Nouvelles de nulle part

Ce « mouvement qui n’a pas de nom », ou « mouvement des mouvements », ou quel que soit le nom qu’on lui donne a t-il une réalité aujourd’hui ? L’affirmer signifie t-il agglomérer de façon subjective des collectifs, groupes et initiatives sans réels liens, ni organisation, et se les approprier pour créer un « mouvement » qui n’existerait que dans l’imagination? Et si ce « mouvement existe bel et bien, quelle est sa force réelle, ses perspectives et ses limites?

Si le concept retenu d’organisation est celui de l’Internationale du dix-neuvième siècle, on cherchera en vain. De même, si le critère « d’efficacité » et/ou de « pureté révolutionnaire » est évalué à partir de cette même référence, ce « mouvement » sera considéré comme insignifiant, déviant, voire contre-révolutionnaire ou tout simplement ignoré. Ou encore, si il est considéré sous des angles parcellaires et défini de manière réductrice selon des concepts comme « altermondialisme », illustré par des forums sociaux mondiaux, il est rendu visible, mais l’essentiel reste caché.

We Are Everywhere offre une photographie parcellaire d’une fraction de l’histoire, que l’on pourrait qualifier « d’origine », dans les années 1990. Des organisations citées dans ce recueil existent toujours, comme Mujeres Creando ou le Mouvement des Sans Terres au Brésil et ailleurs. D’autres se sont dissoutes, comme le Peoples’ Global action ou le Direct Action Network. D’autres encore ont vu le jour, sous différentes formes, en réseau comme Crimethinc, autour de luttes locales comme les « zad », sans parler des centres sociaux autogérés, d’innombrables squats, etc….

Comme l’iceberg, nous n’en voyons que la partie visible et libre à chacun-e de n’y voir qu’un glaçon. L’important n’est pas là, comme il n’est pas d’exister aux yeux des médias. Et si nous considérons le capitalisme comme le Titanic, insubmersible comme chacun-e le sait, restons glaçon inoffensif, sachant que le Titanic s’est considérablement modernisé et que ses vigies ont des outils qui se perfectionnent continuellement. Demandez à la Rand Corporation.

Nous n’inventons rien et ne faisons que reprendre ce qui a été laissé en suspens. Nous pouvons ainsi reprendre pour le « mouvement » la définition que se donnait les diggers de San Fransisco en 1966 :

« Regarding inquiries concerned with the identity and whereabouts of the DIGGERS: We are happy to report that the DIGGERS are not that. »

et dire de la même façon

« En ce qui concerne les investigations quant à l’identité et la localisation du MOUVEMENT : Nous sommes heureux de signaler que le MOUVEMENT n’est pas cela » – Delving the Diggers  George Metevsky, Berkeley Barb, 21 oct. 1966

Comme eux, cherchons un cadre de référence

« Un autre cadre de référence: L’homme est un animal qui vit en troupeau. Écologiquement, le troupeau est un moyen de défense. Il est aussi chaud et réconfortant dans le noir. »

Nous ne sommes plus ici dans le seul domaine de la traduction, mais le réseau efface les frontières entre « virtuel » et « réel », entre le clavier et le terrain, entre « actualité » et « histoire », entre acteurs-trices et spectateurs-trices….

Septembre 2017

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