Solidarity

Solidarity a été fondé en Grande Bretagne en 1960 par un petit groupe de militants expulsés de la Socialist Labour League. D’abord nommé Socialism Reaffirmed, avec une publication intitulée Agitator, le groupe et le journal furent bientôt renommés Solidarity.
Solidarity a été fortement influencé par le groupe Socialisme ou Barbarie et en particulier Cornelius Castoriadis, dont il a traduit et publié de nombreux essais.
Solidarity défendait la gestion ouvrière de la production, l’autonomie des luttes, et dénonçait la bureaucratie et l’exploitation dans les capitalismes d’État à l’Est
L’un des membres les plus influents fut Chris Pallis, sous le pseudonyme de Maurice Brinton.

Textes par Solidarity
Sur Libcom
Sur le site de la Anarchist Federation de Manchester

Ce que nous ne voulons pas

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La première version de ce texte a été écrite en 1967. J’en ai trouvé la traduction sur Bataille Socialiste et pour une meilleure compréhension de la seconde version, je la reproduis ici bien que ce ne soit pas une traduction inédite.
Une seconde version a été écrite quelques années plus tard pour « mettre les points sur les i » et « éviter d’autres ambigüités »
La seconde version intitulée « Ce que nous ne voulons pas » n’a pas été traduite à ma connaissance.

Ce que nous sommes, ce que nous voulons

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1 – Partout dans le monde, les hommes, dans leur grande majorité, sont privés de tout contrôle sur les décisions qui affectent leur vie de la façon la plus profonde et la plus directe. Ils vendent leur force de travail alors que d’autres, qui possèdent ou contrôlent les moyens de production, accumulent des richesses, font les lois et utilisent l’appareil d’Etat pour perpétuer et pour renforcer leurs privilèges.

2 – Pendant un siècle, le niveau de vie des travailleurs s’est amélioré. Mais ni cette augmentation du niveau de vie, ni la rationalisation des moyens de production, ni l’arrivée au pouvoir de partis qui prétendent représenter la classe ouvrière, n’ont modifié fondamentalement la situation du travailleur en tant que travailleur. Et, en dehors de la production, elles n’ont donné à la grande majorité des hommes qu’une très relative marge de liberté. A l’Est comme à l’Ouest, le capitalisme n’a cessé d’être un type de société inhumain, où la grande majorité est opprimée dans son travail, manipulée dans sa consommation et dans ses loisirs. La propagande et la police, les prisons et les écoles, les valeurs et la morale traditionnelles, contribuent à renforcer le pouvoir d’une minorité et à convaincre ou à obliger la majorité d’accepter un système brutal, dégradant et irrationnel. Le monde « communiste » n’est pas communiste, et le monde « libre » n’est pas libre.

3 – Les syndicats et partis « ouvriers » furent créés à l’origine pour changer cette situation. Mais ils ont tous fini par s’adapter d’une façon ou d’une autre aux formes d’exploitation existantes. Dans les faits, ils sont devenus actuellement un rouage essentiel dans le fonctionnement « normal » de la société d’exploitation : les syndicats servent d’intermédiaires sur le marché du travail, les partis politiques utilisent les luttes et les aspirations de la classe ouvrière pour des fins qui leur sont propres. La dégénérescence des organisations de la classe ouvrière, qui est elle-même un résultat de l’échec du mouvement révolutionnaire, a contribué de façon décisive à plonger dans l’apathie la classe ouvrière, et cette apathie a conduit à son tour à une dégénérescence accrue des partis et des syndicats.

4 – C’est une illusion de croire que les syndicats et les partis politiques peuvent être réformés, « noyautés », ou convertis en instrument de l’émancipation des travailleurs. Nous ne voulons pourtant pas créer de nouveaux syndicats – qui, dans les conditions actuelles, auraient un destin semblable à celui de ceux qui les ont précédés. Nous ne demandons pas non plus aux militants de déchirer leurs cartes syndicales. Ce que nous voulons, c’est tout simplement que les ouvriers eux-mêmes décident des objectifs de leurs luttes, et que la direction et l’organisation de ces luttes ne leur échappent pas. Les formes que peut prendre cette activité autonome des travailleurs peuvent varier considérablement de pays à pays et d’industrie à industrie, mais non leur contenu essentiel.

5 – Le socialisme, ce n’est pas seulement l’appropriation et la direction collectives des moyens de production et de distribution. Le socialisme implique également l’égalité, la liberté réelle, la reconnaissance réciproque et la transformation radicale de tous les rapports humains. Il est « la conscience de soi positive de l’homme », la compréhension par l’homme de ce qu’est son environnement et de ce qu’il est lui-même, sa domination sur son travail et sur les institutions qu’il devra créer. Il ne s’agit pas là d’aspects secondaires, qui suivront automatiquement l’expropriation de l’ancienne classe dominante. Il s’agit, au contraire, d’éléments essentiels du processus de transformation sociale dans son ensemble, et sans lesquels il ne saurait y avoir de véritable transformation de la société.

