Une (autre) journée sur la ZAD

Samedi 8 octobre. Un petit matin frisquet mais les premiers rayons de soleil commencent à filtrer dans le feuillage encore épais des sentiers du bocage.

 

teteTête de cortège à Rohanne

Le départ des cortèges est prévu à 10 heures, mais les voitures continuent d’arriver en file ininterrompu à Rohanne, un des trois lieux de rassemblement. Alors, en tête de cortège, nous passons le temps à l’écoute de Radio Klaxon, qui diffuse une émission sur la situation des migrants à Calais.

radio

Sur nos têtes, l’hélicoptère familier a commencé sa ronde. Le cortège s’ébranle vers Bellevue, lieu de convergence et place historique de la lutte. Le long cortège s’arrête fréquemment lorsque les sentiers se rétrécissent. Ils n’ont sans doute pas vu autant de monde depuis la réoccupation de la ZAD après l’opération César de 2012. La foule est aussi diverse et bigarrée que d’habitude. Tous les âges, toutes les sensibilités sont là, la force même de la lutte à NDDL, cette idée essentielle de l’ouverture et de la conergence. Et je me souviens des paroles de Sylvain Fresneau, agriculteur né à Notre Dame des Landes, au sujet des occupants de la ZAD :

«On est les racines, et ils sont les branches de l’arbre, on est complémentaires» Les historiques de Notre Dame des Landes

la-valeur

Nous arrivons sur le site du rassemblement, deux immenses champs, avec des lieux de restauration, des stands, toilettes sèches, une scène, une énorme organisation, fruit d’un travail tout aussi énorme. Vers les 13H, le lieu est noir de monde. Et les arrivées continueront tout l’après-midi et en début de soirée, pour les concerts et les moments les plus festifs.

foule

La préfecture annoncera 12 800 manifestant-es, chiffre doublement ridicule, parce qu’il est impossible de chiffrer précisément les allées et venues sur un site aussi grand et d’autre part, parce que ce chiffre doit être au moins multiplié par trois, pour approcher la vérité.

Clou du début d’après-midi, la prise de parole d’un représentant syndical CGT de Vinci et son collègue de AGO Vinci. Ils sont venus expliquer la raison de leur soutien à la lutte de NDDL, en tant que syndicalistes, sans la langue de bois habituelle, avec franchise et une émotion non dissimulée devant l’accueil chaleureux reçu. En résumé, ils défendent leur emploi en luttant contre la construction de l’aéroport, qui fera appel à du personnel précaire. Mais la lutte dans le bocage les touche par son ouverture aux autres luttes, notamment celle de Calais où le « mur de la honte » est construit par une filiale de Vinci. Alors, ils ont appelé à la mise en place d’un réseau d’alerte, où tous les salariés d’entreprises contactées pour débuter des travaux sur la zone sont appelés à communiquer les dates de débuts et la nature de ceux-ci, et de faire jouer la clause leur permettant de ne pas y prendre part, pour raison de danger « grave et imminent ».

cgtago

 Prises de parole entrecoupés de moments musicaux , avec la désormais fameuse Gavotte de Notre Dame des Landes, jouée, chantée et dansée devant la scène.

gavotte

Dont voici la version musicale, à Nantes, il y a quelques temps

Sur le champ d’à côte, la construction d’un nouvel hangar se poursuit, un des nombreux symboles de la détermination face aux menaces de destruction et d’évacuation. La vie continue… et continuera. Le lendemain, dimanche, la mobilisation se poursuivra sous d’autres formes, avec de nombreux chantiers, dont celui de La Noé, lieu-dit jouxtant le périmètre de la ZAD, appelé à devenir un des lieux de résistance en cas d’évacuation, puisque toute évacuation et destruction ne seraient que le début d’un nouvel épisode de la lutte, comme cela fut déjà le cas lors de l’opération César en 2012. Ils pourraient détruire, mais nous ré-occuperont et reconstruiront.

hangar

De retour à la maison, après être passé devant un contrôle de police à la sortie de Vigneux de Bretagne – on remporte les petites victoires que l’on peut – je suis allé consulter les sites habituels de désinformation. Sans surprise, les aboiements des Mustière et Retailleau y figuraient en bonne place. Un « baroud d’honneur » qui  » mobilise deux fois moins qu’en début d’année »selon le Syndicat mixte aéroportuaire, qui a visiblement des problèmes dans le domaine des mathématiques. « Quelques milliers de personnes qui refusent les décisions démocratiques, judiciaires et consultatives ne peuvent pas faire barrage au choix des citoyens directement concernés » selon l’inénarrable Retailleau qui ne connaît le sens de « directement concernés » NDDL. Les pro-aéroport minimisent la mobilisation des opposants

