent francs, une surveillance de dix ans et une privation des droits de cinq ans; quatre autres [ Auguste Blonde – Benoît Péjo – Claude Crestin – Antoine Desgranges] à trois ans d’emprisonnement, cinq cent francs d’amende, dix ans de surveillance et cinq ans de privation des droits; cinq autres [ Etienne Faure – Jules Morel – Pierre Michaud – François Pautet – Frédéric Tressaud ] à deux ans de prison, une amende de trois cent francs, dix ans de surveillance et cinq ans de privation des droits; douze autres [Félicien Bonnet – Régis Faure – Louis Genet – Antoine Gleizal – Emile Huser – Jacques Peillon – Pierre Pinoy – Michel Sala – Philippe Sanlaville – Charles Voisin – Jacques Zuida – Joseph Genoud] à quinze mois de prison, une amende de deux cent francs et cinq années de privation des droits; huit autres [Louis Bardoux – André Courtois – Joseph Bruyère — François Dejoux – Jean-Marie Dupoiza – Victor Fages – Louis Landau – Joseph Trenta] à un an d’emprisonnement, une amende de cent francs et cinq ans de privation des droits; et dix autres [ Michel Chavrier – Jean Coindre – Joseph Cottaz – Joseph Damians – Nicolas Didelin, Victor Berlioz-Arthaud – Emile Hugonnard – Charles Sourisseau – Emile Viallet – Louis Champalle ] à six mois de prison, une amende de cinquante francs et cinq ans de privation des droits. Les cinq ou six autres furent acquittés. [cinq en réalité: David De Gaudenzi – Joseph Ribeyre – Jean-Marie Giraudon – Jean-Marie Thomas – César Mathon]

Gautier et un certain nombre de ses camarades ont fait appel du verdict mais Kropotkine a pour sa part fermement refusé cette possibilité.

NDT : Les notes sont réduites au maximum. Concernant les inculpés, elles renvoient à leur biographie sur le site du dictionnaire des militants anarchistes. Un site qui mérite bien des visites vu le travail qu’il représente.

1. Voir L’arrestation de Kropotkine
2. Toussaint Bordat Toussaint Bordat : un acharné contre l’autorité
3. Émile Gautier Voir le Dictionnaire des militants anarchistes
4. Frédéric Tressaud Voir le Dictionnaire des militants anarchistes
5. BenoîtPejot Voir le Dictionnaire des militants anarchistes
6. Pierre Pinoy Voir le Dictionnaire des militants anarchistes
7. Nicolas Didelin Voir le Dictionnaire des militants anarchistes
8. Joseph Bernard Voir le Dictionnaire des militants anarchistes

Sur le procès de Lyon, voir par exemple :

Du procès de Lyon à Genève Extrait de Le mouvement libertaire sous la troisième république. Souvenirs d’un révolté  Jean Grave Troisième partie Editions “Les oeuvres représentatives” – 1930
1883 : Le premier procès spectacle de l’anarchisme Alternative Libertaire
Le mouvement anarchiste à Lyon (1880-1884)

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