Marie Louise Berneri

Brève biographie

MLBerneri

Maria Luisa Berneri née le 1er Mars 1918 à Arezzo, Italie, est la fille aînée de Camillo et Giovanna Berneri. 1

Elle adopte la version française de son nom et, après avoir obtenu son baccalauréat, elle étudie la psychologie à la Sorbonne. Elle s’engage bientôt dans le mouvement anarchiste .

Lorsque la guerre d’Espagne éclate, son père Camillo va combattre sur le front d’Aragon avant que de s’installer à Barcelone où il éditera le journal en langue italienne, Guerra di Classe. Marie Louise s’y rendra deux fois, la dernière après l’assassinat de Camillo par les communistes en mai 1937. Elle se rendra ensuite en Angleterre rejoindre son compagnon Vernon Richards et y passera le reste de sa vie, prenant la nationalité anglaise.

De 1936 jusqu’à sa mort, son nom sera associé à celui de Freedom Press. Entre février et juin 1939, elle participera à la tentative de maintenir les liens au sein du mouvement anarchiste à travers le journal Revolt!. Elle fit aussi partie du petit groupe à l’origine de War Commentary en novembre 1939. Ce qui lui valut de passer en procès en avril 1945, accusée d’incitation à la désertion, et d’être acquittée suite à un vice de forme.

Elle a continué à s’intéresser à la psychologie, en étant une des premières personnes en Grande Bretagne à s’intéresser aux travaux de Wilhelm Reich, dans un article d’août 1945 intitulé`Sexuality and Freedom‘ paru dans le journal Now de George Woodcock.

Marie Louise Bernerie est décédée le 13 Avril 1949

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1. Il est impossible de dissocier la famille Berneri dans l’histoire de l’anarchisme. Tant et si bien qu’à la première conférence anarchiste d’après-guerre, à Paris en 1948, Marie Louise représentait la Grande-Bretagne, sa sœur Giliana la France et sa mère Giovanna l’Italie.

La sœur cadette Giliane (1919-1998) restée en France, a été active dans le mouvement anarchiste de l’après-guerre, notamment comme militante de groupe Sacco et Vanzetti de la Fédération Anarchiste au Quartier Latin et auteure d’article pour le journal Le libertaire

Sa mère, Giovanna (1897-1962) , engagée dans l’anti-fascisme dans les années 1920-1930, puis plus tard, dans le mouvement anarchiste, fut arrêtée en France pendant la guerre, internée puis livrée aux autorités italliennes. Elle est restée en prison jusqu’à la fin de la guerre avant que de reprendre ses activités dans le mouvement italien.

Voir Introduction à Camillo Berneri 

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MarieLouiseBerneri

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Une Politique Constructive

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Texte original : –  A Constructive Policy Marie-Louise Berneri, War Commentary, Décembre 1940.

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Nous sommes souvent accusés de manquer d’idées politiques constructives. Les gens concèdent que nous avons une analyse juste de la situation actuelle et que « notre journal a le vrai mérite de dénoncer la complaisance et de stimuler la pensée.” Mais on nous demande de présenter des solutions “pratiques” pour lutter contre le fascisme et le capitalisme.

Inutile de dire que nous n’acceptons pas ces remarques. Nous admettons que nos lecteurs ne trouveront pas dans nos pages des recettes pour soigner l’humanité de tous les maux qui l’assaillent. Ce que voudraient manifestement certains de nos lecteurs, ce sont des slogans, des manifestes et des programmes qui offriraient en quelques lignes à la classe ouvrière les moyens non seulement de mettre fin au fascisme mais aussi d’apporter une ère de bonheur aux ouvriers.

Nous refusons d’adopter de tels programmes/recettes parce que nous sommes convaincus que le faiblesse actuelle de la classe ouvrière est du au fait que tous les partis, afin de gagner en popularité et en pouvoir, ont simplifié leur programme, réduisant à des proportions ridicules la nature de la lutte qui apportera la liberté aux exploités.

