Camillo Berneri

 

Camillo_Berneri

Camillo Berneri 1897 – 1937

Berneri Camillo (De)
1937-05 La contre-révolution en marche Guerra de classe, n°15, 5 mai 1937
Abolition et extinction de l’Etat Guerra di Classe n° 3 du 24 octobre 1936
Dictature du prolétariat et socialisme d’état Guerra di Classe  n° 4 du 5 novembre 1936
L’attente de Lénine  Il Grido della rivolta, Florence, 26 juin 1920, sous le titre « Verrà Lenin ! »
Le travail agréable
Le prolétariat ne se nourrit pas de curés Extraits
Lettre ouverte à la camarade Federica Montseny
L’idolâtrie ouvrière (1934)
(Sur)
Camillo Berneri (1897-1937) : Mythes, racines et réalités d’un intellectuel anarchiste Giovanni Stiffoni
L’assassinat de Berneri Nicolas Lazarévitch La Révolution prolétarienne N°248 (juin 1937)
Une page d’histoire méconnue : les engagements croisés de Camillo Berneri et de Silvio Trentin en soutien de la République Espagnole Paul Arrighi,

De Camillo Berneri en anglais
Between the war and the Revolution 16 décembre 1936.
Beware, Dangerous Corner! – Novembre 1936.
Counter Revolution on the March – 5 Mai 1937.
Dictatorship of the Proletariat and State Socialism – 5 Novembre 1936.
Interview on militarisation of the militias
Last letters to his family – 3 – 4 Mai 1937
Madrid, sublime city 2 Décembre 1936
Non – intervention and international involvement in the Spanish Civil War  18 Juillet 1937
On the militarisation of the Italian column
Problems of the Revolution: the City and the Country – Février 1937
Selected writings
Social democracy and communism betrays the revolution – 1 Févier 1937
State, Class and bureaucracy in the USSR
The Abolition and Extinction of the State
War and Revolution 21 Mars 1936
What Spanish anarchism must do to win – 24 Octobre 1936

Préface à Pensieri e battaglie 1938 – Emma Goldman

Texte original : Vision on Fire Emma Goldman on the Spanish Revolution David Porter AK Press, 2006 Seconde édition –  pp 309 – 313

Le Comité Camillo Berneri a été fondé par Giovannina Caleffi , mariée en novembre 1917 à Camillo Berneri. Elle a publié ce recueil de textes en 1938

Camillo Berneri, idéaliste sublime, chantre de la révolte, amant de l’humanité, a été bassement assassiné à Barcelone, le 5 mai 1937. À cause de son opposition audacieuse aux activités insidieuses des sicaires de Staline en Espagne, il avait provoqué le courroux du Torquemada soviétique, il devait donc mourir. L’histoire horrible de sa fin est racontée par les hommages rendus à notre camarade martyrisé par plusieurs auteurs, rassemblés maintenant avec quelques-unes de ses lettres dans ce recueil. Il ne m’est donc pas nécessaire d’entrer dans les détails. Je souhaite plutôt raconter mes souvenirs et mes impressions sur Camillo Berneri, sur notre camaraderie à Barcelone, lorsque nous travaillions tous les deux presque côte à côte pour aider nos camarades dans leur lutte pour la révolution espagnole et contre le fascisme.

J’avais entendu beaucoup parlé du Professeur Berneri, de sa belle personnalité et de son caractère doux, avant de le rencontrer à Paris. La rencontre a été très brève; nous n’avons pu échanger que quelques mots. Ce fut suffisant, néanmoins, pour me faire une idée précise de l’homme et de ses idées. J’ai été particulièrement frappée par la délicatesse de son visage et le charme de ses manières. Nous nous étions promis de nous revoir bientôt lorsque nous aurions réellement le temps de faire connaissance. Nous étions loin, l’un et l’autre, d’imaginer que nous nous rencontrerions aussi tôt en Espagne et que nous partagerions notre désir passionné d’aider nos camarades espagnols.

Le camarade Berneri m’avait précédé à Barcelone de deux mois. A mon arrivée en septembre 1936, Je l’ai trouvé déjà au cœur de la lutte: sur le front de Huesca front comme représentant de la colonne italienne – chacune de ses heures occupée à différentes tâches, à son retour du front – discutant avec de jeunes camarades jusqu’au lever du jour. Cela, et bien d’autres choses, gardait notre camarade sans cesse sur la brèche.

