Anarchisme et état de guerre en Grande Bretagne

Anarchisme et état de guerre en Grande Bretagne : les poursuites judiciaires contre les anarchistes de ‘War Commentary’ en 1945

Texte original : Anarchism and the British warfare state: the prosecution of the ‘war commentary’ anarchists, 1945. Carissa Honeywell Publié dans ‘International Review of Social History’, Volume 60, n° 2, pp. 257-284 (Août 2015).

With kind permission from Carissa

Au début de 1945, peu avant la fin de la guerre, un petit groupe d’anarchistes londoniens associés avec la revue radicale anti-militariste et pacifiste War Commentary 1 furent arrêtés et poursuivis en justice. Étant donné que ce groupe était jusqu’à présent considéré comme trop marginal et non influent pour éveiller l’intérêt des autorités, cela semble, au premier abord, anormal et surprenant. La décision du gouvernement de supprimer une publication mineure à un stade si tardif de la guerre en utilisant des lois d’état d »urgence controversées, a été décrite comme “plutôt curieuse » et “difficile à comprendre” par des commentateurs.2

War Commentary était un journal anarchiste publié par le groupe Freedom Press à Londres entre 1939 et 1945. Alors que la majorité du mouvement socialiste britannique du milieu du vingtième siècle était en réalité structuré entre le choix du Parti Travailliste et du Parti Communiste,3 le groupe Freedom Press faisait partie d’un archipel de groupes qui contestaient à la fois le leadership du Parti Travailliste et de Moscou. Cela comprenait les vestiges des mouvements socialistes pacifistes de l’entre-deux guerre, la Fondation Communiste Anti-Parlementaire (APCF) associée avec l’anarchiste de Glasgow, Guy Aldred, et d’autres comme le Communist Workers’ Party (CWP) 4 de Sylvia Pankhurst. Le groupe Freedom Press et les anarchistes de Glasgow autour de Aldred s’opposaient à la deuxième guerre mondiale sur une ligne anti-étatiste et anti-capitaliste. Les puissances alliées et de l’Axe étaient considérées comme défendant des hiérarchies capitalistes militarisées, fascistes ou non. Des groupes anarchistes comme ceux-ci se référaient en particulier au sort des républicains dans la guerre civile espagnole pour émettre de sérieux doutes sur la sincérité de l’hostilité des autorités britanniques envers le fascisme.Des liens entre les différents groupes anti-parlementaires, la gauche communiste, des anarchistes et des résistants à la guerre, avaient été établis par des rencontres telles que le Workers’ Open Forum, présenté par la APCF comme “un conseil ouvrier pour l’élimination des erreurs”, animé par des radicaux indépendants, des anarchistes, des socialistes, des membres de la Peace Pledge Union, et d’autres.5

Les autorités britanniques ont mené des politiques contradictoires envers les activités de War Commentary. Malgré le discours anti-guerre virulent du journal, le gouvernement était réticent à s’ engager dans une censure ouverte des anarchistes jusqu’en avril 1945, utilisant alors tous les moyens disponibles de la législation en temps de guerre pour couper court à leur activité d’édition. Au plus fort de la campagne de bombardements stratégiques sur l’Allemagne, les autorités ont étroitement surveillé les articles publiés dans War Commentary. A ce stade, cependant, le gouvernement avait décidé de ne pas recourir à des mesures spéciales(ou à des lois d’état d’urgence) pour supprimer un groupe qui ne semblait pas présenter une menace crédible pour l’effort de guerre ou l’ordre public sur le front domestique. Entre autres choses, le gouvernement était préoccupé par la publicité possible qu’engendreraient des mesures répressives envers un mouvement somme toute obscur. Mais,lorsque la guerre arriva à son stade final, l’attitude du gouvernement envers la censure de la propagande anarchiste changea du tout au tout. Comme le montrera en détail cet article, les autorités avaient décidé de commencer à agir contre les anarchistes britanniques à la fin de 1944 parce qu’elles étaient préoccupées par le fait que les discours révolutionnaires disséminés dans les pages de War Commentary puissent atteindre une audience plus large et plus réceptive une fois les combats terminés et les soldats rentrés à la maison.

Le changement apparent de politique envers les anarchistes doit être considéré dans le contexte des craintes des autorités au sujet d’une possible agitation politique associée avec les fins de guerres où les populations civiles ont été mobilisées dans un système militaire. Les tensions et les peurs associées au processus de démobilisation après la Seconde Guerre mondiale ont rarement été mises en évidence dans l’histoire sociale et politique britannique. Cependant, la démobilisation était tendue socialement et controversée politiquement.

Globalement, les deux guerres mondiales ont eu un profond impact sur la forme temporaire de la dissidence ouvrière. Utilisant une importante base de données sur l’agitation ouvrière, Beverly Silver a démontré que les années suivant la fin des deux guerres mondiales ont coïncidé avec « les deux plus hauts pics de l’agitation ouvrière dans le monde » depuis 1870, des périodes « d’épidémies explosives de militantisme ouvrier à l’échelle mondiale »6. La période suivant la première guerre mondiale avait démontré le potentiel d’une agitation sociale durant la gestion d’une démobilisation de masse pour se transformer en esprit de mutinerie. A travers l’Europe, des citoyens-soldats étaient rentrés à la maison avec des armes et des idées révolutionnaires pour fomenter la rébellion et la révolution. Des “bouffées de ferment révolutionnaire » et d’ insubordination sont apparues dans des centaines de camps militaires britanniques après la fin de la première guerre mondiale. En 1919, plus de 10 000 soldats en partance de Folkestone ont refusé d’embarqué sur des navires de transport de troupes les remmenant en France, un navire de patrouille a hissé le drapeau rouge à Milford , et Calais était envahi par du personnel militaire en grève.7 Étant donné le précédent historique, le gouvernement était sensible aux possibles problèmes autour de la démobilisation.

Ces événements, à la fois les activités anarchistes et la réponse du gouvernement face à elles, révèlent une relation entre l’état et la société moins consensuelle durant cette période que celle habituellement perçue. Le consensus historiographique concernant le peuple britannique en guerre s’est focalisé traditionnellement sur la notion d’une nation unie à travers la solidarité entre les classes et communautés. Problems of Social Polity, de Richard Titmuss, publié en 1950, décrit un niveau de solidarité sociale en temps de guerre qu’il prétendait être la base de l’état-providence d’après-guerre.8 La première remise en cause majeure de cette orthodoxie a été l’histoire sociale de la Grande Bretagne en temps de guerre de Angus Calder, The People’s War, qui a utilisé les documents récemment découverts sur l’époque de la guerre de Mass Observation,pour présenter une image qui comprend la panique, le pillage, le conflit de classe, la xénophobie, les grèves et l’absentéisme.9 L’imagerie populaire d’unité nationale contre l’ennemi a été critiqué comme un mythe, avec des grèves courantes, un gouvernement souvent impopulaire et Churchill souvent dénigré.10 Plus tard, d’autres relectures, comme Paul Addison dans The Road to 1945, a détaillé une série de tensions politiques en Grande Bretagne durant la guerre.11 Mais la vision populaire dominante de la guerre s’est révélée constamment résiliente à ces remises en question et relectures. David Cesarani a affirmé que cette réduction culturelle perpétuée par ces mythes empêchent encore un débat national objectif sur les sujets liés à la guerre, tels que le renoncement à poursuivre des collaborateurs nazis et la critique des stratégies de bombardements alliés.12 Une conséquence de ce débat national restreint est que l’histoire officielle de la période tend à cacher les tensions entre le gouvernement et le personnel en service qui était une caractéristique marquée des derniers mois de la guerre – une obstruction qui rend la sensibilité du gouvernement envers le commentaire anarchiste de ces mois difficile à comprendre.13

L’anarchisme offre une interprétation spécifique de la relation entre l’état et la société, sous-tendant la guerre entre nations. Scott Turner, dans une série de travaux dans le domaine des études anarchistes récemment édités, note que, dans cette tradition, les termes « gouvernemental » et « militaire » sont souvent utilisés de manière synonyme. Les anarchistes rejettent la légitimité de la guerre parce qu’ils s’opposent à l’idée même de la souveraineté de l’état.14 Alors,même si l’anarchisme inclut historiquement une variété d’opinions sur l’usage de la violence comme stratégie révolutionnaire, son point de vue sur la guerre entre nations est généralement invariablement hostile. C’est une philosophie qui plaide pour des modèles horizontaux d’engagement politique et qui imagine un ordre social qui est maintenu et coordonné sans coercition ni force publique.L’anti-militarisme anarchiste, remettant en cause la guerre et l’état de la même manière, attaque la nature politiquement centralisée des relations dans des sociétés prêtes à la guerre autant qu’il résiste à la guerre elle-même. Les éditeurs anarchistes de War Commentary ont appliqué cette analyse à leur critique de la politique de l’état durant la seconde guerre mondiale et à l’expression de leurs doutes quant au régime d’après-guerre qui était en train d’être préparé.

Cet article décrit d’abord le procès des éditeurs et les controverses qu’il a déclenché. Puis, il explore la position des anarchistes de Freedom Press sur la guerre. Il contextualise cette position aux vues de l’approche révisionniste du gouvernement britannique et de la société du milieu du siècle, s’inspirant notamment des récents commentaires sur les priorités militaires de l’État britannique à cette époque. Ensuite, il étudie la politique du gouvernement envers la publication de War Commentary et pourquoi elle a changé. Enfin, il examine la question de la démobilisation dans le contexte international, en se focalisant à la fois sur les inquiétudes que cela a suscité à l’état et aux opportunités que cela a semblé offrir aux anarchistes. Les autorités de l’état et les anarchistes avaient chacun une série d’exemples internationaux et de références à l’esprit lorsqu’ils étudiaient les dangers et les opportunités présentés par la démobilisation. Il est soutenu ici que les gouvernement britannique a décidé de supprimer la publication de War Commentary parce queles autorités craignaient que, dans le contexte de la démobilisation, une telle propagande anti-militariste pouvait fomenter une agitation politique incontrôlable.

