Le Pacte d’Unité CNT-UGT de 1938

Extrait de The Anarchists in the Spanish Civil War Robert J. Alexander Vol II Janus Publishing Company Limited, London 1999 pp 998-1001

Le Pacte d’Unité CNT-UGT de 1938

Ironiquement, ce ne fut que lorsque leur ancien allié Francisco Largo Caballero eut complètement perdu le contrôle de l’Unión General de Trabajadores passée aux mains des staliniens et de leurs alliés, que la CNT négocia finalement un « programme d’unité » avec l’UGT. Ce document commun représentait des concessions majeures de la part des anarchistes et montrait combien ils avait abandonné leurs principes de base.

La CNT avait envisagé un pacte avec l’UGT avant le déclenchement de la guerre civile. Une résolution du Congrès de Saragosse de la CNT en mai 1936 avait appelé à une « alliance des travailleurs » avec l’UGT, et proposé la création de comités de liaison entre les deux organisations pour négocier les termes d’une telle alliance.1

Il est évident que, dans les premiers mois de la guerre civile, à la fois les anarchistes et la faction Largo Caballero au sein de l’UGT, souhaitaient une unité d’action des deux centrales syndicales et pensaient même en terme de possible unité organisationnelle dans un avenir proche. Ce fut le principal thème d’une manifestation commune le 1er mai 1937 à Valence,au cours de laquelle Carlos de Baraibar et deux autres membres pour l’UGT, et Mariano Vázquez, Federica Montseny et Juan Peiró, pour la CNT, prirent la parole.2

Nous avons noté que, après la dissolution du gouvernement Largo Caballero, une tentative d’accord avait été recherchée entre l’UGT, encore contrôlée par Largo Caballero, et la CNT, avec, de toute évidence, des objectifs syndicaux et politiques, ces derniers étant la formation d’une opposition de la classe ouvrière au gouvernement Negrin. L’infiltration de l’ UGT, durant les derniers mois de 1937 par les communistes et leurs alliés socialistes anti-Caballero paralysa toute possibilité d’ alliance concrète pendant plusieurs mois. Néanmoins, sous la pression de l’offensive franquiste en Aragón, qui eut pour effet la percée des forces rebelles vers la Méditerranée et la séparation en deux de la république, un accord fut finalement atteint en mars 1938.

José Peirats, l’historien anarchiste de la CNT durant la guerre civile, a exposé les propositions à la fois de l’ UGT et de la CNT pour ce « programme d’unité », qui couvrait un large éventail de questions auxquelles était confronté le mouvement ouvrier et la république. Il a également résumé la nature de ce document, adopté en mars 1938, pendant l’offensive franquiste qui se saisit de l’Aragón et se termina par la percée des forces rebelles jusqu’à la Méditerranée. Selon Peirats,

« Dans le domaine militaire, la CNT accepta la proposition de créer une armée puissante, sous le contrôle de l’état, et d’en enrichir les attributions naturelle ou internes avec d’autres extérieures à ses fonctions premières, sans autres garanties pour le peuple que celles fournies par le Commissariat, lui même sous contrôle de l’état …
Au sujet de la production de guerre, la CNT accepta seulement l’intervention des syndicats dans un Conseil, soumis aussi à l’état, ou sa branche, le Secrétariat à l’Armement…
La CNT accepta la nationalisation des industries de base et celle-ci reste sujette aux critères de l’état. Cela le place au sommet de la pyramide sociale .
La même chose se passa pour la nationalisation des banques, que la CNT compléta avec la Iberian Trade Union. »

Sur la question des municipalités, Peirats écrit:

« Au sujet de la municipalisation, la CNT baissa définitivement pavillon par rapport à sa conception traditionnelle d’une municipalité libre… dans le pacte CNT-UGT, la municipalité continue à être la simple administratrice du bien immobilier de l’état militariste, centralisé et extorqueur…
La meilleure preuve de l’orientation centraliste du pacte nous est démontrée par la section concernant l’économie. Un Conseil Économique Supérieur, au sein de l’état, composé de ses représentants et ceux des organisations syndicales monopolisera tout…
L’état, propriétaire de l’armée, de l’industrie, des municipalités, et de l’ensemble de l’économie, est aussi le propriétaire de la terre nationalisée. Et les paysans sont de simples locataires… D’un commun accord, la CNT et l’UGT accorde à l’état … la faculté de légiférer sur les Collectivités et le droit très précis d’y intervenir. Et celui de déterminer lesquelles continueraient ou disparaîtraient. Seules, celle en adéquation avec la législation seront aidées par l’état. »

Enfin, Peirats notait que concernant l’opposition traditionnelle des anarchistes à l’état elle-même dans ce pacte CNT-UGT, la CNT

« commence à réduire son incompatibilité absolue avec l’état en une simple expression d’une forme de gouvernement. Elle s’oppose uniquement à la forme totalitaire de l’état, et oublie la leçon selon laquelle tout gouvernement est un bastion totalitaire… »3

La seule concession significative de l’ UGT sous influence stalinienne dans ce document était la déclaration qu’elle ne s’opposerait pas au retour de la CNT dans le gouvernement républicain. Il s’agissait, comme nous l’avons vu, d’une concession de signification douteuse.

En résumé, l’organisation syndicale anarchiste avait cédé beaucoup de terrain dans ce pacte à l’autre centrale syndicale majeure, alors dominée par les staliniens et leurs compagnons de route. Elle reléguait au second plan la défense des collectivités que ses membres avaient créé dans la première période de la guerre civile, en acceptant la prédominance de la nationalisation des secteurs majeurs de l’économie, au lieu d’un contrôle syndical, tant au niveau républicain que municipal. Ce document, et c’est peu dire, affaiblissait la position de la CNT, en essayant de défendre le contrôle de ses membres sur un large secteur de l’économie. Contre un retour de la CNT dans le gouvernement républicain, dans un rôle mineur et de peu d’importance dans la conduite générale de la guerre et de la révolution, la CNT a payé le prix lourd dans cet « accord » avec l’UGT.

Notes de l’auteur

1. CNT Accords del Congres de Saragossa Maig 1936, Textos de Formado Llibertaria, Barcelona, 1977, pp 9 -10
2. Hacía la Unidad de Acción de la Clase Obrera, Ediciones de la C.N.T., Valencia, n.d. (1937)
3. José Peirats: La C.N.T. en la Revolución Española, Ediciones CNT, Toulouse, 1953, Volume III, pp 67 -69, voir aussi José Peirats: Los Anarquistas en la crisis política española, Ediciones
Jucar, Madrid & Gijón, 1976, pp 298 -306

NDT

Sur le même sujet, voir, entre autre, Enseignement de la Révolution Espagnole Vernon Richards (1975). et particulièrement , le chapitre intitulé Le Pacte UGT-CNT

 

cntugt

Spain and The World 4 mars 1938

Goldman

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