Freedom

Article original : A History of Freedom Press

La première version de Freedom est issue du mouvement socialiste britannique au début des années 1880. A l’époque, il existait plusieurs organisations qui se côtoyaient avec leurs revues respectives – la Social Democratic Federation avec Justice and Today, la Fabian Society avec Practical Socialist et Our Corner, la Socialist League avec Commonweal, etc. Des anarchistes étaient actifs dans toutes mais il n’existait pas d’initiative propre au mouvement dans le pays jusqu’à la formation d’un « cercles des anarchistes anglais » en mai 1885. Ce groupe comprenait des émigrés continentaux (comme Nikola Chaikovski et Severio Merlino) et des anarchistes autochtones, parmi lesquels Charlotte Wilson, une membre éminente, fortunée et cultivée, auteure engagée et porte-parole de l’anarchisme dans les organisations et les publications socialistes à partir de 1884.

Lorsque Pierre Kropotkine, personnage célèbre du mouvement anarchiste international, fut libéré de prison en France en janvier 1886, Charlotte Wilson était à l’initiative du groupe qui l’invita à venir les rejoindre en Grande Bretagne. Il s’installa en Angleterre en mars 1886, et le groupe décida d’éditer un nouevau journal anarchiste après sa séparation d’avec le English Anarchist Circle et The Anarchist publié par Henry Seymour. En plus de Freedom, le groupe créa par la suite Freedom Press, la principale maison d’édition de littérature anarchiste d’Angleterre. Telle est l’origine de Freedom et de Freedom Press. Dans le même temps, Charlotte Wilson écrivit une présentation de l’anarchisme dans le quatrième tract fabien, What Socialism Is, publié en juin 1886, et qui conduisit les anarchistes à participer à une réunion commune avec les socialistes, au Anderton’s Hotel de Londres en septembre 1886, débouchant sur un soutien au socialisme parlementaire par un vote des deux tiers des participants..

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Le temps était clairement venu pour une nouvelle initiative anarchiste. Freedom a commencé sa publication comme mensuel en octobre 1886. Dès le début, il fut conçu non pas comme l’organe d’un groupe particulier mais plutôt comme une voix indépendante d’un mouvement plus large. Au départ, il se présenta comme un journal du socialisme anarchiste, mais en juin 1889, il devint un “Journal du Communisme Anarchiste”; et a toujours représenté la tradition principale de l’anarchisme tout en donnant la parole à des idées différentes. Bien que Freedom Press se soit concentrée principalement sur le journal à partir de 1889, elle a éditée également d’autres publications – les premiers pamphlets, essais et enfin les livres, principalement d’auteurs étrangers (Kropotkine surtout, mais aussi Errico Malatesta, Jean Grave, Gustav Landauer, Max Nettlau, Domela Nieuwenhuis, Emile Pouget, Varlaam Cherkezov, Emma Goldman, Alexander Berkman et bien sûr, Proudhon et Bakounine) mais également d’auteurs britanniques (incluant Herbert Spencer et William Morris). Et dès le début, il y eut des débats réguliers et des réunions publiques occasionnelles.

Pendant presque la première décennie, Freedom fut édité, publié et largement financé par Charlotte Wilson, même si son plus important contributeur fut Kropotkine. Freedom devint le principal journal de langue anglaise du pays, une position qu’il a gardé la plupart du temps depuis. Après la première guerre mondiale, l’anarchisme sembla éclipsé par la montée du communisme et du fascisme hors des frontières et du socialisme parlementaire dans le pays et Freedom première mouture cessa de paraître en décembre 1927.

Lorsque la guerre civile et la révolution espagnol débuta en 1936, Freedom Press contribua à la renaissance du mouvement anarchiste en Grande Bretagne à travers Spain and the World , publié tous les quinze jours de décembre 1936 à décembre 1938. Lorsque la seconde guerre mondiale commença, un autre journal édité par Freedom Press apparut. Le premier exemplaire de War Commentary 1 fut publié en novembre 1939, les autres publications reprirent, une presse d’imprimerie fut achetée à Whitechapel et une librairie ouverte. War Commentary collabora avec les pacifistes radicaux et les quelques socialistes qui ne suivaient pas la ligne des partis communistes et travaillistes et Freedom Press s’engagea dans l’action subversive et la diffusion de matériel anti-militariste.