Les slogans politiques sont devenus comme les publicités pour médicaments brevetés promettant santé, beauté et bonheur en échange d’une savonnette ou d’une tasse de cacao. Votez travailliste et tout ira bien! Payez votre cotisation syndicale et votre sécurité sera assurée! Un gouvernement ouvrier fera la révolution. Écrivez à votre député ou à tel ou tel ministre, défilez dans les rues de manière disciplinée, avec un orchestre bruyant et criez jusqu’à être aphone, et vos souhaits (revendications) seront exaucés!

C’est ce que les partis ont prétendu être un programme politique « réaliste », et avec le plus grand mépris pour les utopistes anarchistes », c’est ce qu’ils ont préconisé depuis un quart de siècle chaque fois qu’est apparue une difficulté. Ces remèdes remèdes ont prouvé leur inefficacité contre le chômage et le fascisme, l’agression italienne contre l’Abyssinie [Éthiopie], le boycott franco-anglais des révolutionnaires espagnols, le réarmement et la guerre. Et cependant, les mêmes méthodes sont à nouveau avancées pour faire face aux problèmes créés par la situation présente.

Le leitmotiv des partis de gauche est que les ouvriers devraient prendre autant de poids que possible dans le gouvernement. Cela apparaît assez constructif. Mais cela signifie seulement que les dirigeants travaillistes entreront au gouvernement en adoptant une politique de droite. Pour les ouvriers, cela signifie des sacrifices et la perte de toutes les libertés afin de s’assurer du privilège de voir « leurs » ministres assis sur les bancs du gouvernement. Aucune amélioration n’est obtenue et tous les canaux officiels pour faire entendre le mécontentement sont perdus.

Une autre solution « pratique » préconisée par le parti travailliste est de publier une déclaration à visée de guerre ou de paix . Apparemment, le monde saurait notre amour de la liberté et de la justice. Les « utopistes » peuvent-ils suggérer à l’équipé éditoriale du [pro-travailliste] Daily Herald que si le parti travailliste est désireux de montrer au monde combien « démocratiques » nous sommes, il pourrait, par exemple, refuser de s’associer à un gouvernement qui emprisonne Nehru depuis quatre ans (devons-nous ajouter que les pétitions, lettres ouvertes, etc., etc., n’auront pas le moindre effet?).

Ce n’est pas en changeant de ministres – – des hommes honteux! – ou en publiant des déclarations , que le fascisme et le capitalisme seront vaincus. Le problème est plus complexe que cela. Nous n’avons pas l’intention d’ajouter nos voix à celles qui trompent les ouvriers en leur faisant croire que leurs « dirigeants » les tireront du pétrin. Le problème demande une transformation complète de l’attitude actuelle de la classe ouvrière. Vous ne pouvez pas changer le présent régime s il n’y a pas d’esprit révolutionnaire, si les ouvriers ne comprennent pas quelques vérités fondamentales :

1. Que les ouvriers et les capitalistes ne peuvent pas avoir de causes communes.
2. Que l’impérialisme est la première cause des guerres et que cette cause doit être éradiquée.
3. Que les gouvernements, conservateurs et travaillistes, sont toujours des instruments d’oppression, et que les ouvriers doivent apprendre à faire sans eux.
4. Que les partis veulent le pouvoir dans leur propre intérêt – celui d’une petite minorité. Tout le pouvoir doit donc être saisi et conservé entre les mains de syndicats qui incluent la grande majorité des hommes et des femmes qui produisent.

Nous ne pouvons pas construire tant que la classe ouvrière n’a pas perdu ses illusions, l’acceptation des patrons et sa foi dans les dirigeants . Notre politique consiste à l’éduquer, à stimuler son instinct de classe, à lui enseigner des méthodes de luttes. C’est une tâche longue et difficile, mais aux personnes qui préfèreraient des solutions efficaces comme la guerre, nous ferons remarquer que la grande guerre mondiale qui devait mettre fin à toutes les guerres et garantir la démocratie, a seulement produit le fascisme et une autre guerre ; que cette guerre produira sans aucun doute d’autres guerres, tout en laissant intacts les problèmes récurrents des ouvriers. Notre façon de refuser de remplir l’inutile tâche de rafistoler un monde pourri, mais d’essayer d’en construire un nouveau, n’est pas seulement constructive mais aussi la seule possible.