De constitution fragile et de toute évidence usé par la pression de son travail, Camillo n’en répondait pas moins généreusement à toutes les sollicitations de ses énergies. Extrêmement sensible comme il l’était, il devinait les besoins des autres, souvent imaginaires et qui ne méritaient pas le gaspillage d’énergie de notre camarade. Il était conscient que l’on profitait de sa nature douce, mais il continuait à distribuer son fond inépuisable de sympathie et de compassion.

La chose surprenante pour moi était que, bien que toujours au milieu de foules, Camillo Berneri gardait toujours son intégrité et son indépendance d’esprit. Il n’hésitait jamais à les mettre en avant dès que quelqu’un essayait d’empiéter sur ce qu’il considérait être la partie la plus sacrée de sa personnalité. Il explique, dans une de ses belles lettres à sa femme, comment il s’y prenait ….

En cela, comme dans beaucoup d’autres circonstances, Camillo Berneri démontrait son sens aigu du côté comique de la vie et de sa compréhension des petites affaires insignifiantes qui apparaissent si insurmontables aux petites gens.

J’ai été la témoin de ses journées surchargées et j’ai hésité à me joindre aux nombreuses personnes qui suivaient ses pas. C’est lui qui m’a sollicité un jour, de retour du front, alors que je revenais de mes tournées d’inspection des fermes et des industries collectivisées. Comme je l’ai déjà dit, Camillo Berneri m’avait précédé de deux mois en Espagne. Sa connaissance des hauts et des bas de la situation révolutionnaire m’était, par conséquent, inestimable. Sans parler du fait que j’étais incapable de m’exprimer en espagnol. Il parlait cette langue aussi bien que le français, en plus de l’italien, et il me fut donc d’une grande aide.

Notre échange de points de vues a renforcé mes espoirs et mes craintes pour l’avenir de la révolution et l’influence de la CNT et de la FAI. Nous avons bientôt découvert que nous partagions ces craintes. En fait, nous ne parlions d’une seule voix au bout d’à peine une heure de discussion. J’ai été touchée par l’intérêt de Camillo concernant mes besoins et par sa prévenance en offrant de m’aider à trouver des quartiers confortables et tout ce dont je pourrais avoir besoins d’autre. C’était d’autant plus touchant que, lui-même, tout en vivant dans le même hôtel que moi, prenait ses repas dans les restaurants prolétaires les plus simples. Cette solidarité et cet altruisme m’ont rappelé une personne que j’avais sollicité lors du premier conflit atroce après mon arrivée en Russie – Maxime Gorki.

Il avait été l’idole de mes jeunes années – lui, le poète du Chant du Faucon et le Serpent, et de tant d’autres chants bouleversants; Gorki qui avait si bien décrit les tragédies des bas-fonds, dont la voix avait été le clairon dans le silence désespérant de la Russie pré-révolutionnaire … Il comprendrait mon trouble intérieur, les paradoxes qui hantaient mes journées et mes nuits. J’étais allé vers lui pour trouver un peu de lumière dans l’horizon sombre de l’inexorable régime bolchevique. Maxime Gorki m’a regardé avec des yeux qui ne voyaient pas. Il n’a pas compris ma quête. Il était devenu un rouage de la machine soviétique. Il n’avait plus rien de son ancien lui à m’offrir.

J’ai pensé à cet épisode en parlant avec Camillo des contrastes entre les révolutions russes et espagnoles et entre les protagonistes de ces deux événements mondiaux. Dans mon esprit, je différenciais aussi les deux hommes, Maxime Gorki et Camillo Berneri. Il y avait un monde entre eux deux.

La journée la plus mémorable de ma camaraderie avec Camillo Berneri est restée vivace dans mon souvenir. C’était le 7 novembre 1936 – le neuvième anniversaire de la révolution russe. Barcelone était en habits de fête. De grandes foules d’ouvriers marchaient dans les rues; la CNT-FAI et les Jeunesses Libertaires en constituaient le plus fort contingent. Ils portaient fièrement le drapeau rouge et noir et l’air résonnait de leur cri triomphal : « CNT-FAl ! CNT-FAI! CNT-FAl ! » Les révolutionnaires espagnols avaient placé dans ce sigle tous leurs espoirs , tous leurs rêves, d’un monde nouveau qu’ils avaient commencé à construire le 19 juillet.