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Pour cette raison, Freedom Press fut perquisitionnée et trois de ses journalistes emprisonnés au début de 1945 pour avoir tenté “de saper la loyauté des membres de l’armée de Sa Majesté”. 2 Benjamin Britten, E. M. Forster, Augustus John, George Orwell, Herbert Read (président), Osbert Sitwell et George Woodcock créèrent le Freedom Defence Committee pour “soutenir les libertés fondamentales des individus et des organisations, et pour défendre ceux persécutés dans l’exercice de leur liberté de parole, d’écriture et d’action”. Lorsque la guerre prit fin en Asie, en août 1945, le titre redevint Freedom.

NDT :

1. Voir Marie-Louise Berneri, Albert Metzer

Aujourd’hui Freedom Press est une maison d’édition (le travail d’imprimerie est réalisé par la coopérative Aldgate Press (créée en 1981 grâce à l’aide financière deVernon Richards). Le collectif gère une librairie et publie le mensuel Freedom

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Freedom Press
84b Whitechapel High Street
London E1 7QX

Site actuel

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Des anarchistes devant le tribunal, Angleterre, Avril 1945

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Texte original ;Anarchists in court, England, April 1945 Huub Sanders, Avril 2010.
Publié par Freedom Press à l’occasion de la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse , 3 Mai 2010.
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Introduction

Pendant les derniers mois difficiles de la seconde guerre mondiale, quatre anarchistes furet poursuivis par les autorités britanniques sur présomption d’avoir propagées idées pouvant inciter des membres des forces armées à déserter. Alors que la victoire des Alliées était quasi certaine, les autorités anglaises voulaient faire comprendre clairement que la discipline serait maintenue jusqu’au dernier coup de feu.

‘Provoquer le mécontentement’

En novembre 1944, la police perquisitionna plusieurs maisons et les bureau londoniens de Freedom Press, le centre de la presse anarchiste, en Angleterre. Des arrestations suivirent sous différents chefs d’inculpation. Lors de ces descentes, la police confisqua une machine à écrire, divers documents incluant une lettre circulaire et des exemplaires du journal War Commentary. John Olday était parmi ceux arrêtés. Il avait installé une petite imprimerie dans le studio de Philip Sansom, qui sera arrêté plus tard, où il utilisait une presse manuelle pour imprimer la lettre circulaire aux soldats ainsi que des plaquettes contenant ses dessins et ses impressions personnelles. L’accusation avait minutieusement préparé son affaire. Des fouilles dans les paquetages des soldats Taylor, Pontin, McDonald et Ward permirent de découvrir des exemplaires de la lettre circulaire et de War Commentary. Ils furent utilisés comme preuve que les opinions exprimées par ces publications étaient propagées au sein des forces armées et y avait un effet subversif. Le jeudi 22 février 1945 La police arrêta Marie Louise Berneri, John Hewetson et Vernon Richards, tous impliqués dans War Commentary, en lien avec l’affaire.

Ils furent assignés à comparaitre le 10 Mars, ainsi que Philip Sansom. Olday passa en jugement pour une affaire complètement dissociée. Tous les quatre étaient accusés d’avoir : ‘… conspiré ensemble et avec d’autres personnes non identifiées afin de tenter de détourner de leur devoir des personnels au Service de Sa Majesté et de provoquer parmi eux un mécontentement susceptible de les amener à manquer à leur devoir.’

Le procès débuta le 17 Avril au ‘Old Bailey’ et se poursuivit jusqu’au 23 Avril. La procédure fut un modèle de politesse anglaise. Mr Justice Birkett déclara que [si] ‘les opinions exprimées pouvaient sembler étrange à de nombreuses personnes[,] il était tout à fait prêt à croire qu’elles reflétaient des motifs élevés.’ Les arrestations ayant causé un grand émoi et d’importants soutiens financiers collectés pour la défense, des avocats avaient été recrutés afin de tenir tête à l’accusation. L’avocat John Maude K.C. parla pendant trois heures lors de la première audience. La défense ne nia pas que le matériel avait été imprimé. Après tout, il avait été saisi et exhibé à la vue du tribunal. Au lieu de cela, elle nia qu’il avait pour but d’avoir un effet sur ses lecteurs, comme l’exigeait le Règlement de la Défense 39A.