6 – Une société socialiste ne peut donc être construite qu’en partant de la base – « par en bas ». Les décisions concernant la production et le travail doivent être prises par des Conseils de travailleurs composés de délégués élus et révocables. Les décisions dans d’autres secteurs doivent être prises en partant de la discussion et de la consultation la plus large possible de l’ensemble de la population. Ce que nous entendons par « pouvoir des travailleurs », c’est justement cette démocratisation de la société dans son fondement même.

7 – Les seules actions qui aient un sens, pour des révolutionnaires, sont celles qui permettent d’accroître la confiance, l’initiative, la participation, la solidarité, les tendances égalitaires et l’autonomie des masses et qui contribuent à les démystifier. Doit être considéré comme stérile et nocif tout ce qui renforce la passivité des masses, leur apathie, leur cynisme, leur différenciation hiérarchique, leur aliénation, leur abandon à d’autres des tâches qu’elles devraient exécuter elles-mêmes, et donc le degré auquel elles peuvent être manipulées par d’autres – même par ceux qui prétendent les « servir ».

8 – Aucune classe dirigeante dans l’histoire n’a abandonné son pouvoir sans lutte, et il ne semble pas que ceux qui nous gouvernent actuellement doivent être un exception. Le pouvoir ne leur sera arraché qu’à travers l’action autonome de la grande majorité. La construction du socialisme implique la conscience et la participation des masses. Mais la structure hiérarchique rigide, le idées et la pratique et du type social-démocrate, et du type bolchévik, d’organisation, empêchent le développement de cette conscience et interdisent cette participation. L’idée que le socialisme puisse être, d’une façon ou d’une autre, l’oeuvre d’un parti « d’élite », pour « révolutionnaire » qu’il soit, agissant « au nom » de la classe ouvrière, est en même temps absurde et réactionnaire.

9 – Nous rejetons l’idée selon laquelle la classe ouvrière, par ses seules forces, ne peut atteindre qu’une conscience « trade-unioniste ». Nous croyons au contraire que ses conditions de vie et son expérience dans la production conduisent constamment la classe ouvrière à adopter des normes et des valeurs, et à créer des formes d’organisation, qui mettent en question l’ordre social établi et le type de pensée qui correspond à cet ordre. Et que ces réponses à sa situation ont donc un contenu implicite. D’un autre côté, il est vrai que la classe ouvrière n’est pas homogène, qu’elle ne dispose pas des moyens de communication, et que, à tel ou tel moment, ses divers secteurs atteignent des degrés différents de lucidité et de conscience. Le rôle de l’organisation révolutionnaire est de contribuer à ce que la conscience prolétarienne ait un contenu explicitement socialiste, de fournir une aide pratique aux ouvriers en lutte et de faciliter l’échange d’expériences et de liaisons entre groupes de travailleurs séparés géographiquement.

10 – Nous ne voulons pas être une « direction ». Nous voulons être un instrument de l’action des travailleurs. Le rôle de Solidarity est d’aider tous ceux qui, dans l’industrie et dans la société dans son ensemble, entrent en conflit avec la structure sociale autoritaire actuelle ; les aider à généraliser leur expérience, à faire une critique globale de leur condition et de ses causes, et à développer la conscience révolutionnaire des masses indispensable à la transformation totale de la société.

Traduction Stéphane Julien .Bataille Socialiste

Ce que nous ne voulons pas

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1.‘Partout dans le monde’ signifie exactement ce qu’il signifie. Cela ne signifie pas partout sauf dans la Suède sociale-démocrate, dans le Cuba de Castro, dans la Yougoslavie de Tito,dans les kibboutz d’ Israël ou dans la Guinée de Sekou Toure. ‘Partout dans le monde’ inclut la Russie pré-stalinienne, stalinienne et post-stalinienne, l’Algérie de Ben Bella et de Boumedienne’ et les Républiques Populaires d’Ouzbékistan et du Nord Vietnam. Partout inclut aussi l’Albanie (et la Chine).

Nos réflexions sur la société contemporaine s’applique à tous ces pays, tout comme aux USA ou à la Grande Bretagne (sous des gouvernements travaillistes ou conservateurs). Lorsque nous parlons de minorités de privilégiés qui ’contrôlent les moyens de production’ et qui ’utilisent l’appareil d’État’ pour perpétuer leurs privilèges, nous faisons une critique universelle à laquelle, pour le moment, nous ne voyons aucune exception.

