Jeanne Deroin

Jeanne Deroin (1805 – 1894)

Ouvrière lingère Jeanne Deroin est peu active politiquement jusqu’en 1848 où elle devient une des porte-paroles des revendications féministes avec la publication avec Désirée Gay d’un journal La Politique des Femmes, qui deviendra par décision administrative L’Opinion des Femmes
Elle se présente aux élections législatives du 13 mai 1849, sans grand soutien des socialistes de l’époque.
Jeanne Deroin s’exile en Angleterre suite au coup d’état du 2 décembre 1851,

Textes en ligne par Jeanne Deroin

Association fraternelle des démocrates socialistes des deux sexes pour l’affranchissement politique et social des femmes
Du Célibat
Lettre au Globe (1831)

En anglais

Texts by Jeanne Deroin and André Léo

Lire aussi sur le sujet :

1848 : la révolution des femmes– 08/02/2008 par Michelle Perrot
Femme, famille, travail et morale sexuelle dans l’idéologie de 1848 Louis Devance
Féminisme et émancipation ouvrière au début du XIXe siècle
La réduction des Dissonances Louis Devance

Je n’ai pas retrouvé trace de sa correspondance avec Proudhon (dont la misogynie n’était pas le moindre défaut) en français. Il s’agit donc d’une traduction

——————————————–

Lettre à Proudhon.

Janvier 1849
Texte original

Monsieur,

Je sais que, préoccupé plus particulièrement par les questions d’économie politique, vous n’avez pas accepté toutes les conséquences des principes sur lesquels repose notre avenir social.

Vous êtes l’un des plus redoutables adversaires du principe d’égalité — un principe qui ne permet pas l’exclusion injuste et les privilèges de sexe.

Je sais que vous ne souhaitez pas reconnaître le droit des femmes à l’égalité civique et politique. Ce droit, qui consiste en l’abolition de toutes les inégalités sociales, de tous les privilèges oppressifs.

Mais je sais aussi que cette opposition de votre part est fondée sur un motif respectable. Vous craignez que l’application de ce principe ébranle sérieusement la sacro-sainte loi de la moralité.

Si il vous était démontré que vous êtes dans l’erreur, je crois, Monsieur, et sans aucun doute, qu’avec votre honnêteté et votre amour sincère de la vérité, vous utiliseriez toute votre influence sur l’esprit des gens pour détruire les préjugés les plus terribles qui entravent la marche de l’humanité sur la voie du progrès.

Vous seriez le partisan le plus acharné, le défenseur le plus ardent de cette sainte cause — celle des faibles et de tous les opprimés.

J’en appelle à vous, Monsieur, Pour examiner plus attentivement tous les aspects de cette importante question, si importante en cette époque de transition où se prépare notre revitalisation sociale.

Permettez-moi de vous présenter quelques observations sur ce sujet. La supériorité de votre savoir et de votre intelligence est une raison de plus pour moi d’espérer qu’elles seront reçues avec bienveillance.

Comme socialiste chrétienne , je dirais, tout comme vous, Monsieur, plutôt ménagère que courtisane, si je n’étais pas certaine que un grand nombre de femmes deviennent courtisanes pour échapper à la condition de ménagères.

Pauvres femmes, qui pourraient peut-être être préservées de la honte si nous leur trouvions une place entre les ménagères au foyer ou de courtisanes, qui favoriserait le droit de travailler en plus de l’entretien de la maison.

A votre dilemme, Monsieur, j’en opposerai un autre qui est un axiome pour moi: esclave et prostituée ou libre et chaste, pour la femme il n’existe pas de juste milieu.

La prostitution est le résultat de l’esclavage des femmes, de l’ignorance et de la pauvreté.

Ne réprimons plus le développement de leurs facultés les plus nobles; encourageons la libre expression de leur intelligence; donnons un but noble à leurs occupations, les faiblesses du cœur et les digressions de l’ imagination ne seront plus à craindre.

Vous voulez renforcer les liens de la famille et vous la divisez: l’homme sur l’estrade ou à l’atelier, la femme à la maison près de l’âtre. Séparées de leurs maris et enfants, de leurs pères et frères, les femmes, comme par le passé, se consoleront de leur isolement et de leur servitude en rêvant de la patrie céleste où elles jouiraient de la liberté de la cité, où il n’y aurait plus d’inégalités ni de privilèges injustes. Abandonnées par vous à l’influence du confessionnal, elles vous entraîneront dans le mystère et tout vos efforts de progrès seront vains ; Vous vous battrez inutilement pour la liberté, comme ces barons polonais qui ont refusé de libérer leurs serfs. Vous essaierez en vain d’établir l’égalité entre les citoyens: La société est fondée sur la famille et si la famille reste fondée sur l’inégalité, la société retombera toujours dans ses ornières, et rentrera comme vous dites, dans l’ordre naturel des choses. Depuis l’origine du monde, il y a eu des esclaves et des maîtres, des opprimés et des tyrans, des privilèges de sexe, de race, de naissance, de caste, de fortune, et il en sera ainsi tant que vous refuserez de vous comporter fraternellement envers celles que Dieu vous a donné comme sœurs et compagnes.

