Ricardo Flores Magón

Ricardo Flores Magón, 1873 – 1922

D’abord réformateur libéral au sein d’un groupe avec qui il fonde le journal Regeneración en août 1900, il est parmi les fondateurs du Parti Libéral Mexicain (PLM), en 1906 et se tourne vers l’anarchisme

En janvier 1911, il planifie l’invasion du territoire de Basse Californie du Nord, dans l’objectif d’en faire une république socialiste libertaire indépendante du Mexique et des États-Unis.

Santa Fe New Mexican
25 juin 1912

Le 16 mars 1918, il publie, un manifeste contre la guerre et est condamné à 20 ans de bagne.

La Prensa
25 juillet 1918

Il meurt dans la prison de Leavenworth le 21 novembre 1922, tué par un gardien, selon certaines sources, de maladie selon d’autres.

Ricardo Flores Magón occupe une place particulière dans le mouvement anarchiste, dont son appartenance a été contestée à l’époque, comme le montre l’article des Temps Nouveaux. D’autres parlent de magonisme.

Les documents en ligne ci-dessous permettront de mieux connaître Magón

 

Documents en ligne

Ricardo Flores Magon Itinéraire. Une vie, une pensée 1992

Histoire du magonisme et de l’anarchisme au Mexique, Claudio Albertani – Part I: Les origines
Histoire du magonisme et de l’anarchisme au Mexique – Part II: Regeneración
Histoire du magonisme et de l’anarchisme au Mexique – Part III: Dans la tempête
Histoire du magonisme et de l’anarchisme au Mexique – Part IV: Le champ et la ville

Ricardo Flores Magón et le magonisme : itinéraire et trajectoire David Doillon À contretemps, n° 22, janvier 2006

Autres textes traduits voir Par auteurs en français

Collected Works

Archives de Regeneración 1900 -1918 (Espagnol)


Documents dans cette rubrique :

— Lettre à Harry Weinberger

Lettre au journal Les temps Nouveaux

 

A Harry Weinberger

Texte original :To Harry Weinberger

Post Office Box 7
Leavenworth, Kansas
9 mai 1921

Mr. Harry Weinberger
Avocat
New York City

Cher Mr. Weinberger:

J’ai reçu votre lettre du 25 avril dernier et une copie de celle de Mr. Daugherty. Vous voulez que je vous fournisse des renseignements concernant la condamnation qui a pris fin le 19 janvier 1914; mais afin que vous puissiez juger si j’ai été la victime ou non d’un complot visant à garder en servitude le péon mexicain, Je vais vous fournir un résumé des persécutions que j’ai subi depuis que je me suis réfugié dans ce pays. Avant de poursuivre, je dois vous demander de m’excuser pour détourner votre attention d’autres affaires sans doute plus importantes que la mienne.

Après des années, de nombreuses années de lutte inégale dans la presse et les clubs politiques de Mexico contre le despotisme cruel de Porfirio Diaz; après avoir souffert d’incarcérations répétées pour mes opinions politiques depuis que j’ai 17 ans, et avoir échappé miraculeusement à plusieurs occasions à la mort par les mains de tueurs à gages durant la période sombre de l’histoire mexicaine lorsque les pratiques du gouvernement consistaient à réduire au silence les voix de la vérité, par le peloton d’exécution, le poignard ou le poison; après que le pouvoir judiciaire, par décret du 30 juin 1903, m’a interdit non seulement d’écrire dans mes propres journaux mais aussi de contribuer aux leurs, après avoir eu mes imprimeries confisquées les unes après les autres par le gouvernement et vu ma vie menacée, j’ai décidé de venir dans ce pays que je savais être celui de la liberté et  la Demeure des braves, pour reprendre mon travail d’édification des masses mexicaines.