IL S’ENSUIT que nous ne considérons aucun de ces pays comme socialiste et que nous n’agissons pas comme si nous avions de vagues soupçons qu’ils pourraient être autre chose que ce qu’ils sont : des sociétés de classe structurées hiérarchiquement basées sur l’esclavage salarié et l’exploitation. Leur identification avec le socialisme – même comme des variantes difformes – est une injure envers le concept même de socialisme (les bébés avortés, après tout, partagent quelques-uns des attributs de leurs parent). C’est, en outre, une source de mystification sans fin et de confusion, Il s’ensuit également qu’à partir de ce constat de base, nous ne soutenons pas la Chine contre la Russie ou la Russie contre la Chine (ou alternativement l’un et puis l’autre), que nous ne brandissons pas des drapeaux du FNL dans les manifestations (les ennemis de nos ennemis ne sont pas obligatoirement nos amis), et que nous nous abstenons de nous joindre aux divers chœurs qui réclament plus d’échanges est-ouest, plus de Conférences au Sommet ou plus de diplomatie du ping-pong.

Dans tous les pays du monde, les gouvernants oppriment les gouvernés et persécutent les révolutionnaires authentiques. Dans tous les pays du monde, le principale ennemi du peuple est sa propre classe dirigeante. C’est cela seul qui peut fournir la base d’un véritable internationalisme des opprimés.

2. Le socialisme ne peut pas être assimilée à ‘l’arrivée au pouvoir de partis qui prétendent représenter la classe ouvrière’. Le pouvoir politique est une supercherie si les travailleurs ne s’emparent pas des moyens de production et ne les gardent pas. Si ils s’emparent d’un tel pouvoir, les instruments qui l’exerceront (les Conseils Ouvriers) prendront et appliqueront toutes les décisions politiques nécessaires.

IL S’ENSUIT que nous ne préconisons pas la formation de partis politiques ‘mieux’ ou ‘plus révolutionnaires’ dont la fonction resterait ‘la prise du pouvoir’. Le pouvoir du Parti peut naître du canon d’un fusil, celui de la classe ouvrière naît de sa gestion de l’économie et de la société dans son ensemble.

Le socialisme ne peut pas être assimilée à des mesures telles que la ’nationalisation des moyens de production’. Cela peut aider les dirigeants de diverses sociétés de classe à rationaliser leurs systèmes d’exploitation et à résoudre leurs propres problèmes. Nous refusons de choisir entre des options définies par nos ennemis de classe. IL S’ENSUIT que nous ne réclamons pas la nationalisation (ou quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs) à des gouvernements de ’droite’ comme de ’gauche’.
Le paragraphe II implique que le capitalisme moderne peut encore développer davantage les moyens de production. En en payant le prix, il pourrait améliorer les niveaux de vie. Mais rien de tout cela n’a une connotation socialiste. Quiconque veut trois repas par jour et la perspective d’un emploi stable peut le trouver dans une prison bien gérée. IL S’ENSUIT que nous ne dénonçons pas le capitalisme essentiellement sur la base de ses insuffisances dans ces domaines. Le socialisme, pour nous, ne signifie pas des transistors pour les prisonniers. Il implique la destruction de la prison industrielle elle-même. Il ne s’agit pas d’avoir plus de pain mais de savoir qui gère la boulangerie.

Enfin, le paragraphe souligne les multiples méthodes qu’emploient le système pour se perpétuer. En mentionnant la propagande ainsi que la police, les écoles, les prisons, les valeurs et la morale traditionnelles et les méthodes traditionnelles de coercition physique, le paragraphe souligne un obstacle important à la réalisation d’une société libre, à savoir le fait que la grande majorité des exploités et manipulés ont intériorisé et largement adopté les normes et les valeurs du système (par exemple des concepts tels que la hiérarchie, la division de la société entre donneurs et receveurs d’ordre, le travail salarié, et la polarité des rôles sexuels) et les considèrent comme intrinsèquement acceptables. A cause de tout cela,

IL S’ENSUIT que nous rejetons comme incomplètes (et par conséquent inadéquates) des notions qui attribuent la perpétuation du système uniquement à la répression policière ou à la ‘trahison’ de différents dirigeants politiques ou syndicaux. Néanmoins, la société contemporaine se caractérise par une crise des valeurs et un questionnement accru quant aux relations d’autorité. Le développement des ces crises est l’une des préconditions à la révolution socialiste. Le socialisme ne sera possible que lorsque la majorité des gens aura compris la nécessité du changement social, sera consciente de sa capacité à transformer la société, décidera d’exercer son pouvoir collectif à cette fin, et saura avec quoi elle veut remplacer le système actuel.

IL S’ENSUIT que nous rejetons les analyses (telles que celles de toutes les variétés léniniste ou trotskyste) qui définissent la principale crise des sociétés modernes comme une ‘crise du leadership’. Ils sont tous des généraux à la recherche d’une armée, pour qui les chiffres de recrutement sont le principal critère de réussite. Pour nous, le changement révolutionnaire est une question de conscience : une conscience qui rendra inutiles les généraux.