Inspirés par la mémoire de la révolution russe, par les courageux ouvriers, paysans, soldats et marins qui avaient à eux seuls provoqué l’événement qui avait bouleversé le monde, nos camarades de Barcelone participaient joyeusement aux festivités. Ils ignoraient totalement que la célébration de la révolution russe organisée par les vassaux de Staline n’était qu’une parodie de la révolution.

En réalité, elle avait descendue de son noble socle dans les premiers jours de 1917,1 abattue par les manipulations de Lénine, jusqu’à ce qu’elle saigne de milliers de blessures. Le coup fatal qui a mis fin à son agonie a été porté par Staline. Les vertus et les mérites de cet homme qui devaient être louées dans un hymne, le 7 novembre 1936, dans l’Espagne révolutionnaire – une parodie, en effet.

Nous, de la section étrangère 2, et particulièrement les russes qui avions été témoins de la mort lente de la révolution russe, n’étions pas dupes, bien sûr. Pour nous, le 7 novembre était une journée de deuil. Nous en voulions à nos camarades espagnols d’y participer. Quelques-uns condamnaient même la CNT-FAI pour avoir abandonné leurs camarades russes croupissant dans les camps de concentration soviétiques. J’étais emplie de tristesse, mais je ne voulais pas me poser en juge de nos camarades de la CNT-FAI.

Franco et ses hordes s’approchaient lentement des portes de Madrid. On avait désespérément besoin d’armes. C’était une question de vie ou de mort. Fidèles à leurs idéalisme élevé et à leur éthique révolutionnaire, les anarchistes espagnols ont pris la main tendue de Staline pour argent comptant. Il ne leur est jamais venu à l’idée qu’avec les armes il enverrait aussi ses cadeaux empoisonnés qui avaient transformé la Russie en vallée de larmes et avait couvert son sol de fleuves de sang.

Camillo Berneri vint me voir. Il avait apporté avec lui une déclaration qu’il avait préparé traitant des nombreuses questions déroutantes qui se posaient à nous tous. Ne lisant pas l’italien et allant perpétuellement d’un endroit à un autre, d’un pays à un autre, j’avais été incapable de suivre la vie et le travail de notre camarade. Pour dire vrai, la déclaration, écrite heureusement en français, était le premier écrit de Camillo que je lisais. Grâce à nos nombreuses conversations, j’en étais arrivée à apprécier sa clarté d’esprit et sa lucidité mais leur forme écrite était encore plus impressionnante et convaincante. Par dessus tout, la déclaration faisait preuve de la pureté qui motivait ses critiques des camarades dirigeants de la CNT-FAI. Elle brillait comme un soleil à travers chaque ligne. Cette dernière, et notre longue conversation qui suivit, me rapprocha de notre camarade, que je voyais comme l’un des grands inspirateurs parmi nos rangs, et comme l’un des plus talentueux de sa génération.

La lettre à Federica Montseny 3, publiée dans cet ouvrage, a été inspirée par cette déclaration que j’avais lu le 7 novembre 1936. A la lumière des événements ultérieurs de mai, la destruction de quelqu’une des réalisations les plus constructives de la CNT-FAI, la répression politique contre les vrais révolutionnaires, Camillo Berneri s’était montré étonnamment prophétique – clairvoyant, je dirais. Même si je n’étais d’accord avec lui sur ce qu’il écrivait concernant le déclin de la révolution espagnole, j’étais parfaitement consciente qu’elle avait reçu un coup du fait de l’alignement des forces anti-fascistes avec ses alliés russes. En vérité, elle aurait même pu être mise à mort par les satrapes de Staline, comme avait été détruite la révolution russe,si cela n’avait été la force morale inflexible de la CNT-FA I et le fait que les partisans de Moscou avaient été trop loin. Ils avaient compté sans leurs hôtes, ils avaient négligé le peuple espagnol et ses idées libertaires, incrustées dans la nature même de son être.