Le 11 juin 1904 m’a vu mettre les pied dans ce pays, presque sans le sou parce que tout ce que je possédais avait été confisqué par le gouvernement mexicain, mais riche d’illusions et d’espoirs dans la justice sociale et politique. Regeneracion a fait sa réapparition sur le sol américain en novembre 1904. Au mois de décembre suivant, un voyou envoyé par Diaz est entré chez moi et m’aurait poignardé dans le dos si mon frère Enrique, n’était pas intervenu rapidement. Enrique a jeté dehors le ruffian, et, prouvant que cette agression brutale sur ma personne avait été préparé par certaines autorités et que l’on avait prévu un possible échec, des gardiens de l’ordre public ont fait irruption à mon domicile, le ruffian à peine atterri sur le trottoir. Enrique a été arrêté, emprisonné et condamné finalement à payer une amende pour trouble à l’ordre public. Enhardi par la protection dont il bénéficiait, le voyou a forcé à nouveau l’entrée de ma maison. Cette fois, j’ai appelé la police; l’homme a été arrêté et j’ai été convoqué au tribunal le lendemain matin. Lorsque je suis arrivé, l’homme avait déjà été relâché…. Ma vie avait si peu de poids pour ceux qui prétendaient être habilités pour sauvegarder les intérêts et la vie des êtres humains.

J’ai décidé d’aller vers le sud et, en février 1905, Regeneracion a réapparu à St. Louis, Missouri. En octobre de la même année, les ennuis se sont déchaînés contre moi. Un membre du gouvernement mexicain, nommé Manuel Esperon y de la Flor, qui maintenait le pire genre d’esclavage dans le district sous son autorité et qui avait l’habitude de tuer des hommes, des femmes et des enfants comme les seigneurs féodaux, avait été choisi par Diaz pour déposer plainte contre moi pour un article qu’il jugeait calomnieux dans Regeneracion, traitant du despotisme dont il faisait preuve envers les malheureux habitants de son district. Une accusation de diffamation a été retenue contre moi et j’ai été jeté en prison avec mon frère et Juan Sarabia. Tout a été confisqué dans les locaux du journal – imprimerie, machines à écrire, livres, meubles, etc. – et vendu avant que le procès n’ait eu lieu. Un détail qui illustre la connivence entre les autorités mexicaines et américaines est le fait que le receveur des postes de St. Louis m’a convoqué dans son bureau officiellement pour me demander des informations sur le statut financier du journal, mais en réalité pour permettre à un détective de Pinkerton de me voir afin de pouvoir m’identifier plus tard. Le détective était déjà dans le bureau du receveur quand je suis arrivé. Ce même détective conduisait les policiers quand j’ai été arrêté.

Après des mois à languir dans une cellule, j’ai été libéré sous caution pour découvrir que le régime de seconde classe de Regeneracion avait été supprimé par le ministère des Postes sous le prétexte fallacieux que plus de la moitié des numéros réguliers du journal était distribuée au Mexique et que des documents d’extradition étaient en préparation pour demander ma remise aux autorités mexicaines. J’ai versé le montant de ma caution et en mars 1905, j’ai trouvé refuge au Canada, parce que j’étais certain que la mort m’attendait au Mexique. A l’époque, il suffisait que Diaz demande un homme qu’il voulait pour que celui-ci se fasse tuer. Lorsque j’étais à Toronto, dans l’Ontario, Regeneracion était imprimé à St. Louis. Les agents de Diaz avaient trouvé où je me cachais. J’ai été informé de leurs intentions et j’ai évité l’arrestation en allant à Montréal, au Québec. Quelques heures après mon départ de Toronto, la police arrivait à mon domicile abandonné. J’ignore encore aujourd’hui comment Diaz a pu lancer la police canadienne contre moi.

Alors que j’étais à Montréal, mes camarades mexicains, à Mexico, préparaient un soulèvement pour renverser le despotisme sauvage de Porfirio Diaz. Je me suis rendu secrètement à la frontière mexicaine en septembre 1906 pour participer au mouvement. Ma présence à El Paso, au Texas, bien que tue soigneusement, a été découverte par des policiers américains et mexicains qui, le 20 octobre de la même années, ont pris d’assaut la pièce où je devais m’entretenir avec quelques camarades. Antonio I. Villarreal, maintenant ministre de l’Agriculture dans le cabinet de Obregon, et Juan Sarabia,ont été arrêté. Je me suis échappé. Ma tête a été mise à prix. Une récompense de 25 000$ a été offerte pour ma capture et des centaines de milliers d’affichettes avec mon portrait et une description de mes caractéristiques physiques ont été diffusées dans le sud-ouest et collées sur les bureaux de postes et endroits bien visibles avec la récompense tentante. J’ai réussi cependant à éviter l’arrestation jusqu’au 23 août 1907, quand, avec Librado Rivera et Antonio I. Villarreal, j’ai été fait prisonnier à Los Angeles, sans aucun mandat.