3. Quand nous faisons référence aux ’partis traditionnels de la gauche’ nous ne pensons pas seulement aux partis sociaux-démocrates et ‘communistes’. Des partis de ce type ont administré, administrent et continueront à administrer des sociétés de classe fondées sur l’exploitation. Sous l’appellation ’partis traditionnels de la gauche’ nous incluons aussi les révolutionnaires traditionnels, par exemple, les différentes sectes léninistes, trotskistes et maoïstes qui sont les défenseurs de l’idéologie du capitalisme d’état et le noyau embryonnaire du pouvoir répressif de celui-ci..
Ces groupes sont des préfigurations d’autres types d’exploitation. Leurs critiques de la gauche sociale démocrate,’stalinienne’ ou ‘révisionniste’ peuvent paraître assez virulentes mais ils n’abordent jamais les fondamentaux (tels que les structures de prise de décision, le centre du pouvoir réel, la primauté du Parti, l’existence d’une hiérarchie, la maximisation de la plus-value, la perpétuation du travail salarié et l’injustice sociale). Ce n’est pas un hasard et vient du fait qu’eux-mêmes acceptent ces principes fondamentaux. L’idéologie bourgeoise est largement plus répandue que le croient beaucoup de révolutionnaires et a, en fait, imprégné profondément leur façon de penser. En ce sens, l’affirmation de Marx selon laquelle ’les idées dominantes d’une époque n’ont toujours été que les idées de la classe dirigeante’ est beaucoup plus vraie que Marx n’aurait pu l’imaginer.

En ce qui concerne la société autoritaire de classe (et l’alternative socialiste libertaire) les révolutionnaires traditionnels font partie du problème, pas de la solution. Ceux qui souscrivent à l’idéologie social-démocrate ou bolchevique sont eux-mêmes, soit les victimes de la mystification dominante (et il faut tenter de les démystifier), ou ils sont les représentants conscients et les futurs bénéficiaires d’une nouvelle forme de domination de classe (et il faut les dénoncer sans pitié). Dans les deux cas,

IL S’ENSUIT que il n’y a rien de ‘sectaire’ en affirmant systématiquement notre opposition à leur point de vue. Ne pas le faire reviendrait à étouffer notre critique de la moitié de l’ordre social dominant. Cela signifierait participer à la mystification générale de la politique traditionnelle (où l’on pense une chose et on en dit une autre) et renier la base même de notre existence politique indépendante.

4. Parce que les partis traditionnels ne peuvent pas être ‘réformés’,’noyautés’ ou convertis en instruments pour l’émancipation de la classe ouvrière, et parce que nous sommes réticents à nous adonner au double langage et à la double pensée, IL S’ENSUIT que nous ne nous livrons pas à des exercices tels que le ‘soutien critique’ au parti travailliste au moment des élections, l’appel pour ‘les travaillistes au pouvoir’ entre les élections, et, en règle générale, la diffusion d’illusions, la dernière en date étant de ‘guider les gens dans l’expérience’ pour qu’ils en tirent les enseignements.
Les partis travaillistes et communistes peuvent être supérieurs de manière marginale en transformant le capitalisme privé en capitalisme d’état. Les révolutionnaires traditionnels se révéleront certainement supérieurs aux deux. Mais on ne nous demande pas de faire un choix de ce genre : ce n’est pas le rôle des révolutionnaires de se transformer en accoucheurs de nouvelles formes d’exploitation.

IL S’ENSUIT que nous combattons plutôt pour ce que nous voulons (même si nous ne l’obtenons pas immédiatement) plutôt que de combattre pour ce que nous ne voulons pas … pour l’obtenir.

La bureaucratie syndicaliste est un composant essentiel des société capitalistes d’état. Leurs dirigeants ne ‘trahissent’ pas, ni ne ‘vendent’, lorsqu’ils manipulent les luttes de la classe ouvrière et cherchent à les utiliser pour leurs propres fins. Ce ne sont pas des ‘traîtres’ quand ils cherchent à accroître leurs récompenses ou à diminuer la fréquence avec laquelle ils doivent se soumettre à de nouvelles élections – ils agissent logiquement et selon leurs propres intérêts, qui se révèlent être différents de ceux de la classe ouvrière.

IL S’ENSUIT que nous ne demandons pas aux gens d’élire de ‘meilleurs’ dirigeants , de ‘démocratiser’ les syndicats ou d’en créer de nouveaux, qui, dans les circonstances actuelles, connaîtraient le même sort que les anciens. Tout cela sont des ‘fausses questions’ auxquelles seuls ceux qui ont échoué à saisir les sources réels du problème peuvent se laisser prendre.

