Vinoba Bhave

Vinoba Bhave 1895 – 1982

Bhave a rencontré Gandhi en Juin 1916. Il abandonne ses études pour rejoindre l’ashram de celui-ci. Avec lui, il participe au mouvement pour l’indépendance de l’Inde et sera emprisonné àplusieurs reprises dans les années 1920, 1930 et 1940, où il est condamné à 5 ans de prison.

Il lance le mouvement Bhoodan (don de la terre) en avril 1951, Pour cela, il parcourt l’Inde et demande aux propriétaires terriens de le considérer comme l’un de leur fils et de lui donner 1/6eme de leur terre, qu’il redistribue ensuite.

Il fonde, entre autres ashrams, le Brahma Vidya Mandir, une petite communauté de femmes, dont l’objectif est l’auto-suffisance basée sur la justice sociale et la durabilité

Voir un site qui lui est consacré (textes, bio etc, en anglais)


Sur le Gouvernement

Texte original : On Government Extraits de Democratic value, sélections de discours de Vinoba Bhave, 1951-1960, Sarva Seva Sangh Prakashan, Kashi, 1962.)

SARVODAYA 1 ne signifie pas bon gouvernement ou loi de la majorité, cela signifie liberté envers le gouvernement, décentralisation du pouvoir. Nous voulons en finir avec le gouvernement de politiciens et le remplacer par un gouvernement du peuple, basé sur l’amour, la compassion et l’égalité. Les décisions devraient être prises, non pas par une majorité mais par consentement unanime; et elles devraient être mises en œuvre par les forces unies des gens ordinaires du village. (p.3)

Ma voix s’élève en opposition au bon gouvernement. Le mauvais gouvernement a été condamné il y a longtemps par Vyasa dans le Mahabharata. Les gens savent très bien qu’un mauvais gouvernement ne devrait pas être permis et, partout, ils protestent contre lui. Mais ce qui me semble mauvais, à moi, c’est que nous nous permettons d’être gouvernés, même par un bon gouvernement. (pp.12-13)

Si je suis sous les ordres de quelqu’un, où est mon autonomie ? L’autonomie signifie l’auto-gouvernance … C’est un point clé du swaraj 2 (auto-gouvernement) de ne pas permettre à un pouvoir extérieur dans le monde d’exercer un contrôle sur soi. Et le second point du swaraj est de n’exercer aucun contrôle sur autrui. Ces deux points réunis forment swaraj — pas de soumission et pas d’exploitation. Cela ne peut pas être mis en œuvre par des décrets gouvernementaux mais seulement par une révolution dans la façon de penser des gens. (pp.13-14)

Il existe une fausse notion qui circule dans le monde selon laquelle les gouvernements sont nos sauveurs et que, sans eux, nous serions perdus. Les gens imaginent qu’ils ne peuvent rien sans gouvernement. Je peux comprendre que les gens ne puissent rien sans agriculture ou industries; qu’ils ne peuvent rien sans amour et religion. Je peux aussi comprendre qu’ils ne peuvent rien sans des institutions comme le mariage et la famille. Mais les gouvernements n’entrent pas dans cette catégorie. Le fait est que les gens n’ont pas du tout besoin d’un gouvernement. Les gouvernements se sont développés comme résultats devant certaines conditions particulières dans les sociétés. Les hommes n’ont pas réussi à créer un sentiment d’unité et à éviter les divisions; Nous n’avons pas appris entièrement l’art de travailler ensemble sans conflit, alors nous essayons que cela se fasse à travers le pouvoir de l’état; nous essayons, par la punition, de faire ce qui ne peut l’être que par l’éducation de la communauté. (pp.15-16)

L’autorité d’un gouvernement est incapable d’apporter un quelconque changement révolutionnaire parmi le peuple, comme des réformes dans leur vie sociale. (p.18)

Le but ultime de sarvodaya est la liberté envers le gouvernement. Notez que j’utilise les mots liberté envers le gouvernement et non absence de gouvernement. L’absence de gouvernement peut être constatée dans un certain nombre de sociétés dont les affaires marchent sur la tête, où l’ordre n’est pas maintenu et où des éléments anti-démocratiques font ce qui leur plaît. Ce genre d’absence de gouvernement n’est pas notre idéal. L’absence de gouvernement doit être remplacé par un bon gouvernement , après quoi le bon gouvernement doit être remplacé par la liberté envers le gouvernement. Une société libre de gouvernement ne signifie pas une société sans ordre. Cela signifie une société disciplinée, mais dont l’autorité administrative réside dans les villages. (p.25)

Nous nous trouvons devant trois théories différentes du gouvernement.

La première est que l’État finira par dépérir et se transformera en un système sans état; mais,afin de réaliser cela, nous devons,dans le présent, exercer un maximum de pouvoir. Ceux qui acceptent cette théorie sont des totalitaristes lors de la première étape et des anarchistes lors de la seconde.