L’intention de nos persécuteurs était de nous faire passer la frontière, raison de l’absence de mandat, comme ils l’avaient fait avec Manuel Sarabia en juin de la même année. Sarabia était un de mes associés. Il a été arrêté sans mandat à Douglas, en Arizona, par les autorités américaines et livrés aux rurales mexicains qui l’ont emmenés de l’autre côté de la frontière. La population entière de Douglas s’est élevée contre un tel crime, et l’agitation qu’il a suscité a été si intense que Sarabia a été renvoyé aux États-Unis trois ou quatre jours plus tard où il a été immédiatement libéré.Nous avons évité d’être kidnappé au Mexique en exprimant dans la rue les intentions de nos ravisseurs. Une foule nombreuse s’est rassemblée et nos ravisseurs ont été obligés de nous conduire au poste de police et d’imaginer rapidement une accusation contre nous. Notre avocat, Job Harriman, a obtenu un affidavit, qui,  je pense, a été envoyé au ministère de la Justice, dans lequel il est allégué qu’un certain Furlong, chef d’une agence de détective de Saint-Louis, a avoué qu’il était au service du gouvernement mexicain et payé par celui-ci, et que c’était son but de nous kidnapper et de nous emmener au Mexique.

Les accusations se sont succédées contre nous, allant de la résistance à un policier jusqu’au vol et au meurtre. Toutes ces accusations ont été combattues avec succès par Harriman, mais entre temps, nos persécuteurs falsifiaient des documents, entraînaient des témoins, etc., jusqu’à ce qu’ils finissent par nous accuser d’avoir enfreint les lois sur la neutralité en fournissant une aide matérielle aux patriotes pour qu’ils prennent les armes contre Porfirio Diaz. Les faux documents et témoignages ont été examinés par le commissaire de police de Los Angeles, à la suite de quoi, après plus de 20 mois d’incarcération à la prison du comté, nous avons été envoyés à Tombstone, Arizona, pour être jugés. La seule lecture des dépositions devant le commissaire à Los Angeles, et ensuite devant le juge à notre procès à Tombstone, montrent qu’ils ont commis un parjure devant l’un ou l’autre, ou les deux. Des nommés par la défense ont prouvé que les document exhibés étaient des faux grossiers. Nous avons été condamnés cependant à 18 mois de prison que nous avons effectué à Yuma et Florence, Arizona, et avons été libérés le 1er août 1910, après trois ans derrière les barreaux.

Regeneracion a réapparu en septembre de la même année à Los Angeles cette fois. En juin 1911, j’ai été arrêté avec mon frère Enrique, Librado Rivera et Anselmo L. Figueroa, accusés d’avoir violé les loi sur la neutralité en envoyant des hommes, armes et munitions à ceux qui combattaient au Mexique contre cette forme d’esclavage qu’est le péonage et qui a été la malédiction des quatre cinquième de la population mexicaine, comme chacun sait. Jack Mosby, un des témoins potentiels de l’accusation,, a déclaré à la barre que le procureur des États-Unis lui avait promis toutes sortes d’avantages s’il parjurait contre nous. De faux témoignages ont été présentés par l’accusation, comme le prouvent les affidavits certifiés par ses témoins après la fin du procès, affidavits qui doivent être classés au Ministère de la Justice, où ils ont été envoyés en 1912. En juin 1912, après un an de lutte,nous avons été envoyé sur l’île McNeil pour purger 23 mois de prison . Nous avons été libérés le 19 janvier 1914. Figueroa est mort peu après, suite à son emprisonnement.

Le 18 février 1917, j’ai été arrêté avec mon frère Enrique, pour avoir publié dans Regeneracion des articles contre la traîtrise commis par Carranza, alors président du Mexique, envers les ouvriers et pour avoir écrit que les mexicains qui, à l’époque, étaient assassinés par les rangers du Texas méritaient plus la justice que des balles. J’ai été condamné à un an et un jour de prison, parce ce qu’on s’attendait à ce que je ne vive que quelques mois de plus, ayant été tiré d’un lit d’hôpital pour être jugé. Enrique a écopé de trois ans.Nous avons fait appel et finalement avons réussi à obtenir une libération sous caution.