L’étrange cas des trois anarchistes emprisonnés à Old Bailey 15

Le groupe Freedom Press a dénoncé la guerre dès son début et a souligné continuellement l’existence d’une classe privilégiée dans la Grande Bretagne en guerre. Il était donc, selon les termes de Ward, “un candidat tout désigné pour attirer l’attention des Services Spéciaux”.16 Néanmoins, c’est vers la fin de la guerre qu’a commencé une ingérence ouverte suivi des poursuites envers les anarchistes. En fait, ceux-ci ont bénéficié de ce que Stammers appelle la “ distinction douteuse” d’être impliqués dans un des derniers « procès politiques » de la guerre.17

En décembre 1944, des agents de la Special Branch, l’unité de police consacrés aux questions politiques et de sécurité nationale, ont perquisitionné les locaux de Freedom Press et les domiciles de quatre éditeurs et sympathisants. Les mandats étaient émis au nom de la Defence Regulation 39b qui stipulait que personne ne devait détourner les forces armées de leur devoir, et de la loi 88a qui permettait de saisir les articles s’ils étaient la preuve de la perpétration d’une telle infraction. A la fin décembre, les agents de la Special Branch conduit par l’inspecteur Whitehead, ont fouillé les effets personnels de soldats dans différentes régions du pays, y compris ceux de Ward à Stromness sur l’île de Orkney. Le 22 février 1945, Marie Louise Berneri, Vernon Richards et John Hewetson ont été arrêtés à 7H30 du matin. Ils ont été rejoints au tribunal par Philip Sansom, transféré de la prison de Brixton, et tous les quatre ont été inculpés pour la publication de trois numéros séditieux de War Commentary sous la Defence Regulation 39a.

Marie Louise Berneri (à gauche) a continué à travailler pour War Commentary et à collecter des fonds pour le Freedom Press Defence Committee après son acquittement Collection IISH

Ils ont comparu quatre fois au Marylebone Magistrates’ Court et leur procès a duré quatre jours au Old Bailey, England’s Central Criminal Court. Les preuves présentées lors du procès comprenaient des articles de War Commentary datés des 1er, 11 et 25 novembre 1944 traitant des conseils spontanés ou soviets dans l’Allemagne d’après-guerre et la Russie, des conseils de soldats durant la révolution française, de la grève du rail britannique en 1919, de l’agitation dans l’industrie britannique et des mauvaises conditions dans les camps d’entraînement militaires. Au centre de l’affaire de l’accusation était citée une lettre circulaire de Freedom Press datée du 25 octobre envoyée aux abonnés militaires, leur demandant des contacts pour faire connaître la publication à de « nouveaux amis ». Des listes d’abonnés dans l’armée, trouvées dans les locaux de Freedom Press, un manuscrit signé par un certain nombre de soldats désapprouvant la politique du gouvernement en Grèce, et un tract contenant le poème ci-dessous intitulé « Combattre ! Pour quoi ?”18, ont été également présentés

L’armée te veux,
Sais-tu ce que tu devras faire?
Ils t’apprendront à tuer tes frères,
Comme on leur a appris à te tuer.
L’armée te veux,
Sais-tu ce que tu devras faire?
Juste tuer pour sauver ton pays
D’hommes qui sont des travailleurs comme toi.
Ton pays! Qui dit que tu as un pays?
Tu vis dans l’appartement d’un autre homme,
Tu n’as même pas de jardin,
Alors pourquoi devrais-tu tuer pour CELA?
Tu n’as pas une cabane ou une maison,
Pas de fleur,pas de jardin,pas vrai,
Les propriétaires terriens ont mis la main sur tout le pays,
Laisse-LES se battre – PAS TOI.

En l’occurrence, l’accusation voulait établir un lien entre la lettre circulaire mentionnée ci-dessus envoyée aux soldats abonnés à War Commentary et les articles sur l’histoire des conseils de soldats en Allemagne et en Russie en 1917 et 1918 et les mouvements européens de résistance qui, alors que les armées alliées avançaient en 1944, avaient été invités à remettre leurs armes aux gouvernements placés alors sous autorités militaires. L’un des gros titres de War Commentary incitait les mouvements de résistance en Europe à “s’accrocher à vos armes!”, et cela fut utilisé par l’accusation pour démontrer que le journal poussait les soldats britanniques à garder leurs fusils pour l’action révolutionnaire. Le 26 avril, Richards, Hewetson, et Sansom furent déclarés coupables et condamnés (Berneri fut acquittée grâce à un détail technique juridique qui permet qu’une femme ne peut pas être déclarée coupable de complot avec son mari). Le juge était Norman Birkett, et l’accusation était conduite par le procureur général, Sir Donald Somerville. Un Freedom Press Defence Committee fut organisé pour collecter le soutien financier pour la défense et obtint le soutien de nombreuses personnalités publiques comme George Orwell, Herbert Read, Harold Laski, Kingsley Martin, Benjamin Britten, Augustus John et Bertrand Russell.

L’utilisation des lois d’urgence juste à la fin de la guerre a provoqué une controverse publique, attisée par les protestations de ces personnalités éminentes. Une lettre condamnant les accusations à venir et les perquisitions policières qui les avaient précédées a été publiée dans le New Statesman du 3 mars 1945, où apparaissaient les signatures de T.S. Eliot, E.M. Forster et Stephen Spender. Le 31 mars, le New Statesman, la revue politique et culturelle fondée en 1913 par des membres éminents de la Fabian Society, a publié une seconde lettre qui annonçait la création d’un Freedom Defence Committee pour organiser et financer la défense des anarchistes. Les membres du bureau comprenaient Herbert Read et Fenner Brockway, ainsi qu’une liste de donateurs comme Aneurin Bevan, Gerald Brenan, Vera Brittain, Alex Comfort, Cyril Connolly, Clifford Curzon, Victor Gollancz, H.J. Laski, J. Middleton Murry, George Orwell, J.B. Priestley, Reginald Reynolds, D.S. Savage et George Woodcock. Le comité était également très soucieux de préserver la liberté d’expression et continuait à s’opposer à la poursuite de la conscription militaire et industrielle après la guerre. Les anarchistes découvraient que leur situation, qui n’intéressait jusqu’alors que des revues à très bas tirage, apparaissait maintenant dans des tabloïds à fort tirage. Herbert Read, un écrivain et critique d’art, a joué un rôle spécial dans cette campagne, en reliant les milieux spécifiquement anarchistes avec une population intellectuelle plus large .19 Read a remarqué que “[un] certain courant d’opinion s’est formé derrière les anarchistes, particulièrement parmi les membres de la jeune génération”.20

Il était significatif pour la défense que les éditeurs soient accusés d’après des lois d’exception de temps de guerre en 1944 alors qu’il était évident que la guerre touchait à sa fin. Celadémontrait, aux yeux de ces intellectuelles, l’étendue de l’ambition de l’état de contrôler la publication des opinions politiques après la guerre. En avril 1945, Common Wealth a publié un article sur l’état de la censure politique en Grande Bretagne, farouchement critique envers les poursuites contre War Commentary, considérées comme un « précédent » dans l’utilisation des lois d’urgence pour “écraser l’opposition politique”, et comme la preuve que “le gouvernement pourrait facilement étouffer toute opposition”. Common Wealth (une publication de gauche qui s’inscrivait dans la continuité des traditions coopératives, syndicalistes et des guildes socialistes ), remarquait aussi que “il existe des signes de terreur dans les Services à l’idée d’un éveil politique”. Si l’accusation triomphait, y affirmait-on, « le gouvernement aurait la voie libre pour utiliser plus durement à l’avenir ses pouvoirs pour étouffer l’ opinion et emprisonner ses opposants politiques”.21

Read s’est adressé aux manifestations publiques contre les poursuites judiciaires en condamnant le gouvernement de manière vigoureuse et l’oppression de classe à l’origine du procès “ Nos hommes d’état ont provoqué un chaos et appelle cela une victoire”, accusait-il, “des millions d’hommes sont morts et on appelle paix leur silence”.22 Read affirmait que,même si les anarchistes poursuivis étaient un petit groupe, les implications de ces poursuites avaient une portée nationale, déclarant “Je vous parle en tant que anglais, fier de suivre la tradition de Milton et Shelley”. Le procès des anarchistes avait des conséquences pour tous eux, soutenait-il, qui attachaient de l’importance à leur droits innés de libre expression et pour tous ceux qui cherchaient à résister à l’essor de “cette institution infâme et contraire à l’esprit anglais, la police politique”.23 L’utilisation des lois de temps de guerre à un tel moment tardif de celle-ci a été interprétée comme un avant-goût de la forme autoritaire que l’état adopterait après-guerre et Read affirmait que cette utilisation de la Defence Regulation 39a était prolongé en temps de paix par une censure croissante camouflée.24 Les poursuites judiciaires étaient ainsi devenues le genre de cause célèbre que le gouvernement avait essayé soigneusement d’éviter tout au long de la guerre en s’abstenant d’appliquer une censure directe et formelle. En même temps, le cas des anarchistes a fini par être présenté, y compris par les anarchistes eux-mêmes, comme l’exemple d’une des libertés traditionnelles britanniques menacées. Des commentateurs ont trouvé curieux que les autorités aient choisi de risquer cette controverse à un tel stade tardif de la guerre, en faisant appel à des lois d’exception,contre un groupe d’écrivains de toute évidence obscurs. Nous allons nous intéresser maintenant à ce groupe et à ses arguments.

L’anti-militarisme anarchiste: guerre, désordre et l’état.

