Un lieu de vie pour la dissidence

Texte original A home for dissent George Howland, Jr

L’histoire mouvementée de l’enclave anarchiste de l’état de Washington au dix-neuvième siècle. A la fin des années 1800, des anarchistes ont fondé une communauté innovante à Puget Sound. Deux décennies plus tard, elle avait disparu.

En février 1896, trois hommes ont construit un petit bateau et ont navigué de Tacoma à Puget Sound. George Allen, Oliver Verity et Frank Odell cherchaient un endroit pour fonder une communauté. Les trois hommes et leurs familles avaient fait partie de Glennis, une communauté socialiste éphémère dans Cascade Foothills. Son échec ne les avait pas découragé. Après tout, durant la fin du dix-neuvième siècle, les tentatives pour créer des communautés utopiques étaient courantes parmi une petite minorité de rêveurs à Puget Sound, aux Etats-Unis et à travers l’Europe.1

Les trois hommes ramèrent pour traverser Puget Sound, ou peut-être naviguèrent, jusqu’à ce qu’ils arrivent à un bout de terre dont ils avaient entendu dire qu’il serait un bon endroit pour leur nouvelle communauté. Ces quelques 70 acres étaient situés sur la côte sud de la Péninsule de Key, reliée à Carr Inlet par un petit bras de mer appelé soit Joe’s Bay ou Von Geldern Cove. Les îles McNeil et Fox flottaient au sud-est et la ville la plus proche était Lakebay.

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Les trois familles avaient mis en commun leurs ressources, acheté la terre et appelé leur nouvelle communauté “Home.” Home a vécu jusqu’en 1919, a adopté l’anarchisme comme philosophie directrice, fondé cinq journaux, abrité jusqu’à 250 habitants, a été propriétaire plus tard de plus de 200 acres et a soulevé une polémique majeure sur la liberté d’expression qui a été jusque devant la Cour Suprême.

Cette année, “Trying Home: the Rise and Fall of an Anarchist Utopia on Puget Sound,”la première histoire de Home sous format livre, a été publié par Justin Wadland, un libraire à l’université de Washington —Tacoma.

“Lorsque j’étais étudiant,” dit Wadland, “ je faisais partie de ce projet de recensement des journaux ethniques ou au lectorat spécifique de la côte nord-ouest du Pacifique.” Un des journaux répertoriés était The Agitator, le dernier édité à Home. Cela l’a rendu perplexe. “Je ne savais presque rien de ce dont il parlait.” Il a fini par écrire un article au sujet de The Agitator et du défi qu’il représentait pour le cataloguer. Cette expérience fut à la base de ce qui devint plus tard un livre.

Retour dans l’état de Washington au dix-neuvième siècle. L’expérience des trois familles à Glennis inspira la façon dont ils conçurent Home. Les fondateurs ne voulaient pas répéter les erreurs de la communauté socialiste, où tout était centralisé et où les règles régissant le comportement des habitants étaient voter au bout de nombreuses heures de réunions déplaisantes.

Au lieu de cela, les fondateurs de Home décidèrent d’un strict minimum de règles et espéraient un esprit de collaboration mutuelle. Ils créèrent une propriété foncière. La propriété y était collective à travers la Mutual Home Association. Les personnes nouvelles qui souhaitaient rejoindre la communauté versaient 1$ à l’association puis le droit d’utiliser deux acres de terre comme bon leur semblait. Chaque individu ou famille, cependant, possédaient toutes les améliorations qu’ils construisaient sur leur deux acres, telles que maisons ou magasins. Ils étaient aussi propriétaires des fruits de cette terre, de tout ce qu’ils produisaient à la sueur de leur front, que ce soit la cueillette de fruits, la culture en champs ou l’élevage d’animaux. A part cela, il n’y avait pas de règles gouvernant les comportements au sein de la communauté.

Plus tard, les fondateurs réalisèrent que ces principes étaient compatibles avec la philosophie politique la plus incomprise : l’anarchisme. Idéalistes comme ils l’étaient, lorsque les fondateurs de Home commencèrent à entrer avec d’autres personnes désireuses de se joindre à leur communauté, ils la présentèrent comme une colonie anarchiste. Là commencèrent les problèmes.

Il y a plus d’un siècle, comme maintenant, l’anarchisme était considéré par la société en général comme une doctrine politique qui prônait la violence et le chaos. L’idée même d’une organisation anarchiste était, et est encore, vue à tort comme un oxymore.

L’anarchisme: Esprit de coopération mutuelle

L’anarchisme est une philosophie politique qui croit que les êtres humains vivraient mieux sans gouvernement et autres formes d’autorités centralisées. A la place des grands états-nations, les anarchistes veulent que l’humanité s’organise par elle-même au sein de petites communautés décentralisées qui coopèrent les unes avec les autres.