La vraie nécessité est de se concentrer sur la tâche positive de construire une alternative (à la fois dans l’esprit des gens et dans la réalité) concrètement des organisations autonomes , liées entre elles dans les mêmes industries et ailleurs, et contrôlées par la base. Tôt ou tard, de telles organisations, soit entreront en conflit avec les structures prétendant ‘représenter’ la classe ouvrière (et il serait prématuré à cet instant de définir les formes possibles de ce conflit), soit contourneront toutes les vieilles organisations.

5. Ce paragraphe démarque notre conception du socialisme de la plupart de celles en vigueur aujourd’hui. Le socialisme, pour nous, n’est pas seulement une question de réorganisation économique à partir de laquelle des avantages supplémentaires vont suivre ‘inévitablement’ sans que l’on ne se batte pas sciemment pour cela. Le socialisme est une vision globale d’une société totalement différente. Une telle vision est liée à une critique totale du capitalisme, que nous avons déjà mentionné.
Les sociaux démocrates et les bolcheviques dénoncent l’équité comme ‘utopique’, ‘petit bourgeois’ ou ‘anarchiste’. Ils rejettent la défense de la liberté comme étant ‘abstraite’ et la reconnaissance réciproque comme un ‘humanisme libéral’. Ils concèdent que la transformation radicale de toutes les relations sociales est un objectif ultime valide, mais ne le considèrent pas comme un ingrédient immédiat et essentiel du processus même du changement radical.

Lorsque nous parlons de la ‘conscience positive de soi’ et de la ‘compréhension par l’être humain de son environnement et de lui-même’ , nous entendons l’abandon progressif de tous les mythes et de tous les types de fausse conscience (religion, nationalisme, attitudes patriarcales, croyance dans la rationalité de la hiérarchie, etc.). La précondition de la liberté humaine est la compréhension de tout ce qui l’entrave.

La conscience positive de soi implique la rupture progressive de cet état de schizophrénie chronique dans laquelle – par le conditionnement et autres mécanismes -la plupart des gens arrivent à faire cohabiter des idées mutuellement incompatibles dans leurs formes de pensées. Cela implique d’accepter une cohérence et de percevoir la relation entre fins et moyens. Cela implique de dénoncer celles et ceux qui organisent des conférences au sujet du ‘contrôle ouvrier’ … organisées par des dirigeants syndicaux élus à vie. Cela implique d’expliquer patiemment l’absurdité de terme comme ‘peuple’, ‘capitalisme’, ’ socialisme parlementaire’, ’communisme chrétien’, ’anarcho-sionisme’, ‘direction du Parti’’, ‘conseils ouvriers’,et autres sornettes. Cela implique de comprendre qu’une société non manipulatrice ne peut être obtenue par la manipulation , pas plus qu’une société sans classe ne peut pas être obtenue grâce à des structures hiérarchiques. Cette tentative d’assimiler et de transmettre ces idées sera longue et difficile. Elle sera sans aucun doute rejetée comme ‘théorisation intellectuelle’ par toutes les tendances ‘volontaristes’ ou ‘militante’, avides de raccourcis vers la terre promise et plus préoccupées par les mouvements que par leurs directions.
Parce que nous pensons que les gens peuvent et doivent comprendre ce qu’ils font,

IL S’ENSUIT que nous rejetons de nombreuses approches si répandues dans le mouvement aujourd’hui. Concrètement, cela signifie d’éviter d’utiliser les mythes révolutionnaires et le recours aux confrontations manipulatrices supposés éveiller les conscience. Ces deux notions sous-tendent l’idée selon laquelle les gens sont incapables d’appréhender les réalités sociales et d’agir rationnellement par eux-mêmes.

De la même façon que nous rejetons les mythes révolutionnaires, nous rejetons les étiquettes politiques toutes-faites. Nous ne voulons pas de dieux , pas même ceux des panthéons marxistes ou anarchistes. Nous ne vivons ni dans le Petrograd de 1917 ni dans le Barcelone de 1936. Nous sommes nous-mêmes : le produit de la désintégration des politiques traditionnelles, dans un pays industriel avancé, dans la seconde moitié du vingtième siècle. C’est aux problèmes et aux conflits de cette société que nous devons nous attaquer.