La renaissance notable de l’intérêt pour l’anarchisme en Grande Bretagne a été provoquée dans les années 1930 par la guerre civile espagnole qui a conduit à la publication dans le pays de Spain and the World, un journal bimensuel publié par la maison d’édition anarchiste Freedom Press. Une partie du noyau actif du groupe éditorial avait ses origine dans le mouvement anarchiste italien, qui « s’était toujours épanoui à Londres”, et avait développé, depuis les années 1920, une vigoureuse tradition anti-fasciste tradition.25 Le journal est né en 1936, édité par Vero Recchioni (plus tard,Vernon Richards), le fils d’un anarchiste italien et Marie Louise Berneri, fille d’un militant anti-fasciste italien, Camillo Berneri, (qui fut assassiné en Espagne dans les années 1930). Spain and the World a changé son nom en Revolt! dans la période entre la guerre d’Espagne et le début de la seconde guerre mondiale, et Revolt! est devenu War Commentary au début de la guerre, revenant ensuite à son nom traditionnel Freedom en août 1945.

War Commentary est resté à l’écart du consensus pro-guerre des partis et groupes politiques dominants en Grande Bretagne et s’est constamment opposé aux principes fondamentaux de la politique gouvernementale tout au long de la guerre avec une ligne anti-militariste virulente. Néanmoins, comme le note l’historien anarchiste de cette période, Albert Meltzer, le journal fut bientôt “très demandé par différents groupes pacifistes qui approchaient les idées anarchistes pour la première fois”.26 Historiquement, alors que le pacifisme se réfère à l’opposition à la guerre et aux efforts pour établir la paix entre les nations, l’anti-militarisme assimile la guerre entre états avec les intérêts politiques et économiques des élites. Pour les anarchistes, l’anti-militarisme représente une objection non seulement à la guerre elle-même, mais à la logique politique sous-jacente des « chaînes de commandement » du haut vers le bas inhérentes aux États-nations centralisés belliqueux. Des intérêts communs pour la conscription ont rapproché les anarchistes et pacifistes durant la seconde guerre mondiale et leurs programmes ont commencé à se fondre à partir de cette question (cette convergence ayant un impact significatif sur les mouvements anti-nucléaires de la fin du vingtième siècle).

Le docteur en médecine John Heweston est passé du Forward Group de la Peace Pledge Union au groupe éditorial de War Commentary via cette connection pacifiste. Durant la guerre, Berneri et lui ont périodiquement travaillé à plein temps (bénévolement) comme rédacteurs pour War Commentary. L’artiste Philip Sansom a été attiré par le groupe éditorial de la Freedom Press en 1943 après la publication de Education through Art de Herbert Read. Il a édité et rédigé un grand nombre d’analyses politiques et de commentaires dans Freedom dans les années après-guerre. Sansom a pris part au début de la campagne contre la peine de mort et a conduit l’occupation de l’ambassade cubaine en juillet 1963 pour protester contre le traitement par Castro des anarchistes cubains. Il a aussi joué un rôle actif dans la plupart des mouvements d’après-guerre, y compris dans les activités de la CND et contre l’apartheid.

Dans la littérature au sens large dans le domaine des études anarchistes, ce courant anti-militariste au sein de l’anarchisme est considéré comme l’un des liens les plus importants entre l’anarchisme des années 1930 et le renouveau de l’intérêt pour l’anarchisme de la fin des années 1950 et début des années 1960, notamment telqu’il s’est exprimé en ce qui concerne les technologies de la guerre comme les bombardements aériens et les armes nucléaires.27 Les éditeurs de War Commentary ont soulevé dès le début des objections face à l’établissement d’un état de guerre, cohérentes avec les constats anti-militaristes anarchistes des relations sociales sous-jacentes à la propension de l’état à s’engager dans la guerre. Selon cette analyse anti-militariste, le militarisme tend à transcender des buts strictement militaires pour définir les relations sociales et politiques, imposant des valeurs militaires à la vie civile même en temps de paix.Le militarisme est donc considéré comme une logique politique hiérarchique intégrée d’uniformité et de « chaînes de commandement » provenant de sources militaires, en opposition à une logique participative hétérogène de prises de décisions partagées. Il représente l’importance attachée au pouvoir politique centralisé ainsi que la croyance en l’importance de la guerre et de la glorification de la violence. Selon les anarchistes, ces chaînes de commandement verticales nourrissent la logique d’obéissance aveugle aux ordres alors que des structures horizontales et égalitaires encouragent l’empathie, l’humanité, et la responsabilité dans l’action et ses conséquences. Cet antimilitarisme brouille ainsi la distinction entre la politique en temps de guerre et la dynamique des relations sociales: le pouvoir hiérarchique en temps de guerre et en temps de paix est considéré comme destructeur de la cohésion sociale et comme érodant la capacité humaine à résoudre les conflits..

“La guerre est la santé de l’État” affirmait le sociologue américain Randolph Bourne, et d’accord avec cette analyse, les anarchistes considérait la guerre comme bénéfique pour l’état, en favorisant le plein épanouissement de l’identification collective et de la hiérarchie des valeurs sur lesquelles il repose.28 Selon eux, la mobilisation politique des individus et communautés au sein d’une entité nationale renforçait les caractéristiques pernicieuses de base de l’état-nation. Celles-ci consistaient en la souveraineté territoriale, avec le maintien de frontières géographiques, la juridiction exclusive sur la population et la propriété à l’intérieur de ce territoire, le monopole de l’usage de la force, le système juridique qui prime sur tous les autres codes et coutumes, en dehors duquel aucun droit ni devoir n’existent, et l’idée de la nation comme communauté politique principale.29 Ils affirmaient que la militarisation massive de cette communauté politique était implicite, dès lors que l’État apparaissait comme fondé sur la nation et que les sujets étaient transformés en citoyens. Comme le remarque Geoffrey Ostergaard à cet égard, en soulignant le lien historique entre la notion d’état-nation et militarisme: “On a mis lesbaïonnettes entre les mains des citoyens avant que de leur donner le droit de vote”.30 À l’échelle mondiale, alors que le soutien des travailleurs-citoyens est devenu plus crucial pour la poursuite des guerres industrialisées, le nationalisme et le patriotisme ont servi de base à la mobilisation des soldats et des citoyens.31

Les anarchistes autour de War Commentary ont réitéré leurs arguments anti-militaristes par rapport à la seconde guerre mondiale, affirmant que, “les gouvernements ont besoin des guerres pour survivre, sans elles,ils s’effondreraient”.32 Dans les pages de War Commentary, la guerre était mentionnée comme un symptôme de l’état dans ses implications les plus récentes et dangereuses.33 Colin Ward, témoin durant le procès, et, plus tard auteur anarchiste prolifique, a exprimé clairement ce sentiment : “La guerre est l’expression de l’État dans sa forme la plus parfaite: c’est son heure de gloire.”34 La résistance au pouvoir de décider de la guerre de l’état a été un thème dominant dans le discours et les travaux intellectuels anarchistes à la fin des années 1930 et dans les années 1940. Selon un exemplaire de War Commentary de 1941,les anarchistes doivent “consacrer toutes leurs énergies” contre la guerre “en combattant l’état”.35 Les journalistes de Freedom Press incitaient à la désobéissance avant même que la guerre ne commence: “Refusez de servir « votre » pays!”, et “Refusez d’aider l’état dans ses manœuvres criminelles!”.36 Pour résister à la guerre, affirmaient-ils, il était nécessaire de résister à la politique militariste du service national et de la conscription en dépit de « l’effondrement de la France”, “Dunkerque”, ou “la trahison stalinienne”.37

En 1938 et 1939, lorsque la probabilité de guerre semblait déjà évidente, Freedom Press a réfuté les affirmations officielles d’une guerre au nom de la démocratie ou de la justice internationale, se référant constamment à l’expérience espagnole. En examinant la politique britannique envers la république espagnole dans les années 1930, affirmaient-ils, “nous découvrons que la politique du présent gouvernement a été, à tous égards, un soutien au fascisme”, et “il n’a pas été suggéré une seule fois que nous devrions aller défendre la démocratie espagnole”.38 Assimilant le fascisme à un gouvernement d’état centralisé, militarisé et autoritaire, les anarchistes ont fait valoir qu’ il était « tout aussi rampant ici qu’à l’étranger ».39 En accord avec War Commentary, l’écrivain anarchiste Alex Comfort affirmait que le fascisme était une caractéristique des états militarisés allemand aussi bien que britannique, qui “s’asseyaient sur les droits de la presse parce que c’était une guerre totale”, et “transformaient nos soldats en chair à canon en même temps que des hauts-parleurs leur hurlent de la propagande”.40

Dessin de John Olday, War Commentary 24 février 1945

Une polémique anarchiste comme celle-ci montrait que les membres de War Commentary étaient très sensibles au caractère “mécanisé, très organisé, technique » de l’état de guerre en Grande Bretagne sous lequel les soldats étaient mobilisés.41 “Étant des gens obstinés”, affirmaient-ils dans War Commentary en 1942 “nous refusons de croire qu’il y a la moindre forme d’émancipation humaine dans le fait de produire uu maximum, en consommant le moins possible et en laissant la vie quotidienne de millions de personnes entre les mains d’un pouvoir d’État sur lequel ils n’ont aucun contrôle.”.42 L’anti-militarisme anarchiste dans les années 1940 était particulièrement hostile envers la conscription, décrite comme une “arme formidable entre les mains de la réaction”, et, sous le capitalisme, “un simple retour à l’esclavage”.43

L’anti-militarisme des anarchistes de Freedom Press était une caractère facilement identifiable de leurs publications, campagnes et réunions publiques tout au long des années 1930 et 1940. Les policiers de la Special Branch mettaient en avant “l’opposition au militarisme” et “l’opposition à la guerre” comme principales orientations politiques du groupe. Un rapport de la Special Branch de novembre 1941 soulignait que les sentiments exprimés étaient que “Churchill était autant un brigand que Hitler”.44 Dans un rapport détaillé d’une réunion publique à Londres le 7 juillet 1942, la Special Branch notait que 400 personnes y assistaient, y compris des soldats, dont 3 américains. Le rapport notait « des applaudissements nourris » lorsqu’un orateur a dit qu’il considérait qu’il n’y avait aucun enthousiasme pour la guerre, notamment chez les soldats mobilisés et lorsqu(‘un autre a attiré l’attention sur « les milliers de déserteurs”.45 En janvier 1944, la Special Branch relatait que “les contenus de War Commentary sont extrêmement anti-guerre et condamnent les bombardements britanniques,”.46

