Gênes juillet 2001

Le Genoa Social Forum (GSF), une coalition d’environ 700 ONG internationales et associations, avait prévu une Marche Internationale pour les Migrants le 19 juillet, des actions de désobéissances civiles pour le 20 juillet et une manifestation de masse le 21. L’ONG Drop the Debt appelait quant à elle à ne participer qu’à la manifestation du 21 juillet prévue en dehors des zones interdites, jaune et rouge.

Le vendredi 20, les manifestations à travers la ville tournent à l’émeute avec la mort de Carlo Giuliani. Le lendemain, la manifestation internationale rassemble 300 000 personnes environ et finit en bataille rangée avec la police.

Le 22 juillet,la police italienne pénètre, sans mandat, dans l’école Diaz,qui sert de centre pour les médias alternatifs et arrêtent violemment 307 personnes qui y dormaient et les emmènent à la caserne de Bolzaneto où elles subissent de nombreux sévices, violences et humiliations

Gênes a marqué une vraie rupture entre les ONG et les organisations autonomes. Les premières ont négocié l’organisation des manifestations avec les autorités, et condamné « la violence » de certains manifestants. Elles se sont déclarées en faveur d’un dialogue avec le G8 1 tout en déplorant l’absence de mesures concrètes et suffisantes sur des questions comme celles de la dette et de la lutte contre le SIDA dans les pays en voie de développement.

Mais Gênes a, avant tout, fait tomber le masque et révélé le vrai visage du néo-libéralisme. L’usage de la force ne s’est pas limitée au « maintien de l’ordre » lors des manifestations de rues, mais s’est étendue à la séquestration et à la torture de militant-es.

Même si l’on voulait considérer la mort de Carlo Giuliani comme un « accident », ou un acte de « légitime défense « comme l’a jugée la Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg en mars 2011, une vision générale des violences policières, les mises en scène employées, indiquent l’utilisation de techniques de répression élaborées et écartent toute notion de « bavures ».

Les militant-es de l’école Diaz, arrêtés, séquestrés et torturés à la caserne de Bolzaneto, ont été plus victimes d’un système à la Pinochet que de celui d’un « maintien de l’ordre ».

Gênes doit nous rappeler que la « démocratie » néo-libérale n’offre aucune garantie aux libertés fondamentales et qu’il existe une main de fer cachée dans un gant de velours.

  1. Si l’on considère la seule marche pour les migrants d’il y a 19 ans et la situation actuelle,nous voyons l’efficacité du dialogue. Il en va de même pour la question de la dette et de l’aide aux pays africains notamment. Ce qui n’empêche pas certaines ONG de s’asseoir à la table des puissants chaque année à Davos.

Quelques documents en ligne

Archives of global protests Genoa G8 Reports
Les justes et les brutes : la littérature de témoignage sur les violences de Gênes 2001 Laura Centemeri, Bruno Cousin, Émanuele Polizzi, Tomma Vitale Mouvements, n°.33–34 (2004)
G8 à Gênes : des manifestants ont été torturés, admet le chef de la police italienne Libération 20 juillet 2017
“N’oublions pas les violences du G8 de Gênes” Courrier International 20/06/2013
Death and Terror in Genoa Ramor Ryan
Interview with Enrica Bartesaghi Comitato verita’ e giustizia per Genova
Why the Diaz massacre is now more relevant than ever Carlo Romeo 23 juilllet 2018

Dans cette rubrique :

Dix ans après le sommet du G8 à Gênes Salvatore Palidda Genoa University

 

Vincenzo Vecchi a été arrêté jeudi 8 août à Rochefort en Terre dans le Morbihan où il vivait depuis huit ans. Vincenzo avait été condamné à 13 ans de prison (!) pour « dévastation et saccage » lors des manifestations contre le sommet du G8 à Gênes en juillet 2001 et pour sa participation à une manifestation antifasciste non autorisée, à Milan en mars 2006.
Il a été incarcéré

www.comite-soutien-vincenzo.org

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