Le 21 mars 1918, j’ai été arrêté avec Rivera pour avoir publié le Manifeste dans Regeneracion et j’ai écopé de 20ans de prison et Rivera 15. La formulation et l’intention du Manifeste ont été interprétés comme séditieux par l’accusation, c’est-à-dire comme visant à l’insubordination et à la révolte des forces militaires et navales des États-Unis. Toute personne sensible qui serait amenée à le lire n’en tirerait pas les mêmes conclusions, parce qu’en réalité, le Manifeste expose seulement des faits et met en garde l’humanité contre les maux que ces faits pourraient produire. Dans l’un de ses paragraphes, il est clairement indiqué que personne ne peut décréter une révolution parce qu’il s’agit d’un phénomène social. Le Manifeste visait à prévenir les maux que porte une révolution — la révolution étant considérée d’un point de vue scientifique, comme le résultat inévitable de situations mondiales instables. Il ne fait aucunement mention à la politique du gouvernement américain lors de la dernière guerre ni n’apporte aide et soutien à ses ennemis. Il n’est ni pro-allemand ni pro-alliés, et ne cible pas particulièrement les États-Unis dans sa brève revue de la situation mondiale. C’était suffisant, néanmoins, pour me valoir une vie entière derrière les barreaux. La persécution, cette fois, a été excessivement sévère. Ma pauvre femme, Maria, a été incarcérée pendant cinq mois, et a été libérée sous caution en attendant son procès, pour avoir prévenu mes amis de mon arrestation afin qu’ils puissent m’aider à organiser ma défense.

Après avoir lu cet énoncé des faits extrêmement long et terriblement ennuyeux, comment pourrait-on croire que j’ai été légalement poursuivi et en aucun cas persécuté? Dans tous les cas, et en violation de la loi, la caution a été fixée à des sommes énormes pour m’empêcher d’utiliser ce privilège. Quant à la véracité de mes assertions, mon honneur de combattant de toute une vie pour la justice en est garant.

Mr. Daugherty dit que je suis un homme dangereux à cause de la doctrine que je professe et pratique. Cette doctrine est la doctrine anarchiste,et je mets au défi tous les hommes et toutes les femmes objectifs de me prouver que la doctrine anarchiste est préjudiciable à l’espèce humaine.L’anarchisme œuvre à l’établissement d’un ordre social basé sur la fraternité et l’amour, et contre la forme actuelle de la société fondée sur la violence, la haine et la rivalité entre classes et entre membres d’une même classe. L »anarchisme vise à établir la paix entre les peuples de la terre en supprimant la source de tous les maux — le droit à la propriété privée. Si ce n’est pas un bel idéal, qu’est-ce que c’est? Personne ne pense que les peuples de ce monde civilisé vivent dans des conditions idéales. Toutes les personnes avisées sont choquées à la vue de cette lutte continuelle entre les hommes. Le succès matériel est le but recherché par les hommes et les femmes et, pour l’atteindre, aucune bassesse n’est assez basse, aucune ignominie n’est assez ignoble. Le résultat de cette folie universelle est consternant; la vertu est foulée aux pieds par le crime, et la ruse remplace l’honnêteté. La sincérité n’est qu’un mot, ou au mieux, un masque derrière lequel grimace l’imposteur. Aucun courage ne soutient les convictions. La franchise a disparu et la tromperie est le plan glissant sur lequel les hommes établissent leurs relations sociales et politiques. La devise est “Tout pour le succès” et le noble visage de la terre est profané avec le sang des monstres qui s’affrontent … Telles sont les conditions sous lesquelles nous, les hommes civilisés, vivons, conditions qui produisent toutes sortes de tortures morales et matérielles, hélas! Et toutes sortes de déchéances morales et matérielles. La doctrine anarchiste vise à la correction de toutes ces influences malsaines, et un homme qui défend ces idées de fraternité et d’amour ne peut jamais être qualifié de dangereux par toute personne décente et raisonnable.