Tout en condamnant la conscription et les bombardements alliés, les anarchistes prêtaient une attention particulière aux expériences de temps de guerre du personnel militaire, les « ouvriers en armes ». Au printemps 1944, ce point concernait particulièrement la perspective d’une démobilisation. En mai 1944, un article intitulé “Mutinerie dans l’armée britannique” a été publié dans War Commentary, où il était affirmé que “la discussion actuelle sur la démobilisation d’après-guerre devrait naturellement rappeler celle de 1918 sur le sujet”,47 lorsque “le mouvement des soldats s’est avéré être une des grèves les plus réussies”. Une édition suivante de War Commentary concernait les “mutineries britanniques en France”, affirmant que “ de telles organisations étaient victorieuses partout. Brièvement, les fruits de la victoire étaient: 1. une démobilisation rapide de millions de soldats 2. la solde était doublée 3. la nourriture, le logement et autres conditions de vie étaient améliorés 4. Les défilés et la discipline stupides étaient abandonnés.”48 Un article de juillet 1944, “Comment les guerres finissent” affirmait que les sentiments révolutionnaires et de mutinerie accompagnent la fin des guerres, et plus encore lorsqu’elles ont engagé une armée de civils.49

En août 1944, le journal a publié une publicité pour un tarif d’abonnement préférentiel pour les soldats. Elle était accompagnée par des articles attaquant les régimes d’assurances sociales proposés et exprimant des doutes sur les conditions de vie de l’après-guerre, notamment concernant l’emploi, le logement, la santé et les libertés publiques.50 En novembre 1944, le journal adoptait un style grand format, une forme plus accessible et directe, que les anarchistes prétendaient nécessaire pour rendre compte efficacement du rythme rapide des événements dans les mois précédant la fin de la guerre. Les journalistes de Freedom Press, rompus aux analyses socio-politiques anti-militaristes, avaient des idées précises sur les opportunités qu’offrait la fin imminente de la guerre et émettaient de sérieux doutes sur les dispositions d’après-guerre telles qu’elles étaient esquissées.

L’état de guerre en Grande Bretagne

Pour beaucoup d’historiens, les poursuites judiciaires et le procès contre le groupe Freedom Press a semblé incongru. Cependant, ces événements apparaissent sous une lumière différente lorsque l’on remet en cause l’historiographie officielle de cette période. Écrivant selon l’approche révisionniste des historiographies traditionnelles sur la guerre, David Edgerton affirme que les versions historiques officielles sur la Grande Bretagne entre les années 1920 et 1970 omettent de montrer la dominance de la logique militaire dans l’élaboration des politiques de l’époque , en négligeant l’importance de « la préparation active à la guerre internationale” dans les actions sociales et économiques de l’état britannique, même pendant la guerre.51 Cet oubli occulte les expériences sociales dissonantes de la politique militaire dans les années 1940 en Grande-Bretagne, notamment la conscription et la démobilisation.

Selon Edgerton, l’échec ou le refus de reconnaître l’état de guerre britannique est « ancien, systématique et profondément enraciné » dans le commentaire politique et l’écriture historique, et il soutient que « par contraste,l’idée de l’état providence a été prédominante ».52 Edgerton se concentre sur le développement, l’accélération et l’enracinement des industries, technologies et infrastructure militaires à partir du milieu et à la fin du vingtième siècle. Il compare cette vision d’un “complexe militaro-industriel britannique”avec celle, dominante, d’un « état-providence » que l’on trouve dans la majorité des histoires, économiques, sociales, du travail et culturelles: “L’État-providence a fini par définir l’État britannique dans son ensemble, même pour les historiens les plus perspicaces sur le plan idéologique.” Comme il le fait remarquer, “Dans ces histoires, l’état de guerre ne semble pas exister, même en temps de guerre”.53

Edgerton affirme que l’image exclusivement « providentiel » de l’État britannique du XXe siècle explique « l’effet dérangeant que les opinions dissidentes contemporaines suscitent encore aujourd’hui ».54 Ses relectures de cette image exclusivement « providentielle » de l’état britannique au vingtième siècle sont en rapport avec les remises en questions soulevées par Angus Calder, Paul Addison, Rex Pope et Alan Allport quant aux mythologies politiques associées avec la seconde guerre mondiale.Lors de leurs entreprises pour corriger ces orthodoxies historiographiques, Edgerton et d’autres historiens soulignent le fossé qui sépare l’histoire sociale britannique et l’expérience des civils militarisés. “Il a été beaucoup écrit au sujet de la vie civile pendant la guerre ”, remarque Addison, “mais l’histoire sociale dans l’armée est encore à écrire en détail.”55 Comme le note Allport, cela signifie aussi que “l’expérience de la démobilisation de 1945 et les espoirs et les criantes immenses qu’elle a généré se sont curieusement évanouis de notre mémoire collective”.56

Un oubli important dans le récit étrangement démilitarisé de la Grande Bretagne du milieu du siècle est la crainte réelle d’agitation de masse qui entourait la démobilisation du personnel appelé. Allport écrit qu’il existait de réelles inquiétudes que « la colère des soldats seraient trop explosive envers la démocratie parlementaire et que, une fois démobilisés, ils appeleraient littéralement à la résistance organisée sous la forme d’un extrémisme politique”.57 L’écrivain et journaliste J.L.Hodson a fait observation semblable dans son journal de guerre The Sea and the Land en 1945: “Ils en avaient eu plein le dos d’être commandés et ils n’allaient pas supporter de l’être encore une fois les combats terminés.”58 Selon le correspondant du Daily Mirror auprès de l’armée britannique en Allemagne, ces civils enrôlés étaient devenus une “Ligue d’hommes en colère”. En rentrant d’Allemagne, écrivait-il,: “je suis rentré à la maison avec le sentiment que les soldats avaient besoin de leurs propre mouvement de résistance sil ils voulaient obtenir justice.”59

L’orthodoxie historiographique a dissimulé les récits dissonants face au militarisme comme ceux-ci et les craintes qu’ils suscitaient au sein du gouvernement et cela explique à la fois pourquoi l’engagement des anarchistes auprès des civils militarisés et la réponse du gouvernement face à cela ont paru étranges et incongrus. Le travail des historiens révisionnistes, particulièrement la contribution de Edgerton à ce débat, apporte un correctif important à ces oublis et omissions corrective, et permet une explication plus complète et satisfaisante des poursuites judiciaires contre les anarchistes de Freedom Press.

War Commentary et le ministère de l’intérieur

“On peut, peut-être, l’ignorer sans risque

Ewing et Gearty soulignent que“ les lois d’exception étaient plus la norme que les lois ordinaires” entre 1914 et 1945.60 Comme d’autres auteurs, ils affirment que les lois d’exceptions, comme moyen de restriction de la liberté, étaient utilisées durant cette période pour ralentir la démocratisation politique. Cela comprend la tentative de diluer l’impact du droit de vote de tous les adultes sur les hiérarchies héréditaires traditionnelles associées à l’ordre ancien, qui avaient vu le “triple choc” de la première guerre mondiale, la sécession irlandaise et la révolution russe, comme exemples de ce qu’on pouvait attendre d’une transformation démocratique de la société. Mais, malgré le fait que “le gouvernement était engagé dans un processus destiné à étouffer les formes d’opposition politique de manière plus ou moins constante tout au long de la guerre”, aussi bien le gouvernement de Chamberlain que celui de Churchill prenaient soin d’employer des tactiques informelles plutôt que des méthodes de politique publique pour contrôler et censurer les organisations politiques dissidentes, afin précisément de « maintenir une image démocratique”, et éviter de faire de la publicité pour des idées et organisations indésirables.61

Dans un mémo d’un conseil des ministres concernant la propagande contre la guerre, il a été affirmé que si des poursuites judiciaires étaient ouvertes contre les groupes anti-guerre, ceux-ci attireraient plus de sympathies qu’en temps ordinaire.62 Sir John Anderson, le ministre de l’Intérieur, parlant de l’utilisation des lois d’exception dans ce contexte, a explicitement affirmé que “il était contraire à nos traditions d’utiliser ces méthodes contre une organisation purement politique”.63 Il était recommandé, à la place, d’employer une politique d’action secrète et le recours aux lois ordinaires pour contrôler la propagande anti-guerre et gouvernementale, telle que l’utilisation de l’article 5 de la Loi sur l’Ordre Public, concernant les comportements susceptibles de troubler la paix publique.64 Cet article avait en effet été utilisé comme arme politique pour interdire,par exemple, un tract du Parti Communiste The People Must Act” et le journal communiste Daily Worker, suivant les instructions du ministère de la guerre aux commissaires de polices.65

War Commentary a été publié pratiquement pendant toute la guerre, sans censure officielle. Cela malgré des avis contraires au sein du gouvernement, comme, par exemple, celui de George Griffith du ministère de la sécurité intérieure, concernant les critiques anarchistes contre les campagnes de bombardements alliés : “Il me semble extraordinaire que l’on permette de publier ce genre d’écrits répugnants dans ce pays.”66 Les anarchistes étaient conscients de cette approche prudente vis à vis de leurs publications. Dans une lettre jointe à l’envoi par la poste des publications de Freedom Press en 1942 (et qui fut interceptée par les autorités), Hewetson écrivait: “Le ministre de l’Intérieur ne pense pas que nos journaux, et d’autres, ont une influence suffisante pour justifier une action drastique de sa part, d’autant plus qu’il est impopulaire et ne veut probablement pas le devenir davantage encore.”67

