Alexandre Schapiro

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Alexandre Schapiro 1882 – 1946

Anarcho-syndicaliste russe.

En 1898, il vient faire ses études à Paris, à la Sorbonne, étude qu’il arrête faute de moyens. Il rejoint son père à Londres en 1900 et fait la connaissance de Rudolf Rocker et de Kropotkine, dont il devient le secrétaire. Il participe au Congrès anarchiste international d’Amsterdam en 1907, comme délégué de la Fédération anarchiste juive de Londres et, la même année, il assure le secrétariat du Comité de secours de la Croix-Rouge anarchiste.

Durant l’été 1917, il se rend en Russie et participe avec Voline au journal anarcho-syndicaliste Golos Trouda.

Après l’écrasement de l’insurrection de Cronstadt, il se joint à Emma Goldman et Alexandre Berkman pour obtenir la libération des anarchistes emprisonnés. Il est arrêté à son tour et expulsé du pays.

A Berlin, il participe au Comité de défense des révolutionnaires emprisonnés en Russie (1923-1926) puis au Fonds d’aide de l’Association internationale des travailleurs (anarcho-syndicaliste) (1926-1932). En décembre 1922, toujours à Berlin, il assiste au Congrès constitutif de l’A.I.T (antiautoritaire), dont il devient un membre du secrétariat international.

En 1933, il quitte l’Allemagne pour fuir le nazisme et s’installe à Paris où il édite La Voix du travail et collabore à Der Syndikalist de Berlin et à Combat Syndicaliste. En 1939, il se réfugie en Suède, puis à New York où il publie New Trends.

Documents en ligne.

Préface à L’AnarchoSyndicalisme et l’Anarchisme, Rapport de Pierre BesnardSecrétaire de l’A.I.T. au Congrès Anarchiste International de 1937

Class collaboration – old and new, and Open letter to the CNT Avec Joseph Wagner One Big Union Monthly, Août 1937

The crisis of power Golos Truda, 8 Septembre 1917

The policy of the International Vanguard Février 1933 p 5-8

The USSR and the CNT: an unconscionable stance Solidaridad, Décembre 1937.

L’URSS et la CNT : Une attitude inadmissible

Titre original : The USSR and the CNT: an unconscionable stance

C’est avec une tristesse croissante et un sentiment de blessure que l’on lit aujourd’hui et depuis quelques temps déjà, Solidaridad Obrera, le journal de la CNT. On ne peut éviter d’arriver çà la conclusion que ce quotidien, au tirage d’un quart de millions d’exemplaires par jour, est devenu le quotidien semi officiel de l’URSS.

Il suffit de tourner les pages de notre Soli anti-bolchevique pour le trouver bourrer d’articles défendant l’URSS et la politique étrangère de Staline, sans la moindre trace de désaccord affleurant pour corriger cette impression.

Il suffit de feuilleter une douzaine des derniers numéros de Soli sur la position de l’URSS à Genève et à Nyon.

Le prolétariat mondial devrait soutenir la position de l’URSS une fois pour toutes‘, affirme un appel le 9 septembre, alors que l’éditorial du même numéro déclare que ‘tous les hommes libres du monde devraient soutenir les exigences de l’URSS’ et, pour enfoncer le clou, un autre appel proclame que ‘la seule façon de soutenir la position résolue de l’URSS est l’action des travailleurs du monde entier de concert avec le prolétariat soviétique’. Le lendemain, Soli est d’avis que ‘le prolétariat attend un signe de la Russie’. Par une coïncidence qui ne peut que provoquer le sourire, un titre sur la même page cite ‘Machiavel, l’inspirateur de l’Italie et de l’Allemagne…’, en oubliant soigneusement bien sûr d’y ajouter l’URSS, ce disciple de talent du philosophe italien.

Un jour plus tard, le 11 septembre, Soli annonce que le comité national de la CNT envoie son représentant rejoindre la Commission (créée par Les Amis de l’URSS) pour célébrer le vingtième anniversaire de l’Union Soviétique.

Quelques jours plus tard et c’est ‘la CNT de Madrid qui prend part à l’hommage à l’Union Soviétique’. Dans Soli du 12 septembre, on fait prévaloir que ‘l’Espagne interdite de siéger à Nyon par les diplomates occidentaux va y retrouver son siège grâce au plaidoyer de l’URSS’ et le 18 septembre Soli brosse le portrait du ‘camarade’ (hein?) Ovseenko à l’occasion de sa nomination au poste de ministre de la justice en URSS.