Qu’importe. L’engagement de ce samedi était clair et massif :

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Le serments des bâtons

Dès notre plus tendre enfance, le bout de bois, puis le bâton, prolongent notre main, en un outil incomparable… Bâtons de l’exploration prudente, pour sonder d’éventuels dangers… Pilons heurtant le riz ou le manioc dans les mortiers, qui scandent la vie quotidienne de tant de villages, en Afrique ou ailleurs… Bâtons pour rouir le chanvre, pour fouler la laine, pour remuer la lessive… comme l’ont fait nos parents… Bâtons du voyage et de l’échange, de celui du colporteur aux mats des plus grands voiliers, qui assuraient partout dans le monde la circulation des cultures.

Bâtons qui nous rassurent et nous soutiennent quand les problèmes ou l’âge sont là, sous forme de tant de cannes… Bâtons de la protection et de la défense, en particulier des troupeaux, ici pour déplacer les vaches, là pour la transhumance des brebis ou contre les prédateurs… bâtons des palissades…bâtons qui maintiennent nos dunes… Bâton du pèlerin… bâton de l’engagement… bâtons de la parole partagée… Oui les bâtons accompagnent nos vies. Et c’est la symbolique de tous ces usages du bâton que nous portons ensemble ce 8 octobre.

Mais bien sûr les bâtons nous parlent aussi de colère et de révolte. Ceux des innombrables jacqueries paysannes qui ont émaillé et construit notre histoire. Et il n’y a pas si longtemps, les paysans du Larzac ont préféré le chant de leurs bâtons de bergers aux bruits de bottes de l’extension d’un camp militaire. Ce qui nous menace ici n’est plus un camp, mais la voracité sans fin des multi-nationales prêtes à toutes les destructions pour la croissance de leurs profits. Ce sont les appétits personnels de leurs soutiens politiques. Ce sont eux qui sont responsables de l’opération César il y a quatre ans déjà, opération que nous avons fait collectivement échouer, ceux qui sont coupables de la mort de Rémi Fraisse. Nous ne pouvons oublier !

Pas plus que nous ne pouvons ignorer dans la période présente, les menaces et indices d’une agression prochaine de la zad, en vue de l’évacuer totalement et de la détruire. En ce 8 octobre, nous saisissons nos bâtons symbole de notre détermination, en tant qu’outils de protection de cette zad que nous aimons : ce que nous souhaitons, c’est que ce message de détermination soit si massif, porté si puissamment par la population, qu’il résonne si fort qu’il puisse éliminer la menace. Selon les choix des personnes ou collectifs qui les amènent ici, ces bâtons sont anonymes ou identifiés de différentes manières. Mais tous sont porteurs de notre engagement commun à ne pas abandonner cette zone au béton et aux avions.

En les plantant ici aujourd’hui, de manière publique et solennelle, nous scellons dans le sol de Notre Dame notre serment collectif, de venir, en cas d’agression de la zone, les reprendre ici face aux forces du désordre, et de participer à la défense à laquelle nous nous sommes préparés, dans la diversité de nos choix et capacités. Et s’il nous est impossible de rejoindre la zone, nous participerons, dans la France entière et bien au-delà, patout où nous serons, aux actions déjà en préparation.

Nous sommes convaincus que la force collective de personnes déterminées, sûres du bien-fondé de leur positionnement, peut encore faire entendre raison à tous ceux qui, à l’instar de Vinci et des élus corrompus, choisissent l’unique objectif du profit maximum pour quelques-uns.

Nous ne nous soumettons ni à la loi du profit, ni à celle du plus fort. Avec Michel Tarin – habitant de Notre-Dame-des-Landes décédé en 2015, ancien du Larzac, qui à mené, avec d’autres, une grève de la faim de 28 jours en 2012 – qui souhaitait tant que résonne le chant de nos bâtons, ensemble nous répétons : « nous sommes là, nous serons là… »

En ce 8 octobre, nous saisissons nos bâtons, symbole de notre détermination et outil de protection de cette ZAD que nous aimons. En les plantant aujourd’hui, nous scellons dans le sol de Notre-Dame-des-Landes notre serment collectif de revenir, si nécessaire, défendre la ZAD. Nous ne nous soumettons ni à la loi du profit, ni à celle du plus fort : nous sommes là, nous serons là !

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