La répugnance à poursuivre les anarchistes jusqu’en 1944 est une caractéristique des documents du ministère de l’Intérieur sur ce sujet et des ses réponses aux pressions d’autres ministères, institutions et individus pour engager ces poursuites. Même si la Special Branch remarquait que War Commentary était ouvertement “obstructionniste dans son attitude envers l’effort de guerre actuel”,68 la direction du ministère de l’Intérieur pensait que “malsain comme cela l’est, on peut, peut-être, l’ignorer sans risque”.69 Des notes de cette période du ministère de l’Intérieur considèrent le journal comme “plutôt académique” et “destinés principalement aux pacifistes”.70 L’opinion dominante semble être que même si “ce groupe avait un programme révolutionnaire violent”, “il est trop éloigné de la vie quotidienne pour pour causer des troubles significatifs”.71 De la même façon, répondant aux inquiétudes des organisations d’employeurs concernant la satisfaction affichée de War Commentary vis à vis des grèves dans les chemins de fer en 1943,le ministère de l’Intérieur avait répondu: “Ce journal est connu par le ministère mais aucune action dans le cadre des Defence Regulations n’a semble t-il été envisagée jusqu’à maintenant.”72

Le 3 mai 1943, l’attention du ministère de l’Intérieur a été attirée par le ministère de l’Information sur un article de War Commentary intitulé “Démocratie dans l’armée”, qui s’intéressait aux inégalités sociales et aux « abus de pouvoirs des officiers”.73 Le ministère de l’Intérieur avait tranquillisé les services de la censure, en disant qu’ils regardaient le journal « de temps en temps. » 74 Même des rapports de la Special Branch sur une réunion à Huddersfield au cours de laquelle l’anarchiste Tom Brown aurait dit au public “qu’ils étaient tous capables d’actes de sabotage ”75 n’a pas influencé l’opinion officielle selon laquelle “il est souvent indésirable de poursuivre un propagandiste pour des opinions qui peuvent techniquement enfreindre la loi car cela ne fait que lui offrir la publicité qu’il recherche”.76 En avril 1944, la position du ministère de l’Intérieur envers War Commentary était encore inchangée par rapport à la précédente :

« […] il ne serait pas souhaitable de prendre des mesures quelconques pour les raisons suivantes : 1) cela permettrait de faire de la publicité à une obscure publication qui, en raison de son faible tirage, est peu susceptible d’avoir beaucoup d’influence. 2) Toute tentative de répression pourrait être considérée comme une attaque contre a) les libertés démocratiques b) les classes ouvrières ».77

En réponse à un article de War Commentary qui avait provoqué une inquiétude particulière au sein du ministère du Travail et celui du Service National en mai 1944, intitulé“Bevin déclare la guerre aux mineurs”, le ministère de l’Intérieur avait à nouveau réaffirmé son opposition aux poursuites, au motif qu’elles « fourniraient une opportunité aux anarchistes d’essayer de justifier leurs opinions devant les tribunaux et de répéter leurs propos tendancieux avec la possibilité d’atteindre un public plus large que celui qu’il touchait habituellement”.78 A la lumière de cet argument, le ministère de l’Intérieur a considéré une action contre War Commentary sous couvert des Defence Regulations comme “totalement hors de question” pendant pratiquement toute la guerre.79

« Étouffer ces activités dans l’œuf »

Alors que la prise de mesures plus draconiennes contre War Commentary n’ont pas fait l’unanimité parmi les institutions gouvernementales jusqu’en fin 1944, les activités du groupe ont commencé à attirer une attention croissante de la part de différents ministères à partir de la fin 1943. Ce sont les relation avec les troupes appelées vers la fin de la seconde guerre mondiale qui a éveillé un intérêt plus sérieux de la part du ministère de l’Intérieur envers les activités de Freedom Press.

Dessin de John Olday pour War Commentary, 5 mai 1945, protestant contre l’utilisation des lois d’exception pour réduire au silence l’opposition politique. Collection IISH

Le 29 octobre 1943, la censure des Postes et Télégraphes, travaillant au sein du ministère de l’Information, a intercepté une lettre circulaire adressé aux “Amis de Freedom Press”. Dans les notes d’information décrivant le matériel intercepté, jointes aux documents du ministère de l’Intérieur, les autorités remarquaient que : “Il semble que des efforts particuliers soient faits pour garder le contact avec les membres des ‘Amis de Freedom Press’ qui servent dans l’armée.”80 La lettre en question était explicitement adressée aux membres de l’armée sympathisants de Freedom Press et repérés comme ayant “un sens critique plus acéré”, et même un “cynisme agressif justifié” parmi les “ouvriers en uniforme”. Elle continuait en déclarant que “l’esprit de liberté des hommes et des femmes sous l’uniforme est en train de se développer”. Les anarchistes de Freedom Press affirmaient que “le mécontentement grandit avec l’augmentation des épreuves et grandira avec les souffrances intensives à venir durant la prochaine phase de la guerre”.81

Les notes d’information du ministère de l’Intérieur témoignent de la prise en compte croissante par le gouvernement des activités de Freedom Press : “Au regard du fait que les Amis de Freedom Press pensent qu’ils sont en train de gagner un soutien croissant au sein de l’armée, cela vaut peut-être la peine de regarder quels sont les projets de War Commentary.”82 De févier 1944 à janvier 1945, le ministère de l’Intérieur a régulièrement surveillé War Commentary. Une attention particulière a été prêtée aux critiques de la police militaire, aux grèves dans l’industrie et aux écrits concernant le mécontentement et le radicalisme parmi les soldats. En février 1944, les documents du ministère de l’Intérieur notent : “Cet exemplaire contient un éditorial malveillant sur la stupidité des bombardements.”83 En mai 1944, il remarquait que War Commentary “décrit des mutineries mutineries dans l’armée britannique en 1919”, que, selon le point de vue anarchistes, “nous rappellent les discussions actuelles sur la démobilisation”.84 Ces articles, en plus de la lettre circulaire, étaient considérés par le ministère de l’Intérieur comme “indicateurs de l’intérêt du mouvement anarchiste pour l’armée”.85 En lien avec cela, il observe en juillet 1944, “des extraits de lettres de soldats relatant une présumée agitation au sein de l’armée” ainsi que “un article sur les mutineries qui souligne que celles-ci ne peuvent pas être organisées mais naissent de petits mécontentements accumulés au cours du temps, en plus de la frustration et du désabusement”. “Il conclut”, relatait le ministère de l’Intérieur, “que les mutineries qui surviendront à la fin de la guerre auront plus de chance de réussir que celles qui les ont précédées”.86

En août 1944, les notes du ministère de l’Intérieur relataient: “un article signé « des sans grade » prétend démontrer que l’armée britannique est mûre pour la révolution et dit que les officiers sont les contre-révolutionnaires.” En septembre, elles commentaient avec inquiétude la critique d’un livre dans War Commentary au sujet des révoltes dans la marine allemande en 1918 et citait un extrait de l’article : “Une connaissance que nous devons tous avoir en perspective des prochains jours tourmentés qui nous attendent. Car tous ceux qui s’y connaissent en météo peuvent constater que s’assemblent les nuages d’orage.” Il était cependant aussi noté que “War Commentary n’osent pas publier des pistes sur comment se mutiner, alors il se projette dans le passé, cf. les articles sur les mutineries en France après l’armistice de 1918 dans les numéros précédents.”87 C’est suite à d’autres tentatives de Freedom Press pour communiquer avec les soldats que les articles contre la guerre ont aggravé l’inquiétude du MI5, les services de renseignements intérieurs.

Au début de novembre 1944, la police a pris connaissance d’une autre lettre circulaire, datée du 25 octobre 1944, qui avait été envoyée par Freedom Press à ses abonnés dans l’armée.Il en a été fait référence dans le numéro de octobre 1944 de War Commentary qui attirait l’attention sur la « Page des soldats », citant des lettres de certains qui avaient assisté à des réunions politiques. “Il ressort de la lettre circulaire”, note le rapport de police écrit par le commissaire Whitehead, “que War Commentary est largement diffusé parmi les soldats”. Le rapport attirait l’attention sur des passages clés de la lettre d’octobre de Freedom Press qui incitaient ses lecteurs à faire circuler leur exemplaire parmi leurs unités et à communiquer les noms et adresses des potentiels sympathisants. Le rapport cite la lettre en détail sur le sujet des groupes de discussion au sein de l’armée et leur capacité à devenir des « conseils de soldats » embryonnaires. “Compte tenu du contenu potentiellement dangereux de cette lettre circulaire sous l’angle de la sécurité”, écrivait Whitehead, “une attention particulière a été portée sur les numéros suivants de War Commentary.”88

Whitehead mettaient en avant des sujets spécifiques traités par War Commentary pour qu’une attention particulière. Cela comprenait un exemplaire de début novembre 1944, particulièrement l’article “Tout le pouvoir aux Soviets”, qui concernait l’action révolutionnaire. Il relevait en particulier ces articles qui donnait une vue d’ensemble sur les activités révolutionnaires d’après-guerre en Allemagne, en France et en Russie, intitulés “ Insurrections Spontanées”, “Les conseils de soldats durant la révolution française” et “Les conseils comme instruments politiques”. Les citations extensives de War Commentary par Whitehead comprennent celle ci-dessous , publiée dans le journal sous un sous-titre faisant référence aux “Leçons de 1917”:

« […] Le déclin de la discipline au sein de l’armée était une sorte de processus naturel, bien avant que la gauche révolutionnaire ne s’en mêle. Désertions massives, mépris complets des ordres, agressions et même meurtres sur des officiers impopulaires, fraternisation avec les soldats allemands, refus catégorique de passer à l’attaque; telles étaient les manifestations spontanées du sentiment révolutionnaire ».89