Les anarchistes américains célèbres incluent des personnes aussi différentes que Emma Goldman, une agitatrice et une organisatrice sa vie durant, et Noam Chomsky, le professeur au Massachusetts Institute of Technology qui a révolutionné la linguistique.

Comme de nombreux mouvements sociaux, l’anarchisme a donné naissance à un grand nombre de philosophies différentes — de l’anarcho-communisme à l’anarcha-féminisme — et de tactiques — des assassinats de dirigeants politiques aux communalistes non-violents.

Les membres de la communauté de Home adhéraient à la non-violence, mais ils vivaient à une époque où les anarchistes violents étaient très actifs et réalisaient des attentats très médiatisés, comme l’assassinat par Léon Czolgosz du président William McKinley en 1901. (Il y a eu de vifs débats pour savoir si Czolgosz était réellement un anarchiste ou quelqu’un souffrant de maladie mentale, mais c’est une autre histoire).

L’assassinat de McKinley amplifia la suspicion des localités environnantes de la colonie anarchiste florissante de Puget Sound. A cette époque, elle comptait 82 résidents et publiait deux périodiques nationaux : Discontent: the Mother of Progress et Clothed with the Sun.

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Amour libre et liberté d’expression

Dix jours après l’assassinat de McKinley, l’inspecteur des Postes U.S, Confucius Wayland, lança trois mandats d’arrêt contre trois membres de Home “pour le crime d’avoir écrit, publier et envoyer par la poste des documents lubriques,obscènes et lascifs,” écrit Wadland dans son livre.

L’article offensant, “A Healthy Comparison”, publié dans Discontent, était une défense de l’amour libre et une critique de la monogamie, co-écrit par deux hommes, James Larkin et James Adams (le troisième homme poursuivi était l’éditeur du journal).

Adams ressemblait à un propagandiste improbable de l’amour libre. Il arborait une longue barbe blanche, était dans sa soixante dixième année et avait été « heureux en mariage avec sa femme depuis au moins cinquante ans,” écrit Wadland. Mais Adams avait mis en avant sa philosophie de l’amour libre dans une lettre au Tacoma Evening News, citée par Wadland, “Comme partisans de l’amour libre, nous croyons que l’individualisme signifie que nous avons des droits inaliénables pour aimer qui nous voulons, pour aimer longtemps ou pour une courte période, comme nous le pouvons, pour changer d’amant-e chaque jour si cela nous plaît; et que ni Dieu, ni le démon, ni les anges ni aucun homme ou femme n’a le droit de s’y opposer.”

Les trois accusés payèrent une caution de 1 000$ chacun et furent relâchés jusqu’au début de leur procès le 11 mars 1902. L’inspecteur des postes Wayland était le premier témoin de l’accusation, et son témoignage occupa toute la matinée. Puis la cour suspendit la séance pour le déjeuner. Lorsque la cour se réunit à nouveau, le juge de la Cour Fédérale, Cornelius Hanford , déclara qu’il avait « lu attentivement l’article en question pendant le déjeuner et qu’il n’y avait rien trouvé d’obscène ou d’impubliable” écrit Wadland. L’accusation fut rejetée.

Mais l’inspecteur des postes Wayland ne se décourageait pas si facilement. Il persuada un grand jury de transmettre trois accusations supplémentaires contre les membres de Home. Le procès suivant, en juillet 1902, mettait en scène une autre militante improbable de l’amour libre : Lois Waisbrooker, 75 ans. Wadland la décrit comme étant grande et « avec des traits anguleux que l’un des ses contemporains avait comparé à ceux de Abraham Lincoln.” Waisbrooker privilégiait les longues robes de couleur sombre, marchait à l’aide d’une canne et avait été arrêtée par le passé dans le Kansas pour sa défense du droit des femmes et de l’amour libre. Elle avait publié son article illégal , “The Awful Fate of Fallen Women,” dans sa propre revue, Clothed with the Sun. Lors du procès, avec un juge différent pour présider, Waisbrooker fut reconnue coupable, condamnée à une amende de 100$ et “devint la seule personne de Home a être condamnée pour un crime suite à l’hostilité soulevée par l’assassinat de McKinley,” écrit Wadland.

Les procès contre Home n’étaient pas terminés cependant.

En 1903, les représentants de l’état de Washington “votèrent une des lois les plus virulentes du pays contre l’anarchisme” écrit Wadland. Cela prendra longtemps, jusqu’à l’été long et chaud de 1911, pour qu’elle soit utilisé de nouveau contre Home.

