Zad is the question

Ils ont voté…

Curieusement, ou pas, l’aéroport de Notre Dame des Landes a été au centre des questions qui se posent au nouveau gouvernement au même titre que les réformes économiques et politiques, dont la seule « moralisation de la vie politique » devrait l’occuper un bon moment.

« Il y aura un médiateur qui va permettre de mettre l’ensemble des choses sur la table, d’étudier l’ensemble des options, et ensuite nous prendrons une décision qui sera assumée, qui sera claire«  a annoncé très vite, le 18 mai, le premier ministre Édouard Philippe sur France Inter.

Ou comment réinventer l’eau chaude. Ségolène Royal a déjà fait le travail et un rapport de plus d’une centaine de pages a été rendu public le 5 avril 2016. Deux possibilités avaient été retenus : agrandir l’aéroport actuel de Nantes-Atlantique ou ou garder le site de Notre-Dame-des-Landes en réduisant le projet à une seule piste.

La médiation, ou du moins ce que le pouvoir entend par ce terme, a été aussi essayée. Une « commission du dialogue » avait été installée à Matignon en novembre 2012 après le fiasco de « l’Opération César ». Cette commission avait jugé le projet « sur-dimensionné », avant que le rapport ne finisse son existence au fond d’un tiroir, comme tout travail d’une commission qui se respecte. Depuis, les déclarations tonitruantes se sont succédées. On allait expulser la zad illico. « L’évacuation, c’est pour cet automne. Si ça ne se fait pas avant mars 2017, ça ne se fera jamais. » déclarait Manuel Valls le 11 octobre 2016. Valls est parti, la zad est restée.

La patate chaude se retrouve maintenant entre les mains d’un curieux trio : Un président de la République, ex-ministre d’un gouvernement « socialiste », un premier ministre « de droite » et un ministre écologiste télévisuel de la « transition écologique et solidaire ». Les deux premiers sont « Pour, mais… » et le dernier est « contre, mais.. ». On n’imagine pas à quel point la vie d’un homme ou d’une femme politique est difficile.

A ce trio s’ajoute Gérard Collomb, le nouveau ministre de l’intérieur qui serait à la tête des légions de César 2, retournant patauger dans le bocage face aux irréductibles zadistes. Le moindre qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas particulièrement chaud : « On va essayer de travailler sur la médiation et donc nous ne voulons pas de mesures qui soient des mesures brutales » RTL 19 mai

Il est donc urgent de ne rien faire et j’ai une pensée, non pas émue mais joyeuse, pour un Bruno Retailleau, qui, en quelques semaines, a vu s’effondrer son rêve d’invasion du bocage en même temps que son candidat et ami était renvoyé croupir dans son manoir de la Sarthe.

et puis, après?

Aucune haie n’a frémi dans le bocage après l’annonce de la nomination du nouveau gouvernement. Il faut dire qu’un bocage n’a pas les mêmes préoccupations que les êtres humains. Ce qui gouverne ici, ce sont les saisons, le soleil, le vent, la pluie, tout aussi imprévisibles qu’un gouvernement, mais plus durables. Un bocage se rit d’un maître des horloges parce que le temps n’est pas le même.

Pas plus que pour ses occupant-es et celles et ceux qui les entourent. Le printemps est là et il est temps de semer, entre autres travaux, le sarrasin, ou « blé noir » parce que « on compte y vivre encore longtemps et avoir de la place pour toute-s les habitant-e-s qui souhaiteront rester, pour des projets vivriers hors cadre comme pour des installations paysannes plus classiques. »

Le déménagement du Très Petit Jardin se poursuit . La bibliothèque Le Taslu, sous son phare, accueille auteur-es, lectures et expos. Les projets fleurissent comme les pâquerettes et la vie continue, bien loin des cabinets ministériels, dans un autre monde, sans Vinci.

Et eux, qu’ont-ils à défendre? Zad is the question…

Lumières sur le Far Ouest Photos Presquîlegazette.net