Vous demandez quelle sera la mission des femmes en dehors de la famille? Elle viendra vous aider à rétablir l’ordre dans ce grand, mais mal administré, foyer que nous appelons l’état, et à remplacer la spoliation permanente du rude labeur du prolétariat par une juste répartition de la production. La mère digne de ce nom est prédisposée à aimer le faible et celui qui souffre, mais elle veille aussi avec sollicitude à préserver tous ses enfants du froid et de la faim et à éveiller dans leur cœur une sympathie mutuelle ; elle fera pour la grande famille sociale ce qu’elle fait chez elle lorsqu’elle élargira le cercle égoïstes des affections domestiques pour les appliquer aux questions touchant l’humanité.

Je souhaite intimement, Monsieur, que vous partagiez ma conviction profonde selon laquelle aucune réforme sérieuse ne peut être accomplie de manière durable sans l’application de ce grand principe du droit l’égalité civique et politique des femmes qui est à la base de notre rédemption sociale.

Veuillez accepter, Monsieur, l’assurance de ma respectueuse considération.

Jeanne Deroin

—————————–

Lettre à Jeanne Deroin

Texte original

Paris, 4 août (1849?)

Madame,

Vous m’avez parfaitement compris: ce que je poursuis sous le nom d’abolition de l’usure et de la propriété, est la restauration de la famille, c’est l’avènement de l’homme-roi et de la femme-reine.

Jusqu’à ce que cette grande réforme ne soit accomplie, les hommes et les femmes ne s’aimeront pas: la cupidité infestera leur union et derrière la cupidité vient la brutalité des sens. Le libertinage remplace l’amour et le meurtre et, finalement, s’introduit au foyer domestique et chasse la dévotion, les liens sacrés et le décence. Je ne vous dirai rien de mes opinions religieuses : ce serait trop ardu et difficile. Mais ce qui vous importe ici , c’est de savoir si ce que je veux est, selon vous, souhaité par la Divinité?

Mais il n’est pas suffisant, Madame, de débattre de ces sujets: il est nécessaire de les mettre en pratique et de faire ce qui ne sera pas fait par les hommes dont dépendent en ce moment les destinées de la France.

La pauvreté progresse, l’hiver approche et si nous n’apportons pas un remède rapide et efficace au paupérisme croissant, au désordre financier et industriel, nous courons le risque de nous trouver dans quelques mois, dans la situation du radeau de la Méduse, obligés de tout réquisitionner, de nous rationner et de vivre en communauté jusqu’à ce que nous décidions de vivre en liberté, dans la liberté, l’égalité et la fraternité, en vertu des lois du travail et de la dévotion.

Il est donc nécessaire que les citoyens, hommes et femmes, qui ont à coeur les intérêts du Peuple et de la Révolution , cherchent des moyens d’éviter ces calamités , dont je ne vois pas la fin dans les prochains mois et qui s’aggraveront inévitablement.

Nous devons, en un mot, si ce n’est le travail, au moins l’aide et la charité.

Que les femmes se soutiennent mutuellement, qu’elles créent des fonds d’aide; en outre, qu’elles continuent à travailler, même à des prix réduits, car il est préférable de gagner cinq cents que de ne rien faire; qu’elles demandent de retourner au travail grâce à cette baisse; enfin, qu’elles s‘engagent dans une sorte d’association mutuelle et fraternelle jusqu’à ce que nous sortions de la pauvreté.

Ne restons pas spectateur du feu qui nous consume : travaillons aux pompes à incendie et essayons d’éteindre les flammes. Résignons-nous pour un temps à une sorte de division des biens; mais, en même temps, faisons notre possible pour occuper utilement notre temps, et, puisqu’une partie de nos frères doit être nourrie par l’autre, faisons le travail, même si il doit être fait pour rien.

C’est la raison pour laquelle, Madame, je vous prierai de bien accueillir la visite, que j’ai encouragé à vous faire, d’ une pauvre veuve, Mme Gueyffier,: étant absolument incapable de m’occuper moi-même des détresses individuelles en ce moment, alors que je dois faire face à la question de la pauvreté générale et me défendre contre les ennemis de la République et de leurs lâches auxiliaires.

Je suis, Madame, votre très humble serviteur.

P.-J. PROUDHON.

P. S. – Madame, je recevrai avec plaisir toutes les communications que vous me feriez parvenir de l’assemblée que vous présidez en ce qui concerne l’organisation de l’aide mutuelle que je vous ai proposé. C’est par l’organisation le travail, que nous vaincrons l’ennemi. Jusqu’ici, nous avons trop parlé et rien fait.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s