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Le Coût de la Guerre et de la Libération

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Texte original : The Price Of War And Liberation – Marie Louise Berneri – War Commentary, Septembre 1943

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Les bombardements britanniques ont semé la mort parmi des milliers de personnes dans les quelques dernières semaines. Au Québec [sommet allié], les politiciens qui disposent d’abris hors de portée des bombes, prévoient de continuer les bombardements massifs comme moyens de poursuivre la « guerre contre le fascisme ».

Hambourg, Milan, Gênes, Turin, sont des champs de ruines, leurs rues couvertes de cadavres et ruisselantes de sang. « Hambourgiser » est devenu un nouveau terme pour la destruction totale des villes et le meurtre de masse de leur population par des raids terroristes. La Presse vante la capacité de la R.A.F. pour semer une telle destruction dans toutes les villes d’Allemagne et d’Europe Centrale. Elle hurlait d’indignation quand les allemands bombardaient des églises et des hôpitaux mais lorsque l’odeur du carnage monte des villes autrefois belles et populeuses, elle trouve les mots pour s’en réjouir. Lorsque les conduites d’eau de Milan furent atteintes et le centre ville inondé, elle en fit un sujet de plaisanterie. Un journaliste spirituel l’appela le “Lac Milan”. Qu’est ce que cela peut lui faire si « l’eau s’écoule entre les ruines et les débris des bâtiments bombardés et les personnes vivant dans le quartier furent obligées de rester dans les décombres de leurs maisons pendant quatre jours, jusqu’à ce que l’eau se retire et qu’elles puissent sortir…” . Le “Lac Milan”est en effet une magnifique plaisanterie. Mais pendant que les journalistes gloussent dans les pubs de Fleet Street, les hôpitaux et les équipes de secours travaillent jours et nuits pour essayer de pallier à la souffrance, à la faim et au dénuement des victimes .

Nos dessinateurs humoristiques trouveront aussi un sujet de commentaires amusants dans ces destructions “Berlin est hors antenne et il sera bientôt aussi hors de la carte!” Mais quand ils publieront les photos et les descriptions des destructions et de la misère à Hambourg et Milan, les habitants de Clydeside et de Coventry, de Plymouth et de East End à Londres, se souviendront des jours et des nuits lorsque leurs maisons étaient bombardées, lorsque leurs proches étaient tués ou attendaient leur tour dans les hôpitaux…Lorsque les journaux racontent avec exultation les flots de réfugiés s’écoulant frénétiquement de Hambourg, avec ce qui reste de leurs biens sur le dos, des habitants de Milan “campant sous les arbres,” les habitants des villes anglaises bombardées se souviendront de leurs propres tentatives pour échapper aux nuits de terreur, ils se souviendront que quand ils fuyaient Plymouth pour la campagne en un long cortège, ils avaient trouvé portes closes les maisons spacieuses des riches et avaient été condamnés à errer sans nourriture ni abris.

Qui souffrent dans les grandes villes industrielles lorsqu’elles sont bombardées, sinon les ouvriers qui ont vécu des vies de misère et de labeur, tout comme ceux de Clydeside ou Coventry? Quand le port de Naples est bombardé, c’est le quartier populaire surpeuplé qui entoure le port qui souffre le plus. Les bombes n’atteignent pas les villas somptueuses des riches fascistes dispersées le long des côtes de la baie de Naples; elles frappent ces maisons à plusieurs étages si entassées les unes sur les autres que les rues ne sont rien d’autre que des passages sombres entre elles ; des maisons où les gens s’entassent quatre ou cinq par pièce.

Quand les villes allemandes sont bombardées ce n’est pas l’élite nazie qui souffre. Ils disposent de profonds abris confortables tout comme l’élite de ce pays. Leurs familles ont été évacuées dans des endroits sûrs ou en Suisse. Mais les ouvriers ne peuvent pas s’échapper. Le prolétariat urbain, les ouvriers français, hollandais, belges ou scandinaves sont forcés d’aller travailler malgré les violents bombardements par les agents de la Gestapo de Himmler. Pour eux, s’échapper est impossible.

