Lizzie Holmes

Elizabeth (Lizzie) Holmes 1850 – 1926

Née Elizabeth May Hunt Écrivaine, journaliste, anarchiste, militante syndicaliste membre des Knights of Labor et de l’Association internationale des travailleurs.-A.I.T

A partir de 1879 elle vit à Chicago ou elle travaille comme couturière dans une usine et adhère à la Working Women’s Union qui s’affilera avec les Knights of Labor. Licenciée à cause de ses activités syndicales elle travaille comme secrétaire du syndicat et fait la connaissance de militant-es anarchistes et radicaux dont Albert et Lucy Parsons. Elle rejoint l’AIT en 1885.

Elle collabore a de nombreux journaux et revues, tout en écrivant aussi des ouvrages de fictions comme Hagar Lyndon; or, A Woman’s Rebellion.

Elle est arrêtée avec Lucy Parsons après l’attentat de Haymarket avant d’être relâchée. Elle témoigne au procès de Albert Parsons, où elle affirme que celui-ci se trouvait avec elle dans un café au moment de l’attentat.

En 1886, elle devient co-éditrice de The Alarm.

Étroitement surveillée par la police, elle quitte Chicago en 1889 pour le Colorado puis pour New Mexico au milieu des années 1890. Elle continue jusqu’en 1908 à écrire pour des journaux radicaux.

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Les femmes dans le conflit

Texte original : Women in the Conflict. The New Californian Vol.1, n°1. Juin 1891

À bien des égards, en dehors du travail manuel, les femmes contribuent à guider le cours du progrès, modelant les formes mêmes de la civilisation. Il y a des multitudes de femmes de toutes catégories dans l’Ouest affairé, qui font l’histoire et sans qui les annales de ce pays seraient obscures et incomplète.

Il existe à Chicago seul plus de 300 associations de femmes, toutes organisées pour quelque objet d’utilité, d’intérêt mutuel ou de progrès personnel. Parmi ces associations, la jeune mais déjà reconnue Woman’s Alliance. Des déléguées, proportionnellement au nombre de membres, sont envoyées par chaque organisation et ces réunions bimensuelles discutent et étudient tous les sujets relatifs aux intérêts et au bien-être des femmes. C’est grâce à leurs efforts incessants que des femmes sont désormais élues au conseil scolaire de Chicago; que des femmes inspectent les usines où des femmes et des enfants sont employés; que des matrones ont été placées dans les postes de police; que les conditions de travail des secrétaires et des comptables ont été améliorées et que deux heures d’instruction par jour sont garanties pour tous les enfants mineurs qui travaillent dans des magasins ou des usines.

En lien avec la Woman’s Alliance, la Woman’s Protective Association a sans aucun doute accompli plus pour réparer les torts et améliorer les conditions de travail des femmes et des enfants que toute autre organisation dans l’Ouest. Toute les femmes qui s’adressent à elle pour un cas avéré d’injustice y rencontrent sympathie et aide pour donner suite à leurs plaintes, généralement avec succès. Il est impossible d’estimer combien de cas de dénuement, de douleur et de misère les différentes associations de femmes ont soulagé. Il est vrai que la question est de savoir si l’atténuation temporaire de la souffrance pour des cas individuels est un bien indiscutable. La charité par elle-même n’est pas sans inconvénients et tend à augmenter le flux de misère et de pauvreté qui découle de sources profondément enracinées.Et si ces femmes au grand cœur se limitaient à la charité, leur travail mériterait plus de critiques que d’admiration. Mais ce n’est pas le cas. On peut affirmer sans se tromper que presque toutes sont intéressées par la recherche sociologique des causes cachées de la pauvreté, du vice et des maladies et par celle des moyens pour sortir l’humanité du marais de la corruption et de la souffrance dans laquelle, au vu d’un monde plein de ressources humaines et matérielles splendides, elle s’enfonce si inutilement. En attendant, il est agréable de penser qu’elles viennent en aide aux indigentes et à celles qui souffrent. Si il n’existait pas un certain soulagement de la misère que tant de personnes démunies endurent, ce monde serait trop triste pour y vivre.

Nous sommes tellement habitués à ne voir chez les femmes que ces qualités les plus bénignes qui parent et embellissent la vie du foyer que l’on a à peine pris conscience de l’influence des cerveaux des femmes dans la pensée progressiste de notre époque au sein du grand mouvement qui nous arrache aux profondeurs de la société. On ne pourrait trouver instrument plus efficace que l’engagement infatigable de quelques femmes dans la révolte des fermiers et ouvriers agricoles de l’Ouest contre les pouvoirs qui, les maintiennent dans la pauvreté. L’une d’elles, Mrs. Emery, d’une plume puissante et acérée, a exposé les méthodes avec lesquelles l’affairisme organisé tirait profit du travail des fermiers; une autre, Mrs. M. E. Lease, avec une force et une éloquence que peu d’hommes ont égalé, a touché les cœurs et les cerveaux somnolents de milliers de personnes auparavant apathiques. D’autres encore ont été organisatrices, oratrices, écrivaines, travailleuses acharnées. Le mouvement des fermiers de l’Ouest est éminemment un mouvement de femmes —crée, guidé, porté par des femmes — pas seules bien sûr, mais à un point tel que sans elles, il n’y aurait guère eu de mouvement.

C’est merveilleux de recenser tout ce que réalisent des femmes actives lorsque l’on pense qu’il y a peu de temps encore on jugeait scandaleux qu’une femme parle en public ou qu’elle se mette en avant d’une manière ou d’une autre, et qu’il était extrêmement « déplacé » pour elle de chercher à souligner son importance dans les progrès, les conditions, les habitudes ou la pensée de son époque. Mais il n’y a pas que les femmes intellectuelles qui mérite d’être mentionnées. Les femmes qui travaillent de leurs mains ne sont pas les dernières ni les moindres, mais, parce que leur rôle de rendre la vie supportable est le plus important, elles suivent un parcours coutumier; faire le travail qui a toujours été, plus ou moins, attendu des femmes.

Toutes les femmes ne sont bien sûr pas actives dans l’Ouest; il en existe qui n’ont rien de plus dur à faire que de s’amuser et qui trouvent cela difficile. Il est un peu étrange que la coutume, les idées reçues ou quelques faits inexpliqués décrètent que ces simples ornements de la société sont supérieures aux femmes actives. La raison est difficile à trouver.

Mais les femmes actives utiles se compareront favorablement à leurs sœurs oisives, malgré le désavantage du manque de loisirs et de moyens. Dans l’Ouest, elles sont allées aussi loin que possible vers un « travail digne ». Voyez la secrétaire ou la couturière sur le chemin de la maison après leur travail; le manteau bien coupé couvrant la robe de la tête aux pieds, approprié à tous les temps et tous les genres de femmes; le petit chapeau et son voile bien arrangé; la démarche décontractée, l’air posé et sûr de soi — pourriez-vous déterminer d’après son apparence si elle se rend dans une maison, un manoir ou une chambre en location ?

Traduction R&B