Les Temps Nouveaux

Les Temps Nouveaux 2 mars 1911

 

Los Ángeles, Calif., 29 de marzo de 1912 1
Jean Grave
A l’Editeur des Temps Nouveaux,

Monsieur,

Dans votre numéro du 2 mars est parue une lettre sur la révolution au Mexique, par R. Froment.  A notre avis, cette lettre est très injuste pour la révolution, le Parti Libéral Mexicain, et Regeneración dont nous sommes les éditeurs. C’est pourquoi nous protestons, et avons l’intention de protester par la presse révolutionnaire internationale. Nous nous considérons justifiés parce que le mouvement révolutionnaire ne doit pas être tenu dans l’ignorance d’un sujet d’une importance telle qu’est la révolution mexicaine, et parce que la lettre en question n’est que le dernier coup de poignard dans les attaques qu’on a dirigées pendant des mois par des moyens, des insinuations lâches, des soupçons jetés sur la bonne foi d’un immense mouvement, sur lequel, cela résulte des pages T.N., on ne s’est pas donné la peine de faire d’enquête.

Avec une fausse apparence de bonne foi déclarant que ‘c’est votre rôle de laisser aux lecteurs eux-mêmes l’appréciation des faits’, la lettre en question présente.. quoi? Certainement pas les grands faits qu’on doit considérer avant de formuler un jugement suffisant, mais un ou deux épisodes insignifiants dans une lutte qui a été longue et acharnée. Et même ceux-ci son présentés dans un demi-jour qui est toujours trompeur.

Un tiers de la communication est fait des citations d’une lettre privée écrite par quelqu’un dont on ne donne pas le nom, réitérant l’accusation de la Cronaca Sovversiva 2,que R. F. Magon avait lancé un prospectus réactionnaire, accompagnée de ce commentaire: ‘Je vous en envoie un exemplaire afin que vous voyiez comment les soi-disant libertaires du Parti Libéral Mexicain trompent ceux qui sont assez stupides pour les prendre pour des révolutionnaires sincères’. Ensuite, la lettre commente d’une manière hostile le fait allégué, que Magon a écrit au sujet de [Emiliano] Zapata en traitant de ‘camarade’.

Ayant reproduit cette lettre anonyme et ayant ainsi –grâce à vos aimables agissements–prévenu tous vos lecteurs contre notre cause, M. Froment se dépense en réflexions banales, expliquant que ‘quand les Mexicains auront la terre il n’y aura pas besoin de s’occuper des salaires ou heures de travail’. Évidemment il ne connaît pas assez notre mouvement pour savoir que c’est là ce que nous enseignons depuis longtemps et nous croyons qu’il sera difficile de trouver un numéro de Regeneracion dans lequel cette leçon n’est pas soulignée à l’égard des grévistes qui ont été si nombreux antérieurement au Mexique.

Concernant les autres critiques exprimées dans cette lettre, nous avançons que:
1. Nous avons déjà expliqué depuis longtemps et ad nauseam, que le Parti Libéral Mexicain a évolué, et que le manifeste dont il est question, fort ancien, a été depuis longtemps annulé. En outre, nous avons expliqué que des exemplaires en furent distribués parce qu’à ce moment nous manquions de fonds et n’avions pas d’autre moyen de propagande.

2. Nous ne nous rappelons pas si aucun de nous a jamais écrit de Zapata qu’il était un ‘camarade’; mais si c’est arrivé, nous n’en avons pas honte. Quand Zapata incite le paysan à déposséder les monopolistes de la terre et l’aide à le faire, nous le trouvons un plus proche camarade que les révolutionnaires, bavards des salons. D’autre par la collection de Regeneración est là pour témoigner que dans maintes occasions nous avons dit que si Zapata devenait autoritaire ou ambitieux de fonction, on devrait le combattre avec autant d’énergie que nous en avons déployé à combattre toute ambition personnelle que la lutte a nécessairement développée.

3. Si vous désirez vous justifier de l’accusation d’injustice monstrueuse, il faut juger notre mouvement et nous-mêmes, non par quelque partie particulière d’une grande littérature, mais par la tendance générale du mouvement, et par l’ensemble de nos écrits. Nous n’hésitons pas á déclarer que le mouvement et nos écrits visent tous deux, directement le but, le recouvrement de leur patrimoine par les déshérités . Peut-être nos écrits ne son-ils pas si finis que ceux des intellectuels, mais personne n’ose mettre en question leur sincérité ou leur bonne foi.

Nous supposons aussi que ce n’est pas votre affaire, ni l’affaire des T. N. de juger et de décider si les éditeurs de Regeneración son ou ne sont pas de bons anarchistes d’après la mesure de votre mètre. Votre affaire est tout autre, car c’est votre suprême devoir  de vous donner la peine d’apprendre s’il y a ou s’il n’y a pas au Mexique une révolution économique, si le peuple est en révolte contre le privilège et la force, et en train actuellement de les abolir. C’est ce que vous prêchez théoriquement. C’est ce que vous prêcher cela que votre journal fait appel aux révolutionnaires pour avoir leur soutien. Quand la chose se réalise, vous au moins ne devez pas l’ignorer. Encore moins devez-vous la déprécier, la dénigrer parce que vous ne vous donnez pas la peine de l’étudier.

Nous, au moins, pouvons signer consciencieusement comme étant de ceux qui sont pour la révolution sociale.

W.C. Owen, R. Flores Magón, E. Flores Magón
Éditeurs de Regeneración

Note R&B

1. Source : Archivo Magon.net

2. Cronaca Sovversiva est un journal, principalement en langue italienne, édité par Luigi Galleani aux États-Unis. Le premier numéro édité à Barre, dans le Vermont. a paru le 6 juin 1903. Il est interdit en juillet 1918. Luigi Galleani expulsé des États-Unis, le fait réapparaître en Italie à partir de janvier 1920. Voir numéros en ligne sur Chronicling America