Whitehead avait également attiré l’attention sur un numéro de War Commentary issue daté du 11 novembre 1944 qui commençait avec l’article “Le peuple en armes”,et qui se référait à la situation en France lorsque des groupes de maquisards avaient pris le contrôle dans des provinces. Dans cet article, sous-titré “Des conditions semblables ailleurs”, qui traitait des relations entre les forces alliées de libération et les mouvements populaires en Grèce et en Belgique, les anarchistes exprimaient un sentiment qui eut une grande importance dans les poursuites judiciaires envers les éditeurs de Freedom Press. Whitehead attirait particulièrement l’attention sur l’affirmation anarchiste, selon leurs termes, de “potentialités révolutionnaires inhérentes aux périodes de fin de guerre”, et, en particulier à l’affirmation selon laquelle “il est du devoir des anarchistes d’inciter partout les ouvriers de ‘conserver leurs armes’, comme Connolly l’a fait auprès des ouvriers irlandais de l’Armée Citoyenne”.90 Comme le remarquait Whitehead, ce sentiment était répété dans le numéro suivant de War Commentary, daté du 25 novembre 1944, dans un article intitulé “La lutte des ouvriers en Belgique”: “Nous sommes résolument de l’autre côté, celui des travailleurs armés. Et nous répétons encore ce que nous avons dit dans notre dernier numéro – ‘Conservez vos fusils!’.”91 Le même numéro contenait une autre discussion sur la mutinerie de Wilhelmshaven en 1917 dans la marine allemande et celle de Kiel en 1918. Whitehead concluait avec la conviction que: “la lecture par les soldats de la lettre circulaire datée du 25.10.44, conjointement avec les articles publié dans War commentary daté du 1.11.44 et du 25.11.44, équivalent à ‘ une incitation à la mutinerie ’”.92

En novembre 1944, le MI5, partageant la conclusion de Whitehead, avait aussi exprimé son inquiétude envers les articles de War Commentary et avait transmis ce qu’il considérait être des incitations à la mutinerie aux ministères. Dans une lettre ayant pour sujet ces articles, rédigée par G.R. Mitchell, au nom du MI5, à J.J. Nunn au ministère de l’Intérieur, Mitchell déclarait “Nous [le MI5] pensons qu’il est de notre devoir d’attirer l’attention des ministères sur les articles de War Commentary dont le principal et seul but semble être de présenter la mutinerie sous un angle favorable.”93 Ces articles, en plus du changement de la mise en page pour en faire un journal au style plus accessible, et particulièrement les lettres circulant parmi les soldats, ont convaincu le ministère de l’Intérieur que le journal anarchiste poursuivait « ce qui pourrait être décrit comme une politique délibérée”.94 “ Il est évident”, notait le ministère de l’Intérieur,

« […] que ces copies des lettres circulaires de Freedom Press du 25 octobre ont été distribuées aux soldats et il existe des raisons valables pour suspecter que l’objet d’une telle diffusion n’est pas d’informer ceux-ci sur les causes des mutineries et révolutions passées mais de les encourager à se préparer à une action similaire le temps venu. »95

Par conséquent, les activités de Freedom Press furent considérées comme étant “une incitation plus directe à la mutinerie”.

Il fut décidé, à la lumière de cette “politique délibérée”, “d’étouffer dans l’œuf les activités de ces gens avant la fin de la guerre avec l’Allemagne”. “Sinon”, estimait le ministère de l’Intérieur dans le constat suivant “ils pourraient avoir une influence dangereuse après l’armistice lorsque les soldats seront fatigués de la vie militaire et peut-être pas très pressés de rétablir l’ordre en Allemagne, ou d’aller se battre sur des champs de batailles plus éloignés, tout en disposant de plus de temps pour lire et discuter”.96 Ce commentaire résume bien toutes les angoissent qui sous-tendent la décision d’engager des poursuites si tardivement contre les anarchistes. Cette décision a été prise à la lumière des tensions prévisibles lors de la démobilisation des personnels civils enrôlés à la fin de la guerre, et non par rapport à une inquiétude quant au succès de la poursuite de la guerre en elle-même. Elle reflète les craintes bien ancrées d’une possibilité de dissension et de mutinerie après la guerre. Les poursuites judiciaires devenaient souhaitables aux vues des inquiétudes gouvernementales au sujet des tensions sociales susceptibles de naître suite à une démobilisation de masse. Aux yeux de gouvernement, de la police et du MI5,l’inquiétude était la suivante – contenue dans la seconde partie de la phrase qui révélait le degré avec lequel les autorités craignaient une agitation durant la période prochaine de démobilisation: “[Si aucune action n’est entreprise maintenant, il sera plus difficile de le faire plus tard lorsque la situation pourrait s’être considérablement détériorée .”97

Le spectre de la mutinerie” et la « politique délibérée » de Freedom Press

Les approches “état providentiel” de la seconde guerre mondiale se focalisent exclusivement sur la vie sociale des civils non mobilisés. Par conséquent, l’impact de la vie militaire sur la population appelée sous les drapeaux, qui se considérait néanmoins comme civile avant tout, reste largement non étudié. Porter son attention sur l’histoire sociale des soldats appelés, notamment sous l’angle de la fin des guerres, et plus particulièrement lors de la démobilisation, fournit un contexte fondamental pour comprendre la menace perçue constituée par les anarchistes de War Commentary, et le changement d’attitude des ministres et des services de sécurité gouvernementaux à la fin de la guerre. En effet, les documents du ministère de l’Intérieur sur le sujet montrent clairement que ce fut cette « politique délibérée” de Freedom Press concernant les contacts avec les soldats qui a fait la différence et a amené finalement le gouvernement à abandonner sa résolution de ne pas entraver ouvertement les activités des anarchistes. “Il n’existe pas de terrain plus prometteur pour la révolution”, écrit David Lamb, “que des soldats qui reviennent de la guerre, insouciants du danger et habitués aux risques et à entreprendre des actions collectives.”98 Mais, comme l’a remarqué Rex Pope au milieu des années 1990, on a écrit “relativement peu” sur l’organisation de la démobilisation et la réinsertion du personnel militaire après la seconde guerre mondiale. Il affirme que ces programmes méritent une plus grande attention parce que les dispositions prises reflètent une politique qui était “le produit de son époque”, et, en tant que tels, des attitudes de temps de guerre et d’immédiat après-guerre de manière plus exactes que des objectifs politiques à long termes dans les domaines de l’éducation et de la santé.99

Dans un contexte historique plus large, Stephen Graubard a remarqué que la conscription, “la méthode de mobilisation”, pose le problème des effectifs lié à la guerre moderne, et est,en elle-même source de problèmes.100 La tendance à s’engager dans une agitation sociale de masse dans les armées de citoyens conscrits après les guerres est une caractéristique notable, dès l’époque de la révolution, mais,à la fin du dix-neuvième siècle, les états étaient devenus de plus en plus dépendants de la coopération de leurs citoyens-ouvriers pour leurs guerres et expansion impériales et les ouvriers, sur le front et derrière les lignes, devinrent des “rouages essentiels” dans la machine de guerre.101 Mais la puissance de destruction de la guerre moderne a eu un effet négatif encore plus grand chez les ouvriers-soldats, malgré des droits démocratiques étendus. Un soldat conscrit, comme le note Graubard, acceptera au mieux le règlement militaire pour une période donnée et dans un objectif précis, après quoi, « sa première préoccupation est sa libération immédiate”.102 Dans le droit fil de cette affirmation, Allport écrit que, après la seconde guerre mondiale, “les soldats appelés insistaient généralement sur le fait qu’ils étaient des citoyens-soldats temporaires plutôt que permanents – pas des pièces kakis anonymes d’un grand jeu de Ludo’, comme l’a écrit Anthony Burgess, mais ‘des civils dans de drôles d’habits temporaires’ dont la peine était maintenant purgée”.103

Suite aux deux guerres mondiales, la démobilisation a été “une affaire délicate et potentiellement explosive”.104 Dans le cas de la première guerre mondiale, dès 1916, les grèves, les désertions et les révoltes étaient courantes et, au moment de la révolution russe de 1917, le sentiment anti guerre était répandu parmi les populations européennes. Pour leur part, les élites d’Europe éprouvaient une crainte irrépressible d’une révolution. Selon Lamb, en Grande Bretagne, l’éventualité d’une révolution s’était transformée en anxiété persistante : “ La Grande Bretagne n’a jamais été aussi proche d’une révolution sociale que durant cet hiver 1918–1919.”105 La crainte d’une mutinerie qui a influencé la politique gouvernementale après la première guerre mondiale a aussi déterminé les décisions prises vers la fin de la seconde guerre mondiale. “Les spectres de la mutinerie et de l’agitation sociale, le souvenir vivace de 1919”, écrit Addison, “étaient toujours présents dans l’esprit des autorités.”106 Rex Pope souligne également la gestion très prudente de l’organisation de la démobilisation et montre comment l’instabilité potentielle provoquée par celle-ci a contrecarré les objectifs plus larges du gouvernement dans l’immédiat après-guerre, en l’occurrence le maintien d’une main d’œuvre centralisée en vue d’une reconstruction économique contrôlée.107 La montée des mouvements nationalistes en Asie et en Afrique ont encore aggravé les tensions autour de la démobilisation, menaçant de venir s’ajouter aux révolutions sociales et de déstabiliser les pouvoirs impériaux dans leur dépendance structurelle envers les ressources coloniales.108

La sensibilité des anarchistes envers le caractère militarisé de l’état britannique dans les années 1940 faisait qu’ils étaient préparés et prêts à jouer avec les nerfs des élites politiques concernant le processus conflictuel d’une démobilisation de masse. Un des éditeurs de Freedom Press poursuivi, Philip Sansom, emprisonné après le procès,a fait part de ses impressions sur l’atmosphère tendue entourant la démobilisation et les vives inquiétudes des autorités envers la déliquescence de la discipline militaire: “Lorsque l’on s’y est intéressé”, se souvient-il , “on a trouvé les taules pleines à déborder” avec des soldats condamnés à de longues peines par les tribunaux militaires pour désertion et autres infractions . “Personne ne savait rien de cela”, écrivait Sansom, ajoutant, en insistant fortement, “Mais le gouvernement le savait!”109

