Manifeste des Redstockings

Texte original : The Redstockings Manifesto

I  Après des siècles de luttes individuelles et innovatrices , les femmes s’unissent pour obtenir leur libération finale vis a vis de la suprématie des hommes. Redstockings se consacre à bâtir cette unité et gagner notre liberté.

II Les femmes sont une classe opprimée. Notre oppression est totale, affectant chaque facette de nos vies. Nous sommes exploitées comme objets sexuels, génitrices, domestiques, et main d’œuvre à bon marché. Nous sommes considérées comme des êtres inférieurs dont le seul but est d’améliorer la qualité de vie des hommes. Notre humanité est déniée. Le comportement que l’on nous édicte est imposé par la menace de violences physique.

Parce que nous avons vécu de façon si intime avec nos oppresseurs, isolées les unes des autres, nous avons été empêchées de considérer notre souffrance personnelle comme une condition politique. Cette situation crée l’illusion que la relation de la femme avec son homme n’est qu’une inter-relation entre deux personnalités uniques et peut-être élaborée au cas par cas. En réalité, chaque relation est une relation de classe et les conflits entre individus femmes et individus hommes sont des conflits politiques qui ne peuvent être résolus que collectivement.

III Nous identifions les hommes comme agents de notre oppression. La suprématie mâle constitue la plus ancienne et la plus traditionnelle forme de domination. Toutes les autres formes d’ exploitation et d’oppression (racisme, capitalisme, impérialisme, etc.) sont des extensions de la suprématie mâle : les hommes dominent les femmes, quelques hommes dominent le reste..Toutes les structures de pouvoir ont été dominées tout au long de l’histoire par les hommes et conçues pour les hommes..Les hommes ont contrôlé toutes les institutions politiques, économiques et culturelles et ont renforcé ce contrôle par la force physique. Ils ont utilisé leur pouvoir pour maintenir les femmes dans une position inférieure. Tous les hommes tirent de la suprématie mâle des bénéfices économiques, sexuels et psychologiques. Tous les hommes ont opprimé les femmes.

IV Des tentatives ont été faites pour faire porter la responsabilité des hommes aux institutions ou aux femmes elles-mêmes. Nous condamnons ces arguments comme des dérobades. Les institutions par elles-mêmes n’oppriment pas; elles ne sont que des outils pour les oppresseurs . Mettre le blâme sur les institutions implique que les hommes et les femmes sont également victimes, dissimule le fait que les hommes tirent bénéfice de la subordination des femmes et donnent comme excuse aux hommes le fait qu’ils soient contraints à être des oppresseurs. Au contraire, chaque homme est libre de renoncer à sa position de supériorité, à condition qu’il souhaite être traité comme une femme par les autres hommes.

Nous rejetons aussi l’idée que les femmes acceptent ou sont les responsables de leur propre oppression. La soumission des femmes n’est pas le résultat d’un lavage de cerveau, de la stupidité ou d’une maladie mentale mais d’une pression quotidienne, continuelle des hommes . Nous n’avons pas besoin de nous changer nous-mêmes mais de changer les hommes.

La dérobade la plus infamante est que les femmes puissent opprimer les hommes. La raison fondamentale de cette illusion est la séparation de la relation individuelle de son contexte politique et la tendance des hommes à considérer toute remise en cause légitime de leurs privilèges comme une persécution.

V Nous considérons notre expérience personnelle, et nos sentiments au sujet de cette expérience, comme base de l’analyse de notre situation collective. Nous ne pouvons pas nous reposer sur des idéologies existantes puisqu’elles sont le produits de la suprématie culturelle mâle. Nous remettons en cause toute généralisation et n’en acceptons aucune qui ne soit confirmée par notre propre expérience.

Notre tâche principale du moment est de développer une conscience de classe féminine à travers le partage d’expériences et la présentation publique des fondations sexistes de toutes nos institutions. La conscientisation n’est pas une « thérapie » qui implique l’existence de solutions individuelles et suppose de façon erronée que la relation homme-femme est uniquement personnelle, mais la seule méthode qui garantisse que notre programme de libération soit basé sur les réalités concrètes de nos vies.

La première exigence de la conscientisation est l’honnêteté en privé et en public, envers nous-mêmes et les autres femmes.

VI Nous nous identifions à toutes les femmes Notre plus grand intérêt va aux femmes les plus pauvres et les plus brutalement exploitées.

Nous rejetons tout statut privilégié, économique, raciale, éducatif qui nous sépare des autres femmes. Nous sommes déterminées à identifier et éliminer tout préjudice que nous pourrions causer à d’autres femmes.

Nous nous engageons à établir une démocratie interne. Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour nous assurer que chaque femme dans notre mouvement possède une occasion égale pour participer, assumer des responsabilités et développer son potentiel politique.

VII Nous appelons toutes nos sœurs à s’unir à notre lutte.

Nous appelons tous les hommes à renoncer à leurs privilèges de mâles et à soutenir le mouvement des femmes dans l’intérêt de notre humanité et de la leur.

Dans le combat pour notre libération, nous serons toujours du côté des femmes contre leurs oppresseurs. Nous ne nous demanderons pas ce qui est « révolutionnaire » ou « réformiste » mis seulement ce qui est on pour les femmes.

Le temps des rivalités individuelles est passé. Cette fois, nous irons jusqu’au bout.

7 juillet 1969

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