Camillo Berneri aurait-il vécu qu’il aurait vu comme moi, lors de mon second séjour en Espagne, que la révolution était encore bien vivante et que les réalisation constructives continuaient et se multipliaient malgré tous les obstacles. Par dessus tout, il y avait les qualités indestructibles du peuple espagnol et sa détermination à se battre jusqu’à la fin. C’étaient des sujets sur lesquels Camillo et moi divergions mais, pour le reste, nous étions profondément en accord concernant l’Espagne, et nous étions aussi déterminés à servir la révolution et le peuple du mieux que nous pouvions.

Parmi les nombreuses horreurs que la guerre mondiale a apporté dans son sillage, aggravées par le fascisme, le nazisme et le bolchevisme, il y a la chasse à l’homme des réfugiés politiques. Ils sont, en effets les Juifs Errants modernes – dont personne ne veut, ballottés de frontières en frontières – souvent tués. Camillo Berneri n’a pas échappé à ce destin tragique. Ses lettres qui décrivent les persécutions, les arrestations, les traitements brutaux, les emprisonnements dont il a été victime dans chaque pays, représentent une cinglante accusation du monde d’après-guerre transformé en forteresse pour ceux qui refusaient de s’agenouiller devant les dictateurs ou devenir complices de leurs crimes.

Les souffrances qu’a enduré Camillo Berneri avaient détérioré sa santé.Elles n’avaient nullement réussi à altérer son esprit. A travers toutes ses terribles épreuves, son ardeur révolutionnaire et son idéalisme enflammé ont brûlé d’une chaleur incandescente. Même son sens développé de l’humour ne l’a jamais abandonné bien longtemps. L’histoire du policier que Camillo a amadoué pendant un court instant grâce à la découverte de l’image de Voltaire sur la pipe de ce dernier, et une autre anecdote, témoignent de son humanité. C’est lorsqu’il invite le policier chargé de surveiller son domicile à venir prendre un vrai, fort café chaud italien pour se réchauffer. Camillo Berneri, professeur de philosophie, dangereux anarchiste, faisant preuve de gentillesse et de compassion envers un policier envoyé pour le surveiller jour et nuit – comment les lents d’esprit et les sans cœur pourraient-ils savoir quel était exactement l’amour de Camillo Berneri pour l’humanité et ses sentiments envers les souffrances humaines qui ont fait de lui l’anarchiste qu’il était?

Les lettres de Camillo Berneri a sa famille sont émouvantes par leur beauté et leur dévouement. Il adorait sa femme, idolâtrait ses deux filles et vénérait sa mère. Encore et encore, il épanchait son cœur auprès d’elles – Giliane, âgée de dix ans, et Maria Louise, 4 l’aînée. Elles étaient la prunelle de ses yeux. Mais son amour suprême étais son idéal. C’est cela qu passait en premier. Camillo trouvait souvent douloureux de choisir à cause de la souffrance que pourrait provoquer son choix chez ceux qu’il aimait, mais il n’a jamais hésité ni arrêté sur le chemin qui le conduisait à la réalisation de son idéal. C’était sa préoccupation majeure et le dévouement total, sa force la plus puissante et irrésistible. Dans une de ses lettres à sa femme, il l’assure que, si il pouvait donner sa vie pour sauver Bilbao, il le ferait avec plaisir. Personne connaissant Camillo ne pourrait en douter. Hélas, il n’a pas été permis à notre camarade de sacrifier sa vie comme il le souhaitait. Au lieu de cela, il a été assassiné de sang froid : arrêté arbitrairement dans la soirée du 6 mai, en même temps que son camarade Barbieri. Leurs corps ont été retrouvés criblés de balles le lendemain matin devant la Generalidad.

Ce n’est pas tant la façon de mourir qui compte pour l’évaluation finale de la valeur d’une personne. C’est la manière de vivre; et la vie de Camillo Berneri se distingue dans toute sa force intérieure et sa beauté rayonnante.

1. Elle voulait probablement dire 1918.
2. La section étrangère de propagande de la CNT-FAI.
3. Lettre ouverte à la camarade Federica Montseny
4. Voir Marie Louise Berneri

 

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