John Olday n’avait pas diffusé sa lettre circulaire au hasard mais avait obtenu les noms de militaires recevant la lettre de Freedom Press, qui publiait War Commentary et gardé une liste des personnes intéressées. On le comprend aisément, la majorité d’entre elles était sympathisante de l’anarchisme ou même adhérait à l’idéologie anarchiste. On peut aussi comprendre que, à la fin de la seconde guerre mondiale, les 3.5 millions de militaires de l’armée britannique comprenaient quelques anarchistes. La plupart étaient en fait des objecteurs de conscience assignés à des unités de réserve non-combattantes. Cette information s’est avérée être également disponible ailleurs. La personne conduisant les perquisitions, l’inspecteur de police William Whitehead, savait exactement où aller. Il a fouillé le paquetage du sapeur Colin Ward et l’a interrogé sur l’île de Orkney, où il était stationné à l’époque. La question a paru assez sérieuse pour justifier un déplacement jusqu’à cette île reculée pour prouver la ‘persuasion’ et le ‘mécontentement’. Le problème auquel était confrontée l’accusation était clair. Comment prouver qu’un texte entraine la ‘persuasion’ et le ‘mécontentement’, alors que personne n’a déserté en proclamant : ‘Je quitte l’armée à cause de tel article dans War Commentary ou dans la Lettre Circulaire’?.

Les quatre soldats dont le paquetage avait été fouillé, lorsqu’ils furent interrogés à l’audience, nièrent avec véhémence le fait que lire ces documents avait eu la moindre influence sur eux. Et les accusés nièrent énergiquement avoir essayé de provoquer le mécontentement. La comédie a étonné certains. Dans le journal The Word de Guy Aldred, cette attitude a été condamnée comme hypocrite, bien que le reproche était probablement fondé sur des rancunes de long date de la part de ce vétéran du mouvement anarchiste. Cependant, cette stratégie ne fut efficace qu’à un certain point. Les jurés déclarèrent les trois hommes coupables de la même manière. Le juge, qui avait souligné tout au long du procès que les hommes n’étaient n’étaient pas poursuivis pour leurs opinions mais pour la violation du Règlement 39A, prononça une peine relativement modérée. Hewetson, Richards et Sansom furent condamnés à neuf mois de prison. Le maximum encouru était de 15 ans.

Bien que la peine aurait pu être beaucoup plus lourde, neuf mois était cependant sévère. Marie Louise Berneri, comme femme de Vernon Richards, ne fut pas condamnée. Elle fut acquittée au motif que un mari et une femme ne pouvait pas conspirer ensemble juridiquement parlant. Le procès eut un grand retentissement. La salle d’audience était emplie de camarades ainsi que de toutes sortes de mystérieux officiers de haut rang. La police inspectait, apparemment au hasard, les cartes d’identité des personnes présentes, soulevant immédiatement un tollé en Angleterre. Beaucoup d’anglais étaient choqués par l’idée même d’avoir à justifier de leur identité où que ce soit. Ils trouvaient aussi d très mauvais goût que les autorités profitent de ce rassemblement d’anarchistes et de sympathisants pour identifier et arrêter des individus qui auraient pu commettre des délits politiques.

La nouvelle de l’arrestation de Hewetson, Berneri, Richards et Sansom déclencha rapidement un tollé dans la presse anglaise. Des questions furent posées également à la Chambres des Communes . Le 1er Mars 1945, le député conservateur George Strauss demanda au Ministre de l’Intérieur Herbert Morrison, un membre du Parti Travailliste, si la confiscation d’une machine à écrire était légale et si perquisitionner un tel milieu de cette manière était raisonnable. Le ministre répondit que la machine à écrire constituait une preuve. Quant à savoir si ces actions étaient raisonnables, il répondit : ‘J’apprécie le fait que le mouvement anarchiste de ce pays soit peu important et influent, mais, d’un autre côté, les premières preuves de la nature de ses activités indiquait la possibilité d’infractions graves.’