Mais, alors même que Soli et la CNT mettaient en avant d’amples preuves de leur attachement à l’URSS, à son gouvernement et à ses représentants à Nyon et à Barcelone, ils ne ménageaient pas non plus leur criques parfois au vitriol contre le PSUC, qui est le Part Communiste de Catalogne, une branche de la Troisième Internationale, entièrement aux ordres de ce même gouvernement de l’URSS. Un paradoxe qui met en évidence l’a tragédie d’une situation où la CNT est obligée de jouer ce double jeu : soutenir simultanément l’URSS et attaquer en même temps son agent espagnol, le PSUC.

Cela pose fatalement la question: A quel moment la CNT et Soli sont-ils sincères? Certes, l’URSS vend son matériel de guerre à l’Espagne. Nous disons ‘vend’ car il a été prouvé que pas un seul kilo d’armes n’a été livré par Staline autrement que contre paiement en espèces…ou en nature. Reproduisons ce que L. V. a écrit à ce sujet dans Le Réveil de Genève:

« Nos amis ont invoqué l’aide de Moscou. Les représentants de Moscou ne peuvent être attaqués d’aucune manière parce que l’aide matérielle de Moscou, face à l’abandon honteux des États démocratiques capitalistes, et, pardessus tout, de la lâcheté du prolétariat de ces pays qui sont trompés par leurs dirigeants, est absolument indispensable si l’on veut garder la moindre chance de vaincre les troupes fascistes! Mais pourquoi ne pas le dire franchement : La Russie nous a envoyé des armes de telle et telle qualité et en telle et telle quantité. En retour, l’Espagne a tout donné, et qui plus est, la direction soviétique à imposé certaines conditions et a formulé certaines exigences en termes de politique intérieure. Pourquoi alors reconnaître l’aide soviétique et ne pas admettre les contreparties imposées par Moscou et acceptées par Valence? Les organisations anarchistes ont été jouées comme des pigeons et ont été les victimes et complices de cette hypocrisie inadmissible. »

En réalité, cette hypocrisie inadmissible continue encore, jour après jour, dans Soli et est exprimée par la politique de flirt de la CNT, à travers laquelle l’URSS les rend complices de la politique dont est en proie la prétendue Espagne « républicaine » et, avant tout, la Catalogne. Nous le demandons encore une fois : quelle attitude la CNT est-elle sincère ? La critique justifiée du PSUC ou l’admiration injustifiée du gouvernement de l’URSS et de ses représentants à l’étranger, Litvinov et Ovseenko? Ou la CNT est-elle sincères dans les deux cas? Ou hypocrite? Ici? Là?

Quelle que soit la réponse apportée par la CNT à ces questions, deux faits restent: le gouvernement de Moscou exploite merveilleusement les silences de la CNT afin de saper ses fondations, en même temps que la CNT est involontairement transformée en un accessoire de la politique anti-révolutionnaire et démocrate-capitaliste que mène continuellement Moscou. La CNT, plongée jusqu’au cou dans un soutien irréfléchi à un gouvernement assassin, soutien payé dans le sang afin d’assurer des livraisons d’armes utilisées dans une guerre qui n’a rien d’anti-fasciste, sera un jour obligée d’arrêter ses attaques contre les communistes espagnols. Parce qu’il n’existe aucune logique à soutenir un gouvernement tout en étant réticents à soutenir ses représentants politiques.

Nos camarades espagnols pourraient bien rétorquer que leur soutien ne va pas au gouvernement de l’URSS mais au prolétariat russe; que leur participation aux célébrations du vingtième anniversaire de l’URSS ne suppose que leur reconnaissance de la Révolution d’Octobre. Ce qui serait malhonnête. Depuis de nombreuses années, nous n’avons aucune nouvelle du prolétariat russe (il n’a aucun organe à travers lequel s’exprimer). La reconnaissance de la Révolution d’Octobre, que nous n’avons pas cessé de célébrer depuis 1917, ne demande pas du tout, bien au contraire, une collaboration avec ceux-là même qui ont étranglé cette révolution.

Cette hypocrisie inadmissible doit cesser.Moscou est sur le point de vendre à l’Angleterre à un prix cassé ce qui reste de la révolution espagnole du 19 juillet 1936.

Ne soyons pas complices de cette trahison, à travers le soutien moral que Soli et la CNT accordent aux politiciens staliniens. Le PSUC prend uniquement ses ordres à Moscou. Notre attitude envers Moscou doit être la même. Tous les deux sont à égalité les étrangleurs de la révolution espagnole, nous devons condamner publiquement les deux.