Pendant ce temps, la communauté s’agrandissait. Des visiteurs notaient certaines absences: Il n’y avait pas d’églises, pas de saloons et pas de vente d’alcool ou de tabac dans les boutiques. Et cependant aucune loi n’interdisait rien de cela.

Les résidents aimaient se rassembler au Liberty Hall, un lieu de réunion dont la communauté était propriétaire. Ils y dansaient sur de la musique et les festivités se poursuivaient jusqu’aux petites heures du matin. Ce qu’aimait avant tout la communauté, c’était de faire venir des orateurs et se rassembler pour des nuits d’intenses discussions. Cela pouvait être des militants politiques célèbres comme Emma Goldman ou le wobblie Big Bill Haywood. Cela pouvait être des habitants de Home, comme James Morton, qui aimait lire à voix haute les vers des poètes anglais Percy Shelley et William Wordsworth. Les orateurs pouvaient aussi discourir sur des sujets plus ésotériques comme le végétarisme, le mysticisme oriental, la philosophie allemande, le yoga ou l’astrologie. Un soir, un certain “professeur Thompson s’est présenté devant eux, habillé en femme, et a vanté les vertus sanitaires de cette tenue pour tous les sexes” écrit Wadland.

La plupart des famille survivait grâce à un cumul de revenus. Certains de leurs membres restaient à Home pour s’occuper des cultures, du bétail et des enfants. Ceux-ci étaient scolarisés dans l’école communautaire. D’autres quittaient la communauté pendant des mois pour se salarier à l’extérieur et faisaient parvenir l’argent aux maris, femmes et enfants restés à Home.

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Les Nus et les Prudes

Jay Fox avait travaillé un an environ à Home, en publiant, dirigeant et écrivant dans le dernier journal de la communauté, un bi-hebdomadaire appelé The Agitator Il était venu s’installer à Home en 1910. “Âgé de quarante ans, avec des cheveux prématurément gris, Fox avait un menton étroit, des pommettes saillantes et les sourcils souvent froncés qui occultaient ses yeux” écrit Wadland.

Fox s’était engagé dans le mouvement anarchiste pendant les manifestations à Chicago qui avaient suivi l’arrestation et les exécutions des quatre martyrs de Haymarket lorsqu’il avait 16 ans seulement, en 1886. Vingt quatre ans plus tard, The Agitator était une publication nationale, consacrée aux information et aux idées concernant le mouvement anarchiste et syndical.

Ce fut néanmoins un article de Fox au sujet de Home, “The Nude and the Prudes,” qui entraîna son arrestation en 1911. Fox était devenu enragé lorsque quelques résidents de Home furent dénoncés aux autorités par d’autres habitants pour « exhibition indécente ». C’était un été chaud et quelques résidents de Home aimaient se baigner nus — ce qui était illégal. Trois femmes et deux hommes furent poursuivis pour ce délit. “L’esprit vulgaire se reflète dans tous ce qu’il voit” proteste Fox dans son article. Le procureur condamna quatre personnes mais toutes les accusations furent abandonnées en appel.

Les conflit interne entre les Nus et les Prudes se poursuivit néanmoins. Cela faisait partie d’une réflexion plus large au sein de la communauté de Home. Deux ans auparavant, le modèle de propriété collective de la terre avait été abandonné. “Après cela, chacun possédait exclusivement ses biens … Les individus pouvaient vendre leurs terres à d’autres et [Home] était un endroit relativement peu cher pour vivre. Une partie des terres fut vendue à des personnes qui ne partageaient pas les valeurs de la communauté” écrit Wadland.

Durant ses recherches, Wadland a été incapable de découvrir pourquoi la communauté fit ce choix désastreux. “C’est une de ces questions sans réponse,” dit-il.

Fox l’éditeur avait une réponse à la trahison des Prudes : le boycott. Un des Prudes possédait un magasin et les Nus, et leurs partisans qui représentaient la majorité de la communauté, refusèrent d’y faire leurs achats. Les Nus refusèrent également de parler aux Prudes, rendant le boycott très personnel. “Les Prudes ripostèrent par la violence: Ils agressèrent physiquement les Nus dans la rue, coupaient les arbres de leurs vergers, détruisirent une clôture et arrachèrent une cabane de ses fondation” écrit Wadland.

Le gouvernement riposta contre l’article de Fox par des poursuites pour avoir publié “The Nude and the Prudes.” Le procureur affirma qu’il encourageait la baignade nue et qu’il violait par conséquent la loi de 1903 votée par les représentants de l’état en réponse à l’assassinat de McKinley. Celle-ci rendait illégale la publication de tout ce qui « tendra à encourager ou à inciter le non-respect de la loi ».”

Fox n’était ni effrayé, ni intimidé. “Tout éditeur radical est sujet à de semblables persécutions, car les pouvoirs sont sensibles à la critique et ils profiteront de chaque occasion pour étouffer la voix de la vérité” écrivait-il.