Il existait, en effet, une crainte généralisée d’une mutinerie au sein du gouvernement après la seconde guerre mondiale. Allport a mis en évidence que, vers la fin de la guerre, “il existait une crainte réelle qu’une agitation de masse s’ensuivrait si la démobilisation n’était pas bien gérée”.110 Lord Woolton, qui avait occupé les postes de ministre de l’Alimentation et ministre de la Reconstruction, témoigne de cette inquiétude dans la note de son journal datée du 1 novembre 1940: “Je pense qu’il va y avoir de graves troubles”, s’inquiétait-il, “et le danger est que si le gouvernement, qui est capable de dépenser sans compter de l’argent pour s’engager dans la guerre, n’est pas capable d’en faire de même pour la reconstruction, il y aura à la fois une envie et un prétexte pour la révolution.”111 En mai 1945, Ernest Bevin, ministre du Travail, avait mis en garde ses collègues contre un chaos potentiel dans les armées.112 Aux yeux des cadres du ministère de l’Intérieur, les efforts évidents des anarchistes pour susciter le ressentiment des soldats démobilisés contre le système pourraient obtenir quelques résultats. Comme l’écrit Allport, “désillusionnés et amers comme ils l’étaient, les ex-soldats , craignait-on, seraient une proie facile pour les extrémistes porteurs de fausses promesses”.113

En l’occurrence, au cours de « l’un des plus grands actes d’indiscipline collective dans l’histoire militaire britannique », il y a eu un nombre significatif de manifestations, mutineries et « grèves de démobilisation » qui ont posé des problèmes aux autorités militaires après la seconde guerre mondiale, particulièrement en Inde et au Moyen Orient. En fait, comme le note Silver, l’intensité et la durée de la vague d’agitation ouvrière de l’après seconde guerre mondiale dans les régions coloniales et post-coloniales ont été plus denses et plus longues qu’après la première guerre mondiale, un message social révolutionnaire important du monde non-occidental en voie de décolonisation.114 Dans l’atmosphère tendue précédant ces événements, les autorités britanniques ont décidé d’inverser leur attitude envers les publications subversives du groupe de Freedom Press, en prenant le risque de susciter une polémique en engageant des poursuites qui réduiraient au silence son discours anti-militariste.

Conclusion

Cet article a tenté de clarifier les positions du gouvernement et des anarchistes au cours des événements conduisant aux poursuites et au procès contre les éditeurs de War Commentary en 1945 en les resituant dans des contextes politiques et économiques plus larges .Il jette un éclairage inhabituel sur la relation entre l’État et la société dans les derniers moments de la guerre et de l’immédiat après-guerre, en soulignant la perception des autorités envers le discours antimilitariste des anarchistes comme étant potentiellement incendiaire dans un contexte de réactions de plus en plus hostiles de la part des civils envers la militarisation de la vie.

Les actes du groupe Freedom Press et du gouvernement s’inscrivaient dans l’expérience sociale britannique et les dynamiques de relations internationales entre le capital et le travail, démontrant à quel point le radicalisme et la dissidence étaient associés aux dynamiques de politiques internationales et à la guerre L’expérience de la première guerre mondiale a démontré qu’un régime militarisé a raison de s’intéresser particulièrement aux fins des guerres, notamment lorsqu’elle impliquent des civils incorporés. L’inquiétude principale du gouvernement envers la fin de la guerre a été l’effondrement de la discipline militaire et de l’autorité gouvernementale alors que les soldats réclamaient le retour à la vie civile. C’est à ce moment que le groupe apparemment insignifiant, jusqu’alors considéré comme non menaçant, suscita assez d’inquiétude pour que le ministère de l’Intérieur décide de prendre des mesures.

De la même façon, pour les anarchistes, la perspective prochaine de la démobilisation a été le moment choisi pour accélérer leur polémique anti-militariste, en ciblant particulièrement les soldats. Leur rhétorique puisait dans les principaux points idéologiques anarchistes concernant le militarisme et l’ordre social. Ils étaient bien placés sur le plan idéologique pour rejoindre de nombreuses inquiétudes et aspirations parmi les civils aussi bien que les militaires, en associant systématiquement la politique militaire du gouvernement aux expériences de violence et de bouleversement pendant la guerre. Dans le cadre de l’histoire sociale britannique, le procès des anarchistes nous invite à ré-examiner l’impact de la vie militaire sur la population civile en Grande Bretagne et d’approfondir le paradigme de « l’état providence » « consensuel », à travers lequel les relations entre la société et le gouvernement de la période ont été traditionnellement examinées.