On demande aux ouvriers britanniques des usines de munitions et d’aéronautique de se réjouir de destructions auxquelles aucun échappatoire n’est possible. Des photographies montrant des amas de ruines sont affichées sur tous les murs avec la légende “Voici le résultat de votre travail.” La classe dirigeante veut qu’ils soient fiers d’avoir contribué à détruire des familles de la classe ouvrière. Car c’est ce qu’ils ont fait. Ils ont aidé leurs maitres à mettre en scène des massacres comparées en comparaisons desquels la destruction de Guernica, les bombardements de Rotterdam et de Varsovie ressemblent à des simulacres de guerre. De telles affiches devraient scandaliser l’humanité, lui donner la nausée devant le rôle que la société capitaliste lui demande de jouer.

Les ouvriers italiens ont montré que, en dépit de vingt années d’oppression fasciste, ils ont appris où était leur intérêt de classe. Ils ont refusé d’être des jouets entre les mains des patrons. Ils se sont mis en grève, ont saboté l’industrie de guerre, ont coupé les lignes téléphoniques et désorganisé les transports. Quelle est la réponse de la Grande-Bretagne Démocratique à leur lutte contre le fascisme? Des bombardements, toujours plus de bombardements. Les alliés ont demandé au peuple italien d’affaiblir la machine de guerre de Mussolini, et tirent maintenant avantage de leur faiblesse pour les bombarder jusqu’à les réduire en miettes.

Nos politiciens prétendent vouloir une révolution en Europe pour renverser le fascisme. Mais il est aujourd’hui plus clair que jamais que ce qui les effraie le plus, c’est que le fascisme puisse être renversé par une révolte populaire. Ils sont terrifiés par la révolution, par « l’Anarchie ».” Ils veulent rétablir « l’ordre », et comme toujours, ils sont prêts à patauger dans des torrents de sang pour garantir leur idée de l’ordre – ordre dans lequel les ouvriers acceptent leur lot de pauvreté et de souffrances avec résignation.

Combien de fois par le passé avons-nous entendu que l’anarchisme était synonyme de bombes, que les anarchistes travaillaient à la destruction? Combien de fois la répression de la classe dirigeante et de la police s’est-elle abattue parce qu’un anarchiste avait essayé d’assassiner un simple dirigeant ou un politicien réactionnaire ? Mais un seul raid sur Hambourg tue plus d’enfants, de femmes et d’hommes que tous ceux, réels ou inventés, tués durant toute l’histoire par des bombes anarchistes. Les bombes anarchistes étaient destinées aux tyrans responsables de la misère de millions de personnes; les bombes de la classe dirigeante tuent sans distinction des milliers d’ouvriers.

“Désordre,” “Anarchie,” criait la Presse bourgeoise lorsque des isolés résolus comme Sbardelotto, Schirru et Lucetti ont essayé de tuer Mussolini…Maintenant, les mêmes capitalistes veulent rayer de la carte d’Europe des villes entières; veulent réduire à la famine des populations entières, avec le fléau des épidémies et des maladies qui en résulteront dans le monde entier. Voilà la paix et l’ordre qu’ils veulent apporter aux ouvriers du monde avec leurs bombes.

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Le coût de la guerre : Par le feu et l’épée

Texte original : The Price of War: By Fire and Sword Paris 1944. Extrait de son essai By Fire and Sword, inclus plus tard dans le chapitre Neither East Nor West de The Emergence of the New Anarchism de Robert Graham

Dans la préface de Paris et ses environs de Baedeker 1, publié en 1881, on trouve une description du « désastre récent le plus déplorable causé par les méthodes monstrueuses des communistes durant le second ‘règne de la terreur,’ du 20 au 28 mai 1871.” Selon l’auteur, Durant cette semaine d’horreurs, pas moins de vingt deux monuments et bâtiments publics remarquables ont été entièrement ou partiellement détruits, et sept gares, les quatre principaux parcs et jardins publics, et des centaines de maisons et autres bâtiments ont connu un destin semblable.”