 

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La presse perçut l’affaire dans son ensemble comme une atteinte à la liberté d’expression. Le 10 Mars 1945 War Commentary publia un appel pour former un Comité de Défense pour la Liberté de la Presse – Freedom Press Defence Committee. Herbert Read le présidait . Fenner Brockway et Patrick Figgis étaient vices-présidents. Ethel Mannin 1 donna son accord pour être secrétaire et S. Watson Taylor pour le poste de trésorier. Le Comité fut remarquablement actif. Une réunion publique de protestation fut bientôt fixée au 15 avril. Herbert Read était l’un des principaux orateurs et ne mâcha pas ses mots. Il exprima le sentiment général comme suit ; ‘Nous nous battrons; nous combattrons le Règlement de la Défense et cette institution puante et non-anglaise, la police politique.’ D’autres réunions publiques eurent lieu le 13 Mai, après le verdict, et le 16 juin. Après le procès, le comité fut renommé le Freedom Defence Committee et est resté actif jusqu’en 1948. Il a dirigé ses efforts vers des affaires concernant les objecteurs de conscience et la répression politique au sein de l’armée. Des militants célèbres y ont participé, comme Harold Laski, Bertrand Russell, et George Orwell. Le comité éditait le Freedom Defence Committee Bulletin.

Conclusion

Dans son numéro du 5 Mai 1945, War Commentary souleva la question de savoir qui avait ordonné le procès. Était-ce le ministre Herbert Morrison? Ou le Ministre de la Guerre P.J. Grigg ? Le fait que le Garde des Sceaux lui-même conduise l’accusation suggèrent que des personnes hautes placées étaient impliquées. Beaucoup de personnes impliqués ont spéculé sur cette question. Le procès a t’il pu vouloir être un avertissement aux troupes fatiguées de la guerre? On pourrait le penser à partir de l’attention particulière que l’accusation a porté aux textes concernant les conseils de soldats. Selon une autre théorie, Morrison, ennemi juré des communistes, a toléré War Commentary pendant quelques années comme porte-voix utile de l’anti-communisme contre la vague de sympathie envers les communistes au sein de la gauche, après l’invasion de l’Union Soviétique par Hitler Au printemps 1945, cette voix était devenue inutile et le temps était venue de la faire taire. Morrison ne fait cependant aucune mention de cette affaire dans son autobiographie. Où était-ce la révolution imminente en Grèce qui rendait les autorités nerveuses? Le fait est que les anarchistes, dont le nombre ne dépassait pas quelques centaines en Angleterre, et leurs journal War Commentary, avec une diffusion de seulement 4 000 exemplaires, bénéficièrent d’une publicité massive grâce au procès. Les journaux à gros tirages reproduisirent mots pour mots des textes anarchistes à des millions d’exemplaires. En ce sens, la stratégie du gouvernement fut contre-productive.

En outre, le gouvernement avait grandement sous-estimé la réaction de l’opinion publique. Malgré les pertes continuelles, même en avril 1945, l’opinion publique ne voulait pas que le gouvernement étouffe les critiques de la guerre venant des milieux radicaux et, dans de nombreux cas, anti-militaristes. Les personnes dont les opinions étaient, pour le moins, controversées bénéficiaient d’un large soutien populaire, comme le montre une lettre ouverte du 23 Février 1945, rédigée par un groupe d’écrivains célèbres, comprenant T.S. Elliot et E.M. Forster: ‘lorsque l’on permet à de tels actes du gouvernement d’être tolérés sans réaction, ils peuvent devenir des précédents pour des persécutions futures d’individus ou d’organisations qui se consacrent à la diffusion d’opinions détestées par les autorités’. La liberté de la presse n’est possible que si elle est généreusement soutenue et accueille toutes les opinions, qu’elles soient populaires ou méprisées. C’était incontestable pour les leaders d’opinion en Angleterre en 1945 et, guerre ou non, assez important pour justifier de défendre cette conviction.

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1. Ethel Mannin, auteure de nouvelles et poèmes, dont ‘Song of the Bomber‘ en réponse aux raids fascistes pendant la révolution espagnols en 1936

I am purely evil;
Hear the thrum
of my evil engine;
Evilly I come.
The stars are thick as flowers
In the meadows of July;
A fine night for murder
Winging through the sky.

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Voir aussi sur le sujet :

‘Freedom’ 1886-2014: An Obituary David Goodway

Our first centenary

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