NDA

1 War Commentary n’a pas utilisé une façon constante pour identifier ses numéros. Par conséquent, différentes manières de citation sont utilisés pour différents numéros du journal en fonction des informations utilisées dans la source principale
2 Neil Stammers , Civil Liberties in Britain During the Second World War (London, 1983), pp. 123, 124.
3 J’inclus les forces non communistes sur et à gauche de la gauche travailliste comme le Independent Labour Party (ILP),et les éléments trotskystes à l’intérieur et à l’extérieur du Parti Communiste, bien que ceux-ci, souhaitaient aussi offrir une alternative au communisme officiel et à la politique du Labour.
4 Voir Mark Shipway , Anti-Parliamentary Communism: The Movement for Workers’ Councils in Britain, 1917–1945 (Basingstoke, 1988). Voir aussi : Wildcat Group , Class War on the Home Front! Revolutionary Opposition to the Second World War (Manchester, 1986).
5 The Peace Pledge Union (PPU) est une organisation non gouvernementale britannique créée par Dick Sheppard en 1934. Concernant le Workers’ Open Forum, voir Shipway, Anti-Parliamentary Communism, ch. 8.
6 Beverly L. Silver, Forces of Labour: Workers’ Movements and Globalization Since 1870 (Cambridge, 2003), pp. 125, 131.
7 Stephen Graubard, Demobilization in Great Britain following the First World War, The Journal of Modern History, 19:4 (1947), p. 4.
8 Richard Titmuss, Problems of Social Policy (London, 1950).
9 Angus Calder, The People’s War: Britain 1939–1945 (London, 1969).
10 Pour un débat sur les objections répandues sur les stratégies de bombardements des forces alliées et les voix anarchistes dans ces controverses, voir Carissa Honeywell, A British Anarchist Tradition (London, 2013), pp. 84–88.
11 Paul Addison, The Road to 1945 (London, 1975).
12 David Cesarani, Lacking in Conviction: British War Crimes Policy and National Memory of the Second World War, dans Martin Evans et Ken Lunn (eds), War and Memory in the Twentieth Century (Oxford, 1997), pp. 27–44, 27–28.
13 Concernant les exemples révisionnistes essentiels quant aux relations entre le gouvernement et la population, voir aussi Angus Calder, The Myth of the Blitz (London, 1991); Clive Ponting, 1940: Myth and Reality (Chigaco, IL, 1991). Pour des analyses plus récentes, voir Donald Thomas, The Enemy Within: Hucksters, Racketeers, Deserters and Civilians during the Second World War (New York, 2003); David Edgerton, Warfare State: Britain, 1920–1970 (Cambridge, 2006). David Edgerton est aussi l’auteur de England and the Aeroplane: An Essay on a Militant and Technological Nation (Basingstoke, 1991).
14 Scott Turner, “Anarchist Theory and Human Rights”, in Nathan J. Jun et Shane Wahl (eds), New Perspectives on Anarchism (Lanham, MD, 2010), pp. 121–146, 136.
15 Herbert Read, Freedom, Is It a Crime? The Strange Case of the Three Anarchists Jailed at the Old Bailey, April 1945 (London, 1945).
16 Colin Ward, Witness for the Prosecution, The Raven Anarchist Quarterly, 29, 8:1 (Printemps 1995).
17 Stammers, Civil Liberties in Britain, p. 88.
18 Particulars of offence, Central Criminal Court, 17th April Sessions, 1945, TNA, CRIM 1/1670.
19 Voir Honeywell, A British Anarchist Tradition, pp. 53–56.
20 Herbert Read , Before the Trial, War Commentary, 1er avril 1945, reproduit dans David Goodway (ed.), Herbert Read: A One-Man Manifesto and Other Writings for Freedom Press (London, 1994), pp. 96–99, 97.
21 Reproduit dans War Commentary, 21 avril 1945.
22 Cité dans War Commentary, 21 avril 1945.
23 Read, Before the Trial, p. 99.
24 Herbert Read, “After the Trial [prise de parole après le procès des éditeurs de War Commentary]”dans Freedom: Is It a Crime?, reproduit dans Goodway, Herbert Read: A One-Man Manifesto, pp. 100–104, 103.
25 Albert Meltzer, The Anarchists in London 1935–1955 (Sanday, Orkney, 1976), p. 9.
26 Ibid., p. 19.
27 Carissa Honeywell, Bridging the Gaps: Twentieth-Century Anglo-American Anarchist Thought, dans Ruth Kinna (ed.), The Continuum Companion to Anarchism (London, 2012), pp. 111–139, 128 Voir aussi Honeywell , A British Anarchist Tradition, pp. 20–22.
28 Randolph S. Bourne, The State (1919), dans War and the Intellectual: Essays, 1915–1919 (New York, 1964), pp. 71–72; voir Colin Ward, citant The State de Bourne, dans The Awkward Question, Freedom, 17 août 1957.
29 Geoffrey Ostergaard, Resisting the Nation-State: The Pacifist and Anarchist Traditions, dans Leonard Tivey (ed.), The Nation-State: The Formation of Modern Politics (Oxford, 1981), pp. 171–196, 172.
30 Ibid., p. 177.
31 Silver, Forces of Labour, p. 137.
32 Derrick A. Pike, Conscientious Objectors in World War Two, dans The Raven: Anarchist Quarterly, 29, 8:1 (printemps 1995), pp. 48–49.
33 Reg Reynolds, War Commentary, June 1941.
34 Colin Ward, Anarchy in Action (London, 1982), p. 25.
35 War Commentary, juillet 1941.
36 Revolt!,23 mars 1939.
37 War Commentary, 4:13 (mai 1943).
38 Editorial, Spain and the World, 16 septembre 1938.
39 Revolt!, 23 mars 1939.
40 Alex Comfort, dans George Orwell, D.S. Savage, George Woodcock, et Alex Comfort, Pacifism and the War: A Controversy, Partisan Review, Septembre–octobre 1942, p. 417.
41 Charles Ridel (Louis Mercier Vega), War Commentary, mid-janvier 1942.
42 Ibid.
43 Reynolds, War Commentary, Juin 1941.
44 The National Archives [ci-dessous TNA], HO 45/25553 833412/8, Extrait de Special Branch Fortnightly Summary No. 25, 15 Novembre 1941.
45 TNA, HO 45/25553 833412/8, Extrait de Special Branch Fortnightly Summary No. 41,15 juillet 1942.
46 TNA, HO 45/25553 833412/8, Extrait de Special Branch Fortnightly Summary No. 77, 15 janvier1944.
47 Mutiny in the British Army, War Commentary, 5:13 (mai 1944).
48 British Mutinies in France, War Commentary, 5:14 (mai 1944).
49 How Wars End, War Commentary, 5:17 (juillet 1944).
50 War Commentary, 5:19 (août 1944).
51 Edgerton, Warfare State, p. 1.
52 Ibid, p. 270.
53 Ibid., pp. 290, 291. On peut lire une réflexion percutante sur les interrelations entre guerre, état providence, accumulation du capital, et la position des travaillistes durant l’histoire globale du vingtième siècle dans Silver, Forces of Labour, pp. 132–141.
54 Edgerton, Warfare State, p. 292.
55 Paul Addison, Now the War is Over: A Social History of Britain 1945–51 (London, 1995), p. 4.
56 Alan Allport, Demobbed: Coming Home after the Second World War (New Haven, CT [etc.], 2009), pp. 7–8.
57 Ibid., p. 6.
58 J.L. Hodson, The Sea and the Land: Being Some Account of Journeys, Meetings, and What Was Said to Me in Britain, France, Italy, Germany and Holland between March 1943 and May 1945 (London, 1945), p. 280.
59 Eric Dornan Smith , The League of Angry Men, Daily Mirror, 4 juin 1945, cité dans Allport, Demobbed, p. 6.
60 Keith D. Ewing et Conor A. Gearty, The Struggle for Civil Liberties: Political Freedom and The Rule of Law in Britain, 1914–1945 (Oxford, 2000), p. 415.
61 Stammers, Civil Liberties in Britain, p. 123.
62 TNA, Public Record Office [ci-dessous, PRO] CAB 67/1, WP (G) (39) 36.
63 TNA, PRO CAB 73/2, CDC (40) 8th Meeting, 6 mars 1940.
64 TNA, PRO MEPOL 2/6260, confidential memo from the Commissioner, 14 mai 1940
65 TNA, HO 158/32, Circular to Chief Constables, No. 832463/105.
66 TNA, HO 45/25553 833412/3, lettre de George Thomson, Ministère de l’Information, à George Griffith, Ministère de la Sécurité Intérieure, 11 septembre 1943.
67 TNA, HO 45/25553 833412/5, Ministère de l’Information, Postal Censorship from Freedom Press N.W.6 à Dr. A.L. Goldwater, New York, 3 janvier 1942.
68 TNA, HO 45/25553 833412/3, Metropolitan Police Special Branch report on War Commentary, 25 avril 1941
69 TNA, HO 45/25553 833412/1, note circulaire signée M.S.W, 3 juillet 1942
70 TNA, HO 45/25553 833412/3, Home Office note circulaire signée M.S.W, 3 juillet 1942.
71 TNA, HO 45/25553 833412/8, Home Office note circulaire signée T.H.M., 25 octobre 1941.
72 TNA, HO 45/25553 833412/3, lettre de W. Goody, Secrétaire du Carlisle Railwaymen’s Joint Committee, à Herbert Morrison, 23 avril 1943.
73 War Commentary, 4:8 (Mi-février 1943).
74 TNA, HO 45/25553 833412/3, note attachée à un numéro de War Commentary, 4:8 (Mi-février 1943), signée G.G., 3 mars1943.
75 TNA, HO 45/25553 833412/9, Extrait d’un résumé régional (Special Branch security work) pour la région No. 2 fpour la quinzaine finissant le 31janvier 1942.
76 TNA, HO 45/25553833412/9, notes du Home Office pour diffusion, signée J.M. Ross, 13 février 1942.
77 TNA, HO 45/25553 833412/13, Home Office notes pour diffusion, 28 avril 1944.
78 TNA, HO 45/25553 833412/20, lettre de J.J. Nunn, Home Office, à Mr Emmerson, Ministère du Travail et du Service National, 19 mai 1944.
79 TNA, HO 45/25553 833412/20, compte-rendu pour diffusion, signé J.A.N., 15 mai 1944.
80 TNA, HO 45/25553 833412/5, Postal and Telegraph Censorship, 12 octobre1943.
81 TNA, HO 45/25553833412/5, Lettre des éditeurs de War Commentary, 12 octobre 1943.
82 TNA, HO 45/25553 833412/5, Home Office notes pour diffusion, signée S.C.S.R, 2 novembre 1943.
83 TNA, HO 45/25553 833412/15, notes pour diffusion, 11 mars 1944. NDT Voir sur R&B Le Coût de la Guerre et de la Libération de Marie Louise Berneri – War Commentary, Septembre 1943, où elle critique les bombardements alliés 84 TNA, HO 45/25553 833412/15, 7 juillet 1944.
85 TNA, HO 45/25553 833412/21, J.M.P.,compte-rendu, 24 mai 1944.
86 TNA, HO 45/25553 833412/15, 7 juillet 1944.
87 TNA, HO 45/25553 833412/15, J.M.P., 6 octobre 1944.
88 TNA, HO 45/25553 833412/27, Rapport de police du 1er janvier 1945, comprenant une discussion sur la lettre circulaire et les perquisitions du 14 décembre 1944, écrit par l’inspecteur principal Whitehead.
89 “Lessons of 1917”, War Commentary, 6:1 (1er novembre 1944).
90 “People in Arms”, War Commentary, 6:2 (11 novembre 1944), souligné dans l’original.
91 War Commentary, 6:3 (25 novembre 1944), souligné dans l’original
92 TNA, HO 45/25553 833412/27, Rapport de police du 1er janvier 1945, comprenant une discussion sur la lettre circulaire et les perquisitions du 14 décembre 1944, écrit par l’inspecteur principal Whitehead.
93 TNA, HO 45/25553 833412/20, lettre de G.R. Mitchell à J.J. Nunn, Home Office, 1er novembre 1944.
94 TNA, HO 45/25553 833412/27, J.M.P., 11 décembre 1944.
95 TNA, HO 45 25553 833412/27, J.A.N., 11 décembre 1944.
96 TNA, HO 45 25553 833412/27, J.M.P., 11 décembre 1944.
97 TNA, HO 45 25553 833412/27, J.A.N., 11 décembre 1944.
98 Dave Lamb, Mutinies: 1917–1920 (Oxford [etc.], 1978), p. 9.
99 Rex Pope, British Demobilization after the Second World War, Journal of Contemporary History, 30 (1995), pp. 65–81, 66.
100 Graubard, Demobilization in Great Britain following the First World War, p. 297.
101 Comme William McNeill l’a souligné, “l’énergie féroce des conscrits français en 1793-1795, et la ferveur nationaliste de certains soldats citoyens allemands en 1813-1814, pouvaient contester l’autorité constituée aussi facilement qu’elle pouvait la confirmer et la renforcer”; idem, The Pursuit of Power: Technology, Armed Force, and Society since A.D. 1000 (Chicago, IL, 1982), p. 221, cité dans Silver, Forces of Labour, p. 137.
102 Graubard, Demobilization in Great Britain Following the First World War, p. 297.
103 Allport, Demobbed, p. 4.
104 Addison, Now the War is Over, p. 19.
105 Lamb, Mutinies: 19171920, p. 9.
106 Addison, Now the War is Over, p. 19.
107 Rex Pope, Looking Back: The Experience of 1917–20 and the Planning of British Demobilisation, Decontrol and Reconstruction after World War II, Northwest Journal of Historical Studies, 2:2 (1992), pp. 65–81, 65. Voir aussi, British Demobilization after the Second World War, p. 67.
108 Silver, Forces of Labour, p. 148.
109 Philip Sansom, Revived 45: Anarchists against the Army, The Raven Anarchist Quarterly, 29, 8:1 (printemps 1995), pp. 61–71, 62.
110 Allport, Demobbed, p. 6.
111 Department of Western Manuscripts, Bodleian Library, Oxford, Lord Woolton, note de son journal du 1er novembre 1940, Woolton MS 2, cité dans Peter Hennessy , Never Again: Britain 1945–51 (London, 2006), p. 163.
112 Voir le rapport : J.H.A. Sparrow, Report on Visit to 21st Army Group and Tour of Second Army 30 March–5 May 1945, 14, TNA, War Office Morale Committee WO/32/15772.
113 Allport, Demobbed, p. 6.
114 Silver, Forces of Labour, p. 12

NDT

Carissa Honeywell est chargée de cours en politologie à l’université Sheffield Hallam University, (GB) Elle est formée à la résolution des conflits et est une médiatrice accréditée . En plus de recherches sur les stratégies de résolution non-violente des conflits, elle s’intéresse à la pensée politique anarchiste et à l’histoire de celle-ci au cours du vingtième siècle. Cela comprend des personnages comme Herbert Read, Alex Comfort, Paul Goodman et Colin Ward.

Quelques documents en ligne sur le sujet

Vernon Richards, un anarchiste photographe CIRA Marseille
Anarchists in court, England, April 1945
Anarchists against the Army – Philip Sansom
Class War on the home front – revolutionary opposition to the Second World War: the Anti-Parliamentary Communist Federation Wildcat,
Witness for the Prosecution – Colin Ward

Sur R&B voir également Une histoire de Freedom Press et les articles de Marie Louise Berneri

 

Publicités