La seconde théorie est que des formes de gouvernement ont toujours existé par le passé , existent aujourd’hui et continueront à exister dans l’avenir; une société sans gouvernement est une pure impossibilité. Par conséquent, la société doit être commandée afin de garantir le bien-être de tous. Il peut exister un certain degré de décentralisation mais tous les sujets importants doivent être traités par le Centre. Les partisans de cette théorie soutiennent que le gouvernement doit continuer à exister et que,élu par la société, il doit avoir un contrôle absolu sur tous les sujets.

La troisième est notre propre théorie. Nous croyons aussi en une société sans état,comme notre but ultime. Nous reconnaissons que, durant les premières étapes, une certaine dose de gouvernement est nécessaire, mais nous ne sommes pas d’accord sur le fait que cela continuera à être nécessaire durant les étapes suivantes. Nous ne sommes pas non plus d’accord sur le fait qu’une dictature totalitaire soit nécessaire pour garantir des progrès vers une société sans état. Au contraire, nous proposons de procéder,par la décentralisation de l’administration et de l’autorité. Durant la phase finale, il n’existerait aucune coercition mais uniquement une autorité morale. L’établissement d’une telle société autogouvernée nécessite un réseau d’unités autosuffisantes. La production, la distribution, la défense, l’éducation — tout devrait être décentralisé. Le centre devrait détenir le moins possible d’autorité. Nous réalisezrons donc la décentralisation par l’autosuffisance régionale. (pp.29-30)

Après “l’indépendance”, les gens sont devenus moins indépendants, moins auto-suffisants. Nous dépendons du gouvernement pour tout. La situation est redevenue comme par le passé où nous attendions tout du gouvernement sans faire quoi que ce soit par nous-mêmes, non seulement sur des questions sociales ou religieuses comme l’intouchabilité, mais aussi dans nos affaires domestiques. Comment un peuple peut-il devenir plus fort tant qu’il dépend de cette façon d’un gouvernement ?

Une loi peut résoudre nos problèmes mais pas nous rendre plus forts. Ce dont les gens ont besoin c’est de prendre conscience de leur propre force intérieure, et ils ne le peuvent qu’en résolvant par eux-mêmes certains de leurs problèmes.

Le mouvement Bhoodan n’a pour objet que le renforcement de la société. Il s’agit, par conséquent, d’un mouvement politique, mais qui est opposé aux méthodes politiques actuelles. Notre but est de construire un nouveau type de politique et, pour cela, nous restons à l’écart des anciennes méthodes. Nous appelons ce nouveau genre “lok-niti”, la politique du peuple, opposé à to “raj-niti”, la politique du pouvoir d’état. (p.56)

Mon idée principale est que le monde entier devrait se libérer du fardeau des gouvernements. Cela ne peut pas arriver tant que nous dépendons du gouvernement pour toute chose. Si il existe une maladie dont souffre le monde entier, cette maladie se nomme gouvernement. (p.64)

Ces expressions, “Shanti Sena” (Armée de Paix), “Sarvodaya”. and “gramdan” 3 — que signifient-ils tous? Dans l’absolu, que vous devez vous-mêmes prendre en charge vos propres affaires. En créant des partis politiques, vous vous embêtez avec un gouvernement mais vous ne faites rien pour vous-mêmes. Nous devons nous libérer des partis et à cette fin une Sarvodaya Manda! (Société) a été fondée ici. Mais cette Sarvodaya Manda! Ne va pas vous promettre, selon la mode des partis politiques, de construire une société sarvodaya pour vous. Elle vous dira de la construire vous-mêmes Dieu dit dans la Gita, “Nous devons travailler pour notre propre salut.” La Sarvodaya Mandal vous dira que vous êtes capables de le faire et que vous devez le faire. Elle vous donnera une aide et des conseils si vous le souhaitez, mais vous pouvez, et devez, prendre l’initiative. (p.87)

Tant que nous ne nous seront pas débarrassés de nos gouvernements, le monde ne connaîtra jamais la paix. Le but ultime des communistes est de faire disparaître l’état mais pour l’instant, ils veulent le renforcer . En fait, la société sans état n’est qu’une promesse mais la tyrannie de l’état est payable comptant! Dans notre monde moderne, un état puissant ne peut apporter que l’esclavage. Par conséquent sarvodaya se prononce pour une réduction immédiate du pouvoir de l’état.

Dans la mesure ou chaque individu est concerné, il faudrait apprendre à tous à contrôler leurs sens et leurs impulsions. Dans notre structure sociale, nous devons accepter le principe que le bien-être d’un groupe ne s’oppose pas à celui d’un autre.

Dans un tel ordre social, la nécessité d’utiliser la force serait éliminée, Certains principes moraux seraient si universellement acceptés dans les sociétés qu’ils se matérialiseraient dans les pratiques et seraient inclus dans l’éducation des enfants. Ces principes seraient respectés de leur plein gré par les membres de la communauté. Une telle société serait vraiment autogouvernée (p.189)

Traduction R&B


NDT

1. VoirThe Sarvodaya Movement in India in the 1950s

2. swa- « par soi-même », raj-, « gouvernement »

3. Voir Gramdan Movement: Objectives, Success and Problems