Mr. Daugherty admet que je suis malade mais il pense que je peux me soigner en prison aussi bien qu’à l’extérieur. L’environnement est primordial dans le traitement des maladies et personne ne peut imaginer que la cellule d’une prison est idéale pour un homme malade, et encore moins lorsque la présence en prison de cet homme est due à sa foi dans la vérité et la justice. Les membres du gouvernement ont toujours affirmé qu’il n’y avait personne en captivité aux États-Unis du fait de ses opinions, mais Mr. Daugherty écrit dans une lettre qu’il vous a adressé: “ Il ne montre aucun signe de repentance, mais au contraire se targue plutôt de son mépris de la loi…. Je suis donc d’avis que jusqu’à ce qu’il fasse preuve d’une disposition d’esprit différente de celle exprimée dans sa lettre à Mme Branstetter, il purge sa peine au moins jusqu’au 15 août 1925.” Les paragraphes cités, et le passage de la lettre de Mr. Daugherty où il dit que je suis considéré dangereux compte tenu de mes opinions, sont les meilleures preuves qu’il existe des personnes emprisonnées en raison de leurs idées politiques et sociales. Si je pensais avoir été sujet à des poursuites et non victimes de persécutions ; si je pensais que la loi qui m’a infligé la prison à vie était une bonne loi 1, je serais libéré d’après Mr. Daugherty. Cette loi était sans doute une bonne loi mais pour quelques personnes, celles qui avaient quelque chose à gagner avec sa mise en œuvre. Pour les masses, elle était mauvaise parce qu’à cause d’elle, des milliers de jeunes américains ont perdu la vie en Europe, des milliers d’autres ont été mutilés ou rendus incapables d’une autre manière de gagner leur vie, et à cause d’elle, cet immense carnage européen où des millions d’hommes ont été soit tués soit mutilés, a reçu un élan crucial et a nourri des crises financières immenses qui menacent de plonger le monde dans le chaos. Mais, comme je l’ai dit auparavant, je n’ai pas violé cette loi avec la publication du Manifeste du 16 mars 1918.

En ce qui concerne la repentance à laquelle Mr. Daugherty attache tant d’importance, j’avoue sincèrement que ma conscience ne me reproche rien de mal et donc, me repentir de ce que je pense être juste serait un crime de ma part, un crime que ma conscience ne me pardonnerait jamais. Celui qui commet un acte anti-social peut se repentir, et il est souhaitable qu’il se repente, mais il n’est pas juste d’exiger la repentance de quelqu’un qui veut garantir la liberté, la justice et le bien-être à tous ses semblables, sans distinction de races ou d’opinion. Si quelqu’un est capable de me convaincre qu’il est juste que des enfants meurent de faim et que des jeunes femmes doivent choisir entre deux enfers — la prostitution ou la famine;si il existe une personne qui peut m’ôter de l’esprit l’idée qu’il n’est pas honorable de tuer à l’intérieur de soi cet instinct de sympathie élémentaire qui pousse chaque animal sociable à soutenir des membres de son espèce, et qu’il est monstrueux que l’homme, le plus intelligent des espèces animales, doit toujours utiliser les armes de la fraude et de la tromperie si i veut réussir; si l’idée que l’homme est un loup pour l’homme me vient à l’esprit, alors je me repentirai. Mais comme cela n’arrivera jamais, mon destin est scellé, je dois mourir en prison, étiqueté comme criminel. Les ténèbres m’enveloppent déjà comme soucieuses d’anticiper pour moi les ombres éternelles dans lesquelles s’enfoncent les morts. J’accepte mon sort avec une résignation digne, convaincu qu’un jour, peut-être longtemps après que Mr. Daughertyet moi-même aurons rendu notre dernier soupir, et qu’il ne restera de ce que nous avons été que son nom magnifiquement gravé dans le marbre d’une pierre tombale dans un cimetière chic et de moi seulement le numéro 14596, grossièrement inscrit sur une pierre ordinaire dans le cimetière de la prison, justice me sera rendue.

Avec mes remerciements pour les efforts que vous avez déployé pour moi, bien cordialement,

Ricardo Flores Magon

NDT

1. Cette loi est le Espionage Act de 1917 qui servira à emprisonner et expulser de nombreux anarchistes et communistes, dont Emma Goldman et Alexandre Berkman

Traduction R&B