Nouvelles de nulle part (Nous sommes partout)

Ce « mouvement qui n’a pas de nom », ou « mouvement des mouvements », ou quel que soit le nom qu’on lui donne a t-il une réalité aujourd’hui ? L’affirmer signifie t-il agglomérer de façon subjective des collectifs, groupes et initiatives sans réels liens, ni organisation, et se les approprier pour créer un « mouvement » qui n’existerait que dans l’imagination? Et si ce « mouvement existe bel et bien, quelle est sa force réelle, ses perspectives et ses limites?

Si le concept retenu d’organisation est celui de l’Internationale du dix-neuvième siècle, on cherchera en vain. De même, si le critère « d’efficacité » et/ou de « pureté révolutionnaire » est évalué à partir de cette même référence, ce « mouvement » sera considéré comme insignifiant, déviant, voire contre-révolutionnaire ou tout simplement ignoré. Ou encore, si il est considéré sous des angles parcellaires et défini de manière réductrice selon des concepts comme « altermondialisme », illustré par des forums sociaux mondiaux, il est rendu visible, mais l’essentiel reste caché.

We Are Everywhere offre une photographie parcellaire d’une fraction de l’histoire, que l’on pourrait qualifier « d’origine », dans les années 1990. Des organisations citées dans ce recueil existent toujours, comme Mujeres Creando ou le Mouvement des Sans Terres au Brésil et ailleurs. D’autres se sont dissoutes, comme le Peoples’ Global action ou le Direct Action Network. D’autres encore ont vu le jour, sous différentes formes, en réseau comme Crimethinc, autour de luttes locales comme les « zad », sans parler des centres sociaux autogérés, d’innombrables squats, etc….

Comme l’iceberg, nous n’en voyons que la partie visible et libre à chacun-e de n’y voir qu’un glaçon. L’important n’est pas là, comme il n’est pas d’exister aux yeux des médias. Et si nous considérons le capitalisme comme le Titanic, insubmersible comme chacun-e le sait, restons glaçon inoffensif, sachant que le Titanic s’est considérablement modernisé et que ses vigies ont des outils qui se perfectionnent continuellement. Demandez à la Rand Corporation.

Nous ne sommes plus ici dans le seul domaine de la traduction, mais le réseau efface les frontières entre « virtuel » et « réel », entre le clavier et le terrain, entre « actualité » et « histoire », entre acteurs-trices et spectateurs-trices…. Après les racines, après les branches, il faut reconstituer l’arbre et le faire pousser.

mise à jour : décembre 2017

Dans cette rubrique :

Les marges remuantes 1994 – 2016

2017

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