Si le baron Karl Baedeker avait à écrire une préface à un guide sur Paris dans les années qui suivront la guerre actuelle, il aurait probablement à recenser bien plus de méthodes « monstrueuses » de la part de l’armée allemande en déroute et des armées  » de libération » victorieuses démolissant tout au bulldozer. Il y aura cependant une différence: les cicatrices qu’arboreront Paris, comme les autres villes de France comme Caen, Cherbourg et beaucoup d’autres seront des cicatrices nobles pour lesquelles on demandera au peuple français d’être fier et il n’est pas sûr qu’elles recevront des remarques désobligeantes comme celles adressées à la Commune par les générations à venir d’auteurs de guides.

C’est le privilège des révolutions que de voir les actes de violence qu’elles ont engendré recevoir un maximum de publicité dans les journaux, les livres d’histoire, les romans, les pièces de théâtre, les films… et même les guides de voyage. Les horreurs de la guerre sont oubliées ou glorifiées pour les touristes, comme les ruines de Verdun. Mais tout est fait pour garder vivant dans la mémoire des gens les actes de violence qui se sont déroulés durant les révolutions. Demandez à n’importe lequel écolier français ce qui a été la période la plus sanglante de l’histoire de France et il vous répondra probablement la période de la Terreur. Quelques milliers de personnes ont été tués durant cette période, un petit nombre comparé aux guerres napoléoniennes; un chiffre infime comparé aux pertes de la guerre 1914–1918. Mais l’écolier français connaîtra tout sur les horreurs de la révolution française, l’assassinat des prêtres et des nobles, la mort en captivité des héritiers de Louis XVI et la décapitation de Marie-Antoinette. Mais il ne connaîtra rien des millions de morts de la première guerre mondiale et des centaines de milliers d’enfants morts de faim et de maladies par sa faute.

Les révolutions ne sont pas synonymes de meurtre et de destruction de masse uniquement chez les écoliers. Combien de fois avons-nous vu des politiciens socialistes et des professeurs fabianistes érudits prêcher la soumission et le compromis avec la classe dirigeante en agitant le spectre de la révolution sanglante devant les masses abusées? C’était avec des larmes dans les yeux que Léon Blum a demandé au peuple français de ne pas intervenir dans la révolution espagnole. C’était dans le but « d’épargner des vies » qu’il a regardé étouffer un des plus fantastiques mouvements révolutionnaires et permis aux puissances fascistes d’acquérir l’expérience pour entreprendre une guerre mondiale. Bien sûr, lorsque la guerre actuelle a éclaté, Léon Blum a oublié tout son amour délicat pour l’humanité et a exhorté le peuple français à aller au massacre. Comme chacun le sait, les révolutions sont des événements sanglants mais mourir en masse pour la mère patrie est qualifié de sacrifice suprême et sublime sacrifice, et donc, dans ce cas, la mort ne compte pas réellement.

On peut facilement prédire qu’après cette guerre, il y aura toujours des gens pour parler des horreurs de la Commune et de l’exécution de fascistes, de capitalistes et de prêtres en Espagne. Mais les bombardements de Hambourg, Paris et Londres, ceux de Caen, le torpillage de transports de troupes, la mort dans le ciel de milliers de jeunes gens, la famine et les épidémies ravageant des pays entiers : tout cela sera classifiés comme des maux nécessaires, des calamités inévitables que l’humanité doit être fière d’endurer. Les révolutionnaires continueront à être des gens assoiffés de sang que l’on ferait mieux de garder enfermés. Et si le choix entre la guerre et la révolution se présentait à nouveau, les chrétiens, les socialistes et les communistes choisiraient sans aucun doute, à partir de principes humanistes, la guerre une fois encore.

NDT

1. Karl Baedeker 1801 – 1859. Libraire et écrivain allemand qui a eu l’idée de guides de voyage en format de poche. Il a publié Paris et ses environs en plusieurs éditions.

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