Bien que nous nous considérions comme une partie de la ‘gauche libertaire’, nous nous distinguons de la plupart des courants ‘culturels’ ou ‘politiques’ underground. Nous n’avons rien en commun, par exemple, avec ces petits entrepreneurs, en plein essor aujourd’hui dans la confusion générale, qui encouragent tout à la fois la diffusion de marchandises telles que le mysticisme oriental, la magie noire, le culte de la drogue, l’exploitation sexuelle, (sous couvert de libération sexuelle) – en assaisonnant tout cela d’une grosse dose de mythologie populiste. Leur propagation de mythes et leur plaidoyer pour une ‘politique non sectaire’ ne les empêchent pas d’adopter, dans la pratique, des positions souvent réactionnaires. En réalité, c’est ce qu’ils veulent. A travers le slogan vide de sens du ‘soutien aux peuples en lutte’ , ces tendances prônent le soutien à divers nationalismes (toujours réactionnaires) tels que ceux de l’ IRA et de tous les Fronts de Libération Nationaux
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D’autres tendances, autoproclamées ‘marxistes libertaires’ souffrent d’un sentiment de culpabilité propre aux classes moyennes qui les fait sombrer dans l’ouvriérisme. Malgré cela, leurs pratiques sont réformistes. Par exemple, lorsqu’ils soutiennent (à juste titre) des luttes en vue d’objectifs limités, telles que celles des squatteurs ou des Claimants’ Unions (1), ils échouent souvent à souligner les implications révolutionnaires de telles actions directes collectives. Historiquement, l’action directe est souvent entrée en conflit avec la nature réformiste des objectifs poursuivis.. Ainsi, de telles tendances soutiennent l’ IRA et les FLN et évitent de critiquer les régimes cubains, nord-vietnamiens ou chinois. Tout en ayant rejeté le parti, ils partagent néanmoins avec le léninisme, un concept bourgeois de la conscience.

Parce que nous pensons que notre politique doit être cohérente, nous rejetons aussi une autre approche dans le milieu libertaire qui met l’accent uniquement sur la libération personnelle et qui ne recherche que des solutions individuelles à ce qui sont des problèmes sociaux. Nous nous désolidarisons de celles et ceux qui mettent sur un même plan la violence des oppresseurs avec celles des opprimés(dans une condamnation de ‘toutes les violences’) , et de ceux qui placent les droits des grévistes sur le même plan que ceux des briseurs de grève (dans une défense abstraite de la ‘liberté comme telle’). De la même façon, l’anarcho-catholicisme et l’anarcho-maoisme sont des visions incohérentes, incompatibles avec une activité révolutionnaire autonome.

Nous pensons qu’il doit exister une relation entre notre vision du socialisme et ce que nous faisons ici et maintenant.

IL S’ENSUIT que nous recherchons dès à présent et en commençant par ceux les plus proches de nous, à dégonfler quelques-uns des mythes politiques les plus répandus. Ils ne sont pas uniquement le fait de la ‘droite’ – et de la croyance que la hiérarchie et les inégalités sont l’essence de la condition humaine. Nous considérons comme irrationnel (et/ou malhonnête) que celles et ceux qui parlent le plus des masses (et de la capacité de la classe ouvrière à créer une société nouvelle) sont celles te ceux qui ont le moins confiance dans la capacité des gens à se passer de dirigeants. Nous considérons comme tout aussi irrationnel que les défenseurs les plus radicaux d’un ‘réel changement social’ intègrent à leurs idées des programmes et des modes d’organisation calqués sur des valeurs, des priorités et des modèles qu’ils sont supposés combattre.

6. Lorsque nous disons qu’une société socialiste sera construite ‘par en bas’ , cela ne signifie rien d’autre. Cela ne signifie pas ‘initié d’en haut puis soutenu d’en bas’ . Ni ’organisé d’en haut et plus tard contrôlé d’en bas’ . Nous disons qu’il ne doit pas y avoir de séparation entre des organes de décision et des organes d’exécution. C’est pourquoi nous plaidons pour la ‘direction’ de la production par les travailleurs et évitons la demande ambiguë de ‘contrôle’ par les ouvriers (Les différences – à la fois théoriques et historiques – entre les deux sont exposées dans l’introduction de notre livre ’The Bolsheviks and Workers Control : 1917-1921

Nous dénions à une organisation révolutionnaire toute prérogative spéciale durant la période post-révolutionnaire , ou lors de l’établissement de la nouvelle société. Ses fonctions principales durant cette période seront d’établir la primauté des Conseils Ouvriers (et des instances fondées sur ceux-ci), comme instruments d’autorité décisionnelle, et de lutter contre ceux qui chercheraient à affaiblir ou à contourner cette autorité- ou à la conférer ailleurs. Contrairement à certains au sein de la gauche qui rejettent la réflexion sur la société nouvelle comme ‘une préoccupation envers les cuisines du futur’ nous avons exposé en détail nos idées au sujet d’une structure possible d’une telle société dans notre brochure sur les Conseils Ouvriers.

7. Ce paragraphe est peut-être le plus important et le moins compris de tout ce texte. C’est la clé de notre vision quant à notre travail pratique . Il présente des indicateurs avec lesquels nous pouvons aborder la vie politique quotidienne et utiliser rationnellement nos ressources mentales et physiques. Il explique pourquoi nous considérons certaines questions comme importantes alors que d’autres sont rejetées comme ‘faux problèmes’. Dans le cadre des limites de notre propre cohérence, il explique le contenu de notre document.

Parce que nous ne les considérons pas d’un intérêt particulier en ce qui concerne les attitudes et les aptitudes que nous cherchons à développer, nous n’avons pas traité de sujets tels que le parlementarisme, ou les élections syndicales (demander à tous de faire quelque chose pour un), le Marché Commun ou la crise de la convertibilité (l’engagement partisan dans les problèmes des dirigeants n’est d’aucune pour les gouvernés), ou de la lutte en Irlande ou encore des différents coups d’état en Afrique (‘prendre parti’ dans des luttes menées sous la domination d’une fausse conscience totalement réactionnaire). Nous ne pouvons pas ignorer ces faits sans ignorer une partie de la réalité, mais nous pouvons au moins éviter de les doter d’un intérêt pour le socialisme qu’ils ne présentent pas. A l’inverse, nous pensons que le Révolution Hongroise de 1956 et Mai 1968 en France étaient des événements très importants (parce que c’étaient des luttes contre la bureaucratie et des tentatives d’autogestion à la fois dans des contextes de l’Ouest et de l’Est).

Ces indicateurs aident aussi à clarifier notre attitude face aux différent conflits d’entreprise. Alors que la plupart sont des conflits avec l’employeur, certains ont une connotation socialiste plus marquée que d’autres. Pourquoi par exemple des actions ‘non officielles’ sur les conditions de travail, conduites sous le strict contrôle de la base ont-elles en générale une portée plus grande que des actions ‘officielles’ sur des questions de salaires, conduites à distance par des bureaucrates syndicaux ? En termes de développement de la conscience socialiste, la façon dont une lutte est menée et ses buts sont d’une importance fondamentale. Le socialisme, après tout, c’est savoir qui prend les décisions. Nous pensons que cela doit être souligné, mis en pratique, dès maintenant.

Dans nos façons de faire dans les conflits, notre ligne directrice est que l’on ne peut pas falsifier la réalité et que l’on gagne plus en analysant les difficultés réelles qu’en vivant dans un monde mythique, où l’on prend ses désirs pour des réalités.
IL S’ENSUIT que nous cherchons à éviter le ‘triomphalisme’ (en réalité, manipulatoire) qui sied si bien à la communication d’entreprises et dans tant de ‘communiqués’ des révolutionnaires traditionnels.

Enfin, l’accent mis dans le paragraphe VII sur l’auto-animation et l’avertissement sur les effets nuisibles de la manipulation, de la substitution ou de la dépendance vis vis des autres pour réaliser quoi que ce soit, est d’une importance capitale pour notre organisation.

8. Nous ne sommes pas pacifistes. Nous n’avons pas d’illusions sur contre quoi nous nous battons. Dans toutes les sociétés de classes, le poids de la violence institutionnelle pèse lourdement et constamment sur les opprimés. En outre, les gouvernants de ces sociétés ont toujours eu recours à une répression physique plus poussée lorsque leur pouvoir et privilèges étaient réellement menacés.. Contre la répression de la classe dirigeante, nous soutenons le droit des gens à l’auto-défense, par tous les moyens appropriés.

Le pouvoir des gouvernants se nourrit de l’indécision et de la confusion des gouvernés. Leur pouvoir ne pourra être renversé que lorsqu’il affrontera le nôtre : le pouvoir d’une majorité consciente et confiante en elle-même, sachant ce qu’elle veut et décidée à l’obtenir. Dans les sociétés industrielles modernes, le pouvoir d’une telle majorité reposera là où se rassemblent quotidiennement des milliers de personnes, pour vendre leur force de travail pour la production de biens et de services.

Le socialisme ne peut pas être le résultat d’un coup d’état, ou la prise d’un quelconque Palace, ou le dynamitage du siège d’un Parti ou du quartier général de la police, conduits ‘au nom du peuple’ ou pour ’galvaniser les masses’. En cas d’échec, tout ce que de telles actions génèrent, ce sont des martyrs et des mythes – outre le fait de provoquer une plus grande répression. En cas de ‘succès’, elles ne remplaceront qu’une minorité dirigeante par une autre,en d’autres termes, généreront une nouvelle forme de société d’exploitation. Le socialisme ne peut pas naître on plus d’organisations structurées elles-mêmes selon des modèles paramilitaires, bureaucratiques, hiérarchiques ou autoritaires. Tout ce que de telles organisations ont institué (et continueront d’instituer en cas de ‘succès’) sont des sociétés à leur image.