En janvier 1912, Fox passa en procès et se défendit lui-même lors de sa déclaration finale “Ce n’est que par l’agitation que sont survenues les réformes à travers le monde,” a t-il dit. “Montrez-moi le pays où sévit la plus grande tyrannie et je vous montrerai le pays où la liberté d’expression n’existe pas.” Le jury délibéra pendant deux jours et déclara Fox coupable.

Le cas de Fox devint une cause célèbre et fit l’objet de nombreux appels jusqu’à la Cour Suprême. En février 1915 , celle-ci, à l’unanimité, par la voix du juge Oliver Wendell Holmes, se prononça contre Fox, en déclarant, “Par voies détournées et ouvertement, l’article a encouragé et incite à une position que nous nous devons d’envisager comme une brèche dans les lois de l’état contre l’exhibition indécente ».

La décision de la cour a été prise en fonction de « l’appréciation de la mauvaise tendance dans les cas de liberté d’expression” écrit Wadland. “L’approche, fondée sur le droit commun anglais du dix-huitième siècle, alléguait que les gouvernements pouvaient punir les responsables d’une publication qui avaient une tendance à causer des activités illégales ou à les inciter”.

Cela prit quelques années de plus pour que Holmes et la cour commencent à reconnaître que la constitution U.S. garantissait la liberté d’expression même à ceux qui plaidaient contre le gouvernement et ses lois. “Mais l’avenir n’établit aucune jurisprudence pour l’agitateur qui à aidé à la créer,” écrit Wadland. “Alors Fox a dû purger sa peine.”

Il fut condamné à deux mois de prison. Entre autres activités durant son emprisonnement, Fox fit lecture à haute voix des ouvrages du dramaturge norvégien Henrik Ibsen et de l’écrivain anarchiste Léon Tolstoï pour ses compagnons de détention.

La dernière bataille

En juillet 1915, “les prudes les plus virulents” avaient quitté Home et le confit interne à la communauté s’était apaisé. Home, cependant, était confronté à un problème plus sérieux. La nouvelle génération, les enfants des anarchistes, ne souhaitaient pas perpétuer la communauté de leurs parents. “Les enfants des anarchistes ne voulaient pas adopter la philosophie de leurs parents” dit Wadland. En tant qu’adultes, de nombreux enfants de Home parlaient et écrivaient avec émotion de leur enfance mais ils n’était pas décidés à continuer de faire vivre la colonie anarchiste.

En 1918, il ne restait rien de la communauté, à l’exception de quelques jusqu’au-boutistes et quelques installations délabrées : Un Liberty Hall en ruine, le débarcadère et l’école. Quelques enfants de la colonie originelle, devenus adultes, et des nouveaux arrivants, intentèrent une action en justice pour dissoudre la Mutual Home Association, vendirent tous les terrains et laissèrent Home devenir une petite ville ordinaire. Les jusqu’au-boutistes protestèrent; Une longue et âpre bataille judiciaire s’ensuivit; et, par la suite, les partisans de la dissolution l’emportèrent. L’action en justice constitua le dernier souffle de la communauté de Home.

Au terme de ses recherches et de son travail d’écriture, Wadland ne regrette pas la disparition de Home. Il dit, “La mesure d’un expérience utopique quelle qu’elle soit n’est pas tant une question de durée de vie que l’audace de l’idée et le bonheur des gens qui y ont participé. La troisième question est: quel est son héritage ultime.”

Wadland pense que Home était une idée réellement audacieuse etqu’ il ne fait aucun doute que les gens y ont apprécié leur vie.

Quant à son héritage, Wadland pense que l’anarchisme soulève des questions intéressantes quant aux organisations humaines, à partir de l’échelle de la famille jusqu’aux gouvernements. “Le gouvernement peut ressembler à une entité, une réalité,” dit-il. “mais il est créé par des gens qui se présentent à leur travail, qui font leur travail. Le changement survient lorsque nous décidons collectivement de participer d’une manière différente.”

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Sur la colonie anarchiste de Home, on peut consulter, entre autres, les documents suivants en ligne :
Anarchy At Home Kenneth O. Ghormley
Home Colony Washington
The trials of a noble experiment – Eugene Travaglio
A Nest of Vipers in This Country
Une collection de photographies de l’université de Washington
Sur les journaux édités à Home, voir la page du Labor Press Project sur The Agitator et sur Discontent: Mother of Progress

FoxThe Tacoma Times 12 janvier 1912
Source : Library of Congress

Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur les expériences communautaires anarchistes dans le monde. Pour la France, on peut consulter Communes Libertaire et Anarchiste en France Michel Antony

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