We are Everywhere

We are everywhere – Nous sommes partout – a été édité par un groupe d’éditeurs ad hoc, Notes from Everywhere, en 2003. Le site  indique qu’une version française a été publiée par les Éditions Dangers Public qui ont décidé de ne plus le produire.

Il est impossible de traduire cet énorme ouvrage de plus de 500 pages et ne figureront ici que quelques extraits.

Première salve (p.16)

 

We are Everywhere se situe quelque part entre une anthologie militante et une histoire populaire, un collage d’agit-prop et un manuel d’action directe. Il retrace les mouvements anticapitalistes depuis leur apparition en 1994 jusqu’à aujourd’hui, en décrivant la montée d’une rébellion mondiale sans précédent – une rébellion qui est en flux constant, qui échange sur les idées et les tactiques à travers les océans, partage les stratégies entre cultures et continents, se rassemble en essaim et se dissout, seulement pour essaimer à nouveau ailleurs.

Mais c’est un mouvement d’histoires non racontées, parce que ceux du bas ne sont pas ceux qui apprennent à écrire l’histoire, même si nous sommes ceux qui la faisons.

Les puissants regardent notre diversité et ne voie qu’un mélange disparate. Les médias racontent que nous ne savons pas de quoi nous parlons, que nous n’avons pas de solutions, que nous ne représentons personne, qu’on devrait nous ignorer. Si ils voulaient rester tranquilles un moment, ils pourraient commencer à entendre les nombreux accents, timbres, voix et langues différentes dans lesquelles nous racontons notre myriade d’histoires.

Nous cherchions une manière de rassembler, diffuser et amplifier ces histoires non dites venant des mouvements de base qui ont tissé une trame mondiale de luttes durant la dernière décennie. Alors nous nous sommes rassemblés dans un collectif éditorial, Notes from Nowhere, pour produire ce livre.

Mais comment commence – t’ on à raconter l’histoire d’un mouvement qui n’a pas de noms, pas de manifestes, pas de leaders?

La réponse est que vous la racontez de la manière dont vous la vivez. Il n’y a pas de schéma narratif unique ici parce qu’il n’y a pas une bannière unique derrière laquelle nous marchons, pas de petit livre rouge et pas de doctrine à laquelle adhérer. Nous vous présentons une collision de subjectivités plutôt qu’une voix politique dominante, un dogme, une ligne de parti. Ce sont des moments à la fois intimes et publiques, chargés d’inspiration, de crainte, d’humour, de quotidien et d’historique.

Comme ce mouvement, nous apprécions l’intimité, la subjectivité et la diversité, et nous pensons que les histoires personnelles ont autant (sinon plus) à nous apprendre que n’importe quel manifeste. Nous différons en cela de beaucoup de traditions de luttes passées. Nous faisons partie d’une politique nouvelle, radicale et transformatrice, basée sur la démocratie directe; des idées politiques qui attachent de l’importance à nos voix individuelles, à nos espoirs, nos joies, nos doutes, nos échecs et qui ne nous demandent pas de sacrifice, si ce n’est de sacrifier nos peurs. Et ainsi, ce livre subvertit les exposés conventionnels de tels mouvements en prenant comme point de départ les expériences de ceux qui y sont réellement impliqués.

Le livre est divisé en sept sections, introduites chacune par un article sur les caractéristiques essentielles du mouvement, écrit par les éditeurs. Après chaque article, une série d’histoires, dans un ordre à peu près chronologique, qui montre la progression du mouvement alors qu’il apparaît, se rassemble et mûrit. Des guides do-it-yourself pour l’action directe sont intercalés entre ces textes.

Une chronologie historique se déroule tout au long du livre. Nous avons choisi de commencer avec les zapatistes car nous voyons leur soulèvement du 1er janvier 1974 comme un signe avant-coureur d’une nouvelle ère de mouvements de résistance et nous bouclons la boucle en terminant avec leur reprise de San Cristóbal de las Casas le 1er janvier 2003. Cela révèle l’ampleur et le nombre de luttes non documentées qui ont lieu, presque quotidiennement, à travers le monde. 1

We are Everywhere ne cherche pas – ne pourrait pas – à présenter un aperçu complet, exhaustif, et ses limites, ses choix éditoriaux, sont les nôtres. En suivant quelques fils de cette toile complexe, dispersé et sans centre, nous avons commencé à tirer ceux qui étaient les plus proches de nous, qui tissaient nos propres mémoires et expériences. Tout en les suivant, nous avions conscience que nous ne pourrions pas atteindre de nombreux endroits, où les barrières de la langue, la culture et la distance nous empêchaient d’entendre les voix de ceux directement impliqués. Inévitablement, cela a été particulièrement le cas du Sud et, parfois, nous n’avons été capables d’expliquer ces mouvements qu’à travers les voix de visiteurs du Nord travaillant avec ces mouvements. Chaque fois que cela a été possible, ces articles ont été lus et commentés par les mouvements sociaux eux-mêmes avant que d’être édités.

Les zapatistes nous ont appris à travers leur lutte fondée sur les notions radicales de dialogue et de participation, à entreprendre une rébellion qui écoute. Dans cet esprit, nous avons édité, durant l’été 2001 une première plaquette de 100 pages, Notes from Everywhere, que nous avons distribué gratuitement à des militants lors de rassemblements et d’actions dans 11 pays sur trois continents, sollicitant les critiques, retours et contributions supplémentaires. Nous continuons ce dialogue sur notre site web.

Lorsque nous avons commencé à rassembler ces histoires, nous étions enthousiastes en voyant confirmer ce que nous avions toujours suspecté – que les mouvements séparés convergent, se reconnaissent comme alliés et luttent ensemble.

Alors, où vous situez-vous dans tout cela? Les zapatistes, derrière leurs cagoules, ne disent pas “Faites comme nous”, mais plutôt “Nous sommes vous”.

Mais n’oubliez pas que ce que vous tenez entre vos mains n’est qu’un livre. Comme Gerrard Winstanley – un des diggers anglais – qui demandait, à travers des actions directes exemplaires, l’abolition de la propriété privée et encourageait les pauvres à réclamer les communs, écrivait en 1649: “ Des pensées et des mots me sont venus que ces mots et ces écrits n’étaient rien, et doivent mourir, parce que l’action est la vie de tout et que si vous n’agissez pas, vous ne faites rien.”

Notes from Nowhere
Printemps 2003
http://www.WeAreEverywhere.org

NDT

1. Il y en a certainement autant en 2017, relatées, lorsqu’elles le sont, de manière disséminées, sans qu’il soit matériellement possible de les répertorier dans leur ensemble. Ce qui rend, par la même occasion, impossible de « cartographier » précisément le mouvement.

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