La révolution sociale n’est pas une affaire de parti. Elle sera l’action de l’immense majorité, agissant dans l’intérêt de l’immense majorité. L’échec de la social-démocratie et du bolchevisme, c’est l’échec de l’ensemble d’un concept de la politique, selon lequel les opprimés pourraient confier leur libération à d’autres qu’eux-mêmes. Cette leçon pénètre peu à peu dans la conscience des masses et prépare le terrain à une révolution réellement libertaire.

9. Parce que nous rejetons le concept de Lénine selon lequel la classe ouvrière ne peut que développer une conscience « trade unioniste » (ou réformiste)

IL S’ENSUIT que nous rejetons la prescription léniniste selon laquelle la conscience socialiste ne peut être communiquée au peuple que de l’extérieur, ou injectée dans le mouvement par des spécialistes politiques : les révolutionnaires professionnels. Il s’ensuit en outre que nous ne pouvons nous comporter comme si nous partagions cette opinion.

La conscience des masses, cependant, n’est jamais une conscience théorique,qui découlerait individuellement de l’étude de livres. Dans les sociétés industrielles modernes, la conscience socialiste naît des conditions réelles de la vie sociale. Ces sociétés génèrent les conditions d’une conscience adéquate. D’un autre côté, puisque ce sont des sociétés de classes, elles inhibent généralement l’accès à cette conscience. D’où le dilemme et le défi auxquels sont confrontés les révolutionnaires modernes.

Les révolutionnaires conscients de cela ont un rôle à jouer. Tout d’abord, à travers un engagement personnel, sur leur lieu de vie et, là où cela est possible, sur leur lieu de travail. (ici, le principal danger réside dans une attitude « Plus prolétaire que moi » qui conduit à penser que, soit on ne peut pas grand chose parce qu’on n’est pas travailleur de l’industrie, ou prétendre être ce qu’on n’est pas, en croyant faussement que le seul endroit réel des luttes se trouve dans l’industrie.) En second lieu, en assistant les autres dans leur lutte, en leur apportant l’aide ou les informations qui leur sont interdites. (ici, le danger principal réside dans l’offre d’une ‘aide intéressée’, où le recrutement de militants pour une organisation ‘révolutionnaire’ est davantage l’objectif que la victoire dans la lutte qu’ils mènent.) Enfin, en soulignant et en expliquant les relations étroites (mais souvent cachées) entre les objectifs socialistes et ce que les gens sont amenés à faire, via leurs propres expériences et leurs besoins. (C’est ce que nous voulons dire lorsque nous disons que les révolutionnaires devraient aider à rendre ‘explicite l’implicite’ du contenu socialiste de nombreuses luttes modernes.)

10. Ce paragraphe devra différencier SOLIDARITY du type traditionnel d’organisation politique. Nous ne sommes pas un leadership et n’aspirons pas à l’être. Parce que nous ne voulons pas diriger ou manipuler les autres, nous ne voyons aucune utilité à à la hiérarchie ou aux mécanismes manipulateurs au sein de nos rangs. Parce que nous croyons à l’autonomie – idéologique et organisationnelle – de la classe ouvrière, nous ne pouvons pas refuser à des groupes une telle autonomie au sein même du mouvement Solidarity. Au contraire, nous cherchons à l’encourager.

D’un autre côté, nous souhaitons certainement influencer les autres et diffuser les idées de SOLIDARITY (et pas seulement des idées) aussi largement que possible. Cela demande l’activité coordonnée de personnes ou de groupes, capables séparément d’autonomie et de trouver leur propre niveau d’engagement et leurs propres domaines d’interventions. Les instruments d’une telle coordination devront être flexibles et variés selon le but pour lequel la coordination est demandée.
Nous ne rejetons pas l’organisation car impliquant nécessairement une bureaucratie. Si nous pensions ainsi, il n’y aurait aucune perspective socialiste. Au contraire, nous pensons que des organisations dont les mécanismes (et leurs implications) sont compris de tous, peuvent seules fournir un système démocratique de prises de décisions. Il n’existe pas de garanties institutionnelles contre la bureaucratisation des groupes révolutionnaires. La seule garantie réside dans la conscience continuelle et la mobilisation de leurs membres. Nous sommes conscients, cependant, du danger de groupes révolutionnaires devenant des ‘fins en soi’’. Par le passé, des loyautés aux groupes ont souvent supplanté les loyautés aux idées. Notre engagement premier va à la révolution sociale – et non à un groupe politique particulier, pas même SOLIDARITY. Notre structure organisationnelle devrait certainement refléter le besoin d’aide et de soutien mutuels. Mais nous n’avons pas d’autres objectifs,, aspirations ou ambitions. Par conséquent, nous ne nous structurons pas comme si nous en avions.

(1) NDT. Une histoire des Claimants’ Unions

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