League for the Amnesty of Political Prisoners

La Ligue pour l’Amnistie des Prisonniers Politiques

Texte original :The League for the Amnesty of Political Prisoners. Its Purpose and Programme Mother Earth Bulletin Vol 1 n°5 Février 1919
Emma Goldman

En 1901 Pierre Kropotkine, lors de sa visite en Amérique, avait adressé une lettre à Alexandre Berkman, alors au Western Penitentiary, avec la mention « Prisonnier politique ». Un gardien l’avait rayée et écrit à travers l’enveloppe: « Pas de prisonniers politiques dans une Démocratie. »

Qu’un gardien de prison ne sache pas que la Démocratie, comme l’autocratie, génère un besoin d’opposition politique ne nous surprend pas. En outre, il y avait peu de personnes emprisonnées pour délits politiques en Amérique en 1901. Bien sûr, John Brown et Mrs. Surrat étaient coupables de tels délits, tout comme les anarchistes de Chicago, mais ils avaient été mis hors d’état de nuire. Ceux qui étaient envoyés en prison étaient isolés puis oubliés.

Depuis 1901, et particulièrement depuis le début de la guerre, chaque ville a payé son tribut d’hommes et de femmes envoyés en prison pour des durées allant de trente jours à quarante-cinq ans en raison de leurs opinions politiques. Mais encore maintenant, L’Amérique refuse de reconnaître l’existence de prisonniers politiques.

Lorsque les femmes grévistes de la faim furent alimentées de force dans la prison de Washington, un membre du Congrès leur dit que si elles arrêtaient leur grève, elles obtiendraient tous les privilèges des prisonniers politiques, mais ne seraient pas reconnues comme telles car cela créerait automatiquement un statut politique qu’une Démocratie ne pourrait tolérer. Alors, au nom de la Démocratie, des hommes et des femmes coupable du grand crime d’avoir des opinions non conformistes sur des questions sociales et politiques, se voient condamnés à des peines exorbitantes et sont traités comme des criminels de droit commun.

Rien de tel n’existe nulle part ailleurs dans le monde civilisé. Même sous le régime autocratique du tsar, une distinction était faite entre délit politique et de droit commun. L’Allemagne impériale distinguait les prisonniers politiques des soi disant criminels. La France et tous les pays latins furent les premiers à reconnaître cette distinction.

De temps en temps, des prisonniers politiques sont libérés dans ces pays par une déclaration d’amnistie générale. En fait, en Italie et en Espagne, les prisonniers politiques élus à un mandat, même lorsqu’ils effectuent leur peine, sont immédiatement libérés. Même l’Angleterre accorde l’amnistie politique. Les Sinn Feiners qui ont été condamnés à mort et dont la peine a été commuée en emprisonnement à vie sont maintenant libres grâce à une amnistie générale.

Mais la Démocratie a jusqu’à maintenant refusé d’affronter le fait que ceux qui s’opposent à la guerre ou à la circonscription, qui en aucun cas ne pointeraient un fusil contre leurs frères, ceux qui pour des raisons économiques et sociales ne peuvent accepter le militarisme — que ces hommes et ces femmes ne sont pas des criminels de droit commun mais des gens aux convictions profondes. Ils ont appris de l’histoire que les institutions, qui ne s’intéressent plus aux besoins humains, doivent être transformées et que ce changement ne vaut la peine que si il est total et vienne du bas.

Cela peut ne pas être plaisant pour le pouvoir en place mais il doit néanmoins apprendre à faire la distinction entre des hommes et des femmes idéalistes, les précurseurs du futur, et les malheureuses victimes qui sont poussées au crime par un système social inique.

La Ligue pour l’Amnistie des Prisonniers Politiques a été organisée pour remplir une fonction si nécessaire. La Ligue se donne pour but:

1. Éduquer l’opinion publique sur la distinction fondamentale en délits politique et de droit commun.
2. Travailler à la reconnaissance du délit politique aux États-Unis.
3. Cristalliser l’opinion publique sur cette question afin qu’elle soit abordée à la Conférence de Paix (1)
4. Obtenir la libération de tous les prisonniers politiques à travers une amnistie générale dès la signature de la paix.

Il ne fait aucun doute que quelques personnes connues pourraient être libérées à ce moment-là. Qu’advient-il des inconnus qui n’ont ni relations, ni argent ? Vont ils pourrir en prison jusqu’à la fin de leur peine pour quelque chose qui est la conséquence directe de la guerre ? C’est exactement ce qui arrivera à moins qu’une campagne ne soit lancée et que ne se manifeste une puissante opinion publique qui insistera sur l’amnistie comme l’une des questions importantes lors des pourparlers de paix.

La Ligue peut alors devenir importante non seulement au plan nationale mais aussi international, du fait que la plupart des prisonniers politiques en Amérique viennent de Russie et d’Italie. La Russie demandera certainement une amnistie pour ses citoyens en Amérique. Elle le demande déjà. Les autres pays suivront.

Comme éclairage intéressant, il est utile d’attirer l’attention sur le fait que l’une des revendications des grévistes en Allemagne était ; AMNISTIE GENERALE IMMEDIATE POUR TOUS LES PRISONNIERS POLITIQUES. Les ouvriers allemands, sous l’impérialisme, demandent donc plus que nous ne le faisons. Nous demandons seulement une amnistie à la signature de la paix. Assez peu!

La méthode qu’appliquera la Ligue sera la suivante:

1. Le siège social sera établi à New York. Le travail sera soutenu par des cotisations et des souscriptions à travers des réunions et manifestations publiques.
2. La Ligue organisera des groupes locaux dans chaque ville. Ces groupes contribueront au travail général et satisferont à leurs besoins locaux.
3. La Ligue recevra de chaque groupe local et regroupera le nombre, les noms et les durées de peine des prisonniers politiques dans les prisons de chaque ville en vue d’établir le recensement exact de ceux qui bénéficieront de l’amnistie.
4. La Ligue correspondra avec les prisonniers et les aidera de toutes les manières possibles pendant leur emprisonnement.
5. La Ligue organisera une campagne de sensibilisation à travers des publications et réunions avec l’aide des organisations syndicales et autres, dans le but d’amener l’opinion publique à faire pression sur Washington pour l’amnistie.

En résumé: La Ligue pour l’Amnistie des Prisonniers Politiques , la première de ce genre en Amérique, a un grand et urgent travail à faire. Elle a pour vocation d’incarner l’espoir et d’être le soutien de tous ceux qui, au nom de leurs idées, sont aujourd’hui incarcérés dans chaque prison d’état et fédérale et qui doivent être libérés. Pour des informations complémentaires, écrire à Miss M. E. Fitzgerald, Secrétaire. Envoyez vos contributions à Leonard D. Abbott du Comité Financier de la Ligue.

Adressez tous les courriers à :

MISS M. E. FITZGERALD
32 Union Square,         New York.
Room 708.

1. Elle débute le 18 janvier 1919 et se termine en août 1920.

ligue1

Copie d’une lettre au Président Wilson